Ernie Macmillan soupirait d'avance face à l'événement qui allait peut-être bouleverser sa carrière de journaliste.
Car oui, le petit Poufsouffle avait bien grandi et était devenu un journaliste pressé de faire ses preuves dans le grand méchant monde. Mais pour se faire une place, il avait besoin de neuf, de scandale, de violent, de fort, quelque chose qui bouleverserait les codes et les conventions, quelque chose qui lui permettrait de se faire un nom dans l'univers si rude qu'il cherchait à conquérir.
Oui, Ernie Macmillan était ambitieux.
Oui, il était déterminé.
Et oui, il allait passer son réveillon de noël avec un mec inconnu au bataillon, qui lui promettait des infos douteuses et probablement non-sourcées, dans un pub à la réputation sulfureuse et au potentiel de discrétion hors-norme.
Décidément, qui que cet homme puisse-être, il n'était définitivement pas idiot.
Rajustant son écharpe, il franchit les derniers mètres qui le séparait de la porte de la Tête de Sanglier, et ouvrit la porte avant de s'engouffrer dans l'antre, heureux d'échapper à la tempête de neige qui faisait rage au dehors. Et qui s'était évidemment déclenchée à l'instant où il avait mis un pied au dehors de son modeste appartement londonien.
Fermant la porte avec soulagement, il regarda avec contentement la neige postée sur son écharpe fondre.
Et c'est alors qu'il fit trois constatations. Le lieu semblait avoir connu une nette amélioration depuis sa dernière sortie à Pré-au-lard, en septième année, la guerre avait, semble-t-il, permis de rénover l'endroit. Il n'était pas seul, comme en témoignait la présence d'une femme à l'air très occupé, d'un barman qui lui rappelait étrangement quelqu'un et qui discutait avec une jeune femme blonde, tournée de trois-quarts, dont il ne voyait pas le visage, et qui semblait être la cuisinière – mais... ces boucles d'oreilles... nooon... – . Et enfin, un homme à la posture tendue, occupé à vider un verre de ce qui semblait être de la vodka – qui buvait des choppes de vodka, par Merlin ? – qui remarqua son entrée à la seconde même où il posa le pied dans l'auberge.
Douce Morgane, il sentait que sa soirée allait être éprouvante...
Empoignant le boursouf par les cornes, il s'assit en face de l'homme louche, et dû se retenir de déglutir face à la puissante aura de son interlocuteur.
-Ernie Macmillan. Se présenta-t-il. Monsieur... ?
-Ah, mon nom, évidemment, comment ne pas commencer par là, monsieur le journaliste ?
Le ton moqueur lui fit froncer des sourcils.
-Ne vous méprenez pas, on appelle cela la politesse. Répliqua le blond.
Le rire qui sortit de la gorge de l'homme, rauque, tremblant, moqueur, sembla si faux et si mal joué que cela provoqua un profond malaise au fond de l'esprit du Poufsouffle.
-Mon nom n'a que peu d'importance, Macmillan.
Bon, très bien. Pensa le Poufsouffle. Il voulait jouer à ça, pourquoi pas.
-Un whisky, s'il vous plaît. Interpella le garçon.
-Donne en deux doubles, va. Compléta l'homme.
Les deux hommes s'observèrent, en chien de faïence, attendant leurs boissons, et Ernie oublia son premier intérêt pour le barman, se concentrant complètement sur celui qui lui faisait face.
-Vous m'avez envoyé une lettre... Commença le garçon, sortant un papier de sa poche.
-Jusque là tout va bien, j'avais peur de m'être trompé de personne. Remarque, des enfants qui veulent connaître la gloire, on en a à la pelle, ces temps-ci...
Décidément, il n'appréciait pas le ton de cet homme.
-Vous y déclarez avoir des informations-
-« à propos d'Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald. Plus précisément, à propos de Grindelwald. Ce qui l'a rendu comme ça. Ce qui s'est passé entre les deux... adolescents, enfants, adultes, camarades... » récita l'homme, les yeux fermés, comme annonçant le programme d'un spectacle pour enfants.
-...Précisément.
L'homme rouvrit les yeux, et les plongea dans le regard du plus jeune, un sourire fendant son visage pour le rendre plus clair, plus perturbé, plus fou encore. Les boissons arrivèrent. Ils se fixèrent. Et il attrapa un verre de whisky, renforçant le malaise de son vis à vis qui continuait de se demander ce qu'il foutait là, par les fondateurs !
-Poudlard a bien changé... voilà longtemps que je n'y ai pas mis les pieds, et garde à moi si j'osais y entrer... pouffa l'homme, en secouant la tête. Ses cheveux, noirs de saleté, laissaient entrevoir quelque mèches blanches, et ses yeux, clairs, semblaient conter une histoire terrible, celle d'un vétéran de guerre, d'un leader, d'un homme traqué, perdu, brisé.
-Oublie ce que tu crois savoir, gamin, et écoute bien. Je vais te raconter mon histoire.
Le grand sourire qu'il arbora le fit déglutir. Mais dans quoi venait-il d'atterrir ?
.
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Il y avait, dans le monde, des histoires que la plèbe préférait oublier. Des passages, des détails, ces petits rien qui faisaient l'Histoire, avec un grand -H, et qui faisaient basculer l'opinion publique sur un rien.
En voilà un, de détail, qui faisait que le monde préférait se cantonner à la version officielle et qui lui permettait de se réfugier dans un cocon douillet de fausse vérité.
Mais qui irait chercher plus loin quand le mensonge est si simple, si crédible ?
Vous imaginiez Gellert Grindelwald puissant ? Oh que oui.
Vous croyiez Gellert Grindelwald fou ? Probablement.
Vous pensiez Gellert Grindelwald mort ? Sûrement pas.
Écoutez cette histoire, cette parodie de justice, cette dernière volonté de rendre à César ce qui appartient à César.
Durmstrang renvoya Grindelwald. Et le pauvre garçon, bien loin de se laisser abattre, partit sur les routes, dans le but d'approfondir sa magie. Il rencontra un jeune homme, séduisant, puissant, amoureux, prêt à tout pour lui. Albus Dumbledore n'avait jamais été aussi heureux. Et Gellert Grindelwald n'avait jamais été aussi fou.
Ils devinrent amis, amants, et vient le détail dont je voulais parler.
Vous pensiez cela : qu'ils se rencontrèrent en dehors des murs du château, qu'Albus ne revint jamais à Poudlard, que Gellert le détourna de ses objectifs, et qu'ils décidèrent de partir pour le plus grand bien. Mais que la mort d'Ariana sépara ces deux grands esprits, sauvant le monde de sa perte sans qu'il ne sache que Dumbledore en était dès lors le sauveur.
Mais voilà. Non.
Et voilà mon histoire.
.
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-Sigmund ! Hurla une voix claire, essoufflée.
Se retournant, le sus-nommé aperçu son ami le rejoindre, épuisé.
-Tu t'es fait tout le château, ou quoi ? Ricana le blond.
-Te marres...han, pas trop...parce que...ah, parce que j'ai une info pour toi... souffla difficilement son ami.
-Et bien ? Qu'est ce que t'attends ? Pressa le Serdaigle.
-Pfuuu... tu m'épuises, Sigmund ! Apparemment, Dumbledore revient au château, et son petit frère resterait chez eux.
-C'est tout ? S'étonna le slave.
-Quoi, « c'est tout » ? C'est déjà ça, tu devrais être heureux ! Estime-toi heureux que quelqu'un t'aide à soutenir le Réseau du collège.
Sigmund soupira et acquiesça.
-Merci de ton aide. J'ai cours, on se voit plus tard ?
-D'accord. Soupira son ami.
-À plus, Phinéas.
Et ils se séparèrent.
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Le dîner du soir même fut passionnant. Véritablement passionnant. Albus Dumbledore était connu comme le préfet le plus barbant de l'histoire de Poudlard, et le Réseau avait bien du mal à se tenir quand le rouquin rôdait. Mais le discours du directeur avait été accompagné d'une arrivée haute en fanfare.
-Je vous présente votre nouveau camarade, qui restera ici pour finir sa septième année. Je vous demande de réserver un accueil chaleureux à Gellert Grindelwald, transféré de Durmstrang pour des raisons familiales.
Là encore, un détail étouffé par les directions qui resurgira bien assez tôt. Les « raisons familiales » étaient un presque meurtre de tous les occupants de l'école. Pourquoi Poudlard comme maison de correction ? Parce que personne ne voulait se coltiner un gamin dangereux, sans foi ni loi. Sauf Albus Dumbledore, qui prit sur lui d'être l'élève modèle le plus casse-bonbons que la Terre ait connu.
Le Choixpeau annonça la maison du nouvel élève avec rapidité. Serdaigle. Et le regard de glace que posa le nouveau venu sur Sigmund Szasha le fit frissonner.
Ils se lièrent rapidement d'amitié, partageant le même dortoir et un goût prononcé pour l'illégalité. Sigmund se rendit bien vite compte de l'affection obsessive que ressentait Dumbledore pour son camarade, et en tira bien vite un bénéfice certain.
Le Réseau ne s'était jamais aussi bien porté que depuis que Gellert Grindelwald était là.
Cependant, les problèmes arrivèrent vite. Car il y avait une règle, dans les bas-fonds de Poudlard. La politique était prise avec des pincettes, et les génocides de masse, exclus. Ce que refusait de comprendre le nouveau.
-Gellert, je te l'ai déjà dit. Non, on ne fera pas de réunion dans le but de rendre aux sorciers une place supérieure, et non, tu ne feras pas de campagne de publicité pour tes idéaux !
-Et pourquoi pas ? S'énerva le blond. On le mérite ! On en a le pouvoir !
-Va fricoter avec ton Dumb-friend si tu veux, mais ne radicalise pas le Réseau. On prône la liberté de penser. Tu crois ce que tu veux, mais tu ne l'imposes pas aux autres !
Seul un grognement répondit au chef du Réseau, et l'élève transféré tourna les talons d'un pas rageur.
On se sut jamais que les deux amants se rapprochèrent à Poudlard. On ne sut jamais non plus que ce fut Gellert qui poussa Albus à quitter l'école. Ce détail là ne fut jamais rendu public.
Il n'apparut jamais dans les journaux la disparition d'un élève de la grande école de sorcellerie. Qui s'inquiéterait de la disparition d'un pauvre Serdaigle trop droit, quelques heures après la remise des diplômes ? Sûrement pas Albus Dumbledore, qui s'était fait une joie de faire disparaître celui qui occupait beaucoup trop les pensées de son amant.
Et commence l'histoire que tu connais.
Ils devinrent inséparables.
Ils quittèrent Poudlard.
Ils tuèrent Ariana.
Ils se séparèrent.
Et Gellert Grindelwald s'échappa de Nurmengard, car un seul sorcier avait la connaissance de devenir ombre, et il ne resta en prison que quelques minutes, le temps d'apprécier la construction du bâtiment. Quelle ironie qu'Albus n'eut jamais la force de lui rendre visite ! Il a assuré ses arrières sans même le savoir...
Êtes -vous convaincu ?
.
.
Ernie inspira profondément.
Était-ce réellement possible ?
Voulait-il seulement que cela le soit ?
-Alors, gamin ? Se moqua la voix. Usée. Rauque. Triste ?
-...Et bien, il s'agit là d'une histoire polémique, et-
-Épargne ta salive, si c'est pour ne rien dire. Je sais ce que c'est.
Ernie pinça les lèvres. Que répondre à ça ?
-Un verre, s'il te plaît, garçon. Commanda l'homme.
-Tout de suite !
Mais... pensa Ernie. Il vient de me raconter son histoire. Et jusqu'aux dernières nouvelles, Albus Dumbledore ne possède pas d'une aura aussi terrifiante.
Le regard qu'il adressa à l'homme n'était plus rempli de crainte respectueuse, légèrement agacée. Il était complètement terrifié. Et les yeux du centenaire sourirent avec une douceur insoupçonnée.
-Et voilà comment finir une mauvaise journée... soupira le vétéran.
-Vous êtes...
-Je suis, je ne suis pas, je t'ai dit que cela n'avait pas d'importance. Vas-tu le sortir, ce papier ? Ou vas-tu laisser le monde à ses mensonges ? Quel horrible choix que je te donne-là...
Il but le verre qui attendait devant lui. Il le reposa calmement, et laissa la fatigue envahir ses traits.
-Une histoire pour un verre, je te laisse la note. Souffla-t-il avant d'entamer un mouvement pour se lever.
-Attendez, s'il vous plaît. Demanda Ernie.
Intrigué, l'homme se rassit.
-Laissez-moi vous offrir un dernier verre, pour la route. Je vous dois bien ça.
Le sourire qui germa sur les traits du Poufsouffle étonna le plus vieux, qui ricana avant de se lever pour de bon.
-Tu es bien plus intéressant que je ne le croyais, petit. Garçon, interpella-t-il, donnez-lui la surprise du chef, il en a bien besoin...
Et avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste, Gellert Grindelwald avait disparu. Et devant lui, une tasse l'attendait, fumante, et semblait le narguer de ne rien pouvoir faire de plus que payer les consommations et rendre une justice inconnue.
Peut-être ferait-il mieux de ne rien publier... il but une gorgée de chocolat et sortit son téléphone portable. Après plusieurs tonalités, une voix ensommeillée lui répondit :
-Allô... ?
-Draco, j'ai besoin de ton aide, et de celle de Harry.
-Est-ce que tu sais qu'il est trois heures du mat à Saint-Pétersbourg ? Grogna le blond à l'autre bout du fil.
-C'est qui... ? Demanda une autre voix.
-Juste Ernie, chaton, rendors-toi. Je t'en parle toute à l'heure.
-Va te coucher, Ernie... souffla le Griffondor.
-J'aimerais bien... souffla le Poufsouffle.
.
.
Assise dans les cuisines de l'auberge, une jeune fille souriait tranquillement, heureuse de faire ce qu'elle fait, et absolument comblée de la tournure des choses.
Empoignant une tasse à la douce odeur du cacao, elle fit lentement tourner le breuvage, apprécia l'odeur de sucre qui s'en échappait, et savoura une gorgée.
Reposant la tasse avec un soupir de contentement, elle sourit à la petit créature bleutée qui l'observait en souriant, postée sur l'anse d'une casserole encore chaude de boisson lactée.
Tout allait bien. Quelle merveilleuse soirée...
Elle reprit une gorgée bien méritée de chocolat, et ferma les yeux, satisfaite.
À ses côtés, la nargole s'envola, heureuse d'avoir su aider la petite fée.
Et Luna reprit son occupation favorite, à savoir être l'incarnation parfaite de tous les proverbes les plus sages.
Alors si vous vous sentez seul, faible, heureux, complètement bourré ou même simplement affamé, pensez à vos amis, et buvez du chocolat.
Merci d'avoir pris le temps de lire ce petit quelque chose, le retard pris est dû aux deux jours que j'ai mis à l'écrire...
Qu'en as-tu pensé ? Laisse donc un commentaire si le cœur t'en dit...
Bonne journée, fin de journée, soirée, nuit, et surtout, de joyeuses fêtes à toi qui à eut le courage de lire un petit cadeau de noël.
Joyeux Noël, des cookies et plein de bonheur !
Avec tout mes meilleurs vœux,
~Sh'Ak.
