Chapitre 4


Malcolm ne revit pas Tommy du reste de la journée : son fils avait disparu lors du déjeuner, le passant sans aucun doute à tenter de réparer les brisures que son départ avait provoqué dans son couple.

Malcolm ne l'enviait pas.

Le souvenir de ses propres disputes avec Rebecca lui était revenu à l'esprit pendant la bagarre dans son bureau, les regrets et amertumes se réveillant en même temps.

Tant de moments perdus.

Il haussa un sourcil en entendant un 'toc toc' timide à sa porte. Il était plus de dix-neuf heures, qui donc pouvait encore être là ? À part peut-être..

-Entrez, appela-t-il en levant le nez du dossier qu'il était en train de lire.

Le visage penaud et mal à l'aise de son fils apparut dans l'encadrure de la porte.

-Je .. je ne te dérange pas ?

-Absolument pas, répliqua Malcolm en se redressant, ses yeux suivant les pas gênés de Tommy. Je ne vais pas te mordre, tu sais, commenta-t-il, avant d'ajouter en le voyant détourner le regard : Est-ce que tout va bien ? Laurel..

-Oui, oui oui, répondit précipitamment le jeune homme. C'est .. Elle.. Elle est repartie travailler cet après-midi. Malcolm fit un signe de la main, l'encourageant à parler. Elle .. Elle est toujours furieuse, mais.. je crois que c'est bon, marmonna le brun.

-Bien, sourit Malcolm. C'est une bonne nouvelle.

-J'imagine, murmura Tommy en enfonçant ses mains dans ses poches. Je .. Je lui ai demandé un peu de temps..

Malcolm fronça les sourcils.

-Pourquoi ?

Tommy se mordilla la lèvre. Il ne pouvait pas réellement être en train de parler de son couple avec son père, c'était le monde à l'envers.

-J'ai.. Un soupir lui échappa. Ça fait beaucoup ? Tout ce qu'il s'est passé, tout ce qu'elle a.. dit.. sur Oliver.. Papa, il a été torturé! s'exclama-t-il, bouleversé.

Malcolm baissa la tête.

-Je sais, murmura-t-il, le léger trémolo dans sa voix indiquant son chagrin.

-Je .. Je n'ai rien vu ! Je n'ai .. Tommy secoua la tête. J'ai besoin d'un peu de temps pour.. avaler tout ça. Est-ce que .. - Il hésita, avant de se jeter dans le vide - je peux.. rester un peu à la maison ? Au moins ce soir ?

Son père haussa un sourcil.

- Évidemment que tu peux. C'est toujours chez toi, même si je sais que tu ne le vois pas ainsi. Tu es libre de rester aussi longtemps que tu veux, mais, Tommy, il ne faut pas que tu la fuis.

-Merci, marmonna le jeune homme en fixant le sol.

Le silence retomba, lourd et gêné. La relation entre le père et le fils s'était grandement améliorée depuis le séjour forcé de Malcolm à l'hôpital, mais ce genre de moments – quand ils parlaient sentiments – demeurait toujours aussi compliqué. Tommy ne savait jamais jusqu'où il pouvait aller, et Malcolm craignait constamment de commettre une erreur qui déclencherait l'ire de son fils.

Le dit-fils déglutit, avant de finalement se lancer.

-Je.. je voulais te dire .. merci.

Le PDG haussa un sourcil.

-Pourquoi ?

A force de frotter le parquet, le pied de Tommy allait finir par creuser un trou.

-Sans toi.. Si tu ne l'avais pas appelée.. Je l'aurai perdue, répondit-il tristement. Tu as.. Je te dois mon couple, admit-il très bas.

Malcolm demeura silencieux quelques instants. Quand il reprit la parole, sa voix était basse, ses yeux perdus dans le vide.

-On ne rencontre qu'une personne comme ça sur son chemin dans sa vie, Tommy. Ne la laisse pas passer à cause des doutes que j'ai créés en toi, murmura-t-il, ses regrets et sa tristesse évidents.

La gorge du jeune homme se serra. La rancœur et la colère étaient toujours là, bien présentes, mais il avait réalisé ces dernières semaines qu'il ne voulait plus les laisser le dominer. Peu importait comment, mais il trouverait le moyen pour combler le fossé qui existait entre eux.

Tommy hésita, une envie naissant dans le creux de son ventre, un besoin instinctif mais dont il craignait comment son père le recevrait. Avec lenteur, il se rapprocha de Malcolm, ses mains se pliant et dépliant alors qu'il traversait la distance entre eux. Le plus âgé le regarda faire, cherchant à deviner son geste : il se tendit lorsque Tommy se pencha vers lui, avant de fermer les yeux en sentant deux bras hésitant se refermer autour de ses épaules.

Presque instinctivement, Malcolm se releva, facilitant et rendant l'étreinte avec autant de force qu'il pouvait le faire sans craindre de briser son fils.

-Merci, murmura ce dernier.

-Ce n'est pas..

-Si, le coupa Tommy. Merci, papa.

Le mot avait une saveur particulière dans sa bouche alors qu'il le prononçait, des dizaines de messages et signaux silencieux convoyés à travers ces deux petites syllabes en apparence ordinaires. Malcolm déglutit, les décryptant sans trop de difficulté : il ferma les yeux, accentuant l'étreinte et s'imprégnant de l'odeur de son fils.

Tommy craignait constamment de ne jamais être assez, mais pour Malcolm, il était le centre du monde.


FIN