Je savais depuis un petit moment que mon coloc avait des sentiments plus que fraternels pour moi. Mais, je faisais comme si il ne se passait rien. Certains diraient que j'étais le roi de l'hypocrisie, d'autres penseraient que j'en avais clairement rien à foutre. Je pense sincèrement que c'est un peu des deux.
Mais bon quand la vérité vous tombe dessus, comme un vrai boulet de canon, il faut arrêter de se voiler la face. Et de jouer au con.
Mes sentiments à moi, sont venus petit à petit. Ou plutôt devrais-je dire que je les ai admis au fur et à mesure.
Ma première fois. Le jour ou V était parti gravement en vrille. Ça ne faisait pas longtemps que j'étais devenu vampire. Et je faisais une fixette sur Marissa. Mais la vérité, je faisais surtout une fixette sur l'idéal qu'elle représentait à mes yeux. Bon, je n'étais pas du genre à faire de l'introspection, donc vous vous doutez bien que je m'étais simplement et basiquement arrêter à ma fixette sur l'ex-shellane de Wrath. Une superbe femelle, blonde, un vrai canon de beauté. Et qu'une telle créature se soucie de moi, s'intéresse à moi, flattait mon ego meurtri par ma vision propre de déchéance que j'avais de ma petite personne. Ancien flic, alcoolique et drogué. Pas de vie perso, à part des coups vite fait. Je me dégouttais. La seule chose qui me tenait en vie, c'était mon boulot et José et sa femme. Point. C'est pour vous dire.
Marissa a été franchement ma planche de salut. Avec V. Ouais, ce connard arrogant n'étais jamais très loin. A eux deux, ils ont réussi le miracle de me redonner confiance en moi et de croire que, en fait, j'étais quelqu'un de bien.
Mais revenons à cette soirée qui a été l'uppercut qui m'a fait réaliser la place que V avait dans mon cœur.
Un certain soir au Commodore.
Le mec a purement et simplement tenté de se suicider en se jetant dans le vide. Ouais, Vishous, l'un des mecs les plus forts que je connaissais a craqué littéralement. Un choc. Pour moi, ce mec était un roc. Le voir dans cet état m'a retourné les tripes. Putain, le mec m'a fait une peur bleue.
Ce soir-là, Vishous me confessa son désir pour moi. Qu'il qualifiait de perversion. Putain de lui, j'aurais tout accepté pour qu'il descende de cette foutue rambarde et qu'il retrouve la terre ferme.
Et cet enfoiré l'a fait. Il s'est jeté dans le vide. Mon cœur s'est à cet instant arrêter de battre. Je crois que c'est la seule et unique fois où j'ai hurlé à m'en casser la voix. A ne plus avoir d'air dans les poumons.
Mais Vishous se remarterialisa devant moi, comme un putain de Casper. Il n'était pas allé jusqu'au bout de son geste. Et ma première réaction avait été de lui mettre une droite magistrale dans sa gueule. Putain, j'ai eu PEUR. Peur de perdre mon seul et unique ami. Mon traynher.
Sa réaction à lui. Il m'est tombé dans les bras, comme si plus rien ne le soutenait sauf moi.
Et c'est en le gardant dans mes bras, ne voulant plus le lâcher que je me suis rendu compte que ce mec était plus qu'un ami. A ce moment, je ne savais pas donner un nom à cette réaction, sentiment, appelez-ça comme vous voulez, en revanche j'ai rejeté cette idée. C'était inadmissible et incompréhensible. Que ce soit clair, je n'avais rien contre les homo, tout le monde fais ce qu'il veut comme il veut tant que c'est entre adulte consentant, mais moi, je n'étais pas de ce bord. Et vu que je suis borné, il a fallu du temps pour l'intégrer, beaucoup de temps, V a été très patient pendant que je jouais à la virginale donzelle. Pourtant ce soir-là, tenant V, nu et ivre, j'ai su que V avait un bout de mon cœur.
Quel con j'ai été ! Je pensais qu'il en avait qu'un petit bout. Je ne voulais pas admettre à ce moment, qu'il le possédait entièrement.
Je suis Butch et voici mon histoire.
