La saison 1 est un puits à histoires sur les Merlyn! J'étais tellement frustrée de voir comment la relation entre Tommy et Laurel s'est détériorée, je les adore ensemble, ils étaient absolument adorables et à mes yeux, Tommy la méritait bien davantage qu'Oliver *grommelle*
Bref.
Comme toujours, je me suis donc vengée en tournant les choses à ma sauce. Long life to Malcom.
Jamais assez pour personne
Malcom sentit sa bouche s'entrouvrir en un 'o' surpris en découvrant Tommy sur le pas de sa porte. Bien peu de choses réussissaient à le surprendre ces derniers temps, mais cette découverte faisait définitivement partie du top 5.
Là, devant lui, sur le pas de porte du manoir Merlyn, à plus de 23h passées, se trouvait son fils, ses vêtements trempés et son expression hagarde.
-Tommy ?
-'pa ..
-Tommy, grand Dieu ! siffla-t-il avant de l'attraper pour le faire rentrer de force au sec. Tu es trempé ! Et.. Il plissa les yeux. Es-tu ivre? grogna-t-il, son expression passant instantanément d'inquiète à désapprobatrice puis furieuse.
-Je .. je crois.. Un hoquet secoua le jeune homme, qui tituba. Oh .. tu .. Tu es encore fu-furieux, hein ? Comme .. d'ha-a-bit-u..d-d..-e...
Malcom sentit un pic de culpabilité le frapper : Tommy était clairement dans un état indescriptible, et il avait dû se douter de la réaction qu'aurait son père en le découvrant ainsi, mais il était quand même venu. Laisser ses anciens réflexes le dominer n'aiderait en rien son fils. La remontrance pouvait attendre que celui-ci ait dessoulé, en attendant, Tommy avait besoin de lui.
Repoussant tous les mauvais souvenirs que cette situation pourrait réveiller, Malcom secoua la tête, et saisit le bras du jeune homme, grimaçant quand ce dernier sursauta.
-Je .. elle .. 'pa .. S'il te plait..
Le regard que lui lança Tommy aurait fait pleurer des pierres : son père sentit ses intestins se tordre.
Quelque chose était arrivé à son fils.
Tommy n'avait plus touché à une bouteille depuis qu'il sortait avec Laurel. Plus excessivement, en tout cas. Oh, il ne refuserait pas une bière ou un bon verre, mais ce serait tout. La jeune Lance avait eu un effet plus que bénéfique sur lui.
Était-ce à dire que la jeune femme avait un rapport avec l'état actuel de son fils? Ou était-ce lié à ce petit garçon dont les parents avaient été tués ? Malcom avait senti la nausée le saisir en découvrant l'information à la télévision: encore une autre famille détruite. Encore un orphelin.
Le petit n'avait que sept ans.
Tommy en avait eu huit.
Voilà pourquoi il devait détruite les Glades. Voilà pourquoi il fallait assainir la ville. Il n'existait pas de seconde chose ou d'alternative pour ces gens. Seule la force était efficace.
La force ne lui serait d'aucun secours, cependant, pour l'aider avec son problème actuel : face à lui, Tommy attendait silencieusement, son expression exprimant clairement sa peur pour la réprimande qu'il s'attendait à recevoir.
Malcom plissa les lèvres, et ravala les mots colériques prêts à en tomber. À la place, il se força à adoucir ses traits, laissant son inquiétude filtrer à travers son visage.
-Occupons-nous de toi, veux-tu ?
Sans lui laisser le temps de répondre, Malcom glissa ses mains sous son manteau trempé, l'aidant à le retirer avant de le jeter dans un coin, son esprit concentré sur les tremblements violents qui saisirent Tommy à peine le tissu eut-il disparu. Le reste suivit, le jeune homme se laissant faire avec une facilité effrayante alors que les habits tombaient au sol, gorgés d'eau. Malcom secoua de nouveau la tête, avant de l'entrainer dans le salon où ronflait un feu féroce.
-Assied-toi.
Une couverture de laine épaisse atterrit bientôt sur les épaules du jeune homme, qui se roula instinctivement en boule près de l'âtre. Il ne réalisa pas que son père s'était absenté quelques instants, pour bientôt revenir, armé de serviettes et vêtements secs.
-Enlève ça.
Tommy gémit, et se roula un peu plus dans le tissu chaud. Le plus âgé roula des yeux, mais se força à se montrer patient, s'accroupissant à coté de lui avant d'expliquer le plus gentiment possible:
-Il faut te sécher, sinon tu vas attraper la mort.
Un reniflement. Une main vacillante apparut sous la couverture.
-Je .. j'peux le faire..
-Je crois que tu te surestimes, fils, ironisa Malcom, avant de pester intérieurement en voyant l'expression de Tommy s'effondrer.
-Toujours .. juste.. une déception..
Bien joué, Malcom.
-Tommy, tenta-t-il de corriger – pourquoi tout était-il toujours si difficile quand il s'agissait de sa propre progéniture – tu trembles, tu es trempé, et tu es à moitié enfoncé sous une montagne de laine. Tu penses vraiment être en état pour te sécher ?
L'intéressé plissa le nez.
-J'imagine .. que non.. mais je .. Son regard se fit têtu. Je veux.. ce serait .. être faible... Tu n'aimes pas.. les faibles, marmonna le jeune homme.
Malcom crut qu'il allait se tirer une balle.
Bien sûr que son fils ne voudrait pas se montrer faible devant lui : le PDG n'avait cessé de l'attaquer ces vingt dernières années à chaque petite preuve de fragilité.
Il n'était que ce que son père avait créé.
L'intéressé se pinça l'arête du nez.
Il aurait tout le temps pour s'auto-apitoyer plus tard.
-Tommy, articula-t-il le plus calmement possible. Ôte cette couverture et laisse-moi m'occuper de toi.
-Toujours à.. tout diriger.. je ne suis pas un de tes employés, bougonna ce dernier, mais il obtempéra malgré tout.
À peine eut-il enlevé la couverture que les tremblements reprirent de plus belle. Malcom entreprit de réveiller sa circulation sanguine en le séchant vigoureusement, la peau pale devenant rouge sous ses soins.
-Non, répliqua-t-il. Tu es mon fils. Et tu vas être malade toute la nuit si tu ne me laisses pas faire.
Tommy avait fermé les yeux, semblant reprendre un peu ses esprits. Son père le connaissait trop bien, néanmoins – ironiquement, il maitrisait parfaitement chacune des étapes du 'Tommy ivre' – aussi ne fut-il pas surpris de voir son expression se faire chagrine.
-Je suis.. misérable.. hein ?
Et voilà l'auto-apitoiement.
Son fils interpréta mal son silence – ou peut-être le comprit-il trop bien – car il baissa la tête, ses épaules s'affaissant.
-Pas besoin de le dire.. Je suis une loque..
-Tu vas me dire ce qu'il t'est arrivé pour que tu te mettes dans un tel état? répliqua Malcom en attaquant son dos, avant de lui lancer un t-shirt.
Tommy grogna en le recevant, son expression se faisant buttée.
-Nah.
Cette fois, Malcom ne chercha même pas à cacher son exaspération.
-Évidemment. Tu débarques ivre et trempé à plus de 22h ici, mais tu ne vas pas me dire pourquoi.
Tommy baissa un peu plus la tête. Malcom eut un flash d'un tout petit garçon fuyant son regard après avoir commis une énorme bêtise.
Tout au fond de lui, Tommy n'avait pas grandi.
Malcom fit quelque chose qu'il n'avait plus fait depuis des années: il laissa tomber le masque, et tendit sa main libre pour la glisser dans les cheveux en pétard du plus jeune. Celui-ci sursauta, lui lançant un regard paniqué qui provoqua une nouvelle onde de culpabilité chez son géniteur.
Tommy avait peur de lui.
-Dis-moi, murmura-t-il doucement. S'il te plait.
Le brun secoua précipitamment la tête.
-Pour .. que tu cries ? Non m-merci, je p-a-asse.
Malcom fronça les sourcils.
-Finis de t'habiller, ordonna-t-il sèchement en reculant.
Tommy fit la moue, mais obéit, disparaissant ensuite de nouveau sous la couverture. Son père l'étudia en silence quelques instants, cherchant le meilleur angle d'attaque. Le jeune homme avait commencé à reprendre ses esprits, mais cela signifiait également qu'il était encore plus fragile, ses sentiments étouffés par l'alcool de nouveau à fleur de peau.
Malcom s'assit donc sur le canapé, à coté de lui, et attendit.
La patience était une des vertus les plus respectées d'un guerrier.
Malcom était loin d'être un néophyte.
Son attente paya finalement lorsqu'un reniflement émergea du tas de couvertures.
-T-oo-ujours là ? Wow, c'..est un re-record.
Malcom se sentit rouler des yeux.
Quinze guerriers de Nanda Parbat seraient plus simples à affronter que son propre fils.
-Si tu es venu pour mordre..
Les épaules du jeune homme s'affaissèrent.
-Je .. ce n'est pas.. Oh, j'enchai-i-ine les conneries, gémit-il en laissant tomber sa tête en avant.
-Te bourrer, conduire ivre ou la raison derrière tout ça ?
La honte s'étala sur le visage de l'intéressé. La peur et la colère de Malcom perçaient dans chacun de ses mots. Il ne pouvait même pas penser à ce qu'il aurait fait si Tommy s'était tué sur la route. Ce dernier semblait se dégonfler lentement sur place, son visage disparaissant avec une rapidité terrifiante entre ses épaules.
Son père hésita, avant de poser une main sur son épaule.
-Dis-moi.
Ce n'était ni un ordre ni une commande; c'était une demande, simple, inquiète, évidente. Tommy se mordilla la lèvre, son envie de se confier se mêlant à la peur d'être encore une fois jeté et humilié. La partie de son esprit embrumé qui pleurait de désespoir prit le dessus, son besoin de soutien plus fort que ses peurs.
Ou bien était-ce tout simplement l'alcool.
Il était complètement bourré, après tout.
-Elle a.. J'ai.. J'a-a-ai.. Un hoquet le secoua en même temps qu'une nouvelle vague de larmes dévalait ses joues rougies par le chagrin. Je l'ai q..qui..quittée..
Le sol s'ouvrit sous les pieds de Malcom.
-Tommy, murmura-t-il, sa tristesse pour son fils prenant le pas sur tout autre sentiment.
-E-e-elle .. Je suis.. pas assez.. J'ai-i-i jamais.. Je croyais.. Ma-ai-is je suis pas.. a-a-assez..
Malcom fronça les sourcils. Il ne comprenait pas : la jeune Laurel était clairement profondément amoureuse de Tommy. Qu'avait-il pu se passer ?
Était-ce l'inhibition provoquée par l'alcool ? Le besoin de contact ? Un instant le jeune homme était roulé en boule devant le feu, le suivant il s'était déplacé contre les jambes de Malcom, son visage pressé contre ses genoux.
Si jeune, si fragile, si aisé à manipuler dans sa douleur. Si malheureux.
Laurel était tout pour Tommy. Même Malcom avait pu le voir. Sa confession lui brisait le cœur, le sentiment accentué par l'auto-dénigrement qui émanait de chacun de ses mots. Tommy n'avait aucune confiance en lui.
Malgré lui, Malcom se sentit glisser une main dans les cheveux humides, le souvenir de ce petit bonhomme cherchant du réconfort lui remontant une nouvelle fois à l'esprit.
-P-Pardon, papa, hoqueta le petit.
L'expression jusqu'alors sévère de Malcom s'adoucit légèrement : sans un mot, il saisit son fils, le soulevant pour venir le placer sur ses genoux. Thomas se roula immédiatement en boule contre lui, enfonçant son visage dans le creux rassurant de son épaule tandis que ses mains allaient saisir les pans de sa veste.
Malcom était toujours celui dont il craignait le plus la colère.
Son père n'élèverait jamais la voix, mais la manière dont il le fixerait froidement convierait plus efficacement sa pensée que n'importe quels cris.
-C'est ok, fils. C'est terminé.
-Je .. je voulais pas..
-Tu as réparé ta bêtise et tu t'es excusé, Tommy, répondit doucement Malcom en caressant ses cheveux. Tu es pardonné.
-Pour .. pour de vrai ?
Le plus âgé hocha la tête. Tommy releva vers lui un regard apeuré.
-Tu.. tu vas pas partir ?
-Oh, Tommy, je ne partirai jamais, répliqua fermement son père. Je serai toujours là.
-Promis ?
-Promis.
Je serai toujours là.
-Je suis là, Tommy, murmura-t-il, cherchant désespéramment les bons mots pour aider son fils. Tu n'es pas seul.
-Si … Tu vas me laisse-er.. encore..
Je suis désolé, Rebecca.
-Je suis là, Tommy, répéta-t-il fermement. Je ne pars nulle part.
-Tu .. tu mens.. tu es parti deux ans.. T-t-tu m'as laissé.. Ollie aussi.. L-L-Lau..r-r-re...l … Je.. Je croy..ais.. Elle dit qu'elle m'ai-aime.. mais elle re-regarde Oll-i-ie.. Je veux pas.. je suis pas.. un rempla..ç..ant.. Je suis pas as..asssssssez.. pour.. per-per-sonne..
Un rire sans joie lui échappa. Malcom sentit son cœur se serrer un peu plus. Il avait créé cela. C'était à cause de lui que son fils ne croyait pas en ses capacités.
-Oliver ne te trahirait pas, Tommy, rappela-t-il, sa main libre se glissant dans le cou de ce dernier, le serrant gentiment.
Tommy frémit au contact, mais – encore une autre preuve de son mal-être- ne le repoussa pas.
-Il .. Il dit.. qu'il f-fera r-r-ien.. Mais ell-e-e le regarde.. Je les ai v-uus.. ensemble.. E-lle était.. d...ans s-s-s-es.. bras..
Ah.
-Je croyais.. 'pa.. je.. l'aime.. tellement.. telleeeeeeeeement – sa voix était monté d'un octave en même temps que ses pleurs reprenaient de plus belle – J'ai... je voulais.. être mi.. mieux..- Il plissa les yeux, à la recherche du bon mot – mei.. meilleur pour e..lle.. Ell-e m..me manque..
Malcom soupira, avant de faire quelque chose qui aurait provoqué une crise cardiaque chez son fils en temps normal. Mais en cet instant, celui-ci était ivre, et complètement déphasé : il existait une chance sur deux pour qu'il ne se rappelle de rien le lendemain.
Malcom se pencha, et lentement, avec une précaution infinie, déposa un léger baiser sur le front de Tommy.
La main de celui-ci agrippa son pantalon.
Tommy allait tellement le haïr, à son réveil.
-C'est ok, fils, souffla-t-il doucement, répétant les mots qu'il avait prononcés il y a plus de deux décennies. Tu as eu raison de venir.
Un reniflement.
-C'est pas.. comme si j'a... j'avais le choix.. Il me.. r-res-te.. qu'ici..
-Ce sera toujours ta maison, Thomas, répondit fermement Malcom.
Même à moitié ivre, l'intéressé tressaillit en entendant son vrai prénom.
-Allez, viens. Tu ne vas pas dormir sur le tapis.
-Je .. je peux pas.. lit.. trop l..oin...
-Je ne pensais pas au lit, commenta son père en l'aidant à se lever, avant de l'installer sur le canapé.
Tommy grommela en se sentant pris en charge. Sa tirade irritée se tut lorsque Malcom passa la main sur son visage.
-Repose-toi. Je serai là demain matin.
-Nah .. tu.. s-seras.. parti.. c-comme.. touj..ours.. P..apa ?
-Oui, Tommy? murmura celui-ci.
Est-ce que son fils réalisait à quel point ses mots le heurtaient ? Savoir qu'il les méritait n'aidait pas à apaiser la douleur qu'ils provoquaient.
-M..merci, marmonna le jeune homme, son expression misérable.
Malgré lui, Malcom sentit un doux sourire étirer ses lèvres.
Son fils avait toujours été sa faiblesse.
-Tout va s'arranger, fils. Je te le promets.
La bouche de Tommy se tordit en une forme amère.
-C'e..est.. g..gent..il.. mais.. c'est... faux..
L'instant d'après, ses paupières se fermaient, un sommeil sans rêve le saisissant alors que tout son corps se détendait enfin.
Malcom poussa un long soupir. Il tira sur la couverture qui recouvrait Tommy, s'assurant que seul son visage dépassait, avant de s'accorder un nouveau moment de faiblesse et passer sa main dans les cheveux de ce dernier. Les mèches étaient humides mais douces, un triste contraste avec le tourment qui secouait le jeune homme.
Lentement, à contrecœur, le PDG se redressa finalement, un regard déterminé apparaissant sur son visage. Il jeta un dernier coup d'œil à son fils, avant de se diriger avec assurance vers la pièce avoisinante la plus proche.
Il devait appeler Mlle Lance.
