La maladie grave ne met pas forcément la vie en jeu, mais elle la bouleverse toujours. Isabelle Moley-Massol.
Chapitre 4
Le silence tendu était seulement rompu par le Tic-Tac incessant de l'horloge, accrochée au mur immaculé.
Ni le psychologue, ni le patient, ne disaient un mot.
Le premier se contentait de fixer attentivement son interlocuteur, tout en griffonnant quelques notes dans son petit carnet, un air indéchiffrable gravé sur son visage.
Le deuxième aurait préféré être n'importe où dans le monde, plutôt que dans ce petit bureau qui puait l'immonde odeur médicale.
Les séances s'enchaînaient deux fois par semaines, mais elles se ressemblaient toutes : Pendant une heure, le psychologue lui posait des questions, auxquelles le patient répondait seulement par des monosyllabes agacées au mieux, ou par des ''Mmmh'' absents, au pire.
Et c'était ainsi, depuis plus d'un mois et demi : Un patient muré dans son silence, et un psychologue qui essayait désespérément de briser la glace, sans succès.
Soudain, l'adulte se racla la gorge, signe qu'il avait l'intention de parler.
« Honnêtement, Je ne sais plus quoi faire pour vous aider, Monsieur Watson... Déclara-t-il de sa voix toujours aussi professionnelle, Cela fait un moment que je vous suis, mais vous ne dites toujours pas un mot... »
Encore une fois, seul le silence amer lui répondit.
John ne lui accordait même pas un regard, et il se rongeait l'ongle de son pouce jusqu'au sang, sa jambe droite tressautant nerveusement.
« Je sais que vous ne me croyez pas, mais les mots ont un pouvoir insoupçonné. Ils peuvent vous aider, Monsieur Watson, mais uniquement si vous les laissez sortir. »
Ces paroles fermes firent réagir John, qui planta avec agressivité ses yeux amers dans ceux doux de son psychologue.
« M'aider ? Ricana-t-il durement, prouvant qu'effectivement, il n'en croyait pas un mot, Alors les mots peuvent guérir mes poumons ? »
Le psychologue soupira avec un regret évident, et il s'humidifia nerveusement les lèvres.
« Non, Admit-il tristement, Ils n'en sont pas capables... »
Un sourire acide s'étala lentement sur le visage terne du blond.
« Alors, ils sont inutiles. » Jugea-t-il froidement, en se renfrognant dans son siège, ce qui était le signe qu'il était sur le point de se replonger dans son mutisme.
L'entourage de John Watson le décrivait comme un adolescent pétillant qui incarnait la joie de vivre. Qui avait toujours un sourire à distribuer aux autres, en toute circonstance.
Cependant, le psychologue n'avait encore jamais rencontré ce John Watson lumineux, si bien qu'il pourrait croire que ce portrait joyeux qu'avait dressé ses proches était mensongère.
Pas un seul sourire radieux.
Pas de prunelles pétillantes, douces et gentilles.
Juste un adolescent sombre, rongé par la colère et l'amertume.
John Watson avait donc deux faces opposées : la Lumière et l'Ombre. Et le psychologue était incapable de définir laquelle de ces deux facettes était le véritable John Watson.
« Je ne suis pas là pour essayer de guérir vos poumons, Monsieur Watson. Ceci est le rôle de vos médecins. »
« Donc, vous ne servez à rien. » Conclut méchamment John d'un ton catégorique, un rictus méprisant recourbant ses lèvres.
Le psychologue ne s'en offusqua pas. A vrai dire, c'était la première fois qu'il arrivait à arracher quelques mots à son patient le plus renfermé.
Même si les mots en question avaient clairement pour but de le froisser...
« Vous avez raison, Monsieur Watson, Avoua-t-il sans honte, d'une voix douce, En ce qui concerne vos organes respiratoires, je suis bien inutile. »
Il fut coupé par le ricanement rude de John. Il était d'ailleurs inconcevable de s'imaginer que ce son cassant, aussi tranchant qu'une lame de rasoir, venait d'un si petit garçon, au visage si délicat.
Le psychologue poursuivit, ayant l'habitude de ses marques irrespectueuses :
« La maladie ne ronge pas seulement l'organe ou la partie du corps qu'elle attaque. La santé mentale de la personne est aussi affectée... La maladie ne détruit pas seulement le corps. Elle détruit aussi l'âme. Alors si je suis là... »
« C'est pour guérir mon âme. »
L'ironie dans le ton de John était venimeuse.
« Et si même ça, guérir mon âme, était inutile ? » Demanda-t-il froidement, d'un air tellement blasé que c'en était plus effrayant de sa rancœur.
« A vous de m'en dire les raisons. » Trancha gentiment le psychologue, en le désignant noblement de sa main pour accentuer son invitation.
« A quoi bon, de toute façon... Murmura John d'une voix peu assurée, A quoi bon surveiller mon alimentation, prendre des médicaments, avoir ces séances de psy, et avoir cette putain de lunette à oxygène dans mon pif, si je suis déjà condamné ? »
Rage et tristesse se disputaient dans ses yeux qui s'assombrissaient, passant d'un bleu clair avenant à un bleu ténébreux qui annonçait une tempête ravageuse.
Le psychologue n'osait pas bouger un muscle, sachant que le moindre geste pourrait tirer son patient de sa transe qui le poussait à se confier. Alors, il opta pour le silence, laissant son interlocuteur vomir toute sa fureur contenue depuis trop longtemps.
John eut du mal à déglutir. Il voulait se taire, s'étant promis de ne jamais se confier à son psychologue, mais les mots sortirent de sa bouche automatiquement, sans qu'il puisse les ravaler :
« C'est ça, le pire... Savoir que l'on va mourir. La mort n'est pas terrifiante, en soit. Parce que, dans les cas normaux, on ne s'y attend pas. Elle arrive par surprise, alors personne n'a le temps d'en être effrayé – ou seulement pour quelques secondes, ou minutes pour les malchanceux – mais dans mon cas ? Moi, j'attends la Mort... Je sais qu'Elle viendra bientôt. Et c'est terrifiant. »
Des larmes traîtresses lui piquaient les yeux, mais il eut la force de les empêcher de couler. Il manquerait plus qu'il se mette à chialer devant son psychologue !
Il se refusait tout signe de faiblesse devant les autres, parce qu'il était fatigué d'être vu comme un malade: Il ne voulait pas leur donner encore plus de raisons de le voir comme tel.
Pourtant, il savait que c'était bien inutile : Tout le monde le prenait pour un objet cassé, malgré tous ses efforts pour leur prouver le contraire.
Il est fragile des poumons, pas du caractère.
Enfin... Tout le monde, sauf Sherlock. Lui, était sans doute le seul individu sur cette terre à ne pas le voir comme un adolescent fragile, à plaindre en permanence. Et ça lui réchauffait le cœur.
Le psychologue secoua doucement la tête à la négative :
« Et l'espoir, Monsieur Watson ? La greffe pulmonaire peut être une solution, rien n'est encore perdu... »
La vue de John se brouilla de larmes, et ses doigts se crispèrent sur les accoudoirs de sa chaise à s'en blanchir les phalanges, mais ses joues restèrent sèches.
« La greffe... La réalité, c'est qu'il y a trop de demandes, et pas assez de donneurs, donc c'est perdu d'avance ! J'ai plus de chance de mourir plutôt que de recevoir des poumons neufs... Alors, avoir l'espoir de quoi ? »
Il fit une pause intimidante, en défiant son psychologue du regard, mais ce dernier restait silencieux, ne sachant sûrement pas quoi répondre, alors John poursuivit :
« Vous voulez que je croie qu'au moment où je vais en avoir besoin, un homme va soudainement mourir, être un donneur qui correspond parfaitement à mon cas, et POUF je serais guéri, et tout se passera bien dans le meilleur des mondes ? »
Sa voix hantée se brisa, et elle n'était pas plus forte qu'un murmure. Son visage était tordu en un mélange brouillon de haine et de désespoir, pendant qu'il fusillait son interlocuteur du regard, comme s'il était le responsable de tous ses malheurs.
C'était juste trop...
John n'était qu'un enfant.
Un enfant qui n'avait pas eu le luxe de rester un enfant. Qui avait été obligé de grandir trop vite. Qui a été confronté à des problèmes, qu'un môme de 13 ans n'aurait jamais dû avoir à affronter.
Et ça l'enrageait.
Cependant, même si John poussait une gueulante ou s'il massacrait un objet avec ses poings pour se défouler, il n'arriverait jamais à se débarrasser de sa colère omniprésente, qui le rongeait quotidiennement.
Parce qu'il n'y avait aucun échappatoire à sa fureur.
Aucune cible.
Aucun responsable.
A part peut être la faute à Pas de Chance.
« C'est à ça que vous voulez que je croie ? Articula difficilement John, A un miracle ?! Les miracles n'existent pas. Pas besoin d'être Sherlock Holmes pour le savoir. »
Un froncement de sourcil imperceptible barra le front du psychologue, qui ouvrit la bouche pour demander plus de précision sur ce ''Sherlock Holmes'' mentionné, mais John s'était brusquement levé de son siège, et il se dirigeait d'un pas sauvage vers la sortie.
« Il reste 30 minutes, Monsieur Watson. » Révéla l'adulte d'une voix réservée, en pointant du doigt l'énorme horloge, qui effectivement, affichait seulement 7h30.
« Votre horloge doit avoir du retard. » Siffla le blond, sans même se retourner.
Quand John referma sèchement la porte derrière lui, il essuya d'un revers de manche irrité les larmes qui inondaient ses joues.
~~
Pendant que John marchait dans la rue en direction du lycée, en ruminant la séance ratée, une énorme voiture noire qui brillait sous les reflets du soleil tant elle était propre, monta littéralement sur le trottoir sur lequel il marchait, lui coupant ainsi impoliment la route.
Un homme sortit de cette voiture soigneusement lavée, et il s'approcha de lui d'une démarche fluide, presque féline, sa main droite faisant agilement tournoyer un fin parapluie.
L'homme avait une vingtaine d'années, mais il paraissait beaucoup plus vieux. En effet, son visage pâle était marqué par la maturité, et sa calvitie naissante libérait un peu trop son front déjà barré par quelques rides.
Son charme naturel était décuplé par sa tenue luxueuse: Il portait un costume sobre, ponctué d'une cravate rouge cerise élégamment nouée.
Il n'y avait aucun faux pas en cet homme, que ce soit dans ses vêtements, ou dans sa posture royale.
Tout était soigné et propre. Peut être un peu trop pour ne pas être suspect.
Il était aussi bien trop prêt de John, à son goût, si bien que leurs torses se frôlaient presque, mais l'adolescent refusait de reculer, plus par fierté que par réel courage.
L'homme profitait de sa grandeur écrasante, le jaugeant avec une fierté et une supériorité évidente, comme si le blond n'était qu'un vulgaire inceste à écraser au plus vite.
« Ce n'est pas un parking, vous savez... » Railla sèchement John.
Face à cette remarque, l'homme leva son menton en signe d'arrogance, et un rictus hautain retroussa ses lèvres.
« John Watson. » Le salua-t-il en inclinant poliment sa tête. Trop poliment.
Une courtoisie qui ne collait pas du tout à sa posture rigide, et à la lueur hostile qui brillait dans ses yeux sombres.
Sa voix nonchalante parut menaçante aux oreilles de John, comme si cet homme enrobait sa dangerosité par un ton mielleux purement hypocrite.
D'ailleurs, tout dans ce type transpirait l'hypocrisie.
« Qui le demande ? » S'enquit John avec méfiance, en bombant le torse pour lui montrer qu'il n'était guère impressionné.
L'homme prit nonchalamment appui sur son parapluie, et il étala un sourire sans vie sur son visage glacial.
« Un homme inquiet... Répondit-il vaguement, J'ai des sources qui m'ont indiqué que vous êtes proche de Sherlock Holmes. »
John sentit ses yeux s'écarquiller de stupeur et atteindre la taille de balles de tennis, et il ne put empêcher un rire sombre de franchir les barrières de ses lèvres.
« Proche est un mot un peu fort... Disons qu'il a accepté de m'adresser la parole pendant une heure... Ça ne veut pas dire que nous sommes les meilleurs amis de monde... »
« Que Sherlock Holmes accepte de son plein gré de parler à quelqu'un pendant une heure est déjà un exploit, et c'est bien assez pour m'alarmer... » Siffla-t-il entre ses dents.
Les deux hommes s'affrontèrent du regard pendant un long moment, jusqu'à ce que John ne fronce ses sourcils.
« Qui êtes vous ? » Demanda-t-il prudemment, totalement perplexe.
« Je vous l'ai dit. Un homme inquiet. »
Son ton condescendant laissait entendre que John était un parfait idiot de poser cette question.
« Je suppose que vous n'êtes pas assez stupide pour ne pas avoir compris que j'attendais un nom, n'est-ce-pas? » Railla méchamment John, qui commençait sérieusement à s'énerver.
Le blond savait que cette remarque avait indigné son interlocuteur – elle avait été dite dans ce but, après tout – mais seul un rictus de dégoût et de surprise anima le visage neutre de celui-ci.
« Comme j'ai d'autres choses à faire, Monsieur Watson, je vais être bref: Je veux que vous restez loin de lui. »
« Pourquoi ? » Demanda sèchement John, en plissant les yeux de méfiance.
« Parce que vous êtes un danger pour lui. » Révéla-t-il fermement, comme si c'était l'évidence.
Cette idée était tellement ridicule que John éclata d'un rire sans joie.
« Moi, un danger ? Vous m'avez bien regardé ? »
A ses mots moqueurs, il saisit le tuyau à oxygène transparent qui pendait mollement devant son torse pour le lui montrer, comme si l'inconnu ne l'avait pas encore remarqué, mais celui-ci resta imperturbable, l'un de ses sourcils se haussant de mépris.
« Votre condition physique n'a rien à voir, Monsieur Watson. » Dit-il en lançant un regard méprisant aux narines de John obstruées par la lunette à oxygène. « Je ne souhaite pas être rude avec vous... »
« Raté... »
L'inconnu l'observa un instant, avant de soupirer tristement :
« Sherlock Homes ne tient pas à grand monde, Monsieur Watson, Révéla-t-il en inspectant négligemment son parapluie, même si son ton grave montrait que ce qu'il disait était d'une importance capitale, Mais quand ça arrive, c'est intense. Il aime avec ses tripes, et il serait prêt à faire n'importe quoi pour ses proches. »
« D'accord, mais je ne fais pas parti de ses proches... » Avança prudemment John, mais l'inconnu balaya son intervention d'un tic agacé du sourcil :
« Pour l'instant, certes, mais ça commence... Et je ne veux pas lui donner le temps suffisant pour qu'il s'attache à vous, alors couper les ponts maintenant serait l'idéal. »
John comprit douloureusement.
« Parce que je suis malade ? » Maugréa-t-il avec une rancœur dévorante.
L'inconnu ne broncha pas.
« Parce que vous êtes mourant. »
Le terme ''mourant'' délivré d'un ton horriblement indifférent heurta la poitrine de John avec la force d'un boulet de canon, lui coupant sa respiration.
« Vous le savez, Poursuivit l'inconnu sans aucune compassion, Votre dernière chance est la greffe pulmonaire, mais vous n'êtes pas assez naïf pour croire que vous êtes tiré d'affaire... »
Il fit une courte pause, comme pour laisser généreusement le temps à John de se remettre de ses émotions, puis un sourire terne étira faiblement ses lèvres.
« Vous avez perdu le luxe de la naïveté, à la seconde où l'on vous a diagnostiqué la maladie, Monsieur Watson. Alors, vous savez aussi bien que moi que la réussite potentielle d'une greffe relève du miracle. Et je ne veux prendre aucun risque. Si vous continuez à fréquenter Sherlock Holmes, il tiendra à vous. Et quand... Si vous mourrez, il en sera détruit. Et ce sera moi qui assistera à sa souffrance. Ce sera à moi de récupérer les morceaux. Alors, si je peux lui épargner cette douleur, je le ferais. »
John ouvrit la bouche pour lui hurler à la figure qu'il ne comprenait pas pourquoi cet homme serait celui qui aiderait Sherlock dans son possible deuil, mais une étincelle de compréhension tilta dans son cerveau, le faisant taire efficacement.
« Vous êtes de sa famille... Son frère ? » Déduisit-il dans un souffle.
« Comment l'avez-vous su ? »
« Vous avez des points communs: Le même tact légendaire... Mais je pense que c'est votre compassion sans limite qui m'a mis sur la voie. »
« Sherlock est mon frère, Acquiesça froidement Mycroft Holmes, Et je tiens énormément à lui : C'est mon petit frère. Je l'ai vu grandir, et je me suis juré que je le protégerais des autres, et de lui-même. »
Il avait prononcé la dernière phrase comme si c'était un exploit qu'il fallait applaudir, mais la dose d'affection qui apportait un peu de chaleur à sa voix glaciale n'était pas feinte.
« Ça, ce n'est pas de la protection ! S'indigna John, C'est juste une surprotection maladive de connard ! »
Comme Mycroft ne répondait pas, pris au court par la répartie en partie juste, John serra les poings.
« Et si je refuse de prendre mes distances, vous allez faire quoi ? Me taper avec votre parapluie ? »
Cette phrase était ironique, bien entendu, mais il vit les doigts de son interlocuteur se crisper sur la poignée de l'objet en question, comme s'il avait sérieusement envisagé cette possibilité.
« Croyez moi, Monsieur Watson. Vous ne voulez pas que je me serve de mon parapluie. »
Comme John gardait craintivement le silence, Mycroft poursuivit moins sèchement, et avec franchise :
« Je ne vous veux aucun mal, Monsieur Watson... »
« Vous me pardonnerez, mais ce n'est pas vraiment flagrant... »
« Et je ne vous ordonne rien du tout, vous êtes totalement libre. Je vous demande seulement de laisser Sherlock en dehors de ça. De le préserver de votre maladie. Votre relation avec lui ne servira à rien d'autre qu'à le faire souffrir. Mais, si vous continuez de le fréquenter, tout en le sachant, alors je me demande qui est le véritable connard de l'histoire, entre vous et moi. »
Ce fut l'insulte de trop.
Aveuglé par la colère, John lui empoigna le col de sa chemise, et il le plaqua durement contre un mur. Mycroft n'avait pas fait le moindre geste pour se défendre, ou même pour se dégager de l'emprise ferme de John.
Le seul geste qu'il fit, ce fut un discret signe de main vers ses deux gardes du corps pour leur ordonner silencieusement de ne pas intervenir.
« Vous voulez savoir le pire ? Siffla John, sa mâchoire soudée par la rage, Vous avez raison ! Je sais ce que c'est, que d'avoir un entourage détruit par ma maladie, et je donnerais tout ce que j'ai pour que personne d'autre n'ait à subir ça. »
Quand il disait ces mots, il avait en tête sa sœur alcoolique, qui n'avait pas pu supporter la maladie de son frère, et qui s'était donc tournée vers la boisson.
Il pensait à son père qui avait lâchement fui, parce que la vision de son fils malade lui était trop insupportable à voir, au quotidien.
Il pensait à sa mère qui se noyait dans la culpabilité, en se demandant jour et nuit ce qu'elle avait bien pu faire de travers, pour déclencher la mucoviscidose, chez son enfant.
Tout le monde se blâmait, et culpabilisait à sa manière.
Alors que c'était la faute de personne.
« Je resterais loin de Sherlock, Poursuivit fermement John, Mais pas parce que vous me l'avez demandé. Je n'en ai absolument rien à foutre, de votre demande. Je le fais pour lui. »
Quand il le lâcha brusquement, il se rendit compte qu'il avait tellement été violent que la chemise de Mycroft s'était légèrement déchirée, et il en ressentit une satisfaction presque sauvage.
« Nous sommes d'accord. » Articula tranquillement Mycroft, en étirant chaque syllabe.
Il arrangea le col froissé de sa veste à cause de l'agression, sans aucune animosité, comme s'il savait au fond de lui, qu'il l'avait amplement mérité.
« Je vous souhaite une agréable journée, Monsieur Watson. » Le salua-t-il naturellement, avant de remonter dans sa voiture noire, laissant un John penaud seul, sur le trottoir.
