Chapitre deux : Quand la raison l'emporte
Iseult, étendue sur son lit, n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle gigotait dans tous les sens en se tortillant dans les draps. Certes elle n'en voulait plus à Hippolyte car il avait voulu agir au mieux pour sa famille sans penser aux répercutions futures, mais les questions allaient et venaient dans son esprit. Qui étaient ses parents ? Les révélations des deux rois à leur sujet n'indiquaient rien d'autre hormis qu'ils avaient découvert la Pendée et qu'ils en avaient subi les conséquences. Ils avaient été assassinés, quelqu'un savait que la forêt séparait deux terres et sûrement ne voulait-il pas qu'elles se découvrent l'une et l'autre. Par souci de bien ou de mal ?
Iseult n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'elle aurait pu avoir une vie complètement différente auprès de ses géniteurs. Elle avait hérité d'une autre vie, celle d'une autre race. Elle, l'elfe, se sentait plus humaine que jamais, n'était-elle pas faible comme eux ? Son corps en témoignait : son adolescence avait été finalement celle d'une mortelle. Sa souffrance aussi. Pourtant, elle ne l'était pas. L'éternité s'étendait devant elle et c'était un peu effrayant, pouvait-elle se révéler être un cadeau empoisonné ? Iseult savait qu'elle ne pourrait jamais prendre conscience de la signification de l'immortalité. Il fallait avoir vécu pour comprendre, et personne ne venait à bout de l'éternité, car même si la mort survenait, la réincarnation pouvait lui faire prendre fin.
La jeune femme verrait ses proches vieillir pendant qu'elle ne changerait pas. Sa sœur subirait les stigmates du temps tandis qu'elle-même se délecterait d'une jeunesse sans fin. Mais après tout, n'était-ce pas pire de voir tous les siens disparaître un à un ? Et ensuite ? Quel serait son futur ? A peine s'attacherait-elle que la mort s'emparerait de l'être aimé. Passant ainsi à cacher son identité et à errer sans but, son existence serait un supplice. Sa place n'était pas ici. Pour certains, une telle situation aurait été un dilemme, mais pour Iseult, il n'y avait aucun choix.
L'elfine se redressa dans son lit, les poings serrés. Sa décision était prise, il fallait partir de la Pendée. Thranduil était sur le point de regagner son royaume, il ne restait plus beaucoup de temps pour le rejoindre.
Sans aucune hésitation, elle se leva et se dirigea vers sa garde-robe, enfila son corset le plus rigide, pour éviter à son dos toute souffrance, puis une tenue semblable à celle d'un homme, quoique plus évasée aux hanches. Elle se regarda une dernière fois dans le miroir pour se donner du courage.
Iseult se saisit d'une sacoche pour y mettre quelques affaires indispensables avant d'ouvrir la porte. Se tenant sur le seuil de celle-ci, elle hésita. Hortense n'était pas au courant des événements même si elle se doutait que quelque chose n'allait pas. Iseult savait qu'un adieu face-à-face était tout à fait impensable, Hortense méritait de connaître chaque détail. Elle retourna sur ses pas et attrapa du papier et une plume pour rédiger une lettre d'explications et d'adieu à celle qu'elle considérait comme sa sœur.
Une fois sa triste tâche accomplie, elle dévala les escaliers de service, bousculant malencontreusement un serviteur sur son passage, elle s'excusa rapidement sans s'arrêter. Son souffle était saccadé quand elle arriva devant les écuries un étalon avait été sorti, son pelage noir luisait presque trop pour qu'il fût commun. C'était donc le cheval avec qui le seigneur Thranduil avait dû cavaler. Ce dernier n'était pas là. Iseult commença alors à préparer un autre cheval qu'elle ne connaissait pas pour elle. Après avoir sanglé la selle, elle se passa la main dans les cheveux et soupira. Une désagréable impression s'immisçait en elle, comme si elle était observée. D'un mouvement leste, elle se retourna. Se tenait devant elle le roi des elfes qui ne semblait nullement gêné par son indélicatesse. Comme s'il avait compris la raison de la présence d'Iseult, il déclara :
- Vous n'êtes pas du voyage.
Iseult, qui jusque-là avait réussi à se contenir, explosa :
- Comment osez-vous ? Vous n'avez aucune autorité ici, loin de votre royaume. Et pourtant vous vous êtes imposé à mon père et moi pour y faire régner la confusion la plus totale. Vous ne pouvez me prendre la seule chance qui me reste d'avoir une vie acceptable. J'abandonne tout ce que j'ai et je choisis de vous suivre, alors ne gâchez pas cela, je vous en conjure !
Thranduil était quelque peu surpris, cette jeune femme n'avait décidemment aucune manière pour s'adresser ainsi à un roi aussi puissance. Elle aurait bien mérité un châtiment pour ces paroles si elle n'avait pas été fille de roi, mais ce n'était pas la première fois qu'on lui parlât d'une telle sorte, même si c'était très rare. Et généralement ces personnes étaient des ennemis, des personnes qui n'avaient plus rien à perdre ou bien encore des idiots. Il savait à quelle catégorie son cas correspondait. C'était une idiote, rien de plus. N'avait-elle pas songé aux conséquences qui seraient engendrées si elle venait avec lui ?
Sa voix était posée et ferme quand il parla :
- Vous n'êtes qu'une enfant gâtée et irréfléchie. Ne me sous-estimez pas, Iseult, je suis beaucoup puissant que vous ne le pensez. Depuis des millénaires, je gouverne un royaume que je préserve de toute personne susceptible de briser l'harmonie de mon peuple. Et je ne ferai d'exception pour vous. Imaginez-vous si l'on venait à apprendre que deux autres royaumes existent, ayant en plus la capacité d'envahir la Terre du Milieu. Non, je ne peux vous emmener.
- C'est vous-même qui avez déclaré que j'étais une elfe, se radoucit un peu Iseult, vous ne pouvez niez que j'appartiens à votre peuple, par conséquent vous avez le devoir de me protéger tout autant que chacun. Me laisser ici serait m'abandonner à une mort certaine, car, comme vous l'avez expliqué, le chagrin de la perte des êtres chers m'achèverait. Prenez ce risque, mais je vous jure que vous ne serez pas trahi. Je sais que vous êtes capable de prendre des risques. Ne l'avez pas fait pour venir juste qu'ici pour une raison qui m'est encore inconnue ? Vous avez abandonné votre royaume pour un autre dans lequel un retour n'était même pas garanti. Et vous avez peur de moi ?
- N'allez pas imaginer que ma venue ici était un réel choix, la sécurité de la Terre du Milieu y était jouée. Ces navires au loin… Nous les voyons aussi, cela représente tout autant une menace pour nous. Je croyais jusque-là que la Pendée avait brisé le pacte formé et qu'elle avait envoyé des bateaux à la découverte de la Terre du Milieu. Il m'a fallu quelque temps pour éloigner toute autre hypothèse. Ensuite, voyant qu'il ne me restait plus que cette seule piste, j'ai décidé de me rendre ici pour avoir une entrevue avec Hippolyte. Mais j'ai été longtemps retardé par la recherche du passage à travers la forêt avec le peu d'informations à son sujet que j'avais obtenu de vos parents. De plus, je ne bénéficiais d'aucune aide je n'ai plus confiance en personne, c'est pourquoi vous ne pouvez aller à Eryn Gaslen malgré votre détermination.
Ainsi les navires au loin étaient la raison de la présence du roi en ces terres. S'il avait délaissé son propre royaume, c'était pour avoir l'assurance que le pacte n'avait pas été brisé. C'était presque du suicide, mais apparemment il était capable de beaucoup et de risquer sa vie pour le bien de son peuple.
- Et si je vous suis contre votre gré ? relança-t-elle.
- Je vais tout simplement voir votre père.
- Mon père est mort.
- N'entrez pas dans ce jeu.
- Votre Majesté, implora-t-elle, plus désespérée que jamais, ne faites pas comme si de rien n'était, vous savez mieux que moi que ma place n'est pas ici et ne l'a jamais été, vous-même l'avez affirmé.
Elle s'arrêta soudainement puis hésita, elle devait à tout prix le persuader en touchant un point sensible.
- Peut-être que… vous ne voulez pas prendre le risque de briser l'alliance entre vous et le roi de l'Arion en m'emmenant.
- Depuis quand savez-vous ce que je pense ?
Thranduil ferma les yeux pour garder son calme. Il savait qu'elle avait raison, elle n'avait plus rien à faire ici, mais il était prisonnier de son statut de roi et c'était une décision de souverain qu'il devait prendre. Il reprit :
- Cette alliance ne tient que par un fil, je ne dois pas prendre le risque de la fragiliser encore plus qu'elle ne l'est.
- Mais en tant que simple elfe, quelle serait votre décision ? répondit Iseult dans un souffle.
- Vous le savez très bien.
- Vous ne pouvez pas me dire cela et ensuite m'abandonner !
- A-t-on réellement le choix ?
Iseult acquiesça :
- J'ai laissé une lettre pour ma sœur Hortense, j'ai expliqué que c'est moi seule qui ai décidé d'aller en Terre du Milieu et que vous-même ne m'avez incité en rien.
- Votre père serait fou de rage.
- Contrairement à vous, il peut parfois être un père avant d'être un roi, il saura que c'est la bonne décision. Puis même si ce n'était pas le cas, je n'ai plus vraiment d'intérêt politique. Il sait que ce pacte vous tient à cœur et que vous ne feriez rien pour le briser.
Thranduil pensa à Legolas, n'avait-il pas été trop sévère avec son fils ? N'avait-il pas oublié qu'il était avant tout un père pour lui ? Même si le poids du remord s'était allégé, il n'en restait pas moins douloureux. Le roi savait que son statut avait peu à peu gagné sur ce qu'il avait pu être des millénaires auparavant et que son fils en avait subi les conséquences. Il refaisait cette erreur. Pourquoi cette jeune fille avait-elle des raisonnements si justes avec le peu d'expérience qu'elle avait ?
- Partons avant que je ne change d'avis.
Iseult le regarda, le souffle coupé, incrédule de voir qu'elle avait persuadé.
- M… Merci, Votre Majesté.
Il se retourna sans rien ajouter et se hissa rapidement sur le cheval à la robe de ténèbres.
Iseult finit de s'occuper du sien et jeta un dernier coup d'œil à la selle.
- Vous devrez placer une grande confiance en moi et ne pas remettre en question le moindre de mes propos durant le voyage. Suis-je clair ? dit sévèrement Thranduil.
Elle se retourna vivement.
- Parfaitement.
Et à son tour elle monta sur son cheval qui hennissait à présent. Enfin tous deux se s'élancèrent dans la nuit, sans le moindre regard sur ce qu'ils abandonnaient.
Car Thranduil savait ce qu'il allait faire d'Iseult.
Le vent se déferlait sur les deux cavaliers qui bravaient l'orage en silence. Le jour s'était levé depuis seulement quelques heures et leur chevauchée n'avait été interrompue qu'une seule fois, le temps de laisser les chevaux s'abreuver. Depuis la discussion de la veille, Thranduil et Iseult n'avaient que très peu échangé, chacun étant perdu dans ses pensées. Ils se dirigeaient à grande allure vers le Sud où s'étendait la forêt, limite de la Pendée et de la Terre du Milieu. Mais voilà que le ciel s'assombrissait en proie à un violent orage. Thranduil voulait atteindre un abri avant qu'il n'éclate, or ni l'un ni l'autre ne connaissaient suffisamment la région et pour l'instant, seules les plaines vides de toute présence humaine se succédaient. Le Cerf se sentait mal à l'aise, les quelques arbres présents étaient frêles et malades, à croire que le sol était empoisonné. Tout en serrant la bride de son cheval, il s'adressa à l'elleth :
- Le sang parait avoir imprégné ces terres, qu'est-il arrivé pour que tout se meure ainsi ?
- Nous arrivons bientôt à la frontière entre l'Arion et les Terres Grises, jadis de nombreuses guerres ont eu lieu dans cette région intermédiaire, opposant les deux royaumes qui voulaient détenir le pouvoir absolu sur l'ensemble de la Pendée. Les batailles ont été sanglantes, la rage guerrière des Hommes Gris et la stratégie de mon peuple ont fait de nombreuses victimes.
Thranduil ne prit pas la peine de répondre, son attention se porta au loin, devant lui apparaissent peu à peu les vestiges d'une ancienne cité.
- Adonas, murmura Iseult, sachant qu'elle anticipait la question du roi.
- Y reste-t-il des habitants ?
- Je ne peux rien vous garantir, la présence de voyageurs errants ou de malfaiteurs est fortement probable, mais Adonas est assez grande pour que l'on puisse s'y réfugier.
- Alors allons-y, ne tardons pas.
Et tous deux galopèrent en direction des fortifications.
Quand ils arrivèrent, des éclairs commençaient à zébrer le ciel, des gouttes déviées par le vent ne tardèrent pas à tomber. Descendus de leur étalons, ils traversèrent un pont effondré en partie mais suffisamment large et tenace par endroits pour supporter le passage des chevaux. Peu de tours tenaient encore debout, le sol était jonché de pierres de taille et la nature reprenait ses droits. La pierre des bâtiments était d'un gris pâle presque blanc donnant à la cité un aspect fantomatique. Thranduil dirigea sa monture vers une ruelle étroite aux maisons complètement délabrées.
- Evitons les endroits propres et accueillants, ce sont les plus dangereux, nous pourrions y croiser des individus.
Iseult s'arrêta devant un bâtiment plus petit et plus austère que n'importe quel autre. Il n'y avait plus de trace de toit et les poutres s'étaient effondrées. Elle était toute en hauteur et semblait menacer de s'écrouler.
- Celle-ci sera parfaite, dit Thranduil en la voyant détailler la maison.
- Mais c'est la pire ! s'indigna la jeune elfe.
- Elle possède une cave.
- Comment le savez-vous ?
Thranduil ne put s'empêcher de lâcher un soupir d'exaspération avant de lui montrer du doigt une grosse trappe très visible, encore verrouillée contre l'entrée de la maison :
- Première leçon pour votre nouvelle existence : chaque détail compte, apprenez à observer. Rien ne doit échapper à un elfe.
Iseult se sentit rougir, et ne répondit pas, tout en pensant très fortement qu'elle n'était pas une elfe normale, ne voulant pas s'enfoncer plus dans son embarras.
Ils installèrent les chevaux dans ce qu'il restait de la maison, où l'eau et l'herbe étaient présentes, permettant ainsi de subvenir aux besoins des animaux.
Thranduil s'approcha de la trappe, le bois était pourri. Il donna un puissant coup de pied dessus pour l'ouvrir, les planches volèrent en éclat. Il se pencha au-dessus de l'échelle et vérifia qu'il n'y avait pas d'autres présences. Mais ici, on ne pouvait être sûr de rien. En ignorant l'échelle, il s'élança dans le vide et retomba plus bas sur ces deux jambes comme si de rien n'était.
Iseult grimaça. Il fallait expliquer à ce roi le principe d'une échelle. A son tour, elle s'approcha du bord et posa un pied sur le premier barreau de l'échelle. A peine eut-elle le temps de soulever le deuxième que le bois céda sous son poids. Sa tête rencontra le sol plus vite qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle jura sous la douleur et entreprit de se lever mais n'y parvint pas, la pièce était plongée dans le noir et sa chute l'avait perturbée. Pendant ce temps Thranduil se hâta de reboucher l'ouverture avant que l'eau ne pénètre dans la cave.
- J'aurai dû préciser qu'il faut analyser ce que l'on observe, et là il fallait voir que le bois était pourri.
Une pointe de moquerie était présente dans ses paroles, la vexant encore plus. Iseult ne vit pas l'elfe la soulever par les épaules mais sa poigne fut tout aussi surprenante que puissante.
Une fois remise sur pieds, elle essaya de trouver une infime source de lumière pour se repérer mais malheureusement il faisait noir comme un four. L'air était humide et froid, elle ne put s'empêcher de frissonner. Une odeur de moisissure flottait dans la cave. Elle entendit Thranduil se déplacer avec assurance. Elle lui demanda curieusement :
- Voyez-vous dans le noir ? Et les autres elfes ? Les normaux je veux dire.
- Ce serait une bonne chose, mais Eru ne nous en a pas fait don. Les elfes savent seulement contourner ce genre d'obstacle.
- Comment ?
- Nous nous fions à nos autres sens. Les hommes ont tendance à les oublier. Je crois d'ailleurs que votre éducation elfique commencera par l'apprivoisement de vos cinq sens, comme l'ouïe qui permet de se repérer dans l'ombre.
- On dirait une chauve-souris…, marmonna-t-elle sans se douter qu'il l'avait entendue.
Une douce lueur se diffusa dans la cave. Thranduil se tenait plus loin d'elle que ce qu'elle s'imaginait. Il tenait dans sa main droite une sorte de fiole émettant de la lumière bleue.
- Ce flacon renferme de l'eau provenant de la fontaine de Dame Galadriel, elle contient la lumière de l'étoile d'Eärendil.
Iseult fit l'inspection des lieux, la pièce était basse de plafond mais grande si bien qu'elle n'était que partiellement éclairée. Ses murs de pierre suintaient tant l'air était lourd. Hormis quelques barriques de vins éparses, rien d'autre ne venait meubler la pièce. Elle vit le regard de Thranduil se poser sur ces tonneaux avec un léger rictus.
- Qui est Galadriel ? Et comment diable peut-on enfermer de la lumière d'étoile ? le questionna-t-elle avide d'en savoir plus sur son peuple.
Le tonnerre retentit dans un bruit assourdissant, de l'eau s'écoulait contre les murs irréguliers.
- L'orage n'est pas près de prêt de passer, avec un peu de chance nous repartirons cette nuit, ce qui me laisse toute la journée pour vous résumer très rapidement l'Histoire de la Terre du Milieu et ainsi répondre à vos interrogations.
Ils se collèrent contre le seul mur sec, Iseult s'enroula dans sa cape, plus frigorifiée que jamais. Bien sûr, ils ne pouvaient pas se permettre de faire du feu à l'intérieur. Thranduil, dos au mur et droit comme un i, commença enfin son récit.
Il débuta par la création d'Arda, c'est-à-dire la Grande Musique. Il lui parla des Valar et des Maiar, la façon dont Melkor s'était rebellé contre Ilúvatar, l'apparition des elfes en Terre du Milieu, la divergence des elfes après l'invitation des Valar en Valinor en passant par les deux arbres de lumière et les Silmarils. Son récit virevoltait sur des périodes de guerres à des instants de paix. Son ton s'accordait avec la gravité des événements passés. L'elfe s'attarda même sur les nains, les Hommes et les hobbits tandis qu'Iseult buvait ses paroles sans rien dire. Elle s'émerveilla, s'attrista, se réjouit. Elle était fascinée par la passion dont Thranduil faisait preuve, il semblait plus ouvert, à la fois présent et distant comme s'il était en transe. Iseult aurait réellement cru voir un être céleste s'il n'y avait pas eu cette ombre qui le rongeait constamment.
« Ce sont sûrement les conséquences de l'immortalité » se pensa-elle.
Après avoir raconté brièvement la Quête de l'Anneau, son ton s'assombrit quand il évoqua le Quatrième Age :
- La chute de Sauron et la réunification du Gondor et de l'Arnor furent synonymes d'une nouvelle ère, celle des Hommes. Le règne des Elfes en Terre du Milieu était donc révolu. Beaucoup d'entre nous naviguèrent vers les Terres Immortelles pour être auprès des Valar et retrouver les êtres perdus. Mais contrairement aux autres je pensais que les mortels n'allaient apporter que ruine et désolation à la Terre du Milieu, je ne pus me résoudre à quitter mon royaume qui recommençait à prospérer. Les elfes sylvains étaient heureux et ne ressentaient pas l'Appel de la Mer. Avec l'accord des autres peuples elfiques, il fut décidé que les Sylvains se retranchent dans Vert-Bois le Grand tout en gardant un œil sur les Hommes. Plus de mille ans ont passé depuis, un grand nombre de mon peuple, lassé, est parti en Valinor. Seuls les plus résistants et les plus courageux sont restés à mes côtés pour veiller au bien de tous.
Sa voix se brisa. Il se leva sans plus attendre.
- Vous devez vous reposer, vous vous fatiguez trop vite.
- Et vous ?
- Je n'ai besoin que de très peu de sommeil.
Elle le vit se raidir soudainement puis, à la fraction de seconde suivante, se saisir de ses lames jumelles et s'approcher de la trappe.
- Que faites-vous ? demanda Iseult, alarmée.
- Ils savent que nous sommes ici.
- Qui donc ? s'affola-t-elle.
- Je ne sais pas, des êtres qui nous veulent du mal, j'entends leurs pas se rapprocher de la cave, ils veulent nous prendre par surprise mais mon ouïe m'a averti de leur présence.
- Je ne perçois rien…
- Restez cachée, lui ordonna-t-il.
Les épées dans une main, il se souleva à l'aide de l'autre et s'élança à l'extérieur.
L'elleth se retrouva abandonnée dans le noir avec la peur pour seule compagne. Thranduil avait pris la fiole avec lui pour qu'elle ne soit pas repérée. Tandis qu'elle reculait craintivement, des bruits suspects retentirent de l'extérieur comme si de nombreux hommes se dirigeaient vers la maison. Des éclats de voix, puis des cris parvinrent à ses oreilles. Puis le tintement des armes résonna. Le combat devait faire rage car des hommes hurlaient de douleur ou de fureur.
Iseult ne pouvait rien faire, si ce n'était de se terrer toujours plus. Elle s'inquiétait pour Thranduil, non pas qu'elle doutait de ses capacités de guerrier mais il se battait seul contre un grand nombre d'ennemis. Elle gardait les yeux rivés vers le plafond comme si elle pouvait voir la scène. De longues minutes s'écoulèrent rythmé par des bruits de corps s'affalant au-dessus d'elle.
Soudain des mains se refermèrent sur sa gorge et l'étouffèrent. La respiration coupée, elle agrippa les doigts de l'individu qui se tenait derrière elle pour essayer de s'en libérer. Il resserra sa prise, l'étranglant plus violemment. Elle ouvrit la bouche pour inspirer mais l'air ne passait plus. Dans un dernier élan elle griffa ses mains puis ses jambes se dérobèrent mais l'homme la gardait debout. Sa vision noircissait lentement au fur et à mesure de sa longue agonie. La dernière image qu'elle vit fut celle d'un éclat argenté.
Quand Iseult revint à elle, son corps était tout engourdi et lourd. Elle cligna doucement des yeux avant de remarquer que Thranduil se tenait debout devant elle, les bras croisés. Ses habits et ses cheveux étaient imprégnés de sang. Il semblait anxieux. Allongée sur le dos, Iseult se redressa avec difficulté sur les coudes. Elle vit une grosse flaque de sang un peu plus loin qui se mêlait à l'eau de pluie. Ses souvenirs refirent surface. Elle déglutit douloureusement :
- L'homme… murmura-t-elle sans pouvoir élever la voix.
- Je l'ai décapité avant qu'il ne vous achève.
Elle porta ses mains à son cou qui la faisait souffrir, il était gonflé et brûlant. Sa respiration était sifflante. Elle eut une quinte qui lui déchira la gorge.
- Ils étaient une vingtaine, tous armés, ce n'étaient que de simples hommes, furieux de notre présence sur leur territoire, expliqua Thranduil, je n'ai eu aucun mal à les achever mais visiblement un a échappé à ma vigilance et s'est infiltré ici.
- Vous saignez.
- Ce sang n'est pas le mien ils n'ont même pas réussi m'atteindre. En revanche c'est votre état qui me préoccupe, allez-vous mieux ?
- J'imagine, répondit-elle dans un souffle rauque.
- Il le faut car nous devons repartir sans plus attendre, la ville représente un danger pour vous, nous avons fait une grande erreur en venant ici.
Iseult eut tout juste la force de faire un hochement de tête pour approuver.
Ils ramassèrent leurs affaires et les jetèrent à l'extérieur. Ensuite Thranduil la souleva délicatement pour la faire passer à son tour. Une fois dehors, ils s'empressèrent de reprendre les chevaux qui étaient saufs.
La jeune femme monta sur le sien avec difficulté et se redressa une fois installée. Le soleil se couchait sur Adonas, l'orage était passé mais la pluie ne cessait de tomber. Son regard fut attiré par un amas de corps sans vie. Elle plaqua sa main contre sa bouche. C'était un vrai carnage leurs visages étaient déformés par l'agonie et leurs membres étaient mutilés. Ils gisaient tristement dans la boue teintée de rouge. Le prix de sa survie. Thranduil n'aurait sûrement pas tué tous ces hommes s'il avait été seul. L'elfine s'en voulait, elle se sentait responsable de leur mort. Un peu plus loin, un cadavre sans tête était abandonné.
« Celui qui a essayé d'attenter à ma vie » se dit-elle en éprouvant de l'effroi.
- D'autres arrivent ! s'écria Thranduil.
Et ils élancèrent les chevaux au galop.
Le Cerf se maudissait d'avoir imposé la vision des cadavres à l'elleth. Il avait baissé sa vigilance en exposant à Iseult à la mort. Son instinct paternel avait pris le dessus, c'est pourquoi il se sentait responsable d'elle. Quand il lui avait parlé de la Terre du Milieu, il avait vu ses yeux sombres briller d'émerveillement, son regard était celui d'un elfing. En réalité, elle en était un qui avait été poussé à grandir et à murir trop rapidement pour quelqu'un de son espèce. Elle avait tout à apprendre et surtout pour devenir une vraie elleth et oublier ses manières humaines.
Ils entendirent des cris venants de leurs arrières, Iseult se retourna et vit des dizaines d'hommes avec des arbalètes. Une flèche vola, sifflant au-dessus d'elle. Puis d'autres rejoignirent la première. Le cœur battant, Iseult se coucha sur sa monture pour se faire la plus petite possible. Le pont n'était heureusement pas bloqué et ils regagnèrent l'extérieur de la ville en filant comme le vent. Ils étaient à présent hors d'atteinte. Iseult essaya alors de se détendre sans pouvoir bouger la tête qui la lançait. Son ventre gronda, elle se rappela qu'elle n'avait rien mangé depuis qu'elle était partie mais il valait mieux ne pas y penser et fuir le plus loin possible cet endroit dangereux. Sa faim se transforma un à peu en un mal de ventre. Ses cycles allaient arriver. Il ne manquait plus que cela. Elle pesta en son for intérieur, le sort s'acharnait décidemment sur elle. Remuée, blessée, fatiguée, affamée,… elle se pencha en avant et entoura de ses bras l'échine du cheval dont elle ne connaissait même pas le nom. Ne pouvant vaincre le sommeil, elle laissa sa tête tomber et se balancer au rythme du galop. Quand elle commença à somnoler pour de bon, elle sentit son cheval ralentir. Surprise, elle se redressa et vit avec soulagement que Thranduil les menait dans un petit bois moins maladif que les autres.
Voyant que la jeune elfe était dans un piètre état, le roi décida de faire du feu pour qu'elle puisse se réchauffer les membres engourdis. Après qu'elle se fut installée, il alla chercher de quoi la nourrir, lui ne ressentait pas la moindre faim. Il trouva un vieux pommier à l'allure déplorable où quelques pommes semblaient s'accrocher avec peine, au moins ne repartirait-elle pas le ventre vide.
- Comment avez-vous su que j'étais une elfe ? demanda timidement Iseult quand Thranduil fut revenu auprès du feu.
Il soupira intérieurement, il allait de nouveau subir un interrogatoire.
- Je l'ai su c'est tout, il n'y a aucune explication, c'est dans l'instinct des elfes de se reconnaître, étant une espèce à part entière.
- Mais alors qu'est-ce qui peut différencier concrètement un Homme d'un elfe ?
- Les elfes ont une apparence pure, ils ont une allure noble. Nous sommes tous imberbes et nous portons les cheveux longs, chez un elfe tout est en finesse et grâce. Mais la seule différence majeure est la forme des oreilles, nous avons des oreilles pointues.
- Comment ? Ce n'est pas possible… Les miennes ne le sont pas, dit Iseult, abasourdie. Elle hésita un instant puis prit son courage à deux mains. Lentement, elle releva sa chevelure d'argent. Thranduil se figea, en effet ses oreilles n'étaient pas pointues, elles avaient été tranchées. L'horreur se répandit dans ses veines, cette enfant en avait trop vu, elle avait subi les pires hontes et châtiments qu'on puisse faire à son espèce.
- Qui a osé vous faire ça ? questionna –t-il avec fureur.
- Je n'en sais rien. Elles… je les ai toujours connues comme ceci.
- N'avez-vous jamais demandé à votre père pourquoi elles sont dans un tel état ?
- Non. Je ne supporte pas évoquer mes oreilles, je n'avais qu'une idée, c'était de les cacher et de les oublier. Et surtout je ne savais pas comment elles devaient être.
Et pour la première fois, Iseult osa regarder Thranduil droit dans les yeux.
- Peut-être, pourriez-vous me montrer comment elles auraient dû être…
Thranduil ne répondit pas, et à son tour il souleva sa majestueuse chevelure blonde, il avait jusque-là pris le soin de les cacher mais ici il ne craignait rien.
Iseult, l'air grave, contempla les oreilles qui venaient d'être découvertes. C'était un spectacle sublime, leurs courbes aiguisées reflétaient parfaitement l'image qu'elle se faisait des elfes. La jeune femme ressentit une profonde tristesse s'ancrer à son cœur et que les larmes ne pourraient pas apaiser. Doucement, ses bras vinrent se serrer autour de ses jambes et sa tête se cala sur ses genoux. Elle laissa errer son regard à travers le brasier qui dansait à quelques pas devant. Thranduil savait qu'il était préférable de la laisser seule, il s'éloigna donc sans bruit dans les ombres menaçantes des arbres.
Iseult entrouvrit légèrement les yeux mais les referma aussitôt, la lumière était trop vive. Elle roula sur le ventre et s'étira. Quelques minutes plus tard, une fois qu'elle fut habituée aux rayons chauds qui la caressaient, elle jeta un regard circulaire. Devant elle restait un tas de cendre encore tiède, et juste en face d'elle était assis Thranduil qui semblait plongé dans ses pensées.
- Heu… Bonjour, dit-elle, encore gauche de sommeil.
Il ne réagit pas tout de suite mais finit par répondre, toujours ailleurs, puis il sembla prendre conscience d'Iseult et la regarda avant de se lever :
- Nous n'allons pas tarder à partir, je vous ai cueilli quelques pommes hier soir, cela vous fera grand bien.
La jeune femme essaya de déchiffrer l'expression de l'elfe mais il portait sans cesse un masque de glace, elle n'insista pas. Puis elle se rendit compte qu'elle ne connaissait strictement rien à ce roi. S'il avait parlé de son peuple et de son royaume, elle ne savait rien d'autre que son âge approximatif et son statut très important.
Qui êtes-vous ?
Cette question lui brûlait les lèvres mais il n'était pas question qu'elle la lui pose. Et puis, une fois arrivée à Eryn Galen, sans doute, il reviendrait à ses obligations et l'oublierait complètement. Qui était-elle pour vouloir connaître un tel être qui lui inspirait un mélange de crainte et de respect ? Elle n'était rien qu'une enfant à ses yeux, ce qui était tout à fait normal. Il devait avoir une connaissance parfaite des moindres nuances de l'existence, ayant vécu assez pour qu'il ne soit plus surpris de rien, n'attendant plus rien de sa vie. Qu'est-qui le retenait ici, au milieu des Hommes ?
Iseult soupira et croqua dans une pomme à la couleur indéfinissable tandis que l'elfe en question préparait les chevaux.
- Que pensez-vous que l'on commence à organsier votre avenir parmi nous dès ce soir ? demanda Thranduil.
- Oui, cela me paraît être une bonne idée, il est vrai que je sais pas du tout ce qui m'attend.
- Ne vous inquiétez pas, je ferai bien quelque chose de vous, dit-il, un vague sourire aux lèvres.
- Tout dépend quoi.
- Tout dépend de vous.
Mais il savait qu'il mentait.
La journée se passa sans que rien d'extraordinaire ne vienne troubler les deux voyageurs, une sérénité s'était installée entre eux, et seule l'anxiété - de retrouver son royaume pour Thranduil et de ne pas savoir de quoi le futur serait fait pour Iseult - venait entacher.
La lumière était plus vive au fur et à mesure qu'ils allaient vers le Sud, et les arbres en filtraient le moindre rayon, créant ainsi des allées éclatantes aux couleurs rousses. Les feuilles se détachaient et venaient se déposer dans un dernier mouvement à leurs pieds. Ils ne galopaient plus, et s'imprégnaient du silence en cette fin d'après-midi. Bientôt, un lac se déploya devant eux, tout aussi clair que le ciel.
Quelques oies sauvages s'envolèrent au-dessus de l'eau et allèrent sur poser sur la berge. Ce lieu paraissait préservé de tout mal et de la main de l'Homme. Un vent tiède soulevait leurs chevelures, pour la première fois Iseult eut une impression de liberté. Certes, elle allait vers un avenir inconnu, chez un peuple qu'elle ne connaissait qu'à travers un individu – enfin, connaitre était un bien grand mot – mais elle ne regrettait rien, seulement d'abandonner sa sœur. Hélas les concessions de ce genre faisaient partie de son choix.
A la vue de ce lac, elle n'avait qu'un désir, courir et plonger dedans, comme un enfant. A vrai dire, elle en mourrait d'envie, mais ils avaient assez perdu de temps comme ça, elle serra la mâchoire mais ne put quitter des yeux la surface étincelante de bleu et d'or.
Elle ne savait pas si c'était le fait qu'elle ait ralenti ou que son regard était trop insistant, mais Thranduil, qui trottait à sa droite, lui dit :
- A la vue de votre état de saleté, un détour par ce lac ne vous ferait pas le moindre mal.
- Je ne suis pas sale ! répondit-elle, vexée. Par contre, je ne dirais pas non à une baignade.
Thranduil arrêta son cheval et descendit de selle. Des reflets dorés venaient caresser sa longue chevelure argentée. Il semblait détendu. Il attrapa son cheval par la bride et lança un regard à Iseult avant de dire :
- J'ai entendu les pas d'un chevreuil non loin d'ici, je m'en vais le chasser.
- Très bien. Et surtout ne revenez pas trop tôt.
A la vue de la perplexité du roi, elle crut bon d'ajouter :
- Je ne veux pas me retrouver dans une situation délicate.
Thranduil fronça les sourcils et alla attacher son cheval au tronc d'un arbre avant de s'emparer de son petit arc.
- Je vous donne une demi-heure.
Quand il disparut entre les arbres, la jeune femme jeta un dernier coup d'œil avant descendre de cheval, de se déshabiller, de courir et de plonger dans l'eau.
Son souffle fut coupé par la froideur de l'eau et elle se crispa. Quand elle toucha de ses pieds le fond vaseux, elle donna une impulsion et remonta à la surface en reprenant son souffle.
Une fois habituée au froid, elle se laissa de nouveau couler, les muscles de son dos se détendirent. Elle ouvrit les yeux, l'eau était suffisamment claire pour qu'elle puisse se repérer. Elle ondula en direction du centre du lac. Pendant quelques minutes, elle nagea tranquillement. Ensuite, à l'aide du savon qu'elle avait emportée elle se lava une fois le travail accompli, ce fut au tour de ses vêtements. Après les avoir étendu, elle se rhabilla avec la tenue de rechange qu'elle avait emportée.
Iseult tressait ses cheveux quand Thranduil revint victorieux de sa chasse, le cadavre du chevreuil sur l'épaule.
Il le posa à quelques mètres de leurs affaires, le sang des hommes tués la veille et celui de l'animal avait imprégné ses vêtements.
- Vous devriez aller vous laver, dit Iseult, un brin dégoutée.
Thranduil baissa son regard, il semblait enfin prendre conscience de l'état dans lequel il était.
- Allez donc préparer un feu.
- Oui, Votre Majesté.
Elle le vit grimacer.
- Appelez-moi Thranduil pour l'instant, Votre Majesté est trop officiel, nous sommes presque des fugitifs.
- Bien sûr… Thranduil.
Alors qu'il s'avançait vers l'eau, Iseult décida d'aller chercher du bois.
- Iseult ! appela l'elfe.
Elle se retourna vivement. Au bout de son bras tendu, pendait son corset humide.
- Qu'est-ce que c'est ?
Ce fut au tour de l'elfine de grimacer.
- Mon corset.
- Evidemment que c'est un corset. Seulement je voulais savoir pourquoi celui-ci a une armature en métal.
Iseult soupira, elle n'aimait pas aborder ce sujet.
- Il me maintient le dos en place, Quand j'avais huit ans je suis tombée des remparts et j'ai miraculeusement survécu. (Elle haussa les épaules :) Les médecins ne comprenaient pas comment je m'en étais tirée avec seulement un dos en miette, mais maintenant je me dis que c'était parce que j'avais encore mes capacités elfiques.
Thranduil l'observait gravement.
- Je ne veux pas de votre pitié, continua-t-elle.
- Considérez pourtant cela comme un honneur, beaucoup m'ont imploré pour l'obtenir, répliqua-t-il, un sourire mauvais au coin des lèvres.
- Justement, moi je vous implore de ne pas me l'accorder.
L'expression de Thranduil redevint plus sérieuse.
- Je pourrais dire que vous êtes un être malchanceux, mais je ne crois pas en la chance. Je ne crois pas au hasard. Peut-être que le mal s'acharne sur vous, comme il le fait pour moi. Vous et moi, nous nous ressemblons, plus que vous ne le croyez. Je suis intransigeant avec moi-même, je le serai donc avec vous, c'est la seule façon de survivre. Et c'est pourquoi vous ne m'inspirez pas de la pitié.
Iseult ne savait pas si elle devait le remercier. Que pouvait-on répondre à cela ? Elle le laissa seul, allant faire ce qu'il lui avait demandé. Ce soir, ils verraient ensemble ce que l'avenir leur réserverait.
Any comments ?
Je sais que le fandom du Seigneur des Anneaux s'éteint peu à peu donc c'est une bonne raison pour se manifester (raison qui m'a notamment poussée à publier ce début)
Une suite mérite-t-elle de voir le jour ou mon histoire est-elle moisie ?
