Lettre XXVII : Mrs. Darcy à Miss Bennet
Pemberley, le 2 avril 1814
Ma très chère Jane,
Mon époux est vraiment le plus merveilleux des hommes et le meilleur des maris. Tu dois te dire que je suis bien frivole de te parler ainsi de mon bonheur conjugale dans ces heures d'inquiétude, mais c'est précisément à cause d'elles que je te chante les louanges de mon mari. Je me trompais, et tu avais raison : mon mari m'aime depuis longtemps, il n'a jamais cessé de m'aimer, et loin de se détourner de moi lorsque nous avons appris la nouvelle, il m'a soutenu et m'a promis qu'il ne me mépriserait jamais. Mieux, il m'a promis d'épauler Papa dans les recherches. Il m'aime toujours, et nous sommes sauvés grâce à lui ! Il me manque vraiment bien peu de choses pour être une femme comblée. Mais tu dois te demander comment nous en sommes arrivé là, et si tu le permet, je vais te le confier de ce pas : je compte ainsi faire d'une pierre deux coups : je te distrairai de tes mornes pensées, et pourrait enfin confier à quelqu'un cela, autrement, je risque d'exploser de bonheur je ne suis pas assez proche de Georgiana pour lui conter cette histoire, et de toute façon, elle n'a pas besoin de tout savoir des relations conjugales de son frère qui est presqu'un père pour elle.
Je te disais dans ma dernière lettre mon désarroi, et désormais, je peux te dire que mon mari a comme moi été très malheureux ces deux dernières semaines. Le cher homme s'était mis en tête que j'étais tombé amoureuse de son cousin le colonel Fitzwilliam, simplement parce qu'il m'a entendu chantonner mon amour pour Fitzwilliam. Qui est l'imbécile qui a estimé qu'il serait intelligent de donner à un enfant comme prénom le nom de jeune fille de sa mère, je n'en sais strictement rien..
Enfin, fatiguée de son indifférence, j'ai fini par le confronter il y a deux jours, et nous avons pu régler notre malentendu, avec quelques baisers à la clé. C'est alors que ta lettre arriva te dire qu'elle me fit un choc serait un euphémisme. A dire vrai, je crois que sans mon époux à mes côtés, je me serais évanouie. Je commençais à me flageller moralement : je me sentais si misérable, Jane ! J'aurais souhaité disparaître sous terre. À défaut, je me contentais de pleurer et de me faire les reproches que je n'aurais pas supporté d'entendre de sa bouche.
Mais cette bouche, loin de m'accuser, m'a au contraire embrassé, ce qui a permis à mon époux de me faire taire et de me rassurer sur l'amour qu'il me porte. Il m'a confirmé de vive voix son amour et fait la promesse qu'il ne me mépriserait jamais. Ces affirmations m'ont emplie d'une joie telle que je me suis jetée à son cou et l'ai embrassé fougueusement. Nous nous sommes vite retrouvé sur dans notre chambre où nous avons célébré notre amour de la plus ancienne manière qui soit.
Il est parti hier matin dés que cela a été possible, c'est-à-dire vers 8h, et doit à l'heure actuelle atteint Londres : il m'a promis de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour épauler notre père à Londres et faire en sorte que notre honneur soit réparé. Je dois t'avouer que quand je pense au mal qu'il subit pour l'amour de moi, je rougis : par ma faute, il va se retrouver le beau-frère de l'homme qu'il méprise le plus au monde- et avec raison. J'ai honte de penser que j'ai un jour pu croire un tel homme et ne pas voir la noirceur de son âme, moi qui me targuait d'être une excellente juge des caractères. Je crois vraiment, chère Jane, que je suis la femme la plus chanceuse du monde d'avoir un époux aussi compréhensif et miséricordieux, et je suis heureuse de savoir que tu seras bientôt mariée à ton tour à un homme semblable. Tu me disais dans ta lettre que tu t'inquiétais de ce que Mr. Bingley ne veuille plus de toi, mais ne t'inquiète pas : si Bingley est vraiment amoureux de toi, il ne te rejettera pas pour quelque chose dont tu n'es en aucun cas responsable, et je suis certaine que mon mari le sollicitera dans ses recherches en ce qu'il fait lui aussi presque partie de la famille.
De toute façon, j'ai toute confiance en mon époux : il retrouvera bientôt les fugitifs et il trouvera un bon mari pour Lydia, je le sais. Je ne suis pas sure que je le serai autant avec un autre homme, mais je sais que Fitzwilliam est un homme d'action, et que lorsqu'il est décidé à quelque chose, il met tout en œuvre pour parvenir à ses fins. La preuve, il souhaitait se rendre aimable à mes yeux, et je suis passionnément amoureuse de lui désormais. A dire vrai, il me manque terriblement, et j'attends son retour avec la plus grande impatience, mais il est encore trop tôt. A défaut, j'attends ses courriers : comme je chérirai ses lettres ! En attendant, je t'avoue que je me sens un peu désemparée, mais je m'occupe comme je peux en compagnie de Georgiana : nous voilà bien solitaires maintenant que le colonel Fitzwilliam est reparti dans le Kent chez Lady Catherine à qui il avait promis de revenir pour Pâques.
Enfin, nous nous exerçons au piano, nous nous promenons dans le parc, du moins dans les chemins les moins boueux, et à l'occasion, nous faisons une bataille de boules de neige, lorsque nous en trouvons une dernière plaque et que nous sommes certaines que personne ne nous observe. Je suis ravie que le vert redevienne prédominant, même s'il pleut beaucoup. Pemberley au printemps est vraiment ravissant.
Je vais te laisser, chère sœur, car je suis invitée avec Georgiana à prendre le thé chez Lady Ferrier : la pauvre est confinée chez elle pour encore plusieurs mois, jusqu'à la naissance de son enfant en fait, et je suis bien contente de la revoir. Je t'embrasse, chère sœur, salue tout le monde à Longbourn, et garde espoir, je suis certaine que tout va bien se passer. Dans le pire des cas, ton mariage sera reporté de quelques semaines, mais sans doute guère plus. Je t'embrasse.
Ta sœur, Elizabeth Darcy.
