Chapitre principalement dédié à Lune De Neige et à son OC. Enjoy ! : ))
Chapitre 35 : Mémoire de Sphinx
Solène fut remplie de joie en distinguant une silhouette reconnaissable. Elle n'avait pas quitté ses appartements depuis trois jours à peu près - la notion de temps étant une donnée floue aux Enfers. Elle avait solide appétit par contre. Les femmes vêtues de noir l'impressionnaient.
Minos se posa sur le balcon et elle se précipita pour en ouvrir la fenêtre, laissant entrer le Griffon ailé.
"Comme vous m'avez manqué !..."
Un sourire tendre vint se dessiner sur les lèvres, d'ordinaire cruelles, du Griffon.
"J'ai été informé que tu seras présentée à la prochaine lune de sang."
Yeux ronds en face.
"Dans quelques heures." crut bon de préciser Minos.
Elle paniqua, ce qui parut amuser le Griffon.
On frappa à la porte et les femmes vêtues de noir ployèrent toutes le genou devant cet homme blond qui s'avançait. Solène ne l'avait encore jamais vu. Il dégageait quelque chose d'incroyablement puissant, regard vrillant jusqu'à l'âme pour la faire paraître nue, rictus terrible sur le visage. Il était vêtu d'une robe tombant jusqu'aux chevilles, filée d'un tissu dont on ne trouvait nulle équivalent sur Terre, extrêmement fluide - ce tissu était en fait de la texture de la soie, sans la brillance, extrêmement agréable à porter. Tous les vêtements des Enfers étaient fabriqués à partir de cette matière première, provenant elle-même des vers immondes que l'on élevait, aux abords de la cinquième prison.
Minos ploya également le genou et Solène nota à quel point la salutation était faite à contrecœur. Elle imita la posture de Minos.
"Hypnos Sama."
"Griffon. Nous avons un compte à régler mais... il semblerait que ce soit pour plus tard. Notre Seigneur va d'abord juger ce que tu as trouvé judicieux de ramener là."
Solène serra le poing : l'arrogance du nouveau venu lui était insupportable mais elle considérait les égards auxquels il avait droit : un Juge venait de ployer le genou devant lui et associait un titre de politesse au nom... il valait mieux être prudente.
Le regard de Minos brûlait de hargne. Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Le nouvel arrivant semblait s'en moquer éperdument.
"Dis moi... te divertit-elle au même titre que Léviathan ?..."
Minos choisit d'ignorer la question, ne souhaitant pas entrer dans un tel débat avec Hypnos.
Un petit rire vint secouer les épaules du dieu du Sommeil, tout en tournant les talons pour quitter les lieux.
Minos ne desserrait pas les dents.
"Qui est-ce ?..."
"Quelqu'un que mes frères et moi ne portons pas dans notre cœur, comme tu as pu le constater."
"Son titre ?..."
"Hypnos est... un dieu. Le dieu du Sommeil pour être précis. Il possède un jumeau, Thanatos, dieu de la Mort."
"C'est bien compliqué par chez vous !..." s'amusa brièvement Solène.
"Tu t'y feras vite." trancha Minos, pas vraiment d'humeur à plaisanter avec ce genre de choses. Il claqua des doigts et des femmes en noir vinrent s'occuper de Solène, la préparant en vue de sa présentation au Seigneur des Enfers.
Solène tremblait sur ses appuis mais une aile bienveillante du surplis de Minos lui donna le courage nécessaire pour s'avancer au milieu de la multitude des Spectres. Elle fut soulagée de rencontrer mon regard, appuyé d'un petit sourire mais fut saisie d'angoisse en découvrant les visages sévères des dieux Hypnos et Thanatos.
"Le Seigneur Hadès." annonça Pandora.
Il fit son entrée, remarquée comme à l'ordinaire. Sa face ressemblait à du marbre pur, taillé. Ses yeux brillaient d'une incandescence émeraude. Sa longue chevelure ébène était semblable à de la soie sombre. Il prit place sur son trône tandis que tous, Solène comprise, baissaient la tête avec déférence.
"Approche." la voix tonnait, frappante d'autorité.
Solène sentait ses genoux se dérober sous elle au moment de se lever. Elle manqua de se prendre les pieds dans la longue robe dont on l'avait parée.
"Comme beaucoup le savent, Pharaoh de l'Étoile de la Bestialité du Sphinx nous a quittés."
"Ces titres à rallonge..." songeait Solène avec une irrésistible envie de rire.
On apporta le surplis du Sphinx. Ce dernier était tout bonnement somptueux. Il possédait également cet aspect monstrueux. Le surplis comprenait une lyre ancienne nommée benet. Solène s'affola : elle ne connaissait que la base du solfège !...
Son regard bascula du surplis sur Hadès, incapable d'en détacher les yeux une fois fixés sur lui. De sa vie d'humaine, elle n'avait jamais vu un être aussi magnétique !...
"Avance ta main."
Les doigts de Solène tremblaient et il y eu un superbe arc électrique lorsqu'ils entrèrent en contact avec le surplis, projetant légèrement Solène en arrière. De même, la lyre se mit à jouer quelques notes menaçantes.
Minos grimaça. Le surplis était visiblement quelque peu réticent. Il portait encore la colère de Pharaoh en lui. Hadès lui-même en plissa légèrement les yeux. Hypnos et Thanatos ricanaient dans leur coin, ravis de la tournure des événements.
Aiacos grimaça : "Tu l'as vraiment mal enseignée, Minos."
Le Griffon porta un regard noir au Garuda.
Solène se dit que si elle se laissait désarçonnée maintenant, c'en était terminé de sa réputation !... et elle ne souhaitait pas donner pareille image à Hadès. Déterminée et concentrée, elle avança une nouvelle fois la main et le surplis émit alors un éclat de cosmos avant de voler en éclats pour venir la revêtir. Ma foi, elle avait fière allure !...
"Une véritable prêtresse de l'Égypte antique." s'amusa Hadès.
Elle ploya le genou devant lui.
"Bienvenue dans nos rangs, Sphinx."
"Gloire à vous, Seigneur Hadès." déterminée.
"Je te ferai mander lorsque l'envie d'écouter le son de ta lyre me prendra."
Là, elle paniqua.
"Je charge..." regard parcourant les rangs de ses troupes. "Thanatos de t'enseigner le solfège des Enfers..."
Thanatos faillit s'étouffer de rage.
"... ainsi que Kagaho pour ce qui relève des techniques de combat."
Encore un qui manqua de s'étrangler avec sa salive !... décidément, la journée était riche en étranglements en tout genre !... j'en ricanais mais plaignais Solène du fond de l'âme, de devoir se coltiner ces deux terreurs !... Hadès était décidément surprenant dans ses choix !...
La séance était levée et nous discutions joyeusement. Kagaho tentait en vain de faire revenir Hadès sur sa décision mais le dieu des Enfers était du genre inflexible. Thanatos ruminait dans son coin, sous le regard narquois de Hypnos.
"J'espère que ça va bien se passer..." en observant sa lyre.
"Disons que ce serait plus efficace si Thanatos y mettait de la bonne volonté..." dis-je, un peu sceptique.
"Deux choses ne vont pas ensemble dans ta phrase, Léviathan : 'Thanatos' et 'bonne volonté'. Ça grince comme du sable sous la dent." ricanait le Garuda.
Je lui adressais une tape sur le surplis, projetant quelques étincelles lors du choc. Mais il rit d'autant plus fort.
"Je suis sûre que Solène va les apprivoiser. Enfin... du moins Kagaho."
"Oui parce que Thanatos..." renchérit Minos.
"Un conseil avisé : méfie toi de Thanatos."
Solène soupira. Elle n'avait visiblement pas imaginé sa vie aux Enfers ainsi.
"Elle ne s'y plaît pas."
Je levais la tête sur le Griffon qui prenait le frais à la fenêtre de son palais, brise putride jouant avec les pans de sa chevelure argentée.
"Comment ?"
"Solène. Elle ne se plaît pas ici."
"En même temps... avoir pour instructeurs Thanatos et Kagaho... je la comprends !..."
"Peut-être n'était-elle pas prête..." monologuait le Griffon.
Je m'en approchais, glissant les mains le long des bras croisés du Griffon, placée dans son dos, respirant le parfum suave de sa chevelure. "Il est vrai que j'ai eu de la chance d'avoir trois Juges très attentionnés pour m'accompagner dans ce voyage..."
Il en sourit.
"Elle a de la volonté, Minos. Tu l'as bien vu avec son surplis."
"Oui. Je m'inquiète sans doute pour rien."
Thanatos fulminait, tournant en rond comme un dieu en cage, sous l'œil amusé de Hypnos, tasse à la main.
"Calme toi, Thanatos."
"Que je me calme ?!" se crispait son jumeau.
"Après tout, ce n'est l'affaire que de quelques heures. Et elle semble plutôt attentive."
"Tu souhaites t'en charger, Hypnos ?!" hargneux.
Petit rictus terrible sur les lèvres du dieu blond. "Je te laisse bien volontiers cette tâche, Thanatos."
Minos conduisit Solène jusqu'à la porte. Elle tenait sa lyre en main. Il frappa et la fit entrer sur un appel aboyé par Thanatos.
La jeune Spectre demeura un instant immobile devant les lourdes portes venant de se refermer sur elle, serrant son instrument contre elle comme un doudou.
Thanatos s'installa sur un tabouret, derrière une partition, lyre à la main.
"Qu'attends-tu ?!"
Solène regagna le tabouret libre, n'osant pas défier du regard la colère du dieu aux cheveux couleur ébène.
"Apprends avant toute chose que cela ne me plaît guère d'être ici."
"Je l'avais bien compris."
"Plus vite tu apprendras, moins les séances seront pénibles."
"Vu."
L'aplomb de la jeune femme coupa un instant le souffle au dieu de la Mort qui se reprit bien hardiment. "Sois attentive. Notre Seigneur souhaite que nous jouions sans partitions."
"Exigeant, le Hadès !..." songea Solène, l'image du dieu lui revenant soudain à l'esprit.
"Ta lyre est une lyre ancienne, de basse-Egypte, que l'on nomme benet."
Solène manqua de pouffer en songeant à un jeu de mots terrible.
"Ton instrument possède onze cordes, ce qui rend sa maîtrise compliquée" lui fit noter le dieu. "Je vais t'enseigner une des mélodies que notre Seigneur préfère. Ce sera à toi d'improviser pour la suite."
"Rien que ça ?..." songea Solène avec une moue terrible.
Solène était sortie épuisée de son cours avec Thanatos. La tension nerveuse permanente lui vaudrait de belles crampes, notamment au niveau de la nuque. Elle aurait souhaité se plonger dans un bon bain chaud pour se détendre. C'est à cet instant que, dans un tourbillon de flammes noires, le Bénou se présenta à elle. "Tu n'as pas encore enfilé ton surplis ?!" aboya-t-il aimablement.
"Je sors d'un..."
"QU'ATTENDS-TU ?!" la coupa-t-il, regard mauvais.
Solène fronça, poings serrés, nerfs déjà mis en pelote par le cours donné par Thanatos.
Le Spectre la saisit violemment par les épaules, la secouant fortement. "HO ! Ce n'est pas le moment de rêvasser !"
Solène inspira avant d'exploser : "Si tu étais humain, je t'aurai logé mon genou directement dans un endroit bien placé, Monsieur l'impatient !"
Kagaho cligna, tant sur le fond que sur la forme, peu habitué à rencontrer de la résistance. Il relâcha même ses épaules sur le moment, se grattant légèrement le bout du nez, ne sachant quel comportement adopter.
"Bon... je t'attends sur le parvis." passant son chemin.
Solène le regardait s'éloigner, ailes magnifiques repliées dans son dos. "Voilà qui est mieux." soufflé pour elle.
Solène s'approchait prudemment de son surplis. Le touchant du bout des doigts, elle sentit un léger frémissement avant que le surplis ne vole en pièces pour l'en recouvrir. Bien. Elle percevait déjà un certain ajustement entre son esprit et le cosmos du surplis. Souriante et encouragée, elle quitta la pièce, rejoignant le Spectre du Bénou sur le parvis du palais.
Ce dernier ne desserrait pas les dents. "Tu en as mis, du temps !..." grogna-t-il.
"Les femmes mettent toujours plus de temps à se préparer." rétorqua-t-elle sans se départir de son sourire.
Le Spectre sombre roula des yeux avant de déployer ses ailes.
"Minute !... je n'en ai pas, moi, des ailes."
Bénou se retourna à moitié, sourire cruel aux lèvres : "C'est ton entraînement, pas le mien. Tâche de ne pas me perdre de vue."
Sur un saut monumental, il s'élança dans les airs, forçant Solène à courir sans le quitter des yeux, essuyant les obstacles qui se dressaient sur sa route, pestant ouvertement après le Bénou !...
Kagaho prit pied sur une plateforme haute perchée, bras croisés, attendant Solène. Cette dernière apparut enfin, essoufflée. Il en ricana, la toisant de haut : "C'est navrant."
Solène avait la gorge sèche, ce qui la fit tousser.
"Mets toi en garde, allez !..." grogna le Bénou.
"Me mettre... en garde ?..."
"Laisse faire ton surplis."
"Comment ça ?..."
Le Bénou soupira : "Laisse monter en toi son instinct combattif."
Solène se concentra. Tout ceci était bien nouveau pour elle !... elle sentit soudain une bouffée de haine éclater en elle, ramenant tous les mauvais souvenirs de sa vie passée.
Elle frappa sans vraiment le vouloir ; poing bloqué par le Bénou qui l'observait en souriant. Il fallait dire que lorsqu'il arborait un sourire, il était charmant !...
Solène cligna, comme ramenée à la réalité.
"C'est cette flamme de haine qu'il te faut entretenir."
"Toi aussi, ton surplis fait remonter en toi les pires souvenirs de ta vie humaine ?..."
Le sourire du Bénou prit un tout autre tour : "Je n'ai pas besoin que mon surplis me les rappelle. Je vis constamment avec cette haine."
La jambe de Solène partit frapper à hauteur de côtes son adversaire improvisé. Ce dernier para l'attaque avec une facilité déconcertante.
"Le cosmos, ça te parle ?..."
"Vaguement."
"Il vaudrait mieux car il s'agit de ta prochaine leçon." faisant rugir des flammes noires autour de lui.
Solène s'éloigna.
"Attaque moi !"
Hypnos se présenta devant Pandora : "Pandora."
Elle ploya le genou, tétanisée comme chaque fois lorsque le dieu du Sommeil ou son frère se présentait devant elle.
"Hypnos Sama ?..."
Le dieu blond prit place dans un fauteuil disponible, l'observant du coin de l'œil.
"Pandora. C'est bien toi qui diriges les armées de notre Seigneur, pas vrai ?..."
"Oui..." ne sachant pas où il souhaitait en venir.
"Il est nécessaire de rappeler à chaque subordonné la place qui lui est assignée."
Pandora demeurait silencieuse, attentive.
"Rhadamanthys a besoin constamment qu'on lui rappelle sa place. Et c'est à toi que revient cette charge, Pandora."
"Rhadamanthys n'a pas eu d'écart de conduite, il me semble, Hypnos Sama..."
"Rappelle toi qu'il est devenu extrêmement puissant. De plus, Léviathan n'est pas fiable, pas plus que Valentine." posé.
Pandora se fit violence pour ne pas rétorquer le contraire au dieu du Sommeil.
"Il en va de ton autorité, Pandora."
La Terre, enfin ! je suffoque aux Enfers !... et je regrette que nous ayons dû y laisser Solène. Minos s'inquiète également, je le vois. Notre bel argenté est fort nerveux, tordant ses élastiques ou martyrisant un pan de cheveux.
"Vraiment... tu devrais briser quelques corps, cela te calmerait." lâche Aiacos, scrutant l'aîné.
"Oh, ne me donne pas de telles idées, Lillebror !... Je serai capable de faire du zèle."
Non loin de Los Angeles, pendant ce temps :
"Avez-vous pu décrypter les données ?..."
L'homme est gras. Des yeux porcins.
"Pas totalement, Monsieur, mais il semblerait que les noms relèvent de personnes décédées."
L'homme se gratte le menton, dubitatif. "J'ai toujours su que cette affaire était louche."
