J'ai bien ri en écrivant le début de chapitre ! XDDD bonne lecture


Chapitre 29 : Butin de guerre

Dans les rues de Paris, surpeuplées, au bras de Rhadamanthys, flanqués de notre Garuda dont le regard traîne machinalement le long des devantures, lorsque soudain...

"PAR HADES !" hurlé au beau milieu de la foule.

Rhadamanthys sent tous ses pics se hérisser alors qu'un sursaut me prend par surprise. "COS !"

Notre Garuda est planté devant la vitrine d'un antiquaire, n'en revenant pas, regard fixé sur un objet qui semble capter toute son attention.

Nous nous approchons.

Rhadamanthys se raidit d'un seul tenant.

"Je m'en charge !"

Nous poireautons devant la vitrine, sans que je ne puisse saisir le tiers de ce qui est en train de se jouer...

Aiacos ressort, précieux paquet sous le bras.

"Il l'a même bradé." effaré.

Nous regagnons le bureau. Je sens ces Messieurs sur leurs gardes durant tout le trajet, quelque chose d'ahurissant !... la tension est phénoménale.

Lorsque mon manteau tombe, je croise les bras, furieuse.

"Bon, on m'explique ?!"

Les deux Juges échangent un sourire.

"Quand Minos va voir ça..."

"Tu l'as dit !..." se félicite la Wyverne.

"Ho ! youhou !... j'existe !..." avec de grands gestes de bras.

Aiacos éclate de rire tandis que la Wyverne se gratte le bout du nez.

Le Garuda déplie alors le paquet, extirpant soigneusement un rosaire de perles couleur orange-pourpre. "As-tu la moindre petite idée de ce que représente cet objet, Léviathan ?"

Rhadamanthys s'en saisit avec religiosité. "Ces perles sont en réalité issues des fruits du magnolier des Enfers. Décomptées, elles sont au nombre de 109, le nombre exact de nos rangs. Par un procédé qui relève du sacrifice, elles empêchent la résurrection des Spectres."

Je cligne, ébahie.

"Ceci est le plus précieux butin de guerre que nous puissions posséder. Il surpasse, de loin, la vie de ce Gold retenu dans nos prisons."


Minos ne se lassait guère de ses petites visites nocturnes octroyées à l'étudiante qui avait trouvé un écho dans son cœur de Spectre. Elle avait également pris goût à ses visites, attendant la journée que la nuit tombe pour voir apparaître cet être d'un autre monde. Minos s'y rendait exclusivement en surplis, ne souhaitant en aucun manière dévoiler de pan humain devant elle. Il demeurait en retrait, toujours correct mais intouchable.

"Quand me le permettrez-vous ?..." écrivait la plume sur le papier écorché.

"Dès que vous vous l'accorderez." souligne l'écriture envolée de Minos.


Je me glisse derrière Valentine et l'étreins, avant-bras passant sur le devant, au niveau des clavicules : "Bonsoir, Tine !..." bise sur la joue, tendre.

Le jeune Spectre soupire de délice. "Bonsoir, Léviathan. Installe-toi, le souper va être servi."

Dans le salon, j'entends les bavardages du trio : la grosse voix de la Wyverne, celle, posée et claire, de Minos et celle, de belle résonance népalaise, d'Aiacos.

J'aime nos moments rien qu'à nous.

"Alors, Nos, ça avance du côté de ton âme à corrompre ?..."

"Cela prend forme joliment."

"Une cent dixième Étoile ?..." taquin.

"Par Hadès, ce serait le bouquet !..." se fend la Wyverne.

"Cesse de parler de bouquet, Rhad', cela m'évoque le rouge de certaines roses."

"Autant pour moi."

Ils sont en grande forme !... cela fait plaisir à voir et à entendre.

Je donne un coup de main à Valentine, livrant des entrées à nourrir une armée - enfin, il faut dire que ces Messieurs ont de l'appétit, notamment Rhadamanthys !...

Aiacos entame une partie de billard. Le Garuda a non seulement l'œil - galactique - mais il est également habile aux jeux. En quelques instants, il plie un Minos, pourtant averti.

"Attends un peu que je me lève, Garuda." aboie la Wyverne, prise d'une envie de revanche pour l'humiliation subie par l'aîné.

"Je t'attends, Wyverne." amène le Garuda, pas impressionné pour trois sous.

Rhadamanthys termine son scotch et se lève, tombant le pull à col V de chez Boss, faisant un instant planer dans la pièce le goût prononcé de son eau de toilette Bois de Cachemire. Il retrousse ses manches, sous l'œil ravi de Valentine. "Apprête toi à en baver, Bro'."

La partie se dispute âprement. Aiacos se défend bec et serres. Mais la Wyverne est du genre os solides et son jeu est indiscutable, relevant de la stratégie de génie.

Finalement, la séance est suspendue au moment de passer à table.

Valentine et moi encadrons la Wyverne, sous l'œil amusé de Minos.

Les plats se vident, dans une ambiance détendue.

Minos nous plante tous pour effectuer sa petite "virée nocturne" comme nous la nommons affectueusement, ce qui nous vaut un regard taquin et pétillant de sa part.

Voici à nouveau Aiacos et Rhadamanthys autour de la table de billard tandis que Valentine et moi squattons le canapé.

"Tu m'agaces, Wyverne. Tu m'agaces, tu m'agaces." grince le Garuda, mis en difficulté, tournant autour de la table pour envisager le jeu sous divers angles.

Rhadamanthys a un petit sourire terrible. "Tu t'emportes pour un rien, aussi."

Le Garuda lui lance un regard noir. Visiblement, l'Oiseau mythique déteste perdre !...

La Wyverne est installée en rebord de canapé, queue de billard reposant contre l'intérieur de sa cuisse solide. Le verre de scotch se vide lentement, glaçons tintant entre eux. Cette vision fait mourir d'envie à la fois Harpie et Léviathan.

"Dis donc, Garuda, nous n'avons pas toute la nuit. Je dois me lever tôt demain pour partir en clientèle alors tu actives."

"Ne me... stresse pas, Rhadamanthys !... je connais parfaitement cette ruse qui consiste à presser l'adversaire pour lui faire commettre l'irréparable !..." le menaçant d'un index accusateur.

Rhadamanthys lève les mains en signe d'apaisement. "Au fait, le séminaire tombe le 23 de ce mois."

Aiacos lève les yeux en soupirant : "Vas-tu te taire, Wyverne ?"

"Tu préviendras Minos. Ou je dois le gratifier d'un mail ?"

"Je m'en occupe." dis-je.

"Qui t'accompagne ? Valentine ou Léviathan ?"

"Très drôle, Cos."

"Je couvrirai les affaires tenantes de Caïna puis je prendrai congés pour me rendre au bord de l'océan."

Aiacos siffle. "Généreux, ton boss, Valentine."

Valentine a un regard entendu à l'égard de la Wyverne.

"Bon." se plaçant enfin, optant le tout pour le tout, manquant le trou d'un seul millimètre, jetant rageusement la queue de billard sur la table, le tout assorti d'une belle insulte népalaise, doigts serrés sur les racines de ses cheveux de jais.


"Prends bien soin de toi, Val." lui faisant une bise appuyée.

"Et toi, prends soin de notre Prince, je te le confie."

"Ne t'inquiète pas."

"En voiture, bon sang, vous traînez !..." en rappel au Griffon, au Garuda et à moi-même.

Et nous voici dans les bouchons. Rhadamanthys ronge son frein, jouant furieusement de l'accélérateur.

"Qui a trop serré le café, ce matin ?..." questionne innocemment Minos.

"Valentine, pour sûr !..." dit le Garuda, amusé par la situation.

"Tu as dit bye à ton Âme, Minos ?..."

"Tu veux plaisanter ? j'y suis en un coup d'ailes !... il serait idiot de m'en priver."

"Pas prêt à renoncer, à l'évidence."

"Elle est si... adorable."

"Marrant comme ce terme sonne terrible dans ta bouche, Nos." déclare la Wyverne, regard planté dans le rétroviseur intérieur. "Ah, enfin !..." lorsque la route se dégage.


Le Château Hôtel Mont Royal Tiara à Chantilly. La place est magnifique !... le cadre, prestigieux.

Nous occupons la suite de luxe sur 75 m², au dernier niveau. Le personnel est aux petits soins et ces Messieurs les Juges s'y laissent vivre. "Tant de larves à notre service... c'en est étourdissant !..." amène Minos.


Les réunions sont intéressantes et j'y dévore des yeux Monsieur de la Wyverne, animant en grande partie les sessions.

Minos a emmené son stock d'élastiques blancs et s'amuse comme un petit fou.

Aiacos mâchouille gomme sur gomme, plus intéressé par le cadre que par ce qui est dit. Ce même Garuda, d'ailleurs, est parvenu à se faire remarquer tant par le personnel que par les clients huppés de l'établissement, dès le premier jour, en descendant le long de la rampe découpée de boiseries, le tout avec le cri d'un gamin de six ans !...

Lorsque l'ennui se fait trop fort, le roi de Karura se penche jusqu'à mon oreille : "Qui est ton dieu ?..." La réponse tombe sans la moindre hésitation : "Hadès." Il poursuit : "Bien. Et qui est ton roi ?..." Là, je le dévore du regard, pinçant ma lèvre : "Garuda." C'est cet instant que choisit Minos pour faire glisser plusieurs mèches de mes cheveux défaits entre ses doigts, discrètement, bras filant derrière le dossier de ma chaise. Aiacos fait de même. Leurs mains glissent dans mes cheveux et viennent parfois se caresser, l'une l'autre, avec tendresse.


Je rejoins la Wyverne sur la terrasse. Il en est à sa dixième cigarette de la journée. Étrangement, l'odeur ne l'imprègne pas vraiment. Un avantage de Spectre !... par contre, le goût malté du scotch si.

Regards furtifs avant de venir me coller à lui. "Tu me manques..."

Il en rit, amusé. "Le séjour touche à sa fin, Princesse. Tu tiendras bien encore deux jours, hmm ?..." tendre, osant un geste dans mes cheveux.

"J'ai fait de la place pour toi dans mon dressing."

"Je viendrai m'y installer dès que possible."


Un battement d'ailes en repli attire son attention. Il est là. Sa présence est palpable.

"Je suis prête."

"Non, vous ne l'êtes pas. Vos mains tremblent, votre cœur s'emballe. Vous êtes encore trop attachée à la vie pour l'offrir à mon Maître."

"En sera-t-il toujours ainsi ?..."

"Plus lorsque vous aurez compris."


Minos vient se coucher et je glisse un bras sur son torse. Il en sourit, paupières closes. "God natt." (*)

Le bras de la Wyverne échoue alors sur ma taille, possessif. Il se cale un peu plus contre moi sur un soupir doux.

Aiacos revient de la kitchenette où il a bu un grand verre d'eau fraîche, vêtu d'un caleçon sombre frappé de la marque d'un grand nom.

Minos l'accueille contre lui.

Voilà à quoi ressemblent notre couvée.


J'ouvre un œil, entendant du bruit dans une des pièces. Je tente d'identifier l'origine du raffut lorsque je réalise qu'il s'agit de cintres que l'on place sur une barre de penderie. J'en soupire et sourit, me pelotonnant dans le lit. Il est revenu de clientèle tard dans la nuit, est passé par chez lui pour récupérer quelques effets et il s'invite à présent chez moi.

Haut nu sur bas de pyjama près du corps, il se glisse à mes côtés, dans le lit, se collant à moi, torse contre dos, main courant sur ma cuisse, bras déplié au-dessus de nos têtes. La main court à sa guise sur la cuisse, me tirant de ma torpeur matinale.

"Mmm ?..."

Il en sourit, fourrant son nez dans mes cheveux.

Oh lui, il en est manifestement d'humeur !...

La main glisse entre mes jambes, caressante à souhait : devant puis entre mes fesses, sur le tissu. Lentement, il m'éveille, venant à présent flatter ma poitrine sur des sons bienheureux qui rappellent les ronronnements d'un grand dragon.

Puis la situation devient plus pressante, même si elle ne se départ pas de douceur : il vient se lover contre moi, main plus vive alors que mes sons se font plus lourds.

J'aime ce moment de flottement où l'on ignore ce que donnera l'amour...

Rhadamanthys, néanmoins, a l'art de me vouer à sa cause en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Encore !..."

Les visites se font à même la peau, toujours aussi caressantes, découvrant, son ravi de délice à l'appui, la moiteur dans laquelle ses attentions m'ont mises. Sur ce fait, le dragon défaille, plaçant un superbe grognement satisfait de lui.

Ma main glisse entre nous et je saisis, à travers ce qu'il porte, la hampe dressée. Rhadamanthys feule à mon oreille, fou de plaisir. Puis je me retourne pour mieux l'empoigner, main passant le large élastique. Posé sur le dos, il laisse échapper une panoplie de sons ravis et exaltés, encourageants pour la plupart : "Oui... comme ça... continue... ouiiii..."

Je m'approche de son oreille attentive : "J'ai envie que tu me remplisses..."

Il savoure en grognant, basculant pour me coincer sous lui, me flattant sans tenter la moindre pénétration. Notre délice se décuple.

"Haaan... c'est... bon..."

"Ouiiii... c'est booon... Rhadamanthys..."

Puis il s'invite en moi jusqu'à la garde, nous arrachant une appréciation commune. Pire encore lorsqu'il se met à bouger lentement, très lentement.

Nos visages trahissent notre plaisir dans des traits froissés par la luxure, dans des paupières mi-closes sur des pupilles révulsées. La danse se poursuit sans aucune brusquerie, nous appelant par toutes sortes de noms, mettant des mots sur notre plaisir intense.

"Haaaah... oui... grand dragon !..."

"Lé... viathan... haaaan... oui !..."

Une légère accélération suffit à nous faire plonger dans un orgasme commun que nous exprimons à voix déployées. L'effet se prolonge bien au-delà du paroxysme, laissant nos corps à vif ; le moindre mouvement nous faisant du bien.

Puis il me quitte, basculant sur le flanc. Je viens caresser son visage encadré par les lourdes mèches blondes.

"Tu ne m'en veux pas... de t'aimer ?..."

"Non."

"Je ne pensais pas qu'entre dragons l'on puisse si bien s'entendre..."

"Ce genre d'affinités crée des liens."

Toute notre ferveur l'un pour l'autre passe dans le regard et les sourires. Je l'embrasse sur tout le visage : "Je t'aime, Rhadamanthys..."

Il se tait pour mieux apprécier la portée de la confession, sans se départir de son sourire.


(*) "Bonne nuit" en norvégien