Lettre 30 : Mrs Darcy à Miss Bennet

Pemberley, le 28 avril 1814

Ma très chère Jane,

Ne te l'avais-je pas prédit ? Mon époux, mon merveilleux, mon formidable époux a résolu toute l'affaire : en quelques jours, il a retrouvé les fugitifs, a fait jeter Wickham en prison, a trouvé un mari pour Lydia et a réuni l'argent de sa dot. Il m'est revenu il y a quatre jours, et au risque de te paraître aussi stupide qu'une héroïne de roman, dés que l'on m'a annoncé son arrivée, j'ai abandonné Georgianna et le duo que nous étions en train de répéter pour l'attendre sur le perron et me jeter dans ses bras dès sa descente de voiture. Il ne s'est certainement pas formalisé de mon accueil pour le moins renversant, et après avoir salué Georgianna et pris une tasse, il a prétexté la fatigue du voyage pour monter se reposer. J'ai moi aussi très vite prétexté la fatigue pour monter à mon tour, ce dont Georgianna ne s'est pas formalisée car je suis souvent fatiguée, ces jours-ci.

J'ai vite rejoint mon mari pour célébrer nos retrouvailles. Ce n'est que quelques heures plus tard, blottie contre lui, que j'ai pu lui murmurer le merveilleux secret que j'ai depuis quelques semaines, dont je me doutais tout juste au moment de son départ pour Londres. Ma très chère sœur, la prochaine fois que nous nous verrons à ton mariage, j'aurais peut-être déjà un petit ventre tout rond, car voici la merveilleuse nouvelle : j'attends un petit enfant ! J'ai failli te faire part de mes soupçons dans ma dernière lettre, mais cela n'aurait pas été juste : c'était à mon mari d'apprendre le premier ce merveilleux événement qui vient bénir notre union, et sa réaction a été à la hauteur de mes attentes. Il m'a regardé longuement, incrédule, avant de soulever le drap pour révéler mon ventre qu'il a embrassé tout doucement avec une tendresse immense. Quand il a relevé les yeux, j'ai vu qu'il pleurait. Il m'a alors serrée très fort contre lui et m'a embrassé fiévreusement en murmurant des paroles d'action de grâce contre mes lèvres.

Je suis incroyablement heureuse, malgré la fatigue, les nausées occasionnelles et mon hypersensibilité : ne me choisis pas comme dame d'honneur à ton mariage, car je pleurerai certainement toutes les larmes de mon corps. Georgianna jouait hier une petite mélodie que je trouvais particulièrement belle, il ne m'en a pas fallu plus pour me mettre à pleurer, c'est te malgré ces menus inconvénients, je crois que je tiens entre mes mains tout le bonheur qu'une femme peut espérer.

Que de changements depuis cet automne ! Qui aurait pu croire quand Mr. Darcy a fait ce désobligeant commentaire lors de l'Assemblée que sept mois, je serai éperdument amoureuse de lui, et lui de moi, si heureuse d'être sa femme et si honorée de porter son enfant ? Vraiment, si quelqu'un m'avait dit alors qu'il serait l'homme de ma vie, je lui aurai ri au nez ! Que de chemin parcouru, que de préjugés dépassés, que de bonheur atteint !

Qui aurait pu croire également que notre petite Kitty mûrirait assez pour dire à un Baron qu'elle acceptait qu'il la courtise mais qu'elle ne sentait pas encore prête à s'engager dans des fiançailles ? Qui aurait même u croire que notre Kitty attirerait l'oeil et le cœur d'un Baron ?

Enfin, qui aurait pu croire que Lydia se marierait si jeune, et avec un mari qu'elle n'a pas choisi ? Et qui aurait pu croire qu'elle m'écrirait si vite après son mariage pour remercier mon mari de lui avoir trouvé un mari aussi beau et bon que Mr. Brook ? (oui, les miracles existent!)

Je n'ai maintenant qu'un seul souhait : que toi et ton Mr. Bingley atteignez le même bonheur que mon cher Fitzwilliam et moi-même !

J'attends impatiemment ton mariage. Je t'en prie, ne dis encore rien de mon merveilleux secret à notre mère : je lui annoncerai moi-même cette bonne nouvelle une fois le mariage passé.

Je t'embrasse de ton cœur

Ta sœur émerveillée de tant de bonheur.

Elizabeth Darcy

Et enfin, voilà la dernière lettre de cette histoire qui a germée dans ma tête il y a déjà bien longtemps. Comme c'est étrange de mettre un point final.