Lettre XXV : Miss Bennet à Mrs. Darcy
Longbourn, le 27 mars 1814
Ma pauvre Lizzie,
Je reçois ta lettre, et je ne peux que compatir de tout cœur à ta situation. Peut-être que tout cela n'est qu'un terrible malentendu ? Après tout, j'ai bien vu comme ton mari te regardait le jour de votre mariage, et je suis certaine qu'il est follement amoureux de toi.
Tout du moins puis-je te divertir avec les nouvelles de la maison. Je crois te l'avoir dit, Papa était absolument ravi de notre retour, de même que Lydia qui a enfin eu l'autorisation de se rendre à Meryton, dûment chaperonnée et moi-même : elle s'est montré assez sage, bien que j'ai eu peur un instant hier lorsque je l'ai perdu des yeux, le temps d'acheter un livre que Papa m'avait demandé d'acheter. Kitty, qui avait les yeux sur le rayonnage, cherchant un livre que lui a conseillé M. le Baron, ne l'avait pas vu s'éloigner non plus. Mais elle revenue bien vite, affirmant qu'elle était allée saluer une de ses amies. Nous sommes ensuite rentré la maison. Sur le chemin, j'ai bien pu constater les progrès de Kitty qui ne parlait que du Baron dont elle a souvent des nouvelles par Mesdemoiselles de Germiny à qui elle écrit deux fois par semaine. Je soupçonne les deux tourtereaux de s'écrire en utilisant l'amitié de Kitty et de Mademoiselle Louise comme un prétexte. Lydia s'est vite lassée de ce bavardage a méchamment dit à sa sœur que personne ne s'intéressait à cet ennuyeux vieil homme de baron. Ce à quoi Kitty a répondu, très sûre d'elle-même, que Lydia était jalouse, et que le baron n'était ni vieux, ni ennuyeux, et qu'il était intéressé par des choses plus importantes que danser et flirter, contrairement aux miliciens. Elle a ajouté que Mr. Wickham avait le même âge que le Baron, et que Lydia n'aurait jamais envisagé de le traiter de « vieux ». Je pense que tu apprécieras l'anecdote à sa juste valeur.
Nous avons ensuite retrouvé Mary, qui a retrouvé avec bonheur son piano et repris ses gammes. Je ne crois pas t'avoir dit que mon cher Charles lui a offert un lot de partitions à Londres, et je dois dire qu'elle s'en sort plutôt bien. Si elle joue à notre mariage, j'espère qu'elle choisira l'une de ces très belles pièces.
Maman, égale à elle-même, regrette bien sûr d'avoir quitté Londres, et se rend tout à coup compte qu'elle n'a plus que deux mois pour planifier le repas de noces bien entendu, elle se plaint du peu d'aide que je lui apporte, mais je sais pertinemment, cependant que si j'allais m'investir trop dans la préparation de mon propre mariage, je me ferais réprimander tout autant. Quand à Papa, à qui Maman fait presque autant de reproches qu'à moi, il se plaît à rester, conformément à son habitude, dans sa bibliothèque, en se plaignant à l'occasion du bruit que Lydia fait régner, malgré tous ses progrès. Dieu merci, Kitty est trop absorbée par le souvenir du Baron pour se laisser de nouveau influencer. C'est un véritable soulagement de penser que je n'aurai sans doute pas à rougir de mes sœurs lors de notre prochain bal.
J'entends qu'on m'appelle : sans doute Charles est-il arrivé ! Je reprendrai cette lettre plus tard.
Longbourn, le 28 mars 1814
Oh, Lizzie ! Je reprend la lettre que j'ai commencé hier soir. Un grand malheur est arrivé : Lydia... Nous nous félicitions tous des progrès de sa conduite, mais il semble qu'elle nous ait tous joué ! Bien qu'elle ait été cloîtrée à la maison tout le mois écoulé, il semble qu'elle ait bénéficié de la complicité de Louisa Elliot, qui venait lui rendre visite fréquemment, pour entrer en contact avec Mr. Wickham, qui était toujours stationné avec la milice, et cette nuit... oh, Lizzie, j'ai peine à l'écrire : Lydia a quitté la maison cette nuit. Elle s'est enfuie avec Mr. Wickham, ne laissant qu'une simple lettre nous informant de leur intention d'aller à Greetna Green pour s'y marier. Néanmoins, de ce que tu m'a raconté, il me semble plus probable que cet horrible officier ne l'abandonne quelque part après l'avoir complètement déshonorée. J'ai peur que notre famille ne soit perdue. Mr. Bingley ne peut certainement pas épouser une fille dont la sœur s'est enfuie ! Quand à ton mari, je doute autant que toi de sa réaction. Bien sûr, le colonel Forster a proposé son aide e selon lui, il y a de fortes chances que les deux fugitifs n'aient pas dépassé Londres. Mon père y part demain j'espère que d'ici là, tu auras reçu cette lettre que je t'envoie en express.
Maman garde la chambre, ses nerfs ne supportent pas un tel choc. Mon mariage est ruiné, le tien va sans doute prendre un mauvais coup, et les chances de fiançailles de Kitty avec le Baron sont fortement compromises. Notre famille est ruinée, et j ne peux m'empêcher de me poser la même question que Maman : qu'allons-nous devenir, puisque nous n'avons pas de frère pour prendre soin de nous ? Si seulement on pouvait les retrouver et les obliger à se marier avant que le scandale ne se sache !
Je ne peux t'en écrire plus pour le moment, je dois aller m'occuper de ma mère.
Je t'embrasse chère sœur, prie pour notre salut.
Jane Bennet
