Chapitre 3 : Lloyd
Lloyd n'aimait pas rester longtemps sans rien faire. Il n'avait rien d'un gamin hyperactif, mais flâner en traversant la forêt d'Isélia ne l'intéressait pas. Il préférait courir d'un point A à un point B pour éviter de perdre trop de temps. D'aucuns diraient qu'une balade en forêt en solitaire avait souvent inspiré les plus grands philosophes… mais Lloyd n'avait rien d'un philosophe.
Il avait une raison bien plus simple pour passer par ici : c'était le chemin le plus court entre la maison de Dirk et le village d'Isélia. Il venait de quitter son père après avoir passé une journée à rattraper le temps perdu avec lui et après une bonne nuit de repos dans son lit. Dirk était l'un des derniers nains encore en vie, mais pour l'adolescent, c'était avant tout un père aimant qui l'avait recueilli et toujours traité comme son propre fils. Les deux étaient liés par un lien familial très fort qui n'avait rien à envier aux liens du sang.
En arrivant chez lui, et après s'être recueilli sur la tombe de sa mère, Lloyd commença immédiatement à lui raconter toutes ses nouvelles aventures, les personnages étonnants qu'il avait pu rencontrer, mais évita avec brio le sujet – bien trop embarrassant – de sa romance avec Colette. Dirk n'était pas un grand bavard, mais il savait écouter. Ce qui ressemblait plus à un monologue qu'à un dialogue dura donc de longues heures durant lesquelles l'intérêt du nain ne fléchissait point. S'excusant parfois pour préparer du thé ou le dîner, il s'abreuvait des histoires de son fils comme un puits sans fond. Ses plus grandes participations à la discussion se résumaient à quelques questions et à se gratter la barbe, perplexe sur ce qu'il venait d'apprendre.
Mais alors qu'il était resté silencieux jusque-là, le forgeron qui recevait rarement des visites finit par craquer et par demander à Lloyd d'arrêter de parler sinon quoi son crâne allait exploser. Il lui proposa alors de forger un objet ensemble, comme au bon vieux temps, une proposition accueillie avec un extraordinaire enthousiasme. Ils travaillèrent longtemps dans la soirée, jusque tard dans la nuit et ne s'arrêtèrent que quand tous deux furent satisfaits du résultat. Même si Dirk s'était occupé du plus gros du boulot, Lloyd ressentait une certaine fierté. Il observa avec attention son œuvre, mais maintenant que la tension était retombée, ses paupières s'alourdirent soudainement, l'invitant gentiment à aller se coucher. Il disparut donc rapidement dans sa chambre, suivi de près par son père qui avait l'habitude de veiller tard.
Après un réveil assez tardif, Lloyd ne s'éternisa pas et partit rapidement pour le village après avoir promis à son père de venir le revoir avant son départ. Le nain ne voulait pas se rendre au festival, même après avoir écouté les dizaines de bonnes raisons que le jeune homme avait enchaînées. Il reviendrait donc sans doute avec Colette cette fois-ci et peut-être avec son autre père : Kratos, puisque les frère et sœur Sage avaient pris soin d'inviter tout leur ancien groupe. Lloyd avait appris assez récemment qu'il était son père biologique, et bien que la nouvelle eut été un vrai choc, il s'était depuis fait à cette idée. Il se doutait bien qu'il voudrait sans doute encore se rendre sur la tombe de sa mère. Durant ses récents voyages, il avait maintes fois pensé à le questionner sur elle. Si une personne pouvait lui parler de sa mère, c'était bien lui. Lloyd était bien trop jeune lorsque sa mère est morte pour se souvenir d'elle. Jusqu'à peu, il ne possédait comme seul indice que les quelques explications qu'elle avait eu le temps de donner sur son lit de mort. Kratos lui en avait dit un peu plus, mais il n'avait jamais eu de longues conversations sur ce sujet avec lui. Peut-être le moment était-il enfin arrivé.
Lloyd passa devant l'ancienne ferme humaine d'Isélia. Son accès avait été condamné et elle avait été entièrement vidée de ses exsphères, mais le bâtiment demeurait tout de même sur la colline où ces mêmes gemmes démoniaques avaient provoqué la mort de sa mère. La végétation reprenait gentiment ses droits et dans quelques centaines d'années on se demanderait sans doute à quoi pouvait bien servir cet entrepôt. Lloyd espérait tout de même que l'humanité éviterait de répéter les mêmes erreurs, mais il ne serait de toute façon plus dans ce monde pour s'en assurer.
Mais alors qu'il descendait promptement vers le village, Lloyd aperçut soudain une silhouette se dirigeant dans la direction opposée. Une fraction de seconde suffit à reconnaître cette tenue violacée et cette démarche d'un homme qui semblait porter le futur du monde sur ses épaules, tout en restant classe en toutes circonstances. Cet homme qu'il avait toujours loué pour ses talents d'épéiste, c'était Kratos.
Lloyd ralentit sa course et cria pour attirer l'attention de son père, qui semblait perdu dans ses pensées, mais marchait d'un bon pas. Il agita alors tout son bras dans des mouvements amples, comme s'il aurait été compliqué pour l'ancien mercenaire de repérer une personne habillée en rouge et criant sur un chemin dégagé. Lloyd fut tout d'abord surpris de le voir ici, puis réalisa qu'il allait sans doute rendre visite à Anna. Enfin, ils se retrouvèrent face à face. Il n'avait pas changé, mais après tout, que représentaient quelques mois dans une vie aussi longue que celle de Kratos ? Peut-être même pouvait-il modifier son apparence comme Yggdrasill l'avait fait pour se joindre discrètement à leur groupe. Son regard montrait comme toujours une confiance sans égal, mais il semblait aussi de bonne humeur. La différence entre un Kratos de bonne ou mauvaise humeur était loin d'être évidente, mais le jeune homme parvenait maintenant à déceler ses plus maigres changements d'expression. Le père fut le premier à briser le silence gênant qui enveloppait les deux hommes.
« Lloyd. Je suis heureux de te voir.
– Moi aussi Kratos. Et pas pour négocier la destruction d'exsphères cette fois-ci. »
Lloyd faisait référence à leur dernière rencontre, où Kratos avait négocié pour conserver temporairement les exsphères du grand pont de Tethe'alla. Les deux hommes partageaient pourtant l'envie de toutes les récupérer. Ce dernier grimaça, puis s'expliqua.
« Désolé, je n'avais pas trop le choix. C'est mon boulot et le monde n'est pas encore prêt à vivre sans cette technologie. Je sais que j'ai été un obstacle pour atteindre ton but ce jour-là, mais tu dois me comprendre.
– J'étais énervé au début, mais je comprends. Pour les habitants de Tethe'alla en particulier, c'est vrai que ça peut sembler injuste. Même en sachant l'origine de l'énergie qu'ils utilisent chaque jour, changer du jour ou lendemain n'est pas facile. Heureusement, presque tous mes contacts ont accepté de se séparer de leurs exsphères à moyen terme. C'est pratique d'avoir le soutien du roi il faut dire ! »
Le visage de Lloyd se renfrogna alors qu'il caressait l'exsphère accrochée sur sa main. Elle lui avait sauvé la vie à de nombreuses reprises et elle lui serait évidemment utile s'il se décidait à la garder, mais il comptait lui aussi s'en séparer et finalement libérer la personne qui se trouvait toujours à l'intérieur.
« J'espère que le jour où je pourrai enlever celle que je porte viendra bientôt. »
Kratos regarda son fils dans les yeux et sourit légèrement. Il avait toujours la dégaine d'un grand gamin qui jouait au héros, mais il avait bien grandi. Il avait appris que tout n'était pas noir ou blanc et même si son vocabulaire restait basique, il défendait ses idées de façon plus mature. Comme un adulte. C'était une bonne chose en général, mais aujourd'hui Kratos ne souhaitait pas avoir de débat d'adultes : il en avait assez eu durant toute sa longue vie. Il répondit alors, tout en sortant tranquillement sa longue épée.
« Ce jour viendra bientôt, j'en suis sûr. Mais en attendant, tu as bien besoin de ton exsphère si tu veux arriver à mon niveau. Tu n'aurais aucune chance de me vaincre sans.
– Tu en as une aussi, ne fais pas le malin ! Et puis, je crois que quelqu'un a oublié qui a perdu lors de notre dernier affrontement.
– Devant le sceau d'Origin, hein ? Je doute que tu aies affronté qui que ce soit de puissant depuis. Tu dois être rouillé.
– Oh mais quel culot ! Qui est-ce qui est devenu un ambassadeur pacifique depuis des mois ? C'est toi qui es rouillé, papy !
– Papy ? »
Kratos souleva un sourcil devant cette appellation étrange, alors que Lloyd rigolait à sa propre trouvaille, la bouche grande ouverte. Kratos voulait lui dire qu'il n'avait vraiment aucun respect pour ses aînés, mais réalisa assez tôt qu'il se serait lancé une pique à lui-même. Lloyd retira son sac à dos et fouilla à l'intérieur.
« Je veux bien t'affronter, mais il faut que nous soyons à armes égales cette fois-ci. Attrape ! »
Kratos n'eut aucune peine à attraper la lame que le jeune homme venait de lui lancer. C'était une dague. Elle était fine et courte, mais la lame resplendissait elle était surtout magnifiquement décorée. Des pierres de différentes couleurs – rouge, vert, bleu – recouvraient la poignée en bois sculpté. Une lueur magique légèrement bleutée s'en échappait. Alors qu'il la tournait pour l'observer sous tous les angles, Lloyd lui expliqua d'où elle venait.
« On vient de finir de la fabriquer avec papa. Il s'est surtout occupé de la lame et moi de la poignée, mais c'est un vrai travail d'équipe. C'est cadeau ! Je voulais te l'offrir à la fête, mais comme je te croise maintenant, c'est l'occasion de la tester, non ? »
Kratos appréciait énormément l'intention, mais n'était toujours pas du genre à afficher ses sentiments. Il sourit toutefois, mais d'un sourire de défi.
« Hum. Merci beaucoup, Lloyd. Je n'ai pas l'habitude de me battre avec deux lames, tu le sais. Mais si tu peux le faire, je dois bien pouvoir y arriver aussi. En garde ! »
Kratos se mit en position, son épée de feu Flamberge dans la main droite, et cette nouvelle dague – elle avait en fait des pouvoirs de glace – dans la main gauche. Lloyd s'empara alors de ses doubles épées, qu'il portait en tout temps sur ses hanches. Il avait pris l'habitude de porter ses Épées de Kusanagi, des lames que son groupe avait récupéré en vainquant un squelette très puissant. Il pouvait voir dans le regard de Kratos que celui-ci était sérieux et qu'il n'avait nullement l'intention de lui laisser un avantage. Mais Lloyd n'en avait pas besoin. Il avait bien l'intention de se battre sérieusement comme il l'avait toujours fait.
Lloyd se lança tout d'abord en avant et lança un enchaînement de coups que Kratos para sans hésitation. Un coup vertical contrait un coup horizontal et inversement : les bases du combat à l'épée. Mais Lloyd n'avait pas l'intention de s'arrêter là. Il n'avait en tout cas pas envie de laisser le temps à Kratos de préparer un sort. Sa spécialité était d'enchaîner de nombreux coups rapides et il commença donc à utiliser ses techniques : une Pluie d'épées perçant la défense basse de Kratos, suivie d'une Lame de tigre profonde, un enchaînement aérien de deux coups qui ne fit pas bouger son adversaire d'un poil pour finir par un Cercle démoniaque, une onde de choc circulaire que Kratos ne tenta pas d'éviter, car il savait que Lloyd était arrivé au bout de son enchaînement et qu'il avait maintenant le temps de lancer ses propres techniques. Il ne faudrait toutefois qu'un quart de seconde à Lloyd pour reprendre position, mais Kratos parvint à placer une puissante Estocade sonique, brisant ainsi sa défense, puis enchaîna avec une Lame foudroyante, électrocutant rapidement sa cible. Il lança ensuite une puissante attaque d'estoc vers le haut nommée Canon lance de lumière. Lloyd aurait encore dû être sous l'emprise du choc électrique, mais parvint tout de même à bondir en arrière et éviter ainsi l'attaque. Les deux épéistes connaissaient trop bien les techniques de l'autre et les meilleures façons de les éviter. Il s'agissait maintenant principalement de vitesse et de réflexe.
Les deux combattants continuèrent d'échanger coup sur coup. Un enchaînement en suivait un autre, chacun parait au mieux la plupart des attaques, en évitait d'autres et ne subissait des dégâts que des plus faibles. Alors que Lloyd lançait une nouvelle Pluie d'épées, Kratos attendit le dernier coup d'estoc, puis dévia l'une des lames de Lloyd sur le côté grâce à sa nouvelle dague, déstabilisant le jeune homme. Un coup vertical suivit, mais Lloyd parvint à l'éviter d'une roulade sur le côté et se releva promptement avant de mettre un peu de distance entre eux.
« Merci pour le cadeau. Je ne sais pas encore m'en servir correctement, mais tu manques également d'expérience pour te défendre contre mes attaques à deux lames.
– Pffff. Ce ne sont pas des attaques aussi molles qui vont me faire peur. »
Et Lloyd fonça à nouveau tête baissée contre son adversaire.
Après une quinzaine de minutes de combat acharné, la fatigue avait commencé à dominer la bataille. Les deux hommes étaient essoufflés et leurs coups manquaient maintenant de vigueur, si bien qu'ils devenaient beaucoup trop faciles à éviter. D'un commun accord, les deux hommes décidèrent de s'arrêter là et d'organiser un prochain affrontement avant leur départ.
Tout en sachant qu'il allait se faire réprimander par Colette – il lui avait promis de l'aider à finir les préparations du festival des lumières – Lloyd décida d'accompagner Kratos jusqu'à la tombe de sa mère. Sur le chemin, ils discutèrent de tout et de rien : de leurs voyages, de la situation politique actuelle et de la confection de cette nouvelle dague. Ils arrivèrent toutefois rapidement à leur destination et furent accueillis par Dirk qui les avait entendu approcher. En voyant les deux hommes discuter, Lloyd se dit qu'il avait bien de la chance d'avoir deux pères si incroyables. Il n'avait appris à connaître l'un d'entre eux que récemment, mais il se sentait tout aussi proche de son père biologique que de son père adoptif. Malheureusement, il ne pouvait pas en dire autant de sa mère. Il lui parlait certes fréquemment, mais sans savoir à qui il s'adressait réellement. Il voulait en savoir plus. Alors que Kratos et lui priaient devant sa tombe, il demanda :
« Dis Kratos. Tu peux me parler de maman ? »
Kratos écarquilla les yeux. Il savait bien que Lloyd n'avait pas eu le temps de connaître sa mère, mais la question soudaine le prit au dépourvu. Il avait tant à dire, mais ne savait pas par quoi commencer. Il ne voulait pas le décevoir et il espérait pouvoir lui prouver qu'Anna était une femme exceptionnelle. Et s'il voulait le faire correctement, il lui faudrait prendre son temps. Il commença tout de même, la voix grave et solennelle, mais néanmoins chargée d'émotion.
« C'était une femme incroyable. J'ai vécu une très longue vie Lloyd, plus longue que tu ne peux l'imaginer. J'ai rencontré un nombre colossal de personnes de toutes races et de tous horizons. Des hommes, des femmes des humains, des elfes, des demi-elfes, des Anges et des nains des personnes qui avaient décidé de vivre leur vie pour en servir d'autres, d'autres à la soif de pouvoir sans égale. Et pourtant, je ne saurais expliquer pourquoi Anna était si spéciale pour moi. Elle était d'une gentillesse rare, mais ce n'était pas la première personne gentille que je rencontrais. Je pensais comprendre les gens et leurs modes de pensées à force d'avoir rencontré tant de monde… Et pourtant, je ne comprends pas mes propres sentiments. Je serais ravi de t'en parler en détails Lloyd. Revenons ici après le festival et je répondrai à toutes tes questions. D'accord ?
– D'accord ! »
Le sourire jovial de Lloyd ressemblait beaucoup à celui d'Anna et Kratos s'en rendait compte maintenant plus que jamais.
Alors que le soleil se couchait peu à peu, les lumières illuminant le village se faisaient toujours plus festives. Lanternes de multiples couleurs, bougies aux senteurs forestières et tubes phosphorescents se partageaient la vedette et guidaient locaux et visiteurs à travers la fête. Quelques stands de nourriture tenus par les villageois bénéficiaient d'un succès fou : comme Raine l'avait prédit, les curieux étaient venus plus nombreux que jamais ! Des activités avaient été organisées pour les enfants dans l'après-midi et maintenant des stands de jeux proposaient à chacun de tester son adresse.
Et au milieu de cette ambiance fort joyeuse, l'ancien groupe de l'Élue était enfin parvenu à se retrouver au complet. Tous les neuf. L'émotion avait été trop forte pour Colette qui s'était mise à pleurer de joie, initiant ainsi un câlin général autour d'elle, un moment que tous partagèrent à l'exception de Kratos et Raine, malgré quelques demandes désespérées. Souhaitant en profiter, Zélos proposa donc un câlin à chacune des femmes du groupe, mais se fit gentiment rembarrer par tout le monde à l'exception de la trop gentille Colette. Ce ne fut pas du goût de Sheena, qui demanda à l'Élu de cesser d'importuner la jeune fille et le tira par l'oreille à l'écart pour lui faire la leçon. Lloyd rigola de bon cœur en voyant le coureur de jupons traité ainsi et tapota sur l'épaule de son ami Génis pour lui montrer la scène. Voyant que ces deux mioches le pointaient du doigt en rigolant, Zélos écourta sa séance de moralisation pour venir faire le malin et leur rappeler qu'ils étaient tout simplement jaloux de son succès. Pendant ce temps, Colette discutait avec Sheena et Préséa de leurs dernières aventures, alors que Régal informait Kratos et Raine des dernières avancées de ces fameuses machines pouvant fonctionner sans exsphère. Des petits groupes s'étaient ainsi formés, mais ils étaient tous ravis de pouvoir se retrouver ainsi.
Une heure plus tard, les dernières lueurs orangées du ciel avaient totalement disparu, ne laissant place qu'à une vaste étendue noire, clairsemée d'étoiles. Le ciel était clair et la lune quasi-pleine. Les groupes de discussion s'étaient mélangés et des histoires drôles ou gênantes étaient devenues le sujet principal, au grand dam des principaux concernés, qui auraient préféré que ces anecdotes restent privées. Personne n'avait remarqué que Raine s'était éclipsée jusqu'au moment où sa voix autoritaire se fit entendre dans les haut-parleurs installés pour l'occasion. Elle informait que les feux d'artifice allaient bientôt commencer. À ces mots, Lloyd bondit sur place et attrapa Colette par la main, l'emmenant avec lui à travers la foule.
Bien qu'il n'ait finalement que très peu aidé à l'installation alors que Colette s'était retrouvée avec un travail à temps plein, il avait toutefois pris le temps de localiser un endroit parfait pour qu'ils puissent s'installer et regarder les feux en paix. À peine sorti du village, il continua à tirer sur le bras de Colette qui se demandait où il allait et se mit à courir dans la plaine jusqu'à atteindre un petit monticule sur lequel une couverture avait été installée. Sur celle-ci étaient posés deux coussins et un thermos rempli de thé chaud. Lloyd se retourna enfin et s'adressa à sa copine avec un petit sourire très fier.
« Tada ! J'ai réservé le meilleur emplacement pour les feux ! Assieds-toi.
– Oh Lloyd, tu es vraiment chou ! »
Elle déposa un baiser sur la joue du jeune homme, puis ils s'assirent en attendant le début des feux. Lloyd ouvrit son sac et en sortit une boite de biscuits et deux tasses dans lesquelles il versa le breuvage encore bien chaud. Il reprit d'une voix douce.
« Je suis vraiment heureux de revoir nos amis, mais je voulais vraiment passer un moment avec toi.
– Mais on passe déjà tous nos moments ensemble, on aurait pu rester avec le groupe tu sais. Je ne t'en aurais pas voulu.
– C'est vrai, mais… Je—Je me suis dit que c'était l'occasion d'un vrai rendez-vous romantique pour une fois. »
Colette lui sourit, puis l'enlaça longuement. Il ne la comprenait pas toujours, mais on ne pouvait pas lui reprocher d'économiser ses efforts pour lui faire plaisir. Elle déposa un baiser sur ses lèvres. Puis deux. Puis trois. Puis quatre. Puis… une explosion ! Le feu d'artifice avait commencé. Main dans la main, les deux amoureux observaient ce spectacle grandiose, qu'Isélia n'avait plus eu les moyens d'organiser depuis des dizaines d'années.
Lloyd avait tant de choses à raconter à Colette. Il voulait lui parler de sa rencontre avec Kratos dans la forêt d'Isélia et de la nuit passée à la forge avec Dirk. Mais en voyant les pupilles de sa chérie briller avec tant de bonheur, il préféra garder le silence jusqu'à la fin du spectacle pyrotechnique. Il serra la main de Colette plus fort dans la sienne. Le temps était frais, mais sa main était chaude.
