La vieillesse et la maladie s'entendent à merveille pour faire de nous des ombres de ce que nous avons été. Bernard Clavel.

Chapitre 9

John n'avait jamais couru aussi vite. Même avant le diagnostic de sa maladie, quand il avait pour habitude de pratiquer quelques footings matinaux ou des sprints pour s'échauffer avant l'escalade, il n'avait jamais couru aussi vite.

A présent, il galopait à travers les rues, bien trop rapidement, selon ses poumons. Durant sa course acharnée, il ignorait leur plainte douloureuse, ainsi que les quelques regards en coin intrigués que lui lançaient les passants qu'il croisait.

Parce que toutes ses pensées étaient centrées sur Sherlock.

Sherlock et son appel désespéré.

John avait su que l'appel provenait de lui, à la seconde où la sonnerie de son téléphone avait retenti. Il avait même levé les yeux au ciel quand il avait décroché, étant persuadé que son ami allait lui reprocher – de sa manière polie habituelle – son retard.

Mais il fut bien vite refroidi.

Dès que John avait entendu cette voix si faible murmurer son prénom en un supplice brisé, son cœur avait cessé de battre pendant une seconde, et il avait dû raffermir sa prise sur son portable pour ne pas le lâcher.

Ensuite, il avait harcelé Sherlock de questions, principalement pour savoir où il se situait. Entre deux râles de douleur, le frisé avait pu lui indiquer son emplacement : Près de la Piscine de Bristol South.

Mais après, ce fut le silence : John entendait uniquement la respiration hachée et quelques quintes de toux de Sherlock, mais il ne recevait plus aucune réponse verbale.

Face à ce silence soudain, John avait senti les griffes glacées de la terreur compresser son cœur jusqu'à le réduire en miettes.

Son inquiétude grandissait, à mesure où il courait à s'en écorcher les pieds vers l'endroit indiqué.

La Piscine de Bristol South ne lui avait jamais paru aussi loin.

~~

Quand John le trouva finalement, son estomac fut broyé par une inquiétude teintée de colère, cette fois-ci.

Sherlock était étendu sur le ventre, et il s'appuyait sur ses avants-bras, pour que son dos soit arqué en arrière. Il essayait sans doute de se redresser, mais ses jambes molles refusaient d'obéir. À vrai dire, le fait que tout son corps convulse n'aidait pas non plus.

Sa tête pendait mollement, son menton collé à son torse. Ses boucles noires tombaient sur son visage, mais elles ne le dissimulaient pas complètement, alors John pouvait voir son expression crispée par la douleur, ainsi que la fine couche de sueur qui recouvrait sa peau horriblement blême.

« Sherl' ! » S'écria le blond dans un hurlement horrifié, en se ruant tellement vite vers son ami qu'il crut que son cœur allait sortir de sa cage thoracique.

Il se jeta à genoux près de Sherlock, réprimant une grimace de douleur quand ses rotules heurtèrent un peu trop brutalement le goudron. Ensuite, il retira sa doudoune, avec laquelle il recouvrit délicatement le corps meurtri du blessé.

Tendrement, il glissa sa main sous le menton de Sherlock, et il effectua une douce pression pour relever sa tête. Les yeux gris ivres de douleur se plantèrent faiblement dans ceux du blond, et ils s'y accrochèrent, comme à une bouée de sauvetage.

Un filet de sang séché coulait de ses lèvres écorchées, mais cette blessure était la seule à déplorer sur son visage, bien que John n'en ressentit aucun soulagement.

Dans une espèce de pulsion, il encadra le visage de Sherlock avec ses mains, et il caressa doucement ses joues avec ses pouces.

« Ça va aller, Sherl'. » Murmura-t-il tendrement, en lui offrant un sourire sincère.

John n'attendait pas de réponse, tout simplement parce que le frisé était trop faible pour lui en donner une. Sans lâcher son visage, le blond examina rapidement le corps de son ami à la recherche de blessures, et il constata que l'un de ses poignets formait un angle bizarre.

Cassé, en déduisit John, en serrant tellement les dents qu'elles grincèrent.

Ensuite, son regard fut attiré vers le ventre de Sherlock, visible grâce au retroussage de son pull. Il était moucheté de plusieurs hématomes violacés, si vifs en terme de couleur, qu'on aurait pu croire que c'était des taches de peinture.

John s'efforça de balayer la fureur qui lui broyait les tripes, essayant de garder la tête froide pour analyser la situation : Le visage de Sherlock était épargné, mais il semblerait que le – ou les – agresseurs se soient acharnés sur son corps, et plus particulièrement sur son torse.

Ayant besoin de ses mains pour appeler les secours, John déposa avec d'infimes précautions le front de Sherlock sur son épaule. Quand il fut calé le plus confortablement possible, le blond prit précipitamment son portable, si bien qu'il faillit s'échapper à plusieurs reprises de ses mains engourdies par la peur.

En s'efforçant d'ignorer le tremblement de ses doigts, il appela les secours, et colla son portable à son oreille. Puis, John posa sa deuxième main sur la nuque de Sherlock, en guise de réconfort.

« SAMU, quelle est votre urgence ? »

John résuma calmement les blessures de son ami, et l'endroit où ils se trouvaient. Il répondit à chaque question posée, et il raccrocha, quand il en eut la permission.

Il jeta son portable au sol, et il attira doucement Sherlock vers son torse, pour qu'il puisse entièrement s'appuyer sur lui.

« Je te tiens, Lui murmura-t-il posément, Lâche prise, Sherl', je te tiens. »

Sherlock obéit avec soulagement, en abandonnant l'appui douloureux sur ses avants bras, et il s'effondra dans les bras de John, son front toujours posé sur son épaule.

Par réflexe, Sherlock enfouit son visage dans le cou du blond dans un gémissement, et il laissa la délicieuse odeur de John envahir ses narines, les yeux fermés.

John sentait le souffle irrégulier et chaud de Sherlock chatouiller son cou, mais ce contact – qui normalement l'aurait fait rougir jusqu'à la racine de ses cheveux – le rassurait, à présent.

Il balaya avec douceur quelques mèches brunes qui étaient collées au front trempé de son ami, puis il enfouit ses doigts dans les boucles brunes de Sherlock, les caressant tendrement.

« Les secours arrivent, Sherl'. C'est fini, tu n'es plus seul. Je reste avec toi, tout va bien. » Murmura-t-il encore et encore, au creux de son oreille.

Sherlock avait horriblement mal, mais il se sentait étrangement bien, dans les bras puissants de John. C'était sans doute idiot, mais il se sentait en sécurité, protégé : Il avait l'impression que le monde pourrait brûler tout autour, aucune flamme ne l'atteindrait.

Son cerveau se concentrait uniquement sur les douces caresses du blond dans ses cheveux, lui faisant presque oublier la douleur. Sans même s'en rendre compte, il enregistrait soigneusement la sensation délicieuse des doigts de John qui se glissaient dans ses boucles, et Sherlock priait de toutes ses forces pour qu'il ne s'arrête jamais.

La dernière sensation que son cerveau mémorisa avec soin, avant qu'il ne perde connaissance, ce fut les lèvres incroyablement douces de John qui se pressèrent tendrement sur son front.

~~

Quand les sirènes stridentes de l'ambulances atteignirent ses oreilles, John respira un peu plus librement, bien que la boule d'angoisse qui octroyait sa gorge restait intacte.

Il était certain qu'il s'était à peine écoulé quelques minutes entre le temps où il avait appelé les secours et le moment où ils arrivèrent finalement, mais il avait eu l'impression que ça avait duré des heures.

Les urgentistes se précipitèrent vers eux, enlevèrent avec douceur le corps de Sherlock des bras de John, et ils l'installèrent sur une civière, tout en vérifiant ses fonctions vitales.

John s'avança vers eux dans l'optique de monter dans l'ambulance, mais l'un des urgentistes le stoppa net :

« Non, gamin. Toi, tu restes là. » Il ponctua son ordre en pointant avec autorité le sol devant lui.

John fronça le nez, tout en croisant avec tout l'entêtement dont il était capable ses bras devant son torse.

« Je veux venir avec lui ! Je ne l'abandonne pas ! »

Sa voix ne contenait aucune fêlure : Chaque mot témoignait de sa volonté infaillible. Malheureusement, l'adulte en face de lui possédait autant de détermination que lui.

« Non, Riposta-t-il d'un ton sévère, Désolé, gamin, mais je ne peux pas t'emmener dans l'ambulance avec nous. On le transfère à l'hôpital Saint-Barthélémy : Si tu veux t'y rendre, ce sera par tes propres moyens. »

Avant même que John ne puisse objecter, les urgentistes s'élançaient déjà vers l'ambulance, entraient à l'intérieur, claquaient sèchement les portières, et ils partaient.

En grognant dans sa barbe et en maudissant cet urgentiste pour les cent prochaines générations, John regarda d'un air morne l'ambulance s'éloigner de lui.

Y aller par ses propres moyens... Comment était-il censé s'y prendre, au juste ? Il n'était même pas censé être là ! Il ne pouvait pas appeler sa mère dans le plus grand des calmes, et lui demander de l'amener aux urgences... Et bien sûr, il avait oublié de prendre de l'argent, alors il ne pouvait pas prendre un taxi.

Mais il était une personne pleine de ressources, quand une cause lui tenait à cœur. Alors, une idée lui vint rapidement : Il retrouva son portable qu'il avait jeté au sol, et il appela la seule personne qui pouvait l'aider.

« Allô ? » Quand la voix douce de Molly répondit à son appel, John s'entendit soupirer de soulagement.

« Molly, j'ai besoin de ton aide. » Attaqua-t-il directement, d'une voix pressée et vacillante.

C'était tout ce qu'il fallait pour instantanément capter l'attention de Molly :

« Qu'est ce qui t'arrive ? Tu vas bien ? Ta voix est bizarre. » Demanda-t-elle hâtivement, avec inquiétude.

La gentillesse de Molly lui réchauffa le cœur : John ne s'en était pas rendu compte jusqu'à présent, mais voir Sherlock dans cet état aussi lamentable l'avait secoué, et la douceur de son amie était un véritable rayon de soleil qui éclairait son esprit terni par le choc.

« Moi, ça va. » S'empressa-t-il de la rassurer, avec nervosité. Enfin, il parlait plus de son état physique plutôt que mental, mais ce n'était pas le moment de préciser.

Il fit une courte pause pour se frotter le visage avec sa main, avant de lui révéler le plus important :

« C'est Sherl'... » Sa voix se brisa, alors il se racla la gorge, avant de poursuivre d'une voix légèrement plus assurée : « Il s'est fait agresser, et on l'a amené aux urgences. Je ne peux pas m'y rendre... »

Il avait honte de demander ce qui allait suivre, mais l'image des yeux gris de Sherlock brûlant de douleur assaillit son esprit, et le convainquit de poursuivre sa requête : « Est-ce que ta mère, ou ton père, pourraient m'y amener ? Je comprendrais si ce n'est pas possi... »

Sa voix misérablement tremblante et nouée par l'inquiétude fut brutalement coupée par celle incroyablement ferme de Molly :

« Je demande à ma mère, ne quittes surtout pas ! » Annonça-t-elle vigoureusement.

John attendit seulement quelques secondes, avant d'avoir la réponse d'une Molly complètement essoufflée.

« C'est OK, John. Ma mère est d'accord pour t'amener aux urgences, mais elle ne pourra pas te remonter... » Sa voix était désolée, mais John agita sa main dans le vide, pour balayer ses excuses voilées.

« T'inquiètes pas, je me débrouillerais ! Dit-il avec une immense gratitude, Merci Molly, je te revaudrais ça ! »

« Ne perd pas de temps avec ces conneries, et dis moi où tu es. »

John sourit devant la voix inflexible de Molly : Sa bonté naturelle pouvait nous faire croire qu'elle était faible de caractère, mais en réalité, elle était aussi têtue et aussi forte que Sherlock et John, quand elle souhaitait le montrer.

Alors, il lui révéla sagement son emplacement, avant de la remercier encore une fois : « Merci infiniment, Molly, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans t... » Mais une fois de plus, il fut interrompu, et pas de la plus polie des manières :

« Oh ta gueule, et ramène ton cul aux urgences, quand ma mère t'y déposeras ! Et tu me tiens au courant ! »

John rit faiblement, accepta sa demande, et il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas une fois de plus la remercier.

Quand il raccrocha, le cœur légèrement plus léger, son regard fut attiré par un crayon à papier qui était misérablement par terre : Le crayon de Sherlock, qui a dû tomber durant l'agression... Comprit-il tristement.

Il s'élança vers l'objet qui était précieux pour le frisé, le ramassa, et le mit dans sa poche. Puis, il se rendit compte que ce crayon n'était pas le seul objet, appartenant au frisé, qui était par terre : Il y avait aussi une feuille pliée : L'un de ses dessins.

Alors, il le saisit, et le mit aussi dans sa poche, sans le déplier, même si la tentation était grande : Il n'allait pas briser la vie privée de Sherlock, juste pour assouvir sa curiosité.

N'ayant rien d'autre à faire qu'attendre la mère de Molly, John serra avec affection le crayon de Sherlock dans sa poche.

~~

Finalement arrivé aux urgences et après avoir bataillé pour obtenir le numéro de la chambre de Sherlock, John s'y dirigeait avec précipitation, mais il croisa la personne qu'il ne voulait en aucun cas voir ; Mycroft Holmes, qui se tenait devant la porte de la chambre de son frère, en buvant un café, les traits soucieux.

Heureusement qu'il m'avait promis de rester loin de Sherlock... Songea ironiquement Mycroft, en relevant le menton quand John Watson apparut soudainement dans son champ de vison. L'adolescent s'avançait vers lui fièrement, mais sa démarche était rendue rigide par sa nervosité.

Bien sur que le gamin était intimidé par lui... Qui ne l'était pas ?

« Monsieur Holmes, quelle joie de vous revoir... » Grinça John avec un sourire forcé, son ton ironique faisant clairement comprendre que revoir Mycroft était loin de l'enchanter.

Le frère Holmes lui lança un regard dégoûté, en s'avançant vers lui, son éternel parapluie toujours en main, tout en jetant son gobelet vide dans la poubelle.

« Le plaisir est partagé, Monsieur Watson. » Riposta-t-il de son ton hypocrite que John détestait tant.

John décida d'ignorer sa répulsion envers cet homme : Sherlock était bien plus important.

« Comment va-t-il ? » Demanda-t-il d'un air peu assuré, l'inquiétude faisant trembler sa voix.

Le visage de Mycroft était illisible, et son expression glaciale ne s'adoucit pas un seul instant, même quand l'angoisse de John fut clairement audible.

« Il dort. » Répondit-il d'un ton sec, en le dévisageant avec animosité, comme si John était responsable de tous ses malheurs.

Merci pour les précisions, connard. Songea rageusement le blond, sans pour autant exprimer son ressenti à voix haute.

« Je peux le voir ? » Enchaîna-t-il prudemment, sachant directement qu'il avait plus de chances de recevoir une réponse négative, plutôt que positive.

« Non. Refusa froidement Mycroft, en lui offrant un rictus presque cruel, Les visites sont réservées pour la famille, désolé. »

À voir la lueur hostile qui assombrissait ses yeux, il était clair qu'il n'était en aucun cas désolé : Ça se voyait qu'il était satisfait de rembarrer l'adolescent.

La mâchoire de John se contracta de colère, et il dut se contenir pour ne pas lui balancer son poing dans la gueule.

« Ça vous plaît de faire ça, hein ? » Cracha-t-il avec dégoût, en affrontant sans ciller le regard dur du premier Holmes.

« De faire quoi, exactement ? » Demanda nonchalamment Mycroft, en soupirant d'ennui.

« Ne jouez pas l'idiot, on sait tous les deux que vous ne l'êtes pas, Siffla John d'un ton si brusque que le compliment en perdit de sa superbe, Je ne veux aucun mal à Sherlock, c'est même moi qui ai appelé les secours ! »

Le sourcil de Mycroft s'arqua moqueusement.

« Vous voulez la légion d'honneur, pour ça ? » Ironisa-t-il méchamment.

« Non, mais un peu de gratitude n'a jamais tué personne. »

Un silence oppressant s'installa entre les deux hommes qui s'affrontaient du regard avec hostilité.

« Un problème, Monsieur Holmes ? » Surgit une voix glaciale, à leur droite.

John sursauta légèrement, mais Mycroft ne tressaillit même pas. À vrai dire, celui-ci ne jetait même pas un regard au nouvel arrivant – c'est à dire, l'un de ses gardes du corps –. Ses yeux perçants restaient braqués sur John.

Le blond se demanda quel métier exerçait exactement Mycroft. En tout cas, il avait l'air puissant : Gardes du corps personnels, voiture de luxe, costards plus chers que la demeure du blond...

« Non, aucun, Répondit-il poliment, en ne quittant pas John du regard une seule seconde, Monsieur Watson allait justement partir. »

« Mycroft... » Ce n'était pas un avertissement, parce que la voix de John avait perdu tout son mordant.

« Je vous souhaite une agréable journée, Monsieur Watson. » Le message était clair : C'était la manière courtoise de Mycroft de lui demander de dégager au plus vite, à moins d'être viré de force.

La patience de John arriva à son terme : Il était hors de question qu'il se fasse virer de l'hôpital comme un malpropre, sans avoir vu Sherlock. Personne ne lui dictait sa conduite, et encore moins ce putain de Mycroft Holmes.

Alors, dans un grondement agacé, John empoigna une nouvelle fois la chemise de Mycroft, pas assez fort pour la déchirer, mais juste assez pour attirer le frère de Sherlock plus près de lui. Il vit du coin de l'œil que le garde du corps se figea entièrement, mais il n'intervint pas.

« Bordel, mais c'est quoi votre problème ?! je veux juste le voir, être à son chevet, rien de plus ! » Cracha John brusquement, à un cheveu de gronder.

« Je ne vous fais pas confiance. » Riposta nonchalamment Mycroft, en lançant un regard calme, mais mauvais vers la main du blond qui tenait fermement sa chemise, sans pour autant se dégager, ou demander à son garde du corps personnel de s'en charger.

Cette révélation déclencha un ricanement amer, de la part de John.

« Merci de me le dire, je ne l'avais pas encore remarqué ! » Après son sarcasme hargneux, il soupira, avant de poursuivre, moins sèchement : « Je ne vous demande pas de me faire confiance : Je sais que ce ne sera jamais le cas, et je m'en fous. Je vous demande juste de me laisser une chance... »

« Sinon quoi ? Riposta-t-il avec un amusement sournois, Vous allez me déchirer cette chemise là, aussi ? »

John fut soudainement fatigué de cette situation. Il garda son emprise sur la chemise de Mycroft, mais son visage crispé par la fureur perdit sa hargne d'un seul coup, laissant uniquement la lassitude, mélangée à de la tristesse, s'inscrire sur ses traits.

« Juste quelques minutes... » Cette fois-ci, la voix de John n'était plus vibrante de rage : Elle était étranglée, et pas plus forte qu'un murmure : « C'est tout ce que je demande... Juste quelques minutes. »

« Monsieur Holmes... ? » Demanda doucement le garde du corps, après s'être raclé la gorge pour attirer l'attention. Il se rapprocha d'une démarche menaçante vers John, prêt à le virer par la force si Mycroft lui en donnait l'ordre.

Pourtant, celui-ci restait silencieux et l'ignorait totalement. Il observait John avec une telle intensité que c'en était perturbant : Ses yeux glaciaux semblaient disséquer chaque parcelle d'émotion qui animait le visage du blond.

John reprit espoir face à ce silence qu'il considéra comme un indice de l'hésitation de son interlocuteur : « S'il vous plaît, Mycroft... »

Pour John, supplier était une cuisante humiliation, mais il n'en ressentait aucune honte, à présent : Il était désespéré, alors il employait des moyens désespérés.

Il ne savait pas comment atteindre le glaçon qu'était Mycroft Holmes. Ce dernier semblait uniquement ressentir des émotions, quand il était question de son petit frère.

Mycroft le regarda pendant un long moment encore, puis il vira sans brusquerie la main de John qui saisissait toujours sa chemise.

John le laissa faire tristement, son esprit abandonnant toute lutte. Il baissa même les yeux.

« Très bien, Accepta soudainement Mycroft, en grimaçant d'agacement, Mais seulement quelques minutes, pas plus » Il leva son index osseux avec autorité devant lui pour souligner l'importance de sa condition.

Le visage de John s'illumina de joie, et ses yeux pétillerent de stupéfaction.

« Merci... » Souffla-t-il dans un murmure, en lui offrant, pour la première fois, un sourire sincère.

Mycroft y répondit d'un hochement de tête glacial, puis il glissa sa main dans sa veste, pour en sortir un billet de 10 euros, qu'il lui tendit naturellement, sans un mot d'explication.

John fixa le billet tendu en levant un sourcil.

« Je ne veux pas d'argent pour avoir appelé les secours... Ça s'appelle de l'amitié, Mycroft. »

L'adulte roula les yeux, l'irritation claire dans sa voix quand il précisa froidement : « C'est pour le taxi... »

« Oh... » Dit assez stupidement le blond, en acceptant de prendre l'argent. « Je vous rembourserais... »

« Ce n'est pas la peine. »

« Si, j'insiste. Je vous rembourserais. »

John ne souhaitait en aucun cas avoir une dette envers lui. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Mycroft lui lança un regard assassin, mais il ne fit aucun commentaire.

Il ouvrit la porte de la chambre de Sherlock, et il se décala lentement, pour laisser l'adolescent entrer.

« Entrez, avant que je ne change d'avis. »

John ne se le fit pas dire deux fois, et il s'engouffra à l'intérieur.