Lettre XXIII : Miss Bennet à Mrs. Darcy
Longbourn, le 17 mars 1814
Ma très chère Lizzie,
Je te demande pardon de ne pas t'avoir répondu plus tôt, mais la fin de notre séjour londonien a été telle que j'ai le regret de dire que je n'ai pas eu une minute pour t'écrire. Mais désormais, nous voici rentrées de Londres où nous avons laissé mon cher Charles qui devait encore y régler quelques affaires urgentes. Nous sommes donc arrivé hier et Papa m'a semblé absolument ravi de nous revoir. Il faut dire que Lydia était positivement surexcitée, et Papa était, je crois, content de voir d'autres personnes pour l'aider à la supporter. Enfin, tout du moins était-elle contente aussi de nous revoir. Maman, tu t'en doute, était ravie de retrouver sa benjamine, Mary était soulagée de quitter Londres pour retrouver la calme atmosphère de Longbourn.
Quand à Kitty et moi, nous sommes sans doute les moins satisfaites de notre retour, car nous laissons toutes deux nos prétendants à Londres, mais nous étions cependant heureuses aussi de retrouver notre foyer. Ceci dit, je pense que c'est une bonne chose que Kitty soit éloignée quelques temps du Baron. Elle est encore bien jeune, et l'éloignement lui permettra sans doute de discerner plus sereinement si ce qu'elle ressent est une simple inclination ou une affection véritable. Lui-même, il faut le dire, semblait assez clair dans ses intentions envers elle. Je pense qu'à l'image de ton époux, il est assez réservé, mais sait parfaitement ce qu'il veut tout en sachant dans le même temps respecter les vœux de l'objet de son affection. Quoiqu'il en soit, ce séjour auprès de notre tante et sans notre benjamine a été très profitable à notre petite sœur. Elle s'est considérablement assagie et regarde désormais avec honte son comportement passé, ce qui n 'est pas sans me remplir de fierté.
Quand à Lydia, il semble que son quasi-emprisonnement pour reprendre ses propres mots, aient quand même porté quelques fruits, car elle m'a paru un peu moins agité et un peu plus digne qu'auparavant. J'espère qu'elle suivra l'exemple de sa sœur, mais je crains qu'un mois ne soit guère suffisant pour corriger un comportement gâté pendant 16 ans.
Pour le mariage, nous avons toutes trouvé nos robes : elles sont absolument ravissantes. Je redoute cependant le repas de noces, car Maman a vu, comme tu t'en doutes, les choses en grand : tu ne connais pas ta chance d'avoir eu des fiançailles assez courtes, car Maman semble décider à rattraper ce qu'elle n'a pas pu faire pour célébrer dignement le mariage de sa fille avec le gentleman le plus riche du Derbyshire. J'essaye de la refréner, mais je crains que la tâche ne soit impossible. J'entends qu'on m'appelle, une lettre est arrivée pour moi. Peut-être est-ce déjà une lettre de Charles ?
Oh Lizzy, c'était ta lettre qui vient d'arriver. Je suis si heureuse que tu te sois enfin rendue compte de ton amour pour ton mari. Il y avait longtemps que je sentais que tu allais dans cette direction, et te voilà maintenant embarquée dans ce grand voyage. N'est-ce pas un sentiment merveilleux que de se trouver auprès de celui que l'on aime ?
Je suis sûre que tu as tord de t'inquiéter. Je suis moi persuadée que ton mari t'aime autant que tu l'aimes. Je suis sûre qu'il est ravi de t'avoir épousée et qu'il ne manque à son bonheur que la certitude que tu l'aimes en retour. Ne te souviens-tu pas de son empressement à te demander en mariage en novembre dernier ? Ne tardes pas à lui déclarer ton amour : ne vous perdez pas l'un l'autre de ne pas avoir su vous parler.
Je suis également heureuse de savoir que tes projets d'enfant avancent comme tu le souhaites, et je suppose que je te remercie de tes conseils sur la question. A vrai dire, Maman a déjà plus ou moins commencé à me faire la leçon sur les devoirs conjugaux pour que je puisse me préparer. Heureusement que notre tante est passée après elle pour me rassurer. Avoir son assurance et la tienne que les relations avec un époux que l'on aime peuvent être très agréables ne manque pas de ma rassurer sur la question, bien que j'appréhende encore un peu la nuit de noces.
Je vais aller transmettre de tes nouvelles à nos parents. Je te quitte donc sur ces mots, chère Lizzie. Souhaite de ma part à ton époux un prompt rétablissement, prends bien soin de lui, de ta belle-sœur et de toi-même. Je t''embrasse.
Ta sœur dévouée, Jane Bennet
