La maladie grave est une mort en sursis pour le pessimiste, et simple mésaventure pour l'optimiste.

Chapitre 8

« Où tu vas, frérot ? »

La voix d'Harry eut deux effets sur le corps de John : Premièrement, il tressaillit violemment sous la surprise. Ensuite, il se figea sur place, pensant naïvement que rester immobile le rendrait soudainement invisible aux yeux de sa sœur.

Quand il se retourna lentement pour lui faire face, Harry avait ses mains plaquées sur ses hanches, les sourcils tellement levés qu'ils atteignaient presque la racine de ses cheveux raides aussi blonds que les siens.

John se racla la gorge, tout en pointant d'un air peu assuré la porte des toilettes sur sa droite.

« Je vais aux toilettes. » Mentit-il, en s'efforçant de rendre sa voix neutre.

Pour tout réponse, Harry jeta un coup d'œil amusé vers la doudoune que portait John.

« Avec ta veste ? » Ironisa-t-elle, avec une incrédulité feinte dans sa voix.

« Il fait froid, aux chiottes. » Riposta-t-il, un brin sarcastique.

Harry éclata de rire, en balayant de sa main la longue mèche de ses longs cheveux blonds qui lui barrait l'œil droit.

« Et tu vas aux chiottes avec tes chaussures, toi ? »

John ne répondit pas. Il savait qu'il était piégé : Sa sœur – bien que saoule ou complètement droguée, la plupart du temps – était loin d'être stupide. Elle avait compris.

Ce qui suivit ne fit que le confirmer :

« Je rêve, ou est-ce que John Watson est en train de filer en douce ? » Jubila-t-elle, ses yeux bleus écarquillés sous la surprise.

Harry avait toujours été l'exact opposé de John. Contrairement à lui, elle ne se privait pas pour boire, pour se droguer, ou pour fumer, dès que ça lui chantait. Elle suivait une philosophie très simple, qui décrétait qu'elle faisait ce qu'elle voulait, quand elle le voulait : Zéro contrainte. Zéro regret. ''La vraie liberté'', selon ses dires.

Mais selon John, tout ceci était le seul échappatoire qu'Harry avait trouvé, pour accepter – s'il était vraiment possible de le faire – la mucoviscidose de son frère. Après tout, elle n'avait jamais bu ou touché une seule cigarette, avant le diagnostic.

A présent, elle rayonnait : Voir son frère – qui était l'image d'un Saint – enfreindre une règle devait lui refaire sa journée, et John était sûr qu'elle avertirait leur mère : Elle avait enfin l'opportunité de briser sa réputation d'adolescent modèle, alors elle s'en donnerait à cœur joie.

Cette pensée provoqua en John une violente bouffée de colère, et il s'entendit siffler, sans même s'être rendu compte que sa bouche s'ouvrait :

« Non, tu ne rêves pas... Tu n'es pas assez bourrée pour halluciner, Harry. »

Il fut autant surpris que sa sœur, et il regretta ses paroles monstrueuses à la seconde où il vit le visage d'Harry se ternir.

John n'était jamais gratuitement méchant. Même si des phrases cinglantes lui brûlaient la langue, il les ravalait à chaque fois. Il préférait laisser couler, un don qu'il avait acquis grâce à sa patience légendaire, plutôt que directement s'énerver. Enfin... La plupart du temps.

Une lueur blessée clignota dans les yeux bleus d'Harry, qui se remplirent de larmes, mais aucune ne coula. Elle ressemblait beaucoup à son frère, sur ce terrain là : Ne jamais montrer de faiblesses, à qui que ce soit.

Les joues de John se colorèrent honteusement, et il baissa les yeux.

« Désolé, Bredouilla-t-il en grimaçant de culpabilité, Je n'aurais pas dû... »

« C'est bon, Le coupa-t-elle rudement, Je l'avais méritée, celle-là. »

Un silence peu confortable s'installa entre les deux, chacun incertain quant à la marche à suivre. Ils restèrent un long moment à se fixer. Ce fut sa sœur qui eut le cran de briser leur torpeur.

« Où tu vas ? » Demanda-t-elle dans un soupir, le visage totalement neutre. Ce qui fit que John était incapable de déduire ce qu'elle pensait. Après tout, il manquait d'entraînement, dans ce domaine. Peut être que Sherlock pourrait lui donner des cours...

Cette pensée le fit soudainement rougir, et il s'empressa de la chasser de sa tête.

« Quelque part. » Répondit-il prudemment, avec un soupçon de défi dans ses iris bleues.

Harry émit un bruit moqueur : « Tu n'as rien de plus précis ? »

« Ce n'est pas dangereux. » Répondit-il froidement, reprenant mot pour mot la description de Sherlock, à propos de l'immeuble.

Sa sœur inclina sa tête sur le côté, signe qu'elle réfléchissait.

« Très bien, je reforme : Qui vas-tu voir ? »

« Qui te dit que je vais voir quelqu'un ? » Riposta-t-il, restant sur la défensive.

Harry balaya cette intervention d'un tic agacé du sourcil droit.

« C'est la même personne que hier ? » Devina-t-elle, bien trop perspicace.

John ne faisait pas confiance à sa voix pour parler, alors il se contenta de hocher brièvement la tête. Puisqu'il s'était fait démasqué, autant jouer la carte de l'honnêteté.

« Qu'a fait ce mystérieux inconnu à mon gentil petit frère pour qu'il sèche les cours, et pour qu'il fasse le mur, tout ceci en deux jours ? » Murmura-t-elle d'un air pensif, en posant son index sur la joue. Ils avaient tous les deux ce tic, quand ils étaient en pleine réflexion.

John lui-même ignorait la réponse à cette question. Sherlock était l'équivalent du diable sur son épaule, qui lui susurrait à l'oreille d'une voix mélodieuse de désobéir, et de commettre toute sorte de méfaits. Et John savait que c'était mal de l'écouter.

Mais bordel, ça faisait du bien : Ce sentiment délicieux de braver l'interdit. L'adrénaline...

« Je veux juste m'aérer la tête, Harry... J'ai besoin d'air. » Sa voix était faible, presque suppliante.

Oui, John était assez naïf pour croire que faire à sa sœur ses yeux de merlan-fris allait la convaincre de le laisser partir.

« Il y a de l'air dans le salon... » Riposta-t-elle avec ironie, prenant plaisir à le faire tourner en bourrique.

« J'ai besoin de beaucoup d'air. » Rectifia-t-il, un peu trop sèchement.

Toute trace d'espièglerie disparut du visage d'Harry, qui devint plus grave.

« Tu veux vraiment y aller ? » Le ton de sa sœur était étrange : Il n'était ni moqueur, ni cruel. Juste las.

« Oui. » La voix de John était aussi basse qu'un murmure, mais elle tremblait de sincérité.

Harry hocha la tête, tandis qu'elle se pinçait les lèvres, avant que ces dernières ne s'étirent en un sourire amusé, devant le regard suppliant de son frère.

« Pas la peine de me faire ce regard, frérot. » Rit-elle, puis elle annonça, redevenant sérieuse : « Rentre avant 18h. Maman reviendra plus tôt du travail. »

A ses mots, elle tourna les talons, s'apprêtant à rejoindre sa chambre. Bouche-bée, il fallut du temps à John pour retrouver l'usage de la parole :

« Attends... Tu me laisses y aller ? »

« Perspicace, Frérot. » Elle ne s'était même pas retournée, lui tournant ainsi impoliment le dos, mais elle s'était tout de même arrêtée.

« Et c'est tout ? Aucune condition ? » S'enquit John avec méfiance, en ignorant le sarcasme précédent.

Pendant qu'elle soupirait tristement, Harry se retourna pour lui faire face, et elle haussa les épaules.

« Écoute, je ne suis peut être pas la grande sœur la plus parfaite du monde... »

« Ça, c'est sûr... » Marmonna John, plus pour lui-même que pour elle. D'ailleurs, elle ne l'avait même pas entendu, parce qu'elle poursuivit, comme si de rien n'était :

« Mais, je sais quand mon frère a besoin de sortir. Alors, vas-y ! Je suis sûr que tous tes devoirs sont faits. Amuse toi, tu le mérites. » Elle fit une courte pause, et elle sourit devant la gratitude, mélangée à de l'étonnement, qui se peignit sur le visage de son frère : « Une seule condition, puisque que tu le demandes... Ne finis pas aux urgences. »

John rit nerveusement :« Fais gaffe... Tu deviens presque une bonne grande sœur... »

« Ouais, je trouve aussi que je m'améliore... ''Sœurs pour les nulles.'' Mon livre de chevet. » Plaisanta-t-elle, en lui adressant un petit clin d'œil faussement fier.

Ils rirent tous les deux. C'était ainsi, entre eux : Parfois, ils étaient en conflit, parfois ils pouvaient se comprendre, et même s'entraider. John n'aimait pas son penchant pour la boisson – et pour toute sorte de drogue – mais il n'avait pas le droit de la blâmer : C'était en quelque sorte de sa faute, si elle avait plongé dans cet enfer.

« Merci, Harry. » Souffla-t-il faiblement, le soulagement imprégnant chaque mot.

Harry répondit à ses remerciements par un simple hochement de tête, et elle alla dans sa chambre, sans un mot de plus. John prit ce départ comme une permission de déguerpir, alors il se rua à toutes jambes vers la sortie de sa maison, avant d'emprunter la première rue.

~~

Il se passa un long moment, durant lequel Moriarty et Sherlock s'affrontèrent du regard en silence.

Selon Sherlock, Jim était bien trop proche de lui. En effet, leurs torses se frôlaient, et la bouche de Moriarty pourrait atteindre son menton, si l'un d'eux faisait un pas de plus en avant.

Sherlock profitait de sa hauteur pour toiser Jim avec mépris, tout en gardant ses mains jointes derrière son dos parfaitement droit. Puis, cet affrontement de regard l'agaca, et, voulant en finir au plus vite, il demanda froidement, en haussant un sourcil moqueur :

« C'est pour quoi ? »

Une grimace déçue, qui pourrait refléter celle d'un enfant capricieux, tordit les lèvres de Jim.

« Toujours les mêmes questions ridicules... » Maugréa-t-il avec agacement. Puis, il parodia une voix aiguë tremblante de terreur, en agitant sa main dans le vide : « ''Qui êtes vous ? Vous voulez quoi ? Pourquoi vous faites ça ?'' »

Son visage redevint aussi lisse qu'un masque, et il poursuivit avec la même irritation que tout à l'heure : « Je suis déçu. J'aurais pensé que vous, au moins, vous auriez trouvé une question bien plus originale pour commencer... »

« Vous vous attendiez à quoi ? À ce que je vous demande quelle marque de shampoing vous utilisez ? » Cracha sèchement Sherlock, en lui adressant un sourire crispé qui creusa une multitude de fossettes sur ses joues.

Moriarty éclata de rire. Il passa sa langue rouge sur ses dents du haut pendant qu'il riait, un geste qui le rendit encore plus dérangeant.

« L'Oréal, mon Chou » Révéla-t-il malicieusement, avec un clin d'œil aussi séducteur que malsain.

Tout le corps de Sherlock tressaillit de dégoût face à l'appellation, mais il força sa bouche à ne pas grimacer, et il décida de partir sur un autre sujet, en choisissant soigneusement ses mots :

« De quoi voulez-vous me parler ? »

Moriarty souffla bruyamment par le nez, en faisant tressauter sa jambe droite, comme s'il réfléchissait à la meilleure manière d'expliquer sa présence. Incapable de rester immobile comme Sherlock, il commença à lentement tourner autour de lui, comme un prédateur contournerait sa proie.

Les mains de Sherlock se crispèrent légèrement, quand Jim fut dans son dos, et sa gorge devint soudainement si sèche qu'il eut du mal à déglutir.

« Quand j'étais petit, je m'ennuyais à mourir, Raconta Moriarty d'une voix monotone, Alors, un jour, quand je devais avoir une dizaine d'années, mes parents m'ont offert un jouet : C'était une poupée très mignonne, brune et frisée. Comme vous, mon Chou. »

Il fit une pause, pour lui offrir un sourire sauvage en coin, avant de reprendre naturellement :

« Et je me suis amusé avec. Ça m'a distrait, pendant un temps : J'ai tordu ses membres, dans tous les angles possibles et inimaginables. Jusqu'à ce que ses bras et ses jambes soient arrachées de son tronc. Le jouet était cassé, donc inutilisable, alors je l'ai jeté. Et directement après, l'ennui est revenu, alors j'en ai voulu un autre : Une autre poupée à détruire. C'était ma manière de me distraire, à l'époque. »

Sherlock se sentait de plus en plus mal à l'aise. Les battements de son cœur s'accéléraient, et ses mains jointes étaient tellement crispées que ses ongles s'enfonçaient douloureusement dans ses paumes. Tous les signaux que lui envoyaient son corps concordaient : Sherlock avait peur.

A vrai dire, absolument tout, dans l'attitude de Moriarty, hurlait au danger, mais le sociopathe contrôla le rythme de sa respiration, ainsi que les mouvements de son visage. Son corps ne devait pas le trahir.

« Ne me jugez pas, Rit Moriarty, qui était parfaitement à l'aise, comme si c'était normal de raconter son enfance glauque à un inconnu, Chacun a sa façon de se distraire, pour des cerveaux aussi brillants que les nôtres : Vous, je suppose que ça doit être des expériences, ou écouter les derniers potins des élèves. Moi, c'est détruire des poupées. »

« Super... Marmonna sarcastiquement Sherlock, Merci pour cette histoire épouvantable. Mais, je ne vois toujours pas en quoi ça me concerne. Je ne suis pas psy. »

Moriarty sourit de son air tordu qui le caractérisait, et il poursuivit du même ton plat que précédemment :

« Et puis un jour, quand je suis arrivé au collège, j'ai découvert que c'était bien plus amusant quand la poupée à détruire était une vraie personne. Un vrai élève, à tordre dans tous les sens, jusqu'à ce qu'il se brise. C'est une image, bien évidemment : On n'arrache pas les membres d'un corps comme ça. »

Il éclata d'un rire cristallin devant sa propre plaisanterie, et ce son soudain, aussi désagréable qu'un raclement d'ongles sur un tableau, fit presque sursauter Sherlock, et un horrible frisson courut sur son échine.

Bien sûr, ça n'échappa pas aux yeux de Moriarty, qui se mit à sourire, se délectant du malaise de son interlocuteur, avant de poursuivre d'un ton paisible, comme s'il parlait du temps de la semaine :

« Je parle de tordre une personne... psychologiquement. »

Sherlock gardait le silence. Tout simplement parce qu'il ne savait pas quoi dire, mais aussi parce qu'il sentait que son interlocuteur était instable, et que la moindre intervention maladroite de sa part pourrait le faire sortir de ses gongs.

« Réduire mes victimes en cendres... Continua un Jim totalement en transe, un bonheur sadique enflammant ses yeux ronds, Les voir résister, se débattre, pour ensuite faire l'inévitable : Capituler, être à ma merci, c'est exquis... »

Pour rendre la situation encore plus malsaine, Jim se lécha lentement le bout de son index, sans jamais quitter Sherlock de son regard ivre de folie.

Le visage de Sherlock resta illisible, mais intérieurement, il se battait contre la nausée qui lui retournait l'estomac. Cet adolescent lui donnait envie de vomir toutes ses tripes.

Puis, Jim grimaça, en claquant sèchement sa langue sur son palet avec agacement : « Mais, leur lutte ne dure pas très longtemps, généralement... »

Son visage se crispa de colère, quand il cracha brusquement, avec une haine soudaine : « Les gens ordinaires sont si faciles à briser ! Si faibles, avec leurs larmes qui suffisent à remplir une piscine olympique ! »

Son expression passa d'un claquement de doigt de furieuse à fascinée. Seul Moriarty maîtrisait l'art de changer d'émotion en une seconde, sans savoir laquelle des deux était la plus dérangeante.

« Mais vous, Murmura-t-il avec adoration, en pointant Sherlock d'un doigt tremblant, comme s'il se révélait être Jésus en personne, Vous n'êtes pas ordinaire : Vous êtes fascinant... Quand je vous ai remarqué au lycée, je vous ai observé pendant quelques semaines, et j'ai tout de suite su que ça allait être bien plus savoureux, avec vous. »

« Jouer le rôle d'une poupée, ce n'est pas mon truc. » Cracha Sherlock, un rictus haineux recourbant ses lèvres.

Moriarty applaudit sans bruit avec vivacité, en sautillant sur place avec excitation, un large sourire de hyène vissé à ses lèvres.

« Et il résiste ! Parfait ! S'exclama-t-il joyeusement, en s'agitant comme une puce, J'adore la résistance ! Ça rend la capitulation encore plus délicieuse. »

« Et que se passe-t-il, quand votre poupée capitule ? » Demanda Sherlock, sans aucune curiosité. Il n'avait aucune envie de le savoir. Tout ce qu'il voulait, c'était s'enfuir à toutes jambes loin de ce dégénéré, et retrouver John, qui devait déjà être en route.

« Elle m'appartient, et je fais ce que je veux d'elle. En d'autres mots, mon Chou, je vous veux. »

« C'est un peu direct, non ? Siffla Sherlock entre ses dents, des flammes de répugnance dansant dans ses prunelles translucides, Je veux dire, venir voir une personne, et directement exiger d'elle d'être un jouet à détruire, sans aucune entrée en matière, c'est assez brutal. »

Jim hocha pensivement la tête, comme si Sherlock avait marqué un point, mais il secoua la tête de gauche à droite, et ce mouvement se traduisait par ''Tu es tellement stupide de dire ça, Mon Chou.''

« À quoi bon attendre ? S'exclama-t-il joyeusement, Certes, j'aurais pu soigner mon entrée... J'aurais pu vous donner des énigmes à résoudre, faire planer le mystère sur mon identité et sur mes intentions, vous harceler... C'est ce que j'aurais fait, si nous étions dans un film, ou dans un conte de fée... Mais, même si j'adore les contes de fée, nous sommes dans la réalité. Quel est l'intérêt de toute cette comédie ? Je sais que vous résoudriez mes énigmes en quelques jours – ou en quelques semaines, si vous êtes mou – et ces petits jeux, bien que très amusants, m'ennuient très vite. Alors, autant ne pas perdre de temps. »

« Alors, tout ça, c'est par ennui ? » Résuma Sherlock, avec mépris.

« Je ne vais pas vous apprendre ce qu'est l'ennui... Vous savez aussi bien que moi que les personnes qui s'ennuient sont les plus dangereuses : Parce qu'elles sont prêtes à tout, pour se distraire. »

C'était vrai. Ce Moriarty était vraiment étrange: Il était fou et puéril, mais ses yeux noirs brillaient d'intelligence. Ce qui ne rassurait pas Sherlock. Loin de là.

« Et puis... Susurra Jim en s'humidifiant sa lèvre supérieure, Vous devriez en être honoré, mon Chou. Je choisis les jouets que je veux. Et je suis très exigeant : J'aime que mes jouets soient dignes de moi. Et vous êtes déjà mon préféré. J'ai jeté mon dévolu sur vous ! Vous êtes chanceux... »

Génial... Il fallait que je me fasse remarquer par le seul taré de ce lycée...

Jim s'était dangereusement rapproché avec sa démarche féline, un sourire sadique accroché à ses lèvres, mais Sherlock ne lui laissa pas le temps d'en faire plus.

Dans un grondement furieux, il plaqua ses mains sur les épaules de Jim, et il le repoussa avec une telle force que Moriarty faillit trébucher, mais il resta debout, étant incroyablement agile.

Jim fut étonné, mais pas agacé par cette résistance. Il posa avec une douceur morbide sa main sur le ventre solide de Sherlock, et il y exerça une forte pression pour forcer le frisé à reculer, jusqu'à ce qu'il soit adossé à un mur.

Tout le corps de Sherlock se hérissa de dégoût.

« Ne me touche pas ! » Grogna-t-il rageusement, sa voix grave devenant vibrante de fureur.

En un éclair, Sherlock se décala, et il saisit le poignet de Moriarty, pour ensuite lui tordre son bras dans le dos. Puis, Il le plaqua brutalement, face contre le mur.

Sherlock ne remarqua pas qu'une feuille pliée s'échappa de son manteau, qui tomba au sol.

Un ''tsi-tsi-tsi'' désapprobateur de la part de Hulk, qui s'était dangereusement rapproché du duo, ses biceps contractés en signe d'avertissement, força Sherlock à lâcher Moriarty à contre cœur, sachant que ces sifflements voulaient dire ''Lâche-le, ou je te tabasse à mort.''

Quand Jim retrouva son souffle et se remit de sa surprise, il secoua doucement son bras malmené avec une grimace de douleur, et il se mit à rire hystériquement.

« Merveilleux ! Vous savez même vous battre ! Courageux et fort ! J'adore ça. » S'écria-t-il, en se mordillant la lèvre inférieure. Sherlock aurait pu jurer que du désir assombrissait ses yeux noirs. C'était... terrifiant.

« Vous êtes fou. » Riposta-t-il, sa respiration devenant de plus en plus sifflante. Son corps tremblait presque.

« Oui, c'est vrai, belle analyse... Avoua Jim sans honte, en inclinant la tête comme si Sherlock lui avait fait un compliment, Mais, voyez-vous, je considère le courage comme une sorte de folie, alors que concluons-nous ? »

« Cette conversation était passionnante, mais c'est non, refusa Sherlock catégoriquement, en lui adressant un faux sourire en coin, Trouvez-vous un autre jouet. Ou achetez-vous une poupée en plastique, ça m'est égal. »

Il s'apprêtait à s'éloigner, mais le colosse – Sebastian Moran – lui barra la route. Mais il en fallait plus à Sherlock pour être intimidé, alors il leva un sourcil moqueur, en dévisageant Hulk avec dédain.

« Sérieusement ? » Cracha Sherlock en se retournant vers Jim, qui fixait la scène avec un immense sourire hypnotisé.

« Vous avez oublié ça, mon Chou. » Révéla-t-il malicieusement, en agitant avec sa main la feuille blanche pliée qui était tombée de sa poche.

Le cœur de Sherlock cessa de battre, quand Jim la déplia sans aucune précipitation, et quand il l'inspecta avec une attention méticuleuse.

Il laissa échapper un sifflement admiratif, sa bouche formant un U à l'envers.

« Très beau dessin. C'est qui ? »

Bien sur... Il fallait que ça tombe sur le dessin de John. Ragea Sherlock, en serrant tellement les poings que ses phalanges en blanchirent. La mâchoire soudée, il garda obstinément le silence.

« Peu importe, Marmonna Jim, en jetant négligemment le dessin par dessus son épaule, comme si c'était un vulgaire papier de chewing-gum, Je vous veux, et je vous aurais, un jour ou l'autre, mon Chou. Il faut juste vous apprivoiser... Ça va être une belle distraction, j'en suis certain... Sebastian, fais ce que nous avons convenu. Mais n'abîme pas son visage. Je veux qu'il reste irrésistible. »

Jim adressa à Sherlock une mimique bruyante d'un bisou en guise d'au revoir, puis il partit tranquillement, sans un regard en arrière.

Hulk s'approcha lentement du frisé, en faisant craquer ses doigts, pour plus intimider que pour avoir une réelle utilité dans ce qui allait suivre.

Sherlock ferma brièvement les yeux, en déglutissant péniblement.

~~

Sherlock s'était admirablement bien défendu : Hulk devrait avoir quelques bleus à la mâchoire, ainsi que quelques entorses à un ou deux doigts.

En effet, le frisé avait appris les arts martiaux – on n'était jamais trop prudent – alors il savait se battre. Il était rapide, et il pouvait anticiper les prochaines attaques de ses adversaires. Mais, malheureusement, c'était aussi le cas de Sebastian, et celui-ci avait une force qui dépassait largement celle de Sherlock.

Alors, il fut rapidement dominé.

Le premier coup de poing qui fit véritablement des dégâts l'atteignit au ventre, le pliant en deux, et lui coupant la respiration. Ensuite, ses jambes furent balayées sans pitié, et il s'effondra au sol.

La pluie de coups qui suivit sa chute fut floue, bien que pas une seule fois, son visage ne fut touché. Sherlock s'était roulé en boule, protégeant ses organes vitaux – tout en sachant que cette agression n'avait pas pour but de le tuer – et il attendit, en serrant les dents.

Quelques gémissements franchirent ses lèvres qui saignaient, étant écorchées à force de les avoir trop mordues, mais pas un seul hurlement ne fut arraché de lui.

Quand Hulk fut satisfait de son travail, sans que Sherlock ne soit capable de deviner depuis combien de temps il se faisait tabasser, il partit sans un mot, abandonnant froidement le corps de Sherlock secoué de convulsions, étendu sur le sol.

La vue de Sherlock se troublait, et ses oreilles bourdonnaient. Le monde autour de lui tanguait dangereusement. Non ! Il ne devait pas perdre connaissance. Parce que cette maudite rue était déserte, et qu'il faudrait attendre des heures avant que quelqu'un passe par là, et appelle les urgences.

Alors, il s'efforça de ne pas sombrer dans l'inconscience qui était terriblement tentante, et il essaya de déterminer les zones précises de son corps qui étaient douloureuses, mais la souffrance se mélangeait, et le submergeait totalement.

Il put seulement déduire que son poignet gauche était cassé, et que quelques côtes devaient être fêlées. Bien sûr, il savait aussi que son visage ne souffrait d'aucune égratignure.

De sa main valide qui tremblait pitoyablement, il réussit, dans un grognement de douleur étouffé, à atteindre son portable situé dans la poche arrière de son jean.

Son esprit étant embué par la douleur, et ses mouvements étant saccadés et brouillons, il put seulement le déverrouiller, aller dans ses contacts, et appeler la seule personne que son cerveau endolori avait en tête.

Il eut la décence d'enclencher le haut parleur, puis sa main retomba d'épuisement sur le sol dans un gémissement, ses doigts n'ayant même plus la force de tenir son portable.

BIIIP

Allez, répond.

BIIIP

S'il te plaît...

BIIIP

Je t'en prie, répond...

BIIIP

Je t'en prie...

« Allô ? »

Entendre cette voix que Sherlock aimait tant fut un tel soulagement que ce fut presque aussi douloureux que toutes les blessures qui torturaient son corps.

« John. » Parvint-il à articuler faiblement, avant que sa voix ne se brise.