Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu. Berthold Brecht

Chapitre 6

« Bon... Tu vas me dire où on va ? » S'exclama impatiemment John, après quelques temps de marche silencieuse aux côtés de Sherlock.

Ça faisait plusieurs minutes qu'ils circulaient à travers la ville. La seule progression notable de leur marche était que les rues empruntées devenaient de plus en plus miteuses, et de moins en moins fréquentées, à mesure qu'ils s'éloignaient du lycée.

Les habitations chaleureuses du centre ville devenaient grises et ternes. Les voitures brillantes se transformaient en bagnoles tachées de merdes d'oiseaux, et les trottoirs propres devenaient parsemés de déchets quelconques, allant de la simple cannette de soda, à quelques cadavres macabres de pigeons.

En résumé, au plus John suivait Sherlock, au moins il avait envie de le suivre.

D'ailleurs, son hésitation se percevait dans sa démarche raide, mais son ami n'interrompit pas un seul instant la sienne, qui était souple et décontractée.

« Surprise, Princesse. » Répondit-il mystérieusement, en lui lançant un petit sourire narquois par dessus son épaule.

« Arrête de faire ton Mr Mystère, juste pour paraître cool ! » Grogna John. Comme Sherlock ne réagissait pas, ne lui donnant ainsi ni raison ou tord, le blond demanda d'un ton presque suppliant : « Dis moi au moins un indice ! »

« Ce n'est pas dangereux. Rassuré ? »

« Non. » Répondit-il honnêtement, en jetant un coup d'œil dégoûté aux immeubles dégradés qui longeaient la route goudronnée – mais trouée – sur laquelle ils marchaient.

Étrangement, il n'était pas étonné que cet endroit miteux qui semblait inhabité convenait à son ami. Après tout, il était à son image : Terne et froid.

Soudain, Sherlock s'arrêta devant l'immeuble le plus haut de la rue, et il déclara fièrement, avec un effet théâtrale :

« On est arrivé : L'immeuble Reichenbach. »

Son ton était presque admiratif, comme s'il présentait un château médiéval brillant d'or, et non ce bâtiment inhabité, dont ses murs étaient hideusement grignotés par l'humidité et la souillure.

« D'accord... Soupira John en se frottant les yeux de lassitude, Donc, tu m'as traîné hors du lycée pour m'emmener devant un immeuble pourri qui pue la pisse de chat ? On ne peut même pas y entrer ! »

En disant ces mots, il désigna de son pouce la porte verrouillée, mais Sherlock n'en fut pas perturbé.

« Qui a dit qu'il fallait y entrer ? » Dit-il, d'une manière horriblement espiègle, presque diabolique.

Quand John fronça les sourcils, le brun inclina son visage vers le haut, juste pour mieux lever les yeux au ciel : « Si limité... »

« Au lieu de faire ce constat, tu peux t'expliquer ? »

Pour toute réponse, Sherlock s'élança vers la porte d'entrée solidement verrouillée, sortit une petite barrette de sa poche, et il l'inséra dans la serrure, la tortillant à l'intérieur de ses mains expertes, ses sourcils froncés sous la concentration. Il agissait tranquillement, comme si forcer une serrure était parfaitement normal.

John le fixa comme s'il avait soudainement deux nez, et il éclata de rire, n'y croyant pas ses yeux.

« A quel moment tu t'es dit que j'étais plus en état de t'accompagner enfreindre la loi, plutôt que d'aller en cours ? »

« C'est bien plus marrant que les cours. » Répliqua Sherlock d'un air distrait, toujours concentré sur sa manoeuvre avec sa barrette si fine que c'en était ridicule.

Ridicule, jusqu'à ce que la porte s'ouvre sagement, sous les yeux effarés et impressionnés de John, qui oublia toutes les paroles moqueuses qu'il avait en tête.

Sherlock ne sut comment qualifier cette réaction émerveillée : Stupide, ou adorable.

Dans tous les cas, quand John reprit ses esprits, il se racla la gorge, en demandant :

« Tu fais ça souvent ? »

Devant le regard méfiant que lui lança Sherlock, le blond leva ses deux mains, paumes vers l'avant, et il précisa avec douceur : « Juste pour savoir... »

Toute méfiance disparut des yeux gris de brun, qui accepta de répondre d'une voix neutre :

« J'y viens quand quelqu'un me tape sur les nerfs, ou juste pour me calmer. Donc, assez souvent. »

John se sentit d'humeur taquine, alors il demanda, le sourire aux lèvres : « Donc, entrer par effraction dans des immeubles abandonnés, ça t'apaise ? »

Lui, avait une autre technique pour se calmer : Ça avait été l'escalade, quand il pouvait encore en faire. Maintenant, son moyen de s'apaiser était censé être ses séances de psy... Qui n'étaient pas aussi efficaces qu'elles auraient dû l'être. Voir même pas du tout efficaces.

« Non, juste ce batiment là. » Répondit vaguement Sherlock, en toussotant à cause de la poussière qui se propagea dans l'air, quand il ouvrit entièrement la porte d'entrée.

« Pourquoi ? Demanda John avec curiosité, en lançant un regard consterné vers l'immeuble, Qu'est-ce qu'il a de spécial ? »

En ignorant royalement la question, Sherlock fit rouler ses épaules, et les muscles de son dos en soufflant bruyamment par la bouche, comme s'il s'échauffait juste avant de se lancer dans un marathon.

« Monte sur mon dos. »

John faillit s'étouffer avec sa salive. Sherlock était mortellement sérieux, et il n'était manifestement pas sur le point de révéler la chute d'une blague.

« P...Pardon ? S'étrangla John, en cillant stupidement pour dissiper le choc, Pourquoi je dois monter sur ton dos ? »

Sherlock émit un grondement agacé, puis il ironisa : « Parce que j'adore les jeux de rôle : Et jouer un cheval à monter me détend... »

John le fixa de ses yeux ronds, ne sachant s'il devait éclater de rire ou s'enfuir en courant. Le frisé abandonna le sarcasme, et il expliqua avec brusquerie : « Parce qu'il y a des escaliers à monter, et je n'ai pas envie que tu meurs en ma compagnie. J'aurais des problèmes. Allez, dépêches toi ! »

John ne cilla même pas : Il était immunisé contre la rudesse de son camarade, mais il rougit à la simple pensée de monter sur le dos de Sherlock.

« Ça reste entre nous, hein ? » Demanda-t-il craintivement, en déglutissant pour humidifier sa gorge sèche.

« Ce qui se passe à Reichenbach, reste à Reichenbach. »

La réplique ironique de Sherlock les fit rire tous les deux, si bien que John oublia momentanément sa gène, mais elle revint avec la force d'un boulet de canon quand son ami se pencha en avant, l'incitant à grimper.

L'invitation était claire, mais John refusait toujours de se lancer.

« Dégonflé, Princesse ? Tu as peur de ton cheval blanc ? » Ironisa Sherlock d'un ton horriblement taquin, même s'il était aussi embarrassé que le blond.

Il arrivait à le cacher, contrairement à John, qui avait un visage si délicieusement expressif, que toutes ses émotions se lisaient dessus.

Cette provocation fut ce qui motiva John. Alors, il sauta sur le dos du frisé, passant ses deux bras autour de son cou, tandis que les deux mains du frisé saisissaient le dessous de ses deux cuisses.

John étant incroyablement léger, ce ne fut pas compliqué pour Sherlock de le stabiliser sur son dos.

« Accroche toi, Princesse. » Ordonna-t-il, en raffermissant sa prise sur les jambes pendantes du blond, avant de s'élancer avec détermination à l'intérieur du bâtiment, et vers les escaliers.

~~

Dès qu'ils arrivèrent en haut des escaliers qui paraissaient interminables, John eut le souffle coupé par la surprise qui l'attendait.

Si ce bâtiment était spécial, ce n'était pas parce qu'il était le plus haut de tout le quartier : C'était parce qu'il possédait un toit plat, facilement atteignable grâce aux trappes de secours, et sur lequel on pouvait marcher dessus.

Alors, quand les deux adolescents furent dessus, la rétine de John fut presque brûlée par la vue magnifique de la ville qui s'étendait à perte de vue, autour de lui.

Être à une telle hauteur provoqua un énorme sourire béas sur les lèvres de John, et il fut forcer l'air à entrer dans ses poumons, pour continuer à respirer.

«La Hauteur t'avait manqué, n'est-ce pas ? » Demanda doucement Sherlock, en souriant devant la réaction émerveillée de John, qui avait littéralement des étoiles dans les yeux, tant ces derniers brillaient de bonheur. « Tu n'es pas le seul, à être apaisé par la Hauteur, Princesse. »

John était tout bonnement incapable de parler. Il savourait cette sensation qui lui avait tellement manqué : L'adrénaline d'être aussi haut. Il ne pouvait même pas cligner des yeux, ne voulant pas rater une miette du spectacle qui s'offrait devant lui.

Sherlock laissa le blond profiter du moment. Il se détourna de lui, s'approcha nonchalamment du bord du toit, avant de s'asseoir sans peur sur le muret de pierre qui était la seule séparation entre le toit et le vide.

« Oui, ça m'avait manqué... » Murmura John, d'une voix brisée, presque inaudible.

Il rejoignit Sherlock sur le muret, s'assit à côté de lui, et l'observa.

John n'avait jamais vu le frisé aussi apaisé : Plongé dans sa contemplation de la ville, son visage était totalement détendu. Parfois, ses paupières s'affaissaient lentement, et il humait l'air frais, savourant le léger vent qui faisait onduler ses boucles noires.

A cet instant, John fut presque physiquement frappé par sa beauté. Oui, Sherlock Holmes était beau. Magnifique, même.

« Tu fais quoi, sur ce toit ? » Demanda timidement John, presque dans un murmure, ne voulant pas briser la bulle de confort et de tranquillité dans laquelle le brun semblait s'être isolé.

Sherlock cilla doucement, revenant dans la réalité. En silence, il glissa sa main à l'intérieur de son manteau, et en sortit une feuille soigneusement pliée, qu'il lui tendit après un moment d'hésitation.

« Ça. »

John saisit la feuille avec curiosité, la déplia, et la posa à plat pour voir son contenu.

C'était un dessin sans couleur, et son premier coup d'œil lui confirma qu'il s'agissait d'une représentation de la ville autour d'eux.

Ce dessin était parfait. Il n'y avait pas d'autres mots pour le qualifier. À vrai dire, les mots manquaient à John pour exprimer son admiration.

Les traits étaient réalisés, sans défaut ou maladresse. Il n'y avait aucune trace de gomme ou d'effaçage quelconque, alors Sherlock ne s'était pas corrigé une seule fois.

Rien n'était oublié : Le moindre détail était parfaitement dessiné, que ce soit une éraflure sur une fenêtre, ou un minuscule caillou sur une route.

Ce dessin était d'une telle justesse, qu'on aurait pu croire que la ville vivait à l'intérieur du papier. On aurait aussi pu le confondre avec une véritable photographie en noir et blanc de la ville.

Pendant qu'il inspectait cette oeuvre, Sherlock attendait le verdict avec impatience, ne quittant jamais le blond du regard.

Normalement, il se fichait de l'opinion des autres. Mais, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, celui de John comptait.

« Ouah... Souffla le blond, ses yeux pétillants d'adoration, C'est magnifique ! »

« Pourquoi je sens un étonnement offensant, dans ta voix ? » Railla Sherlock, bien évidemment pas le moins du monde ému par le compliment.

John lui lança un regard exaspéré, puis il montra fermement du doigt le dessin en question.

« Mais, tu ne t'en rends pas compte, c'est de la bombe ! S'exclama-t-il, en éclatant de rire devant la face incrédule de Sherlock, Tu as un don incroyable ! Comment tu fais pour réaliser autant de petits détails ? »

Cette avalanche de compliment toucha une zone sensible en Sherlock, qui sentit une douce chaleur se diffuser dans sa poitrine glacée. Même ses joues chauffèrent légèrement.

« Ce sont les petits détails qui sont les plus importants. »

Cette réponse blasée ne surprit pas John, qui gardait son expression pétillante.

« Tu dessines tout et n'importe quoi ? »

« Seulement ce qui m'intéresse, et la ville – vue de haut – peut être... fascinante. » Répondit posément Sherlock, en haussant les épaules.

« Et tu dessines souvent ? »

« J'ai toujours deux ou trois feuilles vierges, et un crayon, sur moi. »

Sherlock sortit un crayon à papier de sa poche pour le lui montrer, avant de tout remettre dans sa veste, y compris le dessin montré.

Il avait rangé avec une certaine précipitation, comme s'il en avait honte. Pour le rassurer, John lui sourit gentiment, avant de lui dire avec douceur :

« Tu n'es pas le seul à avoir des hobbies, tu sais... »

A ses mots, John prit son cartable de cours, et il sortit un tas conséquent de feuilles agrafées, avant de les lui tendre.

Sherlock ne fit pas un geste pour s'en saisir. Par fierté, il cachait sa curiosité sous un masque neutre, ne voulant pas montrer qu'il était intéressé – parce que tout ce qui concernait John Watson, même une anecdote futile, était intéressant, selon lui – mais fort heureusement, John passa outre sa conduite, et il n'abaissa pas son bras, alors Sherlock les prit, et il les inspecta rapidement.

« Tu écris... » Déduisit-il, sa voix grave montant dans les aiguës sous son étonnement.

« Ouais... » Comme Sherlock levait sarcastiquement l'un de ses sourcils épais, John précisa dans un petit rire : « Et avant que tu le demandes, ce ne sont pas des histoires érotiques : Elles sont policières. »

« C'est ça, ta passion ? Écrire des meurtres ? Moi qui pensait être le seul psychopathe, entre nous deux... » Railla le frisé, mais son ton méprisant contrastait avec son sourire amusé.

« Ça, c'est ma deuxième passion, Corrigea John sur le ton de la plaisanterie, Ma première, c'est de faire chier le monde. »

« Et je suis certain que tu es bien meilleur dans ta première passion, que dans la deuxième. » Le taquina Sherlock, en lançant un regard condescendant vers les écrits qu'il tenait dans ses mains.

Faussement offensé, John lui arracha les feuilles des mains, et il lui asséna une tape amicale à l'épaule, mais son acte de violence ne déclencha qu'un ricanement de la part de Sherlock.

« Hé ! S'écria John, Tu ne les as même pas lu ! »

En reniflant sèchement, le brun décréta :

« Pas besoin. Je sais que ça va être sans intérêt. »

« Merci pour ta franchise ! » Rit John, qui n'en fut pas vexé.

Un silence confortable s'installa entre les deux adolescents, jusqu'à ce que John murmure, la gratitude suintant chaque mot : « Merci, Sherlock. »

Le concerné balaya ses remerciements d'un haussement d'épaule négligeant.

« Je savais que tu te sentirais mieux, du haut d'une Tour, Princesse. »

Et il avait eu raison.

Sans s'en rendre compte, John s'était calmé, juste en fixant la ville, et en savourant la hauteur écrasante de l'immeuble. Plus aucune rancœur provoquée par sa crise, ne lui broyait les tripes. A vrai dire, il n'y pensait même plus.

Il n'avait jamais aussi facilement oublié ses crises. Normallement, il lui fallait des heures de rumination avant de passer à autre chose.

« Je suppose que je suis le seul, avec toi, à connaître cet endroit ? »

« Tu connais beaucoup de personnes qui auraient accepté de me suivre, sans savoir où je comptais les mener ? » Demanda sombrement Sherlock, avec un semblant de rancœur.

John se demandait plutôt si son ami avait déjà proposé à qui que ce soit, de l'accompagner en ce lieu qui semblait personnel.

Il était assez flatté d'y avoir été amené. Ça prouvait qu'il n'était pas juste un élève, selon Sherlock. Le sentiment d'être spécial à ses yeux, lui gonflait le cœur de joie.

« D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi tu as accepté. » Murmura pensivement le frisé, tirant John de sa rêverie.

« Pourquoi j'aurais dû refuser ? » Le défia-t-il.

Le masque d'arrogance de Sherlock se fissura, et il répondit avec hésitation, ce qui était assez inhabituel, venant de lui :

« Je n'ai pas la meilleure réputation du lycée... Tout le monde dit que... quelque chose cloche, chez moi. »

John savait que Sherlock n'était pas populaire : Un adolescent surdoué, qui n'avait aucun scrupule à vanter publiquement son intelligence, ne plaisait pas, forcément... Et John aurait mis sa main à couper que son ami subissait des moqueries, ou d'autres cruautés de ce genre.

À cette pensée, son cœur se serra, mais il chassa bien vite ce début de pitié, parce que l'attitude rigide de Sherlock, et ses regards noirs, disaient clairement qu'il n'avait pas besoin de compassion.

John réalisa avec tristesse que, sous l'air arrogant de Sherlock, se cachait en vérité un adolescent qui n'avait pas du tout confiance en lui, et qui avait un cœur lourd.

« C'est des conneries, ragea le blond, La seule chose qui cloche chez toi, ce n'est pas que tu sois un ''Taré'' qui déduit tout sur tout le monde : C'est que tu sois un connard. »

Un sourire espiègle effleura les lèvres du blond, quand il lui susurra : « Et si ça peut te rassurer, des connards, il y en a plein... Alors, tu vois : Rien ne cloche chez toi. »

« Tu le penses vraiment ? »

Le doute qui fissurait la voix de Sherlock fut si adorable et si horrible en même temps, que John eut la soudaine envie de le prendre dans ses bras, mais il se retint, sachant que les contacts physiques n'étaient pas la tasse de thé de son ami.

« Pourquoi je serais là, si je pensais le contraire ? »

Sherlock lui sourit.

Le sujet était clos.

Un deuxième silence confortable s'installa, mais il dura quelques minutes, parce que John soupira tristement, se sentant soudainement coupable d'avoir abordé ce sujet :

« Désolé... S'excusa-t-il, deux taches rouges colorant ses joues, Je n'aurais pas dû poser cette question... »

« Ça va... S'empressa Sherlock de le rassurer, en lui offrant un sourire franc, Tu peux parler de ce que tu veux. »

« Même des briquets et des allumettes ? »

Sherlock grimaça de dégoût devant cette taquinerie, tandis que John retenait son rire.

« Sauf des briquets et des allumettes... » Corrigea-t-il, en fusillant John du regard quand il se mit à glousser.

~~

Après quelques temps à fixer la ville en silence – que ce soit pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures – John sentit une fatigue sourde s'abattre sur lui.

C'était ainsi, avec la maladie : Il s'épuisait bien plus rapidement, et sa petite randonnée dans toute la ville auprès de Sherlock n'arrangeait rien.

Alors, sans s'en rendre compte, ses paupières commencèrent à s'affaisser, et sa tête trop lourde tangua un moment, avant d'atterrir sur une surface dure, qui fut l'épaule de Sherlock.

La réaction de celui-ci fut immédiate :

« Hé ! Ne t'endors pas sur moi ! Je ne suis pas ton oreiller ! » S'indigna-t-il, sans toutefois le virer.

Pour toute réponse, John gémit de protestation, les yeux déjà fermés, et il se blottit un peu plus contre le corps de Sherlock – plus par provocation que par réel besoin – tout en calant sa tête sur l'épaule de son ami, son visage enfoui dans son cou.

Il savait que le frisé l'avait déjà accepté, parce que malgré sa mine boudeuse, il ne s'était pas dégagé : Il avait même arrêté de bouger.

« Si tu baves sur mon manteau, je te jette du toit ! » Ronchonna-t-il.

Cette menace déclencha un faible gloussement de la part du blond, mais ce fut tout. Parce que celui-ci s'endormit, épuisé.

Au lieu de contempler la ville, Sherlock resta un long moment à fixer le visage du blond, détendu par son sommeil.

Sans s'en rendre compte, les doigts du frisé se dirigèrent doucement vers la peau bronzée de l'endormi, brûlants de la toucher, mais Sherlock mit brutalement un terme à ce mouvement, en se giflant mentalement.

Ça le frustrait, parce qu'il ne savait même pas pourquoi il avait eu le soudain besoin de toucher le visage de John: De suivre le contour de sa mâchoire, la forme de ses lèvres fines, la courbe de son nez...

Il s'autorisa néanmoins, à prendre une feuille vierge et son crayon, et il se mit à dessiner avec une aisance qui hypnotisa.

Mais cette fois ci, il ne dessina pas la ville, comme il en avait pris l'habitude, à chaque fois qu'il se rendait ici.

Il dessina le visage de John.