Du chaud, du chaud... lol pour changer ! et une référence à peine déguisée dans le texte ! XDDD
Chapitre 39 : Penchant divin
C'est une Solène complètement ensommeillée qui rejoint la table du petit déjeuner ce matin. Elle se frotte les yeux.
"Mal dormi ?"
"Oh non !... au contraire !... trop bien dormi."
Nous prenons le petit déjeuner au calme. Je ne peux m'empêcher d'imaginer la Wyverne sur la chaise de bar lorsqu'il partage mon réveil, lisant les nouvelles, tasse de café à la main gauche. J'en souris.
"Toi, tu penses à un homme..."
Elle est drôlement perspicace !...
"Hmm... pas faux. A une Wyverne pour être précise."
"Tu les aimes beaucoup, n'est-ce pas ?..."
"Oui." soufflé, coupable.
"Mais lequel préfères-tu vraiment ?..."
"Hmm... question difficile... la Wyverne, je pense. Même si je suis extrêmement proche de Minos. Avec Aiacos, c'est occasionnel."
"Moi, mon préféré, c'est Minos. Si Hypnos savait ça..."
"Minos t'apprécie beaucoup. Il a pris un soin jaloux de toi durant ton cheminement jusqu'à Hadès. Les visites qu'il te faisait le réjouissaient au plus haut point."
Sourire doux. "Il est... si spécial."
"Oui. C'est lui qui m'a repérée pour l'embauche au sein de la startup."
"Ça ne m'étonne pas. Il a l'œil, ce garçon !..."
"Et là j'entends le Garuda se manifester en disant que non, c'est lui qui a l'œil - galactique."
"Hahahaha ! il est excellent, lui aussi !..."
"Ça fait du bien de parler avec quelqu'un qui côtoie le même monde, Solène."
"A qui le dis-tu !..."
On frappe soudain. C'est Minos, armé de viennoiseries encore chaudes d'un boulanger de renom. Il prend place après m'avoir chaudement embrassée et avoir salué Solène.
"Bien dormi, mes Belles ?..."
"Oui." de concert, souriantes.
"Je vais contacter notre larve immobilière pour te trouver un appartement adéquat, Solène."
"Oh, c'est gentil !..."
"Pas de quoi."
Je lui prépare un café, me surprenant à rêver que nous puissions tous vivre ensemble sous le même toit.
"Toi, tu penses à quelque chose de particulier..." me dit Minos.
"En effet. Je nous imaginais tous crécher dans le même appartement."
"Eh bien ! cela en fait du monde !... Valentine sera ravi : il fait toujours des portions de nourriture pour des régiments !..."
"En parlant de Val, Solène va passer la journée avec lui."
"Essaye de ne pas le traumatiser... notre petite Harpie est du genre sensible." s'amuse Minos.
"Promis, je serai gentille. En fait, je n'ai besoin d'être méchante qu'avec le Bénou." riant.
Nous venons de déposer Solène à l'appartement des Juges pour qu'elle puisse passer la journée avec Valentine. Le jeune Spectre paraît très timide de prime abord mais il est adorable lorsqu'on prend soin de le connaître. Et en effet, Solène passe une agréable journée en sa compagnie entre shopping, haltes dans les parcs et restaurant étoilé.
Minos déniche un petit appartement bien situé et convient d'une visite avec Solène. Cette dernière le décore avec goût, Aiacos lui fournissant tout le mobilier désiré grâce à ses relations en tant que designer.
"Elle arrive !..." me dit Valentine.
"Filons !..."
Solène fait tourner la clé dans la serrure. Alors qu'elle entre et dépose ses courses dans la cuisine, quelque chose lui frôle la cheville. Elle sursaute, se penchant pour découvrir une adorable boule de poils qui miaule à tout va !... Elle sourit : "Oh, par exemple... tu es adorable, toi... d'où viens-tu, mmm ?..." attrapant délicatement le chaton pour le gâter de caresses. Un petit mot est attaché au collier : "Petit cadeau surprise. Val et Lév'" Elle en sourit large, ravie. "Bon... il va falloir te trouver un nom..."
"Coton Ball."
Je ris : "Excellent !... c'est vrai que c'est une véritable petite boule avec son pelage !..."
"Et quel appétit !... un ogre !..."
"Il va te ruiner en croquettes !..."
"Exact ! oh, le vilain !..."
Nous rions de concert.
"Au fait, j'ai arrêté le week-end prochain pour la pendaison de crémaillère."
"Parfait. Tu as vu avec ces messieurs ?..."
"Oui. Ils sont tous dispos. Valentine également."
"Je pourrai t'aider pour les courses et la cuisine. Et Valentine viendra sans doute y mettre son grain de sel !..."
Nous revenons des courses et Valentine se joint à nous, concoctant un repas de chefs !...
Ces Messieurs arrivent sur les coups de dix-neuf heures. Ils déposent leurs cadeaux puis investissent le salon. Le parfum de leurs eaux de toilette flotte à présent dans la pièce.
"Je ne devrai pas mais je m'en régale..." m'avoue Solène.
Puis vient le déballage des cadeaux : Minos a prévu trois magnifiques toiles de geishas, Rhadamanthys une sculpture équine en fonte, Aiacos un service vaisselle complet, Valentine un magnifique tablier de cuisine et moi une robe gothique.
Nous passons à table tandis que Coton Ball vient se frotter à toutes les jambes, quémandant des caresses au moyen de miaulements incessants.
Durant toute la soirée, j'ai noté les regards que Minos adressait à Solène... des regards qui ne trompaient pas sur ses intentions. La jeune Spectre ne semblait pas y avoir pris garde. A Minos donc d'insister...
Il retrouve Solène en train de passer les cafés. S'appuyant d'un coude sur le plan de travail, il passe ses doigts fins entre les pans de ses cheveux argentés, petit sourire flottant sur le visage : "M'autorises-tu à demeurer près de toi cette nuit ?..."
Le jeune femme rosit adorablement des joues en guise de réponse, agréablement surprise qu'il s'intéresse ainsi à elle. "Je n'ai... jamais..."
Minos passe un revers de doigt sur ses joues dégageant une douce chaleur. "J'y mettrai toute l'attention qu'il faut, sois sans crainte." tombe comme une caresse de velours. "Tu m'as attendu depuis si longtemps..." murmuré à l'oreille.
Solène se sent envahie par une agréable chaleur qui lui irradie le corps entier, sourire doux sur les lèvres. "J'ai confiance."
L'expression de Solène n'échappe à aucun d'entre nous. Et c'est bien un Griffon que nous laissons derrière nous. Au moment de nous quitter, je glisse "Veinarde..." à l'oreille de Solène.
La porte se referme.
Solène débarrasse, Minos aidant. Elle fait tremper la vaisselle. Minos vient lentement l'acculer contre le plan de travail. La proximité immédiate du Griffon et ses intentions clairement définies la chamboulent complètement.
"Je peux te poser une question, Minos ?..."
"Oui, mon Ange."
"As-tu jugé les grands de ce monde ?..."
"Donne-moi un nom..."
"Je ne sais pas... Louis XIV par exemple..."
"C'est Rhadamanthys qui en avait la charge." caressant les cheveux de Solène, doux.
"Comment se comportent ces âmes devant leur Juge ?..."
"Comme toutes les autres, mon Ange : la peur les rend dociles. Elles en oublient totalement le pouvoir dont elles jouissaient sur Terre. La réalité d'un autre monde, avec ses propres lois, les frappe durement, jusqu'à les rendre complètement groggy."
"Nulle révolte donc ?..."
"Nulle. Et quand bien même... que pourraient-elles contre un Juge en surplis ?..."
"Voilà pourquoi, vous portez vos surplis sous les robes de juge ?..."
"Bien observé." venant lui embrasser la tempe, tentateur.
Coton Ball vient se frotter à la jambe de Minos, miaulant.
Minos se penche et prend le chaton dans ses bras, lui adressant des caresses à l'en faire ronronner puis s'endormir dans ses bras. Il le dépose délicatement dans le petit panier confortable.
Solène observe les cheveux argentés qui cascadent le long du dos du Juge.
"La soirée était une véritable réussite." lui dit Minos.
"J'espère qu'elle se terminera en apothéose."
"Compte sur moi." tombe immédiatement.
Minos s'approche de Solène, la hissant sur le plan de travail. Instinctivement, la jeune Spectre vient nouer ses jambes autour des hanches du Griffon tandis qu'il glisse le nez dans la lourde frange.
"Griffon ?..."
"Oui ?"
"Je ne veux pas que tu fasses une différence parce que je suis encore vierge."
Minos la fixe. "Sûre ?..."
"Oui. Absolument. Comporte toi avec moi comme tu le ferais avec une femme d'expérience. Et puis... j'en sais déjà pas mal pour... te surprendre."
Le regard de Minos brille de convoitise autant que de perversité.
"Comme tu le voudras." venant chercher ses lèvres, les prenant sans demi-mesure, baiser allant crescendo, appelant d'autres sensations de la part des corps enlacés.
"Dans la chambre ?..."
"Dans la chambre."
Main dans la main, ils en prennent la direction. En pied de lit, l'un défait l'autre au moyen de gestes sûrs, guettant la peau qui se dévoile à mesure.
"Ta peau ressemble à du lait..."
"Elle ne fixe plus les rayons du soleil, mon Ange."
"Comme... un vampire ?..."
"Comme un Spectre."
Les bouches reprennent leur ballet et les langues leur danse langoureuse.
Nus, ils échouent mollement sur le lit, Minos caressant la moindre parcelle de peau de ses doigts fins de marionnettiste et de ses lèvres étroites.
Solène n'a aucune peur ; elle sait qu'elle est entre de bonnes mains.
Assis sur ses propres jambes, Minos l'invite à le chevaucher, dos contre son torse, lui laissant le choix de la cadence et du degré d'intimité. Solène finit par balancer sur lui, plaisir prenant le pas sur la douleur. Puis c'est l'explosion de plaisir tandis que la lune baigne la ville de ses discrets rayons.
C'est un éclair menaçant qui vient déchirer le ciel. Kagaho apparaît à Solène, regard dardant de haine, pli mauvais à la bouche.
"Ainsi... tu délaisses ton entraînement pour te livrer à la débauche sur Terre. Tu ne vaux définitivement pas mieux que les autres."
Solène fronce, levant un poing devant sa poitrine. "Je ne te permets pas."
Rictus mauvais en face. "Depuis quand me faut-il une quelconque permission ?"
"Je comptais poursuivre mon entraînement sous peu."
"Tu prenais donc de la relâche ?" cynique.
"J'ai dit que je comptais revenir. J'avais... besoin de souffler un peu. Mais qu'est-ce que tu peux y comprendre, toi ?!"
"Je vais de ce pas dire au Seigneur Hadès que je refuse désormais de reprendre ton entraînement."
"Je t'en prie. Ce sera avec plaisir."
Kagaho grimaça, ce qui fit sourire Solène.
"Quoi encore ?"
"Si je le pouvais, je te provoquerai en duel et te détruirai !..."
"Oh mais ça ne plairait guère à notre Seigneur, pas vrai ?"
"Ne pense surtout pas que tu aies gagné la partie." avant de disparaître dans le même éclat agressif.
Solène souffla. Ma foi...
Le Bénou ne perdit pas de temps, se présentant devant Hadès dans l'heure :
"Seigneur Hadès."
"Kagaho." Il y avait toujours une sorte d'affection dans la voix du Monarque lorsqu'il s'adressait au Bénou.
"Seigneur, je souhaite me décharger de l'entraînement du Sphinx."
"Expose moi tes raisons, Kagaho."
"Elles sont simples : au lieu de s'y consacrer, elle préfère passer du bon temps sur Terre, en compagnie des Juges rebelles."
"A-t-elle émis le souhait de poursuivre tes enseignements ?"
"Oui mais... lorsqu'elle le jugera opportun, ce que je ne puis tolérer !"
Hadès eut un sourire. Il connaissait la dévotion dévorante du Spectre et sa rectitude sans compromis.
"Je souhaite que tu poursuives, Kagaho."
"Mais... Seigneur !..." frustré.
"Je connais ta valeur et ta dévotion. Voilà pourquoi je souhaite que tu les transmettes au Sphinx."
Kagaho baissa la tête.
"Tu reprendras son entraînement dès son retour aux Enfers. En attendant, j'ai une mission pour toi..."
Solène était rompue par ses journées. Sitôt la couette remontée jusque sous le menton, elle s'endormait dans la minute !...
Retour aux Enfers. Entraînement intensif avec le Bénou qui pourrait plutôt s'apparenter à un massacre dans les règles. Solène en sort brisée, haine au corps pour le Bénou. Ses pas la dirigent vers la salle du trône. Elle se présente à Hadès, le visage couvert de terre soufrée et contusions diverses. Le Souverain l'observe, de ses yeux transparents. Elle s'avance, consciente de ce qu'elle risque. Là, derrière le voile, alors qu'il peint un tableau représentant la délivrance de l'humanité par les ténèbres, Solène se jette dans ses bras.
Solène ouvre les yeux d'un coup, respiration happée. Autour d'elle, tout n'est que silence. Elle ne perçoit que le ronron discret de l'aérateur. Ainsi, ce n'était qu'un rêve ?... Elle se lève pour se désaltérer, gorge sèche. Son cœur cogne encore fort. L'impression restante lui semble si réelle...
"Elle m'a parlé de son amour pour l'équitation."
En tête-à-tête avec Rhadamanthys, dans un des restaurants huppé de la capitale.
"Hmm mmm."
"Sa race préférée : frison. C'est amusant !... Je préfère les sangs arabes immaculés."
Le Juge ne se départ pas d'un petit sourire. Je suis certaine qu'il a saisi ma demande.
Je me glisse tout contre la Wyverne, captant sa chaleur. Il en sourit dans son sommeil, passant un bras possessif autour de mon ventre, me ramenant d'autant plus contre lui.
Je me réjouie de l'avoir pour moi seule ces deux jours. Je ne me sens jamais aussi femme que lorsque la Wyverne s'annonce pour le temps d'un week-end. Il est vrai que nos liens sont très forts et pour cause !... même s'il ne l'a jamais évoqué, je sais pertinemment que j'ai été la première femme dans la vie de Rhadamanthys, tout comme Valentine a été son premier homme. Et pour un caractère tel qu'en possède la Wyverne, ces choses-là comptent.
Je me libère lentement de son bras, me hissant sur un coude pour mieux le regarder, observant chaque trait de son visage particulier. L'index vient prendre le relais, courant le long du monosourcil, faisant frissonner ses traits, lui arrachant un petit son bienheureux. Enfin, les paupières se lèvent lentement, donnant sur le regard or.
"Bonjour..."
Il me répond d'un geignement encore endormi, sourire toujours présent.
"Bien dormi ?..."
"Mmm... comme une Wyverne."
"D'un œil donc." Je sais la Wyverne extrêmement précautionneuse, tout comme l'indique son attaque la plus dévastatrice nommée Greatest Caution.
"Hadès en soit remercié, j'étais en bonne compagnie..."
"Voyez-vous cela..." tendre, jouant toujours avec ses traits.
Je le laisse se désaltérer puis se replacer dans le lit, contemplant son corps solide. N'y tenant plus, je viens l'embrasser du bout des lèvres, le faisant sourire d'autant plus. Deux bras solides viennent se nouer autour de moi. Les baisers prennent une toute autre tournure. Mes mains prennent le chemin des abdominaux, jusqu'au nombril, flattant la toison dorée. Il se cale un peu mieux dans le lit, attentif à ce qui va suivre. Mes lèvres suivent le tracé, langue audacieuse au creux du nombril, le faisant frissonner sur un soupir.
"Like it ?..."
"Yes."
Il est déjà haut et vient me saluer, joueur. Je l'empoigne lentement, douce dans les allées et venues, savourant la longueur superbe ainsi que la force qui en émane.
"Je nous veux de façon particulière, Rhadamanthys."
"Je suis tout à toi."
Je viens m'allonger sur lui, dos contre torse, tête reposant sur l'épaule gauche. Aussitôt, ses mains s'emparent de mes seins, procurant un bien fou. Mes geignements ont tôt fait de l'attiser totalement. Et c'est sans évoquer le fait qu'il repose contre mon sexe ouvert de toute sa dureté, venant saluer le pubis. Je bouge sur lui, l'empoignant des deux mains pour le plaquer contre mon bas-ventre. Il salue l'initiative par un grognement rauque, tout à l'inédit de la position. Le va-et-vient de mes fesses contre son bas-ventre lui procure frisson sur frisson. Bientôt, la pièce est emplie de nos appréciations vocales. J'accélère la cadence, lui arrachant un rauque terrible, tremblant sous moi, palpitant entre mes mains, jusqu'à se livrer dans une gerbe éblouissante de puissance, se répandant généreusement sur mon ventre, presque jusqu'au creux des seins. Je ne le fais pas attendre et me laisse emporter à mon tour, sons aigus liés à la puissance des siens, me frottant généreusement à son sexe encore tendu.
Quelques semaines plus tard, au téléphone :
"Solène ? Rhadamanthys. Oui. Écoute, je passe te récupérer devant l'entrée ce soir vers 18h, right ? Léviathan et Valentine seront avec moi. Ah mais c'est une surprise !..." sourire audible.
Ponctuel, râlant un tantinet parce que Solène est en retard, nous voici lancés sur le périphérique bondé, ce qui vaut quelques énervements de la part de la Wyverne au volant.
Hadès en soit remercié, nous quittons la circulation assez rapidement pour des routes plus calmes nous menant à Nogent.
Nous débarquons aux abords de l'écurie attitrée du Juge. Là, quelques hennissements impatients nous attendent.
Rhadamanthys nous fait installer sur les gradins du manège baroque. Valentine a un petit sourire qui indique qu'il est de connivence avec son Maître.
Les portes s'ouvrent soudain et une tornade sombre fait son apparition, tournant partout dans le manège, soulevant des nuages de poussière, pilant net devant l'obstacle pour le repasser spontanément une seconde fois. Rhadamanthys apparaît, en tenue de cavalier.
"Bien. Laissez moi vous présenter Shirona. Femelle frison de cinq ans."
Solène s'est levée, émue jusqu'aux larmes, mains serrées devant sa poitrine.
"Par Hadès, elle est... magnifique !..."
"Oui. Et surtout, elle déborde de vie." l'attirant au moyen d'une carotte pour l'attraper et lui passer le filet. "Si Mademoiselle du Sphinx veut bien descendre pour faire connaissance avec sa nouvelle monture..."
"M... moi ?..."
Je ris devant l'émoi de Solène.
"Allez, vas-y. On te regarde."
Lentement, Solène regagne le sable du manège, s'approchant de Rhadamanthys. Shirona observe, oreilles bien droites, œil vif, naseaux ouverts, frémissante.
Solène attrape une carotte de la sacoche et la tend à la jument. Cette dernière s'en saisit de ses lèvres et Solène en profite pour lui adresser quelques caresses.
"Rhada... elle est juste... magnifique..."
"J'ai eu du mal à établir mon choix."
"Par Hadès, tu as dû casser ta tirelire !..."
L'expression fait sourire le Juge. "Oh, il est évident que je suis à sec à présent. Bon. Allez, en selle."
Solène ne se fait guère prier et grimpe avec l'aide de Rhadamanthys, attrapant les rênes, ajustant son assiette. Elle retrouve cette sensation de faire un avec le corps de l'animal et apprécie la hauteur que sa position lui confère.
Solène s'avance au pas puis au petit trot puis au galop. Elle rit de bonheur sur sa nouvelle monture.
Valentine et moi, nous nous sourions, la scène étant vraiment touchante.
Elle cesse au bout d'un quart d'heure et redescend, faisant se baisser Rhadamanthys pour lui adresser une bise sur la joue. "Merci. Du fond du cœur."
Nous nous levons, Valentine et moi pour partir.
"Restez installés, je n'ai pas terminé."
Solène nous rejoint et vient poser sa tête contre mon épaule, étoiles plein les yeux. "Heureuse, Princesse ?"
"Si tu savais... je vais dormir ici, je crois bien !..."
"Ma foi, si tu souhaites partager le box de ta jument, tout en appréciant le picotement de la paille..."
La jument partie, les portes s'ouvrent sur un éclair blanc qui fait son entrée en zigzaguant nerveusement, hennissements forts à l'appui, crins virevoltants, tous sens en éveil, corps élancé, vif au possible.
"Par Hadès !..."
A mon tour d'être complètement subjuguée.
Rhadamanthys ferme les portes tandis que l'animal le frôle en passant.
"Dis donc, toi !..." amusé et pas craintif pour un sou.
L'animal le nargue par un mouvement d'encolure répété, à l'arrêt, queue haute.
"J'arrive, impatient !... voici Na'ir al Saïf, pur sang arabe mâle de six ans. Monsieur nous arrive tout droit d'un élevage d'Arabie tenu par un ami cheikh."
"Rhadamanthys, il est..."
"... magnifique, je sais."
Nous rions.
"Lév', si tu veux bien me rejoindre."
Je ne me fais pas prier. Il me guette, de loin, grattant le sol en hennissant.
"Tu cherches à m'impressionner, là ?" demandais-je, mains sur les hanches.
Il me regarde, m'inspectant.
"Je te charge de me l'attraper." ricane Rhadamanthys.
"Huhuhu !..." me saisissant d'une carotte. "Viens me voir, garçon !..."
Il hume de loin puis se rapproche au petit trot et effectue un écart au dernier moment, recommençant ses galops vigoureux.
"Tu pensais que la partie était gagnée, Léviathan ?" se moque Rhadamanthys.
"Bon, d'accord. La carotte ne marche pas et mon charme pas non plus. Me reste ma force spectrale..."
"Utilise la à bon escient quand même."
"Laissons lui un peu de temps." dit Solène depuis les gradins.
Il nous tourne autour, captivé autant que nous le sommes.
"Rhada... il est..." tournant en même temps que lui pour ne rien manquer de ses mouvements. Il cesse et finit par s'approcher, héritant d'une carotte.
"... à toi."
"Ne dis pas qu'il est mon cheval, dis qu'il est mon fils." citant un cheikh arabe. "Je peux ?..."
"Vas-y mais sois prudente." lui passant la bride après quelques réticences.
J'y grimpe d'un bond vu sa taille moyenne. Immédiatement, il réagit, commençant à marcher en arrière avant de partir d'un bond en avant. Quelques ruades maîtrisées et nous voici au trot qui a tendance à s'élargir pour passer au galop. Il me sied parfaitement, nerveux comme j'aime. Mon Prince nous a vraiment gâtées, Solène et moi !...
"Je vous donne donc rendez-vous ici chaque fin de semaine. J'y donne des leçons à Valentine." conclue Rhadamanthys.
"Tu es certaine, tu ne souhaites pas rester encore un peu ?..."
"Oui. Je dois... devenir un Spectre prêt à servir Hadès. Et pour cela, je dois poursuivre ma formation."
Solène est sur le départ pour l'autre monde. Son rêve mettant en scène Hadès lui-même a précipité ses intentions.
Sitôt apparue, la voici confrontée au Bénou.
"Alors, tu as fini de t'amuser sur Terre ?" la nargue ce dernier.
"Inutile d'en parler."
Le Bénou l'attrape par les épaules, visage proche : "Je ne te ferai pas de cadeaux. Que tu bénéficies des faveurs de notre Seigneur ou non."
La poigne fait grimacer Solène.
"Vas te préparer. Je t'attends dans la Vallée des Ouragans noirs." avant de la relâcher brutalement, lui faisant presque percuter le sol. Déployant les ailes magnifiques de son surplis, le Bénou s'éloigne.
"Mais quel... mufle !" hurle Solène, poings serrés.
Pleine de rage, elle regagnait ses appartements pour y mettre son surplis. C'est alors que Zélos se présenta à elle : "C'est le Bénou qui m'envoie... il m'a chargé de m'occuper de ton entraînement."
Solène haussa un sourcil. "Je me demande pour quelle affaire plus urgente il a été appelé..."
Le Spectre de l'Étrangeté s'en frottait les mains : "Je vais m'occuper de toi, ma Jolie."
Solène eut une moue de dégoût. Soupir. S'il le fallait...
Alors qu'ils quittaient le domaine pour la vallée proche, des flammes noires vinrent habiter le ciel et Bénou, dans un élan terrible, vint fracasser Zélos au sol, y enfonçant le corps frêle sur quelques bons centimètres. La voix forte de Kagaho tonna : "De quel droit oses-tu t'octroyer pareil privilège, crapaud visqueux ?!"
"Mais... euuuuh... Bénou... c'est un ordre de Dame Pandora..."
Le Spectre surpuissant avança le pied sur la tête du crapaud, le faisant s'enfoncer davantage.
"Je n'en crois pas un mot."
"C'est la... stricte vérité..."
"SILENCE !"
Solène avait le cœur qui faisait des bonds devant la puissance affichée par le Bénou. Sa défense... il était en train de prendre sa défense !...
"Si je te prends à tourner à nouveau autour d'elle, je te jure qu'il ne restera plus rien de ton corps de spectre, tu as compris, enfoiré ?!"
"Oui... oui !... j'ai... compris !..."
"Tu fais bien." donnant du leste à son pied, se tournant vers Solène. "Et toi, ne restes pas plantée là. Tu devrais déjà être sur le lieu d'entraînement."
Solène avait un sourire dont elle ne pouvait plus se départir. C'est qu'il était incroyablement sexy, le Bénou. Surtout en colère contre un autre qu'elle !...
