Chapitre 38 : Des cris dans le silence
Minos suivait d'un œil distrait la longue procession des âmes, passant les lourdes portes du Tribunal silencieux. Des murs n'émanaient que les sentences prononcées par Rune du Balrog, du haut du pupitre. Le Procureur, tenue d'office de rigueur, était méticuleux et efficace. Minos se laissait bercer par la voix tant connue, paupières abaissées, sourire fin.
D'un mouvement d'ailes, il pénétra à l'intérieur de la vaste salle, apparaissant devant son Procureur, ébahi.
"Minos Sama ?"
"Markino. Ferme les portes du Tribunal, tu veux ? Il y a suffisamment d'âmes en souffrance ici."
"Bien, Minos Sama." dit un garde squelette de petite taille.
Minos me souleva par la taille pour me hisser en un battement d'ailes de son surplis en haut du pupitre. Rune baissait la tête devant le Griffon.
"Rien à signaler durant mon absence, Rune ?"
"Rien, Minos Sama."
Le Procureur lève un regard circonspect sur moi.
"Tu connais Léviathan, Rune ?"
"Il me semble l'avoir déjà vue, oui."
"Bien." s'installant confortablement derrière le pupitre. "Gâte la, Rune."
Le Procureur sonde du regard son compatriote. "Minos Sama ?..."
"N'as-tu pas entendu mon souhait, Rune ?"
Le Balrog m'adresse un regard incrédule. Je me contente de hausser les épaules avec un sourire.
"Comme il vous plaira, Minos Sama."
"Ici, Rune. Tu la gâtes ici, sous mon regard." précise Minos, jambe battant dans le vide, pli du genou placé sur l'accoudoir du fauteuil, doigts soutenant sa tempe droite, regard brillant de perversité.
Le Balrog me fixe. Il est définitivement bel homme : élancé, longs pans de cheveux blancs pendant de part et d'autre de son visage, regard dur, air sévère.
"Souhaites-tu le mode d'emploi, Rune ?" s'impatiente Minos, tout en s'amusant.
Nous nous empoignons du regard.
"Comment souhaitez-vous que je procède ?" me demande-t-il délicatement.
"Ah ta ta ta ! tu ne lui parles pas, tu agis, Rune."
Le Balrog clôt les paupières, agacé par le jeu de Minos.
"Que ce soit clair : je ne veux entendre que des cris de plaisir. Je veux que tu flattes mes sens et les siens, Rune. Je veux mourir d'envie en vous regardant. Penses-tu que ce soit dans tes cordes, Rune ?"
"Je ferai tout et même plus pour vous plaire, Minos Sama."
"Bien. Alors je t'en prie. Donne nous du plaisir. Fais monter ses cris et les tiens jusqu'à mes oreilles. Offre à mon regard ce qu'il est venu chercher."
Rune acquiesce, montant deux mains jusqu'à mon visage, se penchant sur moi pour un baiser des plus langoureux. Ce goût nouveau... ma foi, fort agréable... Il sait définitivement y faire. Je m'accroche des deux mains à la robe de Juge.
Minos nous observe, regard brillant d'une terrible lueur à la fois envieuse et jalouse.
"Godt." (*)
Séparée, je m'en pourlèche les lèvres.
Mes mains caressent le surplis, sur la robe. Les angles sont rudes.
Rune n'a de cesse de chercher le regard de Minos et, le trouvant, subit un nouveau coup de fouet aux reins.
Se laissant couler en bas, il me défait de ma tenue, observant ce sexe qui lui est inconnu. Des pouces, il cherche la moiteur et, intrigué, y goûte, plaçant une jambe sur son épaule.
Je geins, lèvres fermées.
Minos apprécie ma résistance, imaginant aisément les coups de langue donnés par le Procureur. Il en sourit d'autant plus, corps marqué par l'excitation montante.
"Suveren." (**) laisse-t-il échapper.
Je laisse basculer la tête en arrière, cheveux venant flatter le creux des reins.
Minos s'en lèche un instant les lèvres comme si c'était lui qui m'avait en bouche.
Mes sons finissent par triompher de mes lèvres closes.
Minos change souvent de position, ce qui témoigne de son émoi, corps chamboulé par le spectacle. Il doit se faire violence pour ne pas y prendre part.
Rune me gâte royalement. Si bien qu'un premier orgasme m'emporte.
"Parfait. Et maintenant, que vas-tu nous offrir, Rune ?..." questionne Minos, impatient.
Le Procureur soulève sa robe, défaisant le surplis, donnant sur un sexe gonflé de désir.
Je le fais s'installer sur une chaise proche et le chevauche, lui arrachant un son qu'il parvient à étouffer in extremis.
Je bascule des hanches sans attendre, dans une chevauchée qu'on pourrait qualifier de sauvage.
Rune finit par laisser échapper des sons lourds, incapable de se contenir plus longuement.
Minos jouit de la vue, oreilles flattées, corps chamboulé.
Rune rend les armes après une bataille rondement menée, voix frappant les murs nus de la vaste salle avec plusieurs âmes pour témoins !... l'offense ultime !...
"Ce fut... une joute de qualité. Merci."
Minos se lève et se défait, excitation marquée.
"Rune, tu as bien mérité ta récompense." l'invitant à le prendre en bouche.
Le Procureur ploie les genoux devant son Juge, le gâtant outrageusement. Minos laisse ses expressions enfler dans sa gorge pour les laisser éclater l'instant d'après, se livrant tout entier dans la bouche de Rune, suffoquant de plaisir interdit.
De retour sur Terre, dans les locaux de la startup :
"Je trouve la X6 de chez BMW superbe !... mais te connaissant, tu vas vouloir rester fidèle à la marque au Trident... Je me demande d'ailleurs de qui ça te rapproche plus : Pandora ou de Kanon..." taquin sur le dernier point.
"Et mon poing sur la figure, ça te rapprocherait un peu plus des étoiles, Garuda ?" même ton.
"Bon, très bien. Essayons les deux modèles dans ce cas. La X6 et la Levante de Maserati. Je prends rendez-vous." filant dans son bureau.
Ils sont absolument adorables lorsqu'ils prennent soin l'un de l'autre !...
Arrive le Griffon, visage joyeux, suspendant son pardessus printanier sur un cintre.
Je m'en approche, l'enlaçant, placée dans son dos. Il apprécie et le manifeste par un soupir conquis, main venant caresser les miennes, doux. Mon nez vient se perdre dans les mèches argentées, délicatement parfumées.
"Mon beau Griffon."
Il en sourit davantage. "Que me vaut pareil honneur ?..."
"Une envie de te dire combien tu me plais."
"Tu m'en vois sincèrement flatté."
"Tu viens souper chez moi ce soir ?..."
"Hmm... avec grand plaisir."
Je le laisse se retourner et note qu'il a une grande envie de m'embrasser. Il le fait, sagement, du bout des lèvres avant d'exiger plus de moi ce soir.
Pendant ce temps, aux Enfers :
"Hypnos Sama vous fait demander."
Cette fois, ce n'est pas l'ignoble Zélos qui se présente à Solène mais Cheshire. Le garçon est beaucoup plus attrayant au regard avec ses manières félines que le rampant Zélos.
"Cheshire, c'est ça ?..."
"Oui. Je ne savais pas que j'étais aussi célèbre." air bravache, mains sur les hanches.
Solène vient caresser la tête de cheveux blancs. Cheshire en miaule de satisfaction.
"Conduis moi chez Hypnos, tu veux ?"
"Suivez moi !..."
En chemin : "Cela fait longtemps que tu es un Spectre ?..."
"Une éternité, en fait." amusé.
"Ah !..."
"Je vous laisse ici. Je n'aime pas m'approcher de trop près des dieux jumeaux. Bye !..." en l'abandonnant devant une porte. Solène le salue et frappe.
Une femme en noir ouvre et l'introduit auprès du dieu qui prend son thé.
"Je t'en prie, installe toi." lui intime le dieu du sommeil.
Solène prend place, vêtue d'une robe conçue spécialement pour Hypnos. Le dieu blond ne se prive guère pour la détailler. "Très joli."
"Heureuse qu'elle vous plaise."
"J'ai quelque chose pour toi."
Une femme en noir vient porter un mannequin couvert d'un voile sombre.
Hypnos se lève tandis que la femme en noir dispose. Comme s'il s'agissait d'une œuvre d'art, Hypnos soulève le pan de tissu, dévoilant une superbe robe sombre, à bustier entièrement fait de dentelle, fines bretelles ciselées et volants faisant penser à des nœuds satinés lisses et imprimés. Solène est incapable de refermer la bouche tant la robe est magnifique. "Pour moi ?..." bredouille-t-elle, incrédule.
"Mais oui." annonce calmement Hypnos. "Tu as fait de grands progrès en peu de temps, que ce soit aussi bien dans l'art du combat que dans celui de la musique."
"J'ai... progressé dans le combat ?... mais comment... ?..."
"Le Bénou l'a laissé entendre voilà quelques jours."
"Celui-là alors !..."
"Par ailleurs, j'ai demandé au Seigneur Hadès son autorisation pour que tu puisses te rendre sur Terre."
"Merci mais... pourquoi tant d'égards ?..."
"T'en plains-tu ?"
"Non. Non !..." soudain gênée par sa question.
"Je souhaite simplement que tu évites nos Juges et celle qui leur sert de... divertissement." expression de dégoût appuyé sur le terme.
"Vous... parlez de Léviathan, n'est-ce pas ?..."
"Oui."
"Pourquoi ?..."
"Disons que... Minos m'a joué un tour à sa façon, ce que j'ai très peu apprécié."
"Je comprends mais... il serait plus judicieux que tout le monde s'entende, vous ne pensez pas ?... et puis... j'ai besoin de compagnie sur Terre..."
"Tu as une foule de mortels pour ce faire. Tu peux t'amuser avec n'importe lequel d'entre eux, si tu le juges nécessaire. Et même les tuer." posé.
"S'il vous plaît... laissez moi au moins me joindre à Léviathan..."
"Qui dit Léviathan, dit Juges. Et c'est non."
"Mais..."
"Par Hadès, tenterais-tu le dieu que je suis ?!" brusque, regard mauvais.
Solène baissa le regard, chagrinée.
"Léviathan ne vaut guère mieux que nos Juges."
"Peut-être mais elle fait partie de nos armées. Je vous demande simplement d'y réfléchir... sans vous fâcher."
Hypnos soupira : "Soit. Passe encore pour Léviathan mais ne t'approche pas des Juges. Sous aucun prétexte. C'est compris ?"
"Oui." petite voix triste.
Sur Terre, c'est l'agitation :
"Magne un peu, DaDa !..."
"Cos. Je déteste ce surnom." grogne la Wyverne, attrapant sa veste.
"Tu viens avec nous, Léviathan ?"
"Pourquoi pas..."
Nous voici en route pour les concessionnaires. Aiacos énumère patiemment et en détails les caractéristiques techniques de chaque véhicule. Rhadamanthys ne l'écoute que d'une oreille.
BMW. La Wyverne chemine entre les modèles d'exposition, s'installant au volant de l'imposant X6, jugeant le confort. Aiacos s'entretient avec le commercial, se permettant quelques petites blaguounettes du genre : "Ce véhicule est capable de faucher combien de personnes en une seule fois ?..."
Je rejoins la Wyverne. Ce dernier recule le siège pour juger de l'espace, me regardant, goguenard : "Tu penses qu'il y a suffisamment d'espace pour y faire confortablement l'amour ?..."
Je rosis des joues, frappant son bras : "Arrête !..."
"C'est sérieux comme question. Je dirai même primordial." sur sa lancée.
Je me détourne et il m'attrape contre lui, venant s'amuser dans mon cou.
Le commercial nous observe d'un air circonspect. Aiacos soupire. "Bien. Tour d'essai ?"
Nous voici sur le périphérique, Rhadamanthys au volant, flanqué du commercial, Aiacos et moi sur banquette arrière.
La conduite de Rhadamanthys est aussi souple qu'audacieuse, se faufilant entre les véhicules, donnant des suées froides au commercial qui s'éponge à l'aide d'un mouchoir.
"Ah, ne vous en faites pas. S'il nous arrive quelque chose de fâcheux, nous vous ferons notre meilleure offre."
Le commercial lui adresse un sourire de commande, pensant qu'il évoque un quelconque dédommagement financier alors qu'il en était à désigner clairement l'au-delà tenu par son Maître Hadès.
Puis c'est au tour de Maserati de faire les frais des extravagances des Juges. Visiblement, Rhadamanthys a une grande affection pour la marque.
"Enfin, rouler en Allemande, ça reste le must !..." souligne Aiacos, s'attirant un regard noir du commercial.
"Moi, les Allemandes, je leur réserve un tout autre sort." regard explicite venant se poser sur moi.
Aiacos rit et frappe l'épaule solide de la Wyverne : "Par les ailes du Garuda, tu es en grande forme aujourd'hui, DaDa !..."
Nous voici installés dans la Maserati Levante. Rhadamanthys y retrouve ses habitudes, sourire plaqué au visage tandis qu'il roule.
"Vraiment... il n'y a pas à hésiter."
Le commercial s'en frotte les mains.
"Tu es saoulant, DaDa."
"Toi aussi, à utiliser ce surnom, Cos."
"Changement d'habitudes, ça te parle ?" foulant la porte des locaux de la startup.
Minos, resté au bureau, voit la mine défaite du Garuda et s'en amuse : "Échec cuisant, Garuda ?... je te l'avais pourtant dit !..."
Devant la machine à café, Rhadamanthys laisse son regard doré s'appesantir sur moi, n'omettant rien de ce qui lui est donné à voir, notant avec délice que je porte un des hauts qu'il m'avait offert lors de notre virée britannique.
"Libre ce soir ?..."
"Avec le Griffon."
"Devancé. Quel dommage..."
"Demain ?..."
"Passe à l'appartement."
"Envie de quelque chose avec Valentine ?..."
"Nous verrons selon l'humeur." se servant un café.
Minos s'admire, attrapant le bouquet et les chocolats de prix. Le voici en route pour mon domicile, pensées vagabondes et élan charnel au corps.
Il sonne, entre et me tend les présents, admirant la robe dont je me suis parée, s'en pinçant les lèvres.
"Tu souhaites nous déshabiller de suite, Griffon ?..." taquine.
"Oh, ne me tente pas !..."
Nous passons à table. En cours de repas, j'attrape sa main, croisant mes doigts entre les siens.
"Je peux te faire une confidence, Minos ?..."
Il pose son menton sur la paume de son autre main, regard langoureux : "Je suis tout ouïe, Léviathan."
"Je ne me suis jamais sentie aussi bien que maintenant. Aussi... accomplie."
"Parfait." doux.
"C'est grâce à vous trois."
Il fait une petite révérence sur le devant, avant-bras retenant les pans de ses cheveux.
"Remercier un Juge suprême des Enfers... quel paradoxe !..." souligne-t-il, souriant.
"Je me suis trop longtemps cherchée, Minos. Je me suis épuisée à tenter de comprendre pourquoi j'étais ainsi faite..."
"Admirablement faite." sourire coquin.
J'ouvre les chocolats.
"Si nous les dégustions sur ton canapé ?..."
Je lui souris et nous cheminons jusqu'à la seconde pièce, prenant place sur le canapé, devant les panneaux en bambou, dans le cadre intimiste de cet espace sans fenêtre, proches, bras du Griffon le long du dossier, main venant caresser mon épaule nue, appréciant le velouté de la peau.
"Ma foi... divin !..." dis-je, goûtant l'un d'eux.
"Sa réputation n'est plus à refaire."
"Je veux de l'inédit, ce soir..."
"Tu veux... de l'inédit." répété, désir chevillé au corps, manquant de le soulever tout entier.
Il lance ses fils, les accrochant aux pans de ma robe pour la soulever délicatement, dévoilant là des dessous très féminins.
"Tu ne cesseras jamais de me régaler, Léviathan."
"Ce n'est que le début..."
"Oh..." ravi, regard brillant de convoitise.
Je me lève, quittant ma robe pour me présenter à lui dans de la dentelle mauve.
Il suit mes mouvements des yeux, sans omettre aucun détail.
Je me plaque audacieusement au mur, lui présentant mon dos, oscillant des hanches pour l'inviter.
Il ne se fait ni attendre, ni prier, me rejoignant pour plaquer son corps au mien dans une danse lascive. Nos respirations se détraquent rapidement tant le contact est exquis.
Il rend captifs mes poignets au moyen d'un seul fil, les suspendant au-dessus de ma tête, œuvrant d'une seule main sur mon corps, parcourant la peau sans relâche, geignant de délice dans mon cou, terriblement attisé. La main se fait de plus en plus audacieuse, voyageant sous les dessous irrésistibles dans un appel sans équivoque. Le souffle se fait plus rauque et je l'entends qui se défait de ce qu'il porte à mesure jusqu'à se retrouver en caleçon dans mon dos, poursuivant nos danses du bassin. Délicatement, des fils viennent me faire quitter ce que je porte. Pour Minos, l'exercice demande une certaine application dans les gestes, ce qui ne fait qu'exacerber son désir. En quelques tours de main, nous voici nus, oscillant de concert sur des sons lourds. Quel bonheur de le sentir surtendu entre mes fesses, caressant à souhait. Soudain, mes jambes deviennent l'objet de ses jeux, les écartant à loisir.
"Ouiiii... Minos... plus haut, Minos... plus... haut !..."
Je ne contrôle plus rien et il me renvoie son souffle dur en réponse, dans un état d'excitation extrême, me visitant enfin dans un rauque terrible. Je joue de belles contractions autour de lui, ce qui le fait palpiter à loisir : "Délicieux... au possible..." voix cassée de plaisir, appréciant les ondes qui lui traversent le corps entier.
Il m'immobilise totalement grâce à sa prise sur ses fils, prenant le contrôle des mouvements, et opte pour une lenteur volontairement exaspérante, nous soutirant un plaisir inouï.
"Appel... ton... surplis... Minos... app..."
Un éclat de cosmos m'indique qu'il vient de le revêtir, s'étant retiré le temps d'un instant. Deux ailes puissantes viennent se refermer sur moi, par l'avant, corps reposant contre elles dans un arc parfait qui permet un balancier effroyablement efficace. Je geins fort lorsque mes fesses viennent heurter le bas-ventre du Griffon alors qu'il reprend place en moi et repart pour des mouvements plus amples et vifs, faisant claquer nos peaux moites l'une contre l'autre, appelant là les dernières forces de notre résistance. L'orgasme monte inévitablement, faisant battre cœurs et tempes. Je cède avant lui mais il me suit de près dans un magnifique rauque de puissance couvée, tremblant sur ses appuis.
La joute nous laisse pantelants, sourires s'entendant à travers nos souffles.
"Par... Hadès..."
"Hmm mmm... tu peux... le dire..."
"Sais-tu que... tu es... magnifique... au-delà des... mots... Léviathan ?..."
"Ton... compliment me... touche... Griffon..."
Il me libère enfin jambes et poignets, caressant mon dos avant d'y laisser courir ses lèvres, épris.
Le lendemain soir, je débarque à l'appartement des Juges. Aiacos est de sortie avec Minos.
Valentine est aux fourneaux. Je l'y rejoins, l'embrassant avec tendresse.
"Vas t'installer, Léviathan. Je termine le dressage."
Dans le séjour, Rhadamanthys se débat avec les papiers de sa future acquisition.
"Submergé, Juge ?..." taquine.
"Je gère mieux les dossiers des âmes à juger que la reprise d'un véhicule. C'est fou, non ?..."
"Pas tant." me penchant vers lui.
Il attrape mes lèvres dans un baiser délicat.
"On ne peut pas exceller dans tous les domaines."
"Il y en a un pourtant que tu as beaucoup perfectionné." m'effleurant de ses lèvres généreuses.
"A taaable !..." nous taquine Valentine, servant des entrées froides.
"J'aurai dû le mettre dehors. Nous aurions été plus tranquilles." me dit Rhadamanthys.
"Maître !..." s'insurge Valentine, finissant par sourire devant la moue taquine de Rhadamanthys.
Le repas se passe dans une bonne ambiance.
Nous regagnons le canapé pour y terminer le repas par une crème glacée et des cafés. La Wyverne a droit à son verre de whisky. Nos regards, à Valentine et moi-même, ne cessent de dévier sur le corps de la Wyverne ; corps que nous convoitons tous deux. Rhadamanthys en a largement conscience et s'en amuse : "Comptez-vous vous jeter sur moi ?"
"Possible." en amorçant une caresse de la main sur la cuisse renflée.
Valentine se pelotonne littéralement contre le corps solide de la Wyverne avec un léger ronronnement de contentement : "Nous ne sommes pas inquiets pour la suite, Maître. L'expérience a montré que vous êtes parfaitement capable de nous satisfaire tous deux."
Rhadamanthys arbore un sourire presque tendre, ses yeux couleur or venant se parer d'une teinte étrange. L'heure des confessions...
"J'ai quelque chose à t'avouer, Léviathan."
Je me redresse pour mieux le regarder - le savourer serait un terme plus juste !... il est... magnifique, par Hadès !... ce regard... ce sourire... cette posture... ce visage et ses particularités... ce corps solide... la tête m'en tourne !...
"Il est faux de penser que Minos t'avait repérée le premier. J'avais les yeux fixés sur toi depuis un bon moment déjà."
"Tu me... regardais depuis les Enfers, Rhadamanthys ?..." surprise au possible.
Il rosit adorablement des joues. "Oui. Lorsque Minos est venu me parler de toi, tu n'étais déjà plus totalement étrangère à mon regard."
J'en souris large. "Rhadamanthys..."
"La partie était pourtant loin d'être gagnée... le charme évident de Minos... voilà une arme ardue à contrecarrer..." laissant ses doigts se promener sur mon visage, pouce traînant joliment le long de mes lèvres.
Mon ventre se tord joliment d'envie. "Là... je meurs d'envie de toi... tu en as conscience, Wyverne ?..."
"Oui."
"Et toi, Valentine ?"
"Cela irradie de tension dans tout le bas-ventre." sur un sourire plein d'aveux.
"Toi ?" à Rhadamanthys.
"Val a assez bien résumé la situation." souriant.
Sur un mouvement doux, je l'enfourche. Son regard se fait trouble, envie s'y reflétant. Lentement, je bouge des hanches contre lui, flattant le renflement déjà marqué. Il en geint sans ouvrir la bouche, laissant passer des soupirs parlants, accompagnant chaque butée contre lui, menton se levant progressivement.
"Vois cela, Valentine..."
"J'admire, Léviathan. Crois bien que je n'en manque pas une miette."
"Je m'en doute." douce, venant jouer du nez contre celui de mon Prince. Rhadamanthys happe mes lèvres puis le baiser dérape, devenant furieux de désir, laissant passer des sons lourds qui éveillent à eux seuls nos trois corps. Un étau m'étreint les reins, corps chamboulé.
"Wyverne... tes sons..." folle de lui.
Il pose les mains sur mes hanches, imprimant une toute autre cadence aux mouvements, faisant heurter mon entrejambe contre le renflement qui gagne en volume à chaque nouveau contact.
"Tu... peux... encore tenir ?..."
Son cœur bat violemment, semblant habiter ses tempes. Il sourit : "Douloureusement..."
Je lui souris et l'embrasse avant de basculer sur le côté, appelant Valentine du regard.
Ce dernier prend ma place, souriant, échangeant un long baiser langoureux avec Rhadamanthys. Ses mains ouvrent la ceinture cuir et déboutonnent le jeans, laissant entrevoir le superbe renflement qui tire sur l'élastique large du caleçon de marque. Valentine y glisse les doigts, bouche proche de celle de son Maître, flattant l'organe sur le tissu, arrachant une succession d'appréciations mâles à l'intéressé. Valentine en sourit, bouche entrouverte, captant chaque son comme un délice supplémentaire. Rhadamanthys défait le jeune Spectre jusqu'à la peau. Valentine interroge Rhadamanthys du regard et ce dernier acquiesce, soulevant légèrement le bassin pour permettre à Valentine de descendre à la fois pantalon et caleçon jusqu'à mi-cuisses. Voici deux superbes sexes dressés qui se saluent dans la moiteur, sur des soupirs prononcés de plaisir. Je m'en pince les lèvres de délice devant ce spectacle qui appelle en moi un désir immense, les enviant d'avoir été faits hommes !... Les deux Spectres bougent de concert, faisant monter en eux un plaisir fou qu'ils saluent au moyen d'expressions vocales marquées, échangeant, dans un anglais haché, des termes qui en disent long sur leur ressenti. Ils jouent d'accélérations puis ralentissent pour prolonger leur plaisir.
"Termines-en." intime Rhadamanthys à Valentine.
Le jeune Spectre ne se fait guère prier et accélère, aidé en cela par la main de Rhadamanthys qui vient de se saisir des deux organes dressés à la fois, dans de magnifiques jeux de poignet. Les mentons se lèvent haut, le corps de Valentine s'arque. Leur vue me provoque quasiment un orgasme tant elle est belle !... j'apprécie la nette différence entre les deux gabarits intimes ; le sexe de Rhadamanthys étant le plus fort des deux, fièrement dressé, sans aucun coude, de proportions fort respectables. Valentine est fait plus en finesse, tout comme le reste de son corps. Le jeune Spectre laisse éclater sa voix dans la pièce, se livrant dans un râle qui lui secoue le corps entier. Rhadamanthys en sourit, jouant encore un moment avant de le libérer. Valentine bascule sur le côté, me cédant la place, respiration encore forte.
"Your turn." appelle Rhadamanthys.
Me défaisant, je viens le chevaucher, le laissant me caresser le ventre jusqu'au nombril, souriant, tendre, mains jouant sur mes hanches nues. J'en accentue le contact d'une paume plaquée contre la colonne de chair palpitante, lui arrachant un geignement marqué. Valentine nous observe, sourire aux lèvres.
Le regard de Rhadamanthys me supplie silencieusement, impatient de me visiter. D'un mouvement leste du bassin, je l'engloutis jusqu'à la garde, sur un éclat de voix commun tant il est vrai qu'il me remplit parfaitement. Je l'enserre, m'amusant, tout en lui donnant un plaisir fou. Puis je bouge des hanches, langoureusement, le menant à bout de résistance et de patience. Il est magnifique là, tête dodelinant contre le dossier du canapé, regard complètement perdu, pupilles révulsées sous ses paupières mi-closes.
Valentine vient promener une main sur les abdominaux parcourus de spasmes. La voix de la Wyverne monte, toujours plus grave, adoptant au final un râle régulier. J'accélère, le livrant à la jouissance qui le soulève d'un seul tenant sur un grognement retentissant de puissance.
Je le suis de près, voix partant dans les aigus, contractant généreusement autour de lui.
Nous en ressortons complètement pantelants, souriant, peaux moites, corps ayant imprimé le souvenir d'un plaisir intense.
Solène rajuste sa tenue, attendant devant la porte des locaux, nerveuse, faisant les cent pas.
Minos la repère et ouvre la porte : "Hey !..." ravi de la revoir. "De passage sur Terre ?"
"Oui, mais..." baissant la tête.
"Entre. Entre donc."
"Hypnos Sama..."
Le Griffon fronce. "Que t'a-t-il dit ?" sec.
"Oh puis zut !..." en croisant les bras. "Je trouverai bien de quoi me justifier." glissant sous le bras tendu du Griffon pour se couler à l'intérieur.
"Viens. Je t'offre un café."
"Volontiers."
Je la repère illico : "Hey !... comment vas-tu ?"
"Bien. Et toi ?..."
"Super."
"Ta formation s'est bien passée ?"
"Elle n'est pas terminée. J'ai réussi à larguer Thanatos en musique pour Hypnos."
"L'un ne vaut guère l'autre." grince le Griffon.
Nous nous installons sur le canapé.
"Et du côté du Bénou, je tente de ne pas me laisser intimider."
"Voilà qui est bien. Tu vas le mater, ce Bénou !..." amusée.
"Tu loges où ?" s'enquiert le Griffon.
"Justement... je pensais être hébergée..."
"Sans problèmes, Solène. J'ai une pièce disponible."
"Ah, cool !..." ravie.
"Des projets ?"
"Oui. Ouvrir un atelier de peinture et design."
"Oh ! voilà qui va intéresser notre Garuda. Il pourra te filer un coup de main."
Ce dernier arrive, entendant parler de lui.
"Oh ho !..." en voyant Solène. "Tu vas bien ?"
"Oui. Bénou ne m'a pas trop abîmée..."
"Manquerait plus que ça !..."
En fin d'après, je m'offre une virée shopping avec Solène. Sa présence me fait du bien et elle semble ravie d'avoir quitté les Enfers - ce que je peux comprendre !...
Elle a adopté un style gothique qui lui sied parfaitement. Nous rions comme deux petites folles devant notre tasse de café, pris en terrasse. Voilà qu'arrive l'étudiant sur lequel Minos a des vues en ce moment. Il me reconnaît et me salue.
"Wow !... un ami à toi ?..."
"Non. Un ami à Minos. Pas mal, hein ?"
"Ouais. Enfin, moi je les préfère un peu plus... affirmés."
"Affirmés ? exemples ?..."
Elle rosit adorablement des joues.
"Promis, je ne dirai rien."
"Tu as intérêt !... bon... allez, je me lance... Hypnos."
"Dis donc !... tu convoites un dieu ? Ambitieux !..."
"Hadès."
Je manque de recracher ma gorgée. "Rien... que ça ?"
Elle hausse les épaules. "Et puis Bénou n'est pas mal. Par contre, ça a l'air d'être un véritable bourrin !... hahahaha !"
Elle est amusante et si spontanée !...
"Bon, et toi ?"
"Oh moi... j'en ai trois que j'adore."
"Huhuhu !... je suppose qu'ils sont très calés."
"Ah oui." paupières baissées, sirotant mon café. "Hadès, uh ?..."
"Ben oui. Il est plutôt du genre canon, non ?"
"Il est plutôt du genre dieu, tu veux dire ?"
"C'est pareil. Canon = dieu."
Je ris fort.
"Bonne nuit, Sol'. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas."
"Merci pour tout, Lév'. J'espère juste ne pas être trop envahissante..."
"Nope. Demain, je chargerai Valentine de s'occuper de toi durant la journée. Tu verras : il est adorable."
Solène se retourne sur le futon, soupirant d'aise. Elle se sent chez elle. Puis ses pensées s'envolent vers Hypnos. Bon, d'accord, elle a fait une entorse au règlement... mais enfin, ce n'est pas à lui de décider qui elle doit fréquenter ou non, bon sang !... D'ailleurs, son maître reste Hadès, pas Hypnos, même si Hypnos est, je cite, "hyper craquant" !...
(*) "Bien" en norvégien
(**) "Superbe" en norvégien
