Lettre V : Lady Catherine de Bourgh à Mr Darcy

Rosing Park, le 27 janvier 1814

Eh bien, mon neveu, je ne vous félicite pas ! J'ai appris votre récent mariage, j'avais pensé que vous n'auriez pas besoin de moi pour voir à quel point cette union est indigne de vous : votre sens du devoir et votre honneur aurait du vous le rappeler. Visiblement, vous avez momentanément perdu l'un et l'autre pour vous abaisser à épouser cette traînée- car il ne fait aucun doute pour moi qu'elle a usé de ses charmes pour vous faire perdre vos sens et vous obliger à l'épouser !

Vous devriez avoir honte, neveu ! Vous salissez le nom de vos glorieux ancêtres par une telle mésalliance : Pemberley a besoin d'une vraie maîtresse, consciente de ses devoirs, éduquée pour cela, capable de tenir son rang- pas d'une paysanne, d'une misérable aventurière ! Je suis extrêmement déçue que vous, mon neveu le plus cher, et l'être qui m'est le plus proche après ma fille, ayez oublié votre devoir en négligeant celle à qui vous étiez fiancé depuis des années , ma propre fille ! En négligeant Anne pour cette coureuse de fortune, vous m'avez mortellement offensée, et je vous promet que je ferai tout pour casser cette union insultante : je me dois, en tant que votre parente la plus proche, de protéger votre fortune.

Je sais tout de cette fille, figurez-vous, je sais tout de sa mère qui ne cherche qu'à marier ses filles avec les riches gentlemen qui pourraient tomber dans leurs filets ! Je sais par Mr. Collins, mon protégé, comment elle vous a piégé pour vous obliger à l'épouser : elle qui n'a pas un sou de dot ! Dont la famille la plus proche est dans le commerce ! Qu'elle reste dans son milieu ! . Mais si cette garce a été suffisamment rusée pour s'assurer que votre mariage soit incassable, sachez que je refuserai de la recevoir à Rosing Park, et même de la rencontrer : vous devrez me rendre visite sans elle ! Et bien sûr, éloignez Georgiana de ce serpent tant qu'il n'est pas trop tard ! J'espère que vous retrouverez vite votre raison et agirez en conséquence, bien que je craigne qu'il ne soit déjà trop tard !

Je ne vous salue pas, je n'envoie pas mes salutations à votre « femme » que vous auriez dû garder comme maîtresse plutôt que de la laisser vous obliger à l'épouser.

Lady Catherine de Bourgh !

Lettre VI: Mr. Darcy à Lady Catherine

Pemberley, le 30 janvier 1814

Madame,

Je me permet de vous écrire en réponse à la lettre que vous nous avez adressé à ma jeune épouse et à moi-même en guise de « félicitations ». Cette lettre, madame, était indigne du rang que vous vous vantez de tenir, et n'était pas digne non plus de la tante affectueuse que vous prétendez être pour moi. En effet, vous nous avez injuriés tout au long de votre missive, vous permettant de vous immiscer dans un domaine qui ne vous regarde pas en vertu d'un droit que vous ne possédez pas : sachez, madame, que je suis majeur, et que quand bien même aurai-je irresponsable, c'eut été à mon oncle Fitzwilliam, comte de Matlock, votre frère aîné et votre supérieur par le rang, de critiquer ma conduite.

Mais je suis majeur et libre de me marier comme bon je l'entend, et j'ai trouvé bon d'épouser la femme qui seule entre toutes pourra me rendre heureux. Les raisons qui nous ont poussé à unir nos vies ne regardent que nous-même et notre Créateur. Je vous interdis de la juger alors que vous ne la connaissez pas autrement que par votre pasteur : les racontars d'un soupirant éconduit soucieux de plaire à sa protectrice sont généralement peu fiables... Par ailleurs, les accusations dont vous chargez ma femme sont absolument injustes, en particulier lorsque vous l'accusez de ne pas être d'un rang suffisamment pour moi. Mr. Bennet est un gentleman, certes, peu fortuné, mais techniquement du même rang que moi : mon épouse et moi-même sommes donc égaux sur ce point.

Vous accusez ensuite ma tendre épouse de m'avoir piégé et poussé à fauter pour ensuite m'obliger à l'épouser. Avez-vous vraiment une si piètre opinion du gentleman que je me flatte d'être pour croire que j'aurai la faiblesse de caractère de me laisser ainsi manipuler ? Est-ce un tel époux que vous souhaitiez pour votre fille ? Mais quoiqu'il en soit, Anne et moi ne nous serions pas marié, puisque nous n'avons jamais été fiancés ailleurs que dans votre esprit ! Par ailleurs, si je reconnais que notre mariage a été un peu précipité, je serais bien hypocrite de ne pas le reconnaître, je peux vous assurer que j'avais déjà l'intention d'épouser ma chère Elizabeth plusieurs semaines avant le malheureux incident dont votre pasteur vous a parlé.

Enfin, vous blâmez ma femme d'avoir de la famille dans le commerce : c'est effectivement le cas, puisque mon cher ami Mr. Bingley est sur le point d'épouser Miss Bennet, la sœur aîné de Mrs. Darcy. Quand à son oncle et à sa tante, que vous visiez certainement, sachez que je suis honoré d'avoir parmi mes alliés des gens aussi intelligents : eux au moins ne me feront pas honte dans un dîner. En ce qui concerne le reste de ma belle-famille, et particulièrement ma belle-mère et ses deux plus jeunes filles, je vous l'accorde, elles manquent de manières, mais je puis vous assurer que Mrs. Bennet n'a pour seul but que de voir ses filles heureuses et à l'abri du besoin- d'ailleurs, que faites-vous vous-même sinon tenter de marier votre fille à l'homme le plus riche possible. Quoiqu'il en soit, Mrs. Darcy n'est pas responsable d'avoir une telle mère, et la famille est parfois un fardeau dont on se déchargerait volontiers parfois, bien qu'on ne le puisse jamais : je ne peux pas demander à mon épouse de renier sa famille.

J'en ai fini avec ma défense contre vos accusations infondées, Madame. Je vous informe désormais que tant que vous ne vous serez pas formellement excusée auprès de moi et de mon épouse, vous ne serez pas reçue à Pemberley, et bien sûr, ni Georgiana, ni moi ne viendrons plus vous rendre visite à Rosing Park : vous me demandez de choisir, pensez-vous que je vais délaisser les beaux yeux et la charmante compagnie de mon épouse pour vous ? Je vous laisse une possibilité de renouer, mais sachez que vous la devez à Mrs. Darcy : s'il ne tenait qu'à moi, vous seriez définitivement exclue de Pemberley. Mais traitez encore une seule fois ma chère épouse de « traîné » ou de « garce », et je vous promet que je vous renierai publiquement. Bien entendu, Anne reste la bienvenue à Pemberley aussi souvent qu'elle le souhaite, mais sans vous ! Inutile par ailleurs de répondre à cette lettre, sinon pour vous excuser.

Sur ce, Madame, je vous salue.