Je remercie les deux reviews, ainsi que les ajouts de mon histoire en favoris et en suivis.
Bonne lecture !
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On connaît tous le nom des graves maladies, rarement celui de ceux qui les ont vaincues. Marc Lévy.
Chapitre 3
Quatre jours passèrent, après l'événement des escaliers.
Quatre jours durant lesquels John prit petit à petit ses marques, dans le lycée. Doucement, mais sûrement, le système scolaire ne fut plus étrange à ses yeux, mais une routine paisible.
Aucune perturbation à cause de sa maladie ne se manifesta. Le blond en était ravi, parce qu'il avait l'agréable impression que sa vie devenait à peu près normale.
La seule tache sombre qui noircissait le tableau général, c'était qu'il n'arrivait pas à cerner Mr Mystère.
Sherlock – parce que c'était son vrai nom, à la base – était distant avec lui, tantôt amical, tantôt désagréable. Quelques fois, il lui balançait des commentaires sarcastiques au détour d'un couloir – toujours en l'appelant Princesse, à croire qu'il avait fait une fixation dessus, rien que pour l'emmerder – et ils pouvaient même échanger quelques banalités entre deux cours, quand le frisé était de bonne humeur. Mais rien de plus.
Au grand malheur de John, qui, étrangement, voulait plus.
John s'était donc fait une raison : Sherlock était, et resterait à jamais, distant et méfiant envers tout, et tout le monde. Il se protégeait du reste du monde, grâce à une carapace de froideur et de rudesse.
Une armure sans aucune faille, et par conséquent, inatteignable.
Pourtant, au moment où John avait abandonné tout espoir d'un rapprochement possible entre eux deux, et quand il était tranquillement en train de sortir son cahier de son sac, au début du cours de SVT, la voix tant désirée s'adressa à lui :
« Je peux m'asseoir là, Princesse ? »
La voix grave de Sherlock n'était ni hésitante, ni timide : C'était à se demander pourquoi il posait la question, pour commencer. Après tout, s'il s'était simplement assis sans attendre de permission, John n'en aurait pas été étonné.
Mais il fallait croire que Sherlock n'était pas un cas désespéré, en ce qui concerne la politesse.
« Je suis surpris que tu le demandes... » Répondit doucement John, sans précisément donner son accord.
Sherlock restait imperturbable, alors John parodia son ton traînant et arrogant, tandis qu'il déclarait avec sarcasme : « Mais la raison pour laquelle mon sac est sur cette chaise, c'est justement pour que personne ne puisse s'y asseoir. »
« Il n'y a pas de sac sur cette chaise. » Déclara paresseusement Sherlock, d'un ton méprisant qui laissait suggérer que le blond était un parfait idiot.
S'étant attendu à cette riposte, John prit son cartable de cours, et il le posa lourdement sur la chaise en question, la provocation enflammant ses yeux bleus rieurs :
« Maintenant, si. »
Le brun leva les yeux au ciel, clairement irrité, mais il restait immobile, ne savant pas si le blond plaisantait, ou s'il était parfaitement sérieux. De plus, le léger sourire qui effleurait ses lèvres contrastait avec son agacement.
« Tu te sens mieux ? » Demanda Sherlock, en roulant les yeux.
Un large sourire fendit le visage de John, et un petit rire franchit les barrières de ses lèvres :
« Ouais. » Répondit-il franchement, avant d'enlever son sac, pour inviter Sherlock à prendre place à coté de lui.
Un silence confortable s'installa entre les deux adolescents, mais il fut de courte durée.
En effet, deux minutes seulement après le début du cours de SVT, Sherlock craqua, en se tortillant d'impatience sur sa chaise :
« Bordel, que c'est chiant... Grogna-t-il entre ses dents, qui étaient tellement serrées que ce fut un miracle que ces mots sortirent de sa bouche, Dis moi quelque chose d'intéressant... »
Sa voix grave était presque suppliante, et il ne semblait pas jouer la comédie. Malgré ça, John devait se mordre la lèvre inférieure pour ne pas sourire.
« Comme ? »
Sherlock lui lança un regard noir, qui signifiait sèchement '' Ne demandes pas cette question stupide, et fais le !'', montrant qu'il n'était pas d'humeur à perdre du temps.
« OK... Temporisa John, en abaissant ses mains en un geste inutile d'apaisement, Tu veux que je te raconte ma vie ? »
« J'ai dit quelque chose d'intéressant, Princesse... » Siffla Sherlock avec brusquerie, en fermant les yeux d'irritation.
« Très bien... Réfléchit John, Tu savais que le briquet a été inventé, avant les amulettes ? »
Le visage de Sherlock se plissa de dégoût, et sa bouche s'ouvrit en grand pour montrer son incompréhension totale. John, quant à lui, le fixait intensément, en luttant pour ne pas éclater de rire.
« Quoi ?! »
« Ouais, moi aussi j'ai halluciné quand je l'ai su. » Marmonna John rapidement.
« Non mais... ! Tu dis ça sur un ton, comme si ça devait m'intéresser ! Je le sais déjà ! Je sais tout. »
Sherlock était vraiment en train de s'énerver. On aurait dit un enfant capricieux qui ne voyait pas son cadeau tant demandé, au pied du sapin de Noël : C'était une facette assez puérile, et bien différente du mur glacial qu'était Sherlock Holmes en permanence.
C'était impossible d'être autant agité, simplement par ennui...
A moins que...
Les pièces de puzzle s'assemblèrent en un éclair dans le cerveau de John : L' incapacité de Sherlock à supporter l'ennui, sa relation difficile avec les autres élèves, son discours sur le pouce du pilote...
« Je vois... Combien ? » Chuchota John, bien plus faiblement, quand le professeur leur lança un regard agacé.
« Hein ? »
« Combien de Q.I tu as ? Je pense que ça doit être une grosse somme... »
« C'est la première phrase intelligente que je t'entends dire... » Répliqua ironiquement Sherlock, mais qui appréciait secrètement que son ego soit flatté.
La curiosité franche qu'il lisait dans les yeux bleus de John fut trop tentante :
« Tu veux me voir à l'œuvre, Princesse ? »
C'était la première fois qu'il le proposait. D'habitude, il gardait tout pour lui, ou alors, il débitait avec une vitesse incroyable ses déductions vexantes, rien que pour contrarier son interlocuteur.
« Surprend moi... Accepta immédiatement John, avec un excitation qu'il ne cacha pas, Du moment que ce n'est pas une histoire de pilote... »
Un sourire amusé étira brièvement les lèvres de Sherlock, avant qu'il ne pointe du doigt deux élèves de devant :
« Anderson et Donovan, en couple depuis trois ans. Selon toi, qui porte la culotte ? »
La question fut si inattendue que John en ria de surprise, mais il se reprit, en se raclant la gorge :
« C'est vraiment la question ? »
« Ouais, et j'attends une réponse. »
John réfléchit à peine, quand il balança sans aucune hésitation :
« Anderson. »
« Pourquoi ? »
Le visage de Sherlock était toujours aussi neutre, alors il était impossible pour John de lire sur son expression indéchiffrable s'il avait raison.
« Parce qu'elle fait tout pour lui plaire : Quand elle ne le voit pas de la journée, elle ne se maquille pas, mais elle se maquille quand il est près d'elle, ou dans la même salle : Donc, seul son regard compte. Et elle s'habille différemment, quand elle est sure de le voir : Elle met des robes et des talons aiguilles... Donc, elle vit pour lui plaire. Donc elle est dépendante de lui... »
Il ponctua son discours d'un croisement fier de ses bras contre sa poitrine, le défiant silencieusement de faire mieux.
La bouche de Sherlock forma un U à l'envers admiratif, tandis qu'il hochait lentement la tête à plusieurs reprise :
« Impressionnant, Princesse... »
« Ouais, je sais. »
Pourtant, un lent sourire creusa une fossette sur la joue du frisé, tandis qu'il révélait d'un air quelque peu mutin :
« Sauf que tu as totalement tord. »
« Vraiment ? » S'étonna John en haussant ses sourcils.
« Tu a oublié le plus important : Comment sait-elle qu'elle verra Anderson, pour se maquiller et s'habiller en conséquence ? Parce que c'est elle qui décide, quand ils se voient. Et puis, si elle se fait belle, ce n'est pas uniquement pour lui... »
« C'est pour le concierge ? » Proposa sarcastiquement John, mais Sherlock enchaîna aussitôt, comme s'il ne l'avait pas entendu :
« C'est aussi pour attirer le regard des autres. Pour montrer à Anderson qu'elle se fait toujours désirer, même en étant en couple. Pour lui montrer qu'au moindre pas de travers, elle le remplacera bien vite. Il suffit de voir comment elle tortille ses cheveux à chaque fois qu'un garçon en manque d'hormone la regarde à en baver, ou quand elle fait intentionnellement dépasser son string de sa jupe... D'ailleurs, si Anderson portait vraiment la culotte, il ne tolérerait pas que sa copine s'habille de cette façon devant tant de garçons, et il le lui interdirait... »
John avait littéralement bu ses paroles tout au long de sa tirade, et il fut seulement capable d'articuler : « C'est... Stupéfiant. », tellement épaté qu'il en perdait ses mots.
Il y eut un court silence, pendant lequel le regard de Sherlock se braqua brusquement sur lui, le fixant pendant un long moment.
« D'habitude, les gens disent plus '' Va te faire foutre, le Taré ''... » Révéla-t-il sombrement, sans masquer son étonnement face à la réaction positive de John.
« Et bien, ces gens là sont complètement cons. »
« On est bien d'accord. »
Un sourire taquin flotta sur les lèvres de John, tandis qu'il se penchait vers Sherlock pour lui murmurer : « Tu peux aussi savoir qui est un bon coup, dans la classe ? »
Bien entendu, il plaisantait, mais quand Sherlock ouvrit la bouche, parfaitement sérieux, John sut instinctivement qu'il allait lui déballer tous les noms qui possèdaient cette caractéristique, alors il le coupa :
« Tu as dû tout déduire sur moi... »
« Tu es passionné d'escalade. » Dit Sherlock d'un air blasé, comme s'il récitait une poésie bien ennuyeuse, tout en le scannant de son regard perçant.
« Tu ne l'as pas déduit. Tu mens. » Riposta presque durement John, mais sans aucune hostilité.
« Pourquoi je ferais ça ? »
John nota que Sherlock n'avait pas nié.
« C'est impossible que tu ais vu quoi que ce soit sur moi, en rapport avec l'escalade. Tu dis juste ça pour te la péter. »
La satisfaction flasha sur le visage de Sherlock, mais ce sentiment bref fut avalé par sa froideur habituelle, son visage redevenant aussi lisse qu'un masque :
« T'as raison, Révéla-t-il, soulagé que son voisin de table ne soit pas aussi limité que les autres, J'ai tapé ton nom sur internet, et j'ai vu tes résultats, quand tu pratiquais encore ce sport en club : Je dois dire qu'ils étaient... »
Quelque soit le mot que le frisé avait en tête, il refusait de sortir, mais au lieu de s'en irriter, John s'en amusa, et il essaya de deviner, pince-sans-rire :
« Sensationnels ? Prodigieux ? »
« Pas aussi lamentables que je l'aurais cru. » Rectifia froidement Sherlock, même si ses yeux taquins souriaient, à la place de sa bouche immobile.
Quand le brun disait ses mots, il avait conscience que les résultats en question auraient été suffisants pour que John décroche une médaille, aux championnats de France benjamins...
« Tu sais... Chercher des informations sur les gens comme ça, c'est flippant et... »
« Flatteur ? »
« Et super flippant. » Termina John, un mélange d'humour et de franchise.
« J'aime savoir à qui j'ai affaire... » Se justifia nonchalamment Sherlock, en haussant ses épaules d'indifférence.
C'était un demi-mensonge: Il aimait savoir à qui il avait affaire, seulement pour les personnes qui étaient un minimum intrigantes, selon son cerveau exigeant...
« OK... C'est encore plus flippant. » Marmonna légèrement John, en luttant pour ne pas rire.
« Si ça peut te rassurer, je n'ai pas ton adresse. »
Quand le soulagement clignota dans les prunelles de John, Sherlock ajouta, sarcastique : « Je n'ai pas encore eu le temps de la chercher. »
Quand leurs regards se croisèrent, ils éclatèrent bruyamment de rire.
Le professeur intervint sévèrement, en posant ses mains sur chaque coté de ses hanches :
« Les deux du fond, je vois que le cœur humain vous amuse... Monsieur Watson, pouvez-vous répondre à la question inscrite sur le tableau, s'il vous plaît ? »
Bien sur, le blond n'avait pas écouté un seul mot du cours. Sherlock était sur le point de lui écrire discrètement la réponse sur sa feuille, mais John le devança, après avoir balayé le tableau du regard pendant trois secondes :
« La fréquence cardiaque est le nombre de battements cardiaque par minute. Chez l'être humain, elle est en moyenne, de 60 à 80 battements par minute. La Tachycardie est un pouls trop rapide, supérieur à 100 battements par minute chez un adulte au repos, et la bradycardie est, au contraire, un pouls trop lent, inférieur à 50 battements par minute, chez un adulte non sportif. » Répondit-il lentement, d'un air assuré.
Le professeur fut aussi surpris que Sherlock, mais les deux hommes n'en montrèrent rien.
« Pas mal... » Ne put s'empêcher de murmurer Sherlock, à la seconde où l'adulte reprit son cours.
« Pourquoi je sens un étonnement offensant dans ta voix ? » Railla John avec un sourire espiègle, avant de préciser, plus sombrement : « Je m'y connais... Je fréquente trop les hôpitaux. »
John regretta cette parole quand la bonne ambiance s'évanouit d'un seul coup, comme si elle avait été totalement aspirée de la salle de classe.
« Quel est ton stade ? » Demanda sombrement Sherlock, d'une voix qu'il s'efforça de rendre neutre.
Il n'avait pas besoin de préciser plus. Son léger coup d'œil vers le concentrateur à oxygène de John fut un indice suffisant.
« Au stade '' Je suis dans la merde, mais personne ne me le dit clairement''. » Révéla sèchement le blond, avec une rancœur tenace.
Sherlock n'était pas surpris par la colère évidente de John qui était ancrée en lui, tant elle était ancienne.
Qui ne serait pas furieux dans de telles conditions, après tout ?
« Vois le bon coté des choses... »
Sherlock tentait de le consoler, parce qu'il ne sentait pas uniquement de la colère dans le ton de John, mais aussi une horrible fatalité, comme si celui-ci se voyait déjà mort et enterré.
Et Sherlock n'aimait pas cela.
« Parce qu'il y a un bon coté des choses ? »
« Tu es vivant. »
« Ouais... Pour combien de temps ? » Ricana-t-il durement.
« Ça, on s'en fout, Riposta vivement Sherlock d'un ton dur, mais sincère, Tout le monde meurt. Tout le monde est en sursis. Je peux mourir demain, en me faisant renverser par un bus. Le prof peut mourir ce soir, en s'étouffant avec ses pâtes... Ce qui serait plus une bénédiction qu'une tragédie, vu son travail lamentable... L'important n'est pas de vivre longtemps, mais de bien vivre. »
Les mots touchèrent parfaitement leur cible, si bien que le sarcasme fut la seule contre-attaque qui effleura l'esprit de John :
« Tu as raison, profitons de la vie ! Allons faire un saut en parachute ! Oh, mais attends... Je ne peux pas, vu que mes poumons ne peuvent pas supporter l'altitude ! »
Sherlock leva les yeux au ciel, clairement irrité :
« Il y a des moyens moins radicaux, pour profiter de la vie, John... »
Malgré son agacement, sa voix se fit nettement plus douce. D'ailleurs, c'était la première fois qu'il prononçait son prénom, et non le surnom ridicule qu'il lui avait attribué.
« Comme ? »
Sherlock ne dit rien, tout simplement parce qu'aucun mot satisfaisant lui venait à l'esprit.
Son silence laissa une lourde tension planer entre les deux adolescents, jusqu'à la sonnerie, qui permit à John de se ruer vers la sortie, sans un regard en arrière.
