Chapitre 2 : Inquisitrice, fermez les yeux
Fort Céleste
Je quittai Solas la nuit tombée. Comme une ombre qui frôle les murs, je traversais le hall principal pour rejoindre mes quartiers dans la plus grande discrétion. D'une main tremblante, je finissais de fermer le col de ma veste dont les boutons de cuivre s'entrechoquaient dans de petits bruits réguliers. Malgré la peur d'être vue, je restais rêveuse après cette fin de journée passée dans cette chambre. Je n'y étais pourtant pas restée. Une fois que Solas avait fermé les yeux et que j'avais senti sa respiration se ralentir, je m'étais glissée hors du lit et étais sortie. Une certaine culpabilité pressait mon cœur mais une pensée indistincte m'incitait à continuer. Tandis que je gravissais les marches d'un escalier, je me retrouvai nez à nez avec une figure familière :
- Vous ne dormez pas ?
- Je pourrais vous retourner la question Léliana.
La maitre-espionne afficha un sourire malicieux qui remplaça son expression sérieuse :
- Je travaille.
Elle me dévoila discrètement un parchemin dont l'une des extrémités était tachée de sang.
- Il s'agit d'un document très… précieux, et qui vous sera présenté demain en présence de nos ambassadrice et commandant.
Je hochai la tête sans rien ajouter et chacune reprit son chemin. Une fois arrivée dans ma chambre, je m'étendis sur mon lit, rabattis la couverture sur mon corps et m'endormis presque aussitôt, toute habillée.
Rêve
Tandis que j'ouvrais les yeux le vent soufflait dans mes cheveux. Je n'étais plus dans mon lit, je n'étais même plus à Fort Céleste. Une chaîne de montagnes s'étendait autour de moi dans une nuit étoilée et j'étais couchée sur une terre noire. En me relevant j'en pris une poignée et la laissai retomber doucement : elle était fraîche et humide. Tout me paraissait réel et pourtant je n'étais pas arrivé là de moi-même. Tout à coup, un buisson s'agita près de moi et il me sembla distinguer la fourrure d'un animal. Il se précipita à l'entrée d'une forêt et, après m'avoir jeté un vif regard, s'y engagea en bondissant. Sans nul sentiment de crainte, je le suivis. La bête détallait devant moi mais je n'avais pas l'impression qu'elle me fuyait, au contraire, elle semblait me guider. Elle contournait chaque arbre avec agilité et sautait par-dessus les troncs qui barraient son chemin. La lumière de la lune traversait par endroit les feuillages m'offrant un spectacle de toute beauté : cette forêt avait l'air de briller. Au bout d'un moment, je débouchai sur un vaste étendu d'herbe d'où se dressait une colline. L'animal avait disparu. Je continuai d'avancer en regardant autour de moi. « C'était un loup », pensais-je. Aussitôt une silhouette apparu du haut de la colline et sembla regarder dans ma direction. Je décidai de m'approcher d'elle ; je n'avais nulle part où aller de toute façon. Plus je m'avançais plus je reconnaissais celle personne : c'était Solas. Il se tenait debout, les mains derrière le dos et esquissait un sourire en me regardant m'approcher. Arrivée près de lui je demandai :
- Solas, que faisons-nous ici?
- Vous ne devinez pas?
- Je crois comprendre… c'est l'immatériel. Tout cela n'est pas réel.
- Il pourrait l'être si vous y croyez.
Je regardais de nouveau autour de moi. La forêt d'où j'étais venu encerclait le terrain et derrière elle les montagnes se dressaient, hautes et majestueuses.
- Pourquoi sommes-nous ici?
- C'est moi qui vous l'ai permis, mais en tant que mage vous auriez pu y entrer de vous-même.
- Et pourquoi m'y avez-vous emmené?
- Cela me semblait important.
Il s'avança vers moi et caressa ma joue d'une main.
- Je suis désolé pour tout à l'heure…
Tout me revint en mémoire : alors qu'il était en train de déboutonner la veste de mon uniforme, son expression avait changé et il s'était arrêté. Il s'était écarté de moi et avait pris sa tête entre ses mains. « Je ne peux pas » m'avait-il dit, « je ne peux pas aller plus loin ». J'avais essayé de lui parlé mais une barrière invisible s'était installée entre nous. Par la suite, il m'avait seulement demandé de rester dormir auprès de lui. Je réalisai à présent que nos corps n'étaient plus dans le même lit.
- Ne vous excusez pas.
Je pris sa main et y posa un baiser.
- Je vous en demande trop Solas, et j'ai parfois du mal à réaliser que j'en impose plus qu'il me paraît.
Il me regarda avec un air triste et me prit dans ses bras. Des larmes coulèrent le long de mes joues et j'ajoutai :
- Si seulement je pouvais taire ces sentiments…
Alors il leva mon menton et m'embrassa. Le vent soufflait doucement dans cette nuit profonde et je l'imaginais effleurer les mains de Solas tandis qu'elles s'entremêlaient dans mes cheveux. Les miennes étaient posées sur son dos et serraient sa tunique. Il se redressa et me regarda un moment dans les yeux :
- Je ne devrais pas mais…
Ses lèvres se posèrent encore une fois sur les miennes.
- … je n'arrive plus à me retenir.
Il se baissa en m'attirant vers lui et m'allongea sur l'herbe. Il me surplomba ensuite en disposant ses genoux de part et d'autre de mon bassin et allongea ses bras au-dessus de moi pour agripper mes mains et entrelacer ses doigts dans les miens. Je le regardai étonnée :
- Solas… nous ne pouvons pas… ici !
- Si nous le pouvons, ce serait même le seul endroit où nous pourrions.
Des sanglots montèrent dans ma gorge mais j'essayai de les contrôler.
- Inquisitrice, fermez les yeux.
Je m'exécutai. En fermant les paupières c'était à la raison que je fermais l'accès. Rien ne pouvait toucher mon cœur, rien ne pouvait le blesser. Aucune clarté ne pouvait arriver jusqu'à lui et me sortir de cet état d'abandon volontaire. Je laissais Solas maître de ce qui devait arriver. Pendant que je respirais calmement, quelque chose effleurait mon visage, descendit à mon cou, ma poitrine et exécuta un cheminement le long de mon corps. Je devinai ses doigts en train de frôler ma peau, ses mains qui caressaient mes formes et parfois un baiser se posait ici et là. Par reprise je mordais mes lèvres pour étouffer un gémissement. Tout à coup il s'arrêta et je sentis tout près de mon oreille son souffle chaud :
- Gardez vos yeux fermés.
Un picotement parcouru mon cou et je laissai échapper un murmure inaudible d'entre mes lèvres. Il se redressa et sembla procéder à quelque chose. J'entendis sa voix de nouveau :
- Cela ne vous dérange donc pas que je sois un elfe?
- Non Solas. Et à vous, cela pose-t-il problème que je sois humaine?
- Laissez-moi poser les questions, inquisitrice. Depuis notre rencontre, vous me paraissez si sûre de vous dans des circonstances pour le moins extraordinaires. Quoi qu'il arrive, vous surmontez l'épreuve avec force et votre esprit continue de faire preuve de sagesse. Vous êtes tout à fait admirable.
- Je ne suis pas aussi parfaite que vous le pens…
- Bien entendu chacun dispose de faiblesses, vous n'échappez pas à cette règle. Pourtant, vous devrez vous montrer vaillante à l'avenir et ne pas vous laissez affaiblir par quoi que ce soit.
- Solas, qu'essayez-vous de me dire?
- Inquisitrice…
Je le sentis s'approcher tout près de mon visage.
- Ouvrez votre bouche.
Alors j'entrouvris les lèvres, timidement d'abord, puis plus amplement. Sa langue pénétra dans ma bouche et caressa la mienne avec passion. A mesure que notre baiser s'embrasait, nos lèvres devenaient humides. J'étais surprise de le trouver si enflammé au cœur de l'action, lui que je n'avais jamais imaginé ainsi. Mon cœur battait à m'en rompre la poitrine. Son souffle se mêlait au mien et le bout de son nez caressait mon visage. Je voulus agripper son dos quand mes doigts rencontrèrent sa peau. Solas sentit ma surprise et murmura à mon oreille :
- Ouvrez les yeux.
Mes paupières s'agitèrent un instant et en ouvrant les yeux je vis que son torse était nu. Je parcourrai son corps et trouvai alors sa tunique qui glissait sur ses reins et son pantalon complètement défait. Mes joues s'empourprèrent et je détournai le regard de son bas-ventre. L'immatériel ne manquait pas de rendre à son anatomie toute sa vitalité. Soudain, je croisai son visage qui me renvoyait une expression mélancolique. Quelque chose semblait lui traverser l'esprit et il resta là à penser silencieusement. Avant qu'il ne fasse quoi que ce soit, je saisis son bras :
- Maintenant laissez-moi faire.
Il me regarda avec un air troublé mais comme il voyait que je posais mes mains sur lui, il se laissa aller. Son corps bascula sur le côté et je me hissai au-dessus, à califourchon. Je couvris son visage de mille baisers tandis qu'il me tenait par les hanches. Je me souvins du plaisir qu'il avait éprouvé lorsque ma langue avait glissé sur son oreille et je réitérai l'opération. Son corps se raidit et il agrippa fermement le haut de mes cuisses en enfouissant son visage dans mes cheveux. Au bout de quelques instants je l'entendis murmurer de manière presque inaudible :
- Votre parfum est… délicieux.
Je rougis mais repris assez rapidement la cadence. Ma langue allait et venait le long de son oreille comme pour y inscrire quelque chose. Mes lèvres chaudes appelaient les zones les plus sensibles de sa peau pour y marquer à vif mes sentiments, mon amour. Par moment elles pinçaient vigoureusement la chair et faisaient apparaître un suçon. Après plusieurs spasmes, Solas laissa glisser l'une de ses mains le long de ma cuisse, m'arrachant un bref gémissement. Je me mis à penser que mes vêtements étaient de trop. Je déboutonnai la veste de mon uniforme et mon pantalon. Il prit l'initiative de tirer dessus pour le faire glisser et découvrir mes jambes jusqu'à mes chevilles.
- Vous êtes magnifique.
A mesure que ses yeux découvraient mon corps, ses joues prenaient une couleur rouge. Il sembla satisfait de sa vision, attrapa violemment mon visage et appuya mes lèvres contre les siennes. Tandis qu'il m'embrassait, je sentis l'une de ses mains glisser sur mes reins, caresser mes fesses et enfin presser ma cuisse. J'attrapai rapidement cette main errante et la posai sur les bandes de tissu qui couvraient ma poitrine.
- Pourriez-vous les défaire?
Il sourit.
- Assurément.
Avec délicatesse, il défit les bandes en les déroulant une à une et, sur chaque parcelle de peau qu'il découvrait, il faisait glisser son index comme pour y effacer les rougeurs laissées par le vêtement. Quand mes seins furent complètement nus, il se redressa et y colla ses lèvres. Il me fit basculer ensuite sur le côté et je me retrouvai couchée sur le ventre. Derrière mon oreille, j'entendis sa voix me chuchoter :
- Laissez-moi occuper cette place maintenant.
Soudainement, je sentis ses doigts effleurer mon bas-ventre et ôter mon dernier sous-vêtement. Ses mouvements étaient assurés, il n'hésitait plus. Alors que j'étendais mon corps de façon langoureuse, sa voix résonna dans le creux de mon cou.
- Sentez-vous l'herbe contre votre peau? N'est-elle pas plus réelle que le contact de mes lèvres?
Il posa doucement un baiser sur ma nuque et je frissonnai en resserrant l'emprise de mes doigts sur le sol. Son corps se colla au mien, me mettant directement au contact de la chaleur de sa peau, et ainsi je sentais son torse bouger selon le rythme de sa respiration.
- Oublions-nous, inquisitrice, et vivons ce rêve comme la plus tendre des réalités.
Une décharge de plaisir parcouru mon corps lorsqu'il le pénétra et je crus voir la marque sur ma main briller.
[Fin du chapitre 2]
