Quand on est malade, rien ne chante plus fort que l'envie de guérir. Jean Giono.

Chapitre 10

John avait toujours considéré Sherlock comme un surhomme.

Comme un adolescent fort qui ne craignait rien ni personne.

Comme un adolescent indestructible, qui possédait une carapace si épaisse, qu'aucun commentaire blessant ne venait y faire la moindre rayure.

Mais cette illusion – que John reconnaissait lui-même comme étant naïve – fut brisée, à cet instant précis.

Parce qu'à présent, Sherlock ne ressemblait plus au génie arrogant et confiant que le blond connaissait.

Il était uniquement un adolescent bourré de médicaments et de morphine, endormi dans un lit d'hôpital, le poignet solidement plâtré, et quelques perfusions enfoncées dans ses avant-bras.

Un simple être humain de 16 ans.

« Savez-vous qui a fait ça ? »

La voix dure de Mycroft rompit le silence qui régnait dans la chambre d'hôpital, depuis quelques minutes. Chacun assis de chaque côté du lit, ni lui, ni John, n'arrivaient à détacher leur regard de Sherlock.

Celui-ci dormait profondément, mais rien, pas même sa respiration lente et régulière, ou encore les commentaires rassurants des médecins, ne parvenait à les apaiser.

John n'eut pas la force de cacher sa désolation, quand il admit péniblement son ignorance :

« Non. Malheureusement, à part le fait que son agresseur soit un connard, je ne sais rien. Et je doute que Sherl' va apporter des précisions... »

Sa voix devenait hargneuse vers la fin, mais sa colère n'était pas dirigée vers Mycroft, pour une fois. Celui-ci lui accorda un simple hochement de tête, pas le moins du monde surpris par l'insuffisance de John.

« ''Sherl' '' ? Releva-t-il avec un dégoût fort prononcé, Vous avez des petits surnoms, entre vous ? Comment Sherlock vous appelle-t-il ? Johnouney ? »

John fit de son mieux pour rester de marbre, parce qu'il voulait à tout prix changer de sujet. En effet, penser à Sherlock – ou tout ce qui s'y rapprochait, de près ou de loin – amplifiait sa colère.

Quelqu'un avait osé s'en prendre à Sherlock. Ce constat, en plus de lui donner la nausée, faisait bouillir son sang dans ses veines.

Il n'avait qu'une seule envie qui l'obsédait : Retrouver le fils de pute qui avait agressé son ami, et s'en occuper personnellement.

Il devait impérativement penser à autre chose, s'il ne voulait pas se faire dominer par ses pulsions de vengeance. Oh, il se faisait la promesse de retrouver l'agresseur. Juste... Il ne devait pas le faire maintenant.

« Pourquoi vous êtes devenu comme ça ? » Demanda-t-il un peu trop précipitamment, en priant pour que Mycroft accepte sa diversion peu subtile.

« Comme un ''connard surprotecteur'' ? » Proposa-t-il platement, sans aucune honte ou hostilité. John aurait même pu jurer que ses yeux avaient brillé d'amusement pendant une demi-seconde.

L'adolescent ne put réprimer un sourire timide.

« Ce n'est pas moi qui l'ai dit, cette fois... » Marmonna-t-il, en levant caricaturalement ses mains, paume vers l'avant devant lui.

Les lèvres de Mycroft tressautèrent, mais ce fut vite avalé par sa froideur habituelle.

« Ça ne vous regarde pas. »

La réponse claqua dans l'air, sèche et cinglante. Ce ton dur aurait suffi pour faire renoncer – ou même pour faire fuir – le plus téméraire des hommes, mais John n'en fut pas perturbé.

« Vous avez raison, Admit-il doucement, Ça ne me regarde en rien... Mais nous sommes ici, coincés dans cette chambre, alors autant papoter... »

« Vous n'aimez pas le silence, Monsieur Watson ? » Demanda calmement Mycroft, avec un soupçon de sarcasme.

« Pas dans les hôpitaux... » Grimaça le blond, avec une mine nettement plus sombre.

Sa franchise sembla plaire à Mycroft, parce que celui-ci hocha la tête avec compréhension, sans pour autant relancer la conversation. Alors, John le fit pour lui, en haussant ses sourcils : « Vous pouvez m'appeler John, vous savez... »

« Je préfère Monsieur Watson, j'insiste. » Grinça le frère Holmes avec mépris, comme si cette proposition était indigne de sa personne.

John leva les yeux au ciel.

« ''Ne surtout pas créer de liens affectueux'' hein ? Déblatéra-t-il ironiquement, en mimant des guillemets avec ses doigts, C'est courant, chez les Holmes... »

« Les sentiments ne sont pas un avantage. » Siffla le concerné d'un ton blasé, preuve qu'il devait souvent répéter cette phrase.

John se retint de lui faire remarquer que, malgré ce discours anti-émotions, Mycroft aimait bel et bien son frère... Il suffisait de voir sa manière de le regarder : Tristesse et inquiétude tournoyaient dans ses prunelles.

« Une devise bien médiocre, si vous voulez mon avis. » Critiqua l'adolescent, sans avoir pu s'en empêcher. D'ailleurs, il dut se retenir de ne pas couvrir sa bouche avec sa main.

Sa critique lui valut un regard noir de la part de Mycroft, mais le blond poursuivit tout de même, en se raclant la gorge pour se donner du courage : « Je veux dire, une vie sans sentiments, serait tellement fade... »

« Les sentiments font souffrir. »

Avant même que John puisse objecter, Mycroft jeta un regard presque agressif au tuyau transparent qui obstruait les narines de l'adolescent, avant de le défier ouvertement, sans aucun tact : « Mais vous le savez déjà, n'est-ce pas, Monsieur Watson ? »

John fit semblant de ne pas comprendre : « Vous insinuez quoi, au juste ? »

Mycroft lui jeta un regard agacé, lui faisant clairement comprendre qu'il n'était pas dupe.

« Ce qui vous fait réellement souffrir, ce n'est pas votre maladie : Ce sont les émotions qu'elle déclenche en vous, et en votre entourage : La pitié dans le regard des autres, la culpabilité de vos parents, votre colère... Ça vous ronge. »

Sa voix s'était presque adoucie quand il prononçait ces mots, mais il la rendit bien plus ferme, quand il conclut : « Une vie sans émotion est fade, certes, mais bien plus facile. »

John essaya de jouer l'indifférence, mais il savait que son visage s'était fissuré.

Il admettait que Mycroft n'avait pas totalement tord : S'imaginer combattre sa maladie, sans avoir peur, sans être en colère, sans en ressentir l'injustice, ou même sans en être triste, serait une immense libération, il ne pouvait pas le nier.

« C'est vrai, Avoua-t-il, en baissant les yeux pour fixer ses mains jointes sur ses cuisses, Ce serait nettement plus facile... Mais les sentiments peuvent aussi nous rendre heureux... Qu'est-ce qu'une vie sans joie, sans espoir, sans amour ? Ressentir, ça a des bons, et des mauvais côtés... Ce n'est pas une raison pour vouloir s'en débarrasser. »

Mycroft l'observa pensivement, son visage toujours aussi impassible. John aurait donné toute sa fortune – bien qu'il n'ait pas grand chose – juste pour savoir ce qu'il pensait.

Pensant que le silence avait assez duré, le blond relança le premier sujet, avec un peu plus de dynamisme pour briser l'ambiance maussade : « Alors, pourquoi vous êtes aussi parano ? »

« Je ne vous permets pas de m'insulter. » La voix de Mycroft était ferme, mais pas assez pour traduire une quelconque indignation.

« Oh, je ne souhaite pas être rude avec vous, Reprit ironiquement John la réplique de Mycroft, durant leur première rencontre, Je ne vous insulte pas. Je constate. »

Le visage du grand frère Holmes se plissa d'agacement. Mais contre tout attente, il soupira et désigna la salle autour de lui d'un signe vague, mais gracieux, de la main.

« Même si votre intelligence est limitée, vous devez avoir remarqué qu'il n'y a aucun parent, au chevet de Sherlock en ce moment même, n'est ce pas ? » Susurra-t-il sans aucune délicatesse, son rictus insupportablement condescendant de nouveau vissé à ses lèvres.

John comprit.

Il demanda timidement, en soutenant tout de même le regard brûlant de Mycroft : « Comment sont-ils morts ? »

« Accident de voiture. Fin de la conversation. »

Cette fois-ci, John obéit, parce que la voix de son interlocuteur était devenue dangereuse, mais aussi parce qu'il avait assez d'éléments pour comprendre l'essentiel : Mycroft n'avait plus que Sherlock, alors il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de le perdre.

Logique.

Son portable vibra soudainement contre sa cuisse. Quand John déverrouilla l'écran, il vit que c'était sa sœur qui lui avait envoyé un message. Il fut soulagé que ce ne soit pas sa mère, puisque, dans ce cas là, ça aurait voulu dire qu'il avait été démasqué et qu'elle lui aurait demandé des explications.

Alors, comment se passe ton rendez-vous galant, frérot ?;) ( 15h33 )

John envisagea pendant quelques secondes de lui mentir, mais il rejeta cette option, sachant que Harry ne méritait pas ça.

Alors, il écrivit la vérité le plus brièvement possible, tout en sentant son cœur se serrer douloureusement à chaque mot :

J'ai connu mieux... Je suis aux urgences. Pas pour moi, t'inquiètes : Pour mon ami. Agressé. ( 15h34 )

La réponse fut immédiate :

Heureusement que ''Ne finis pas aux urgences'' était ma seule condition à respecter, frérot ! Il s'est passé quoi ? Comment va ton ami ? Comment tu vas rentrer ? L'hôpital est loin de la maison ! ( 15h34 )

Il va bien. Je prendrais un taxi. ( 15h35 )

Taxi ?! Avec quel argent ? Ne me dis pas que tu vas racketter une pauvre vieille, dans la rue ! ( 15h36 )

John fut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas sourire. Il appréciait l'initiative de sa sœur, qui tentait de lui remonter le moral, en plaisantant : Il admettait qu'il en avait besoin.

Tu penses vraiment que j'en suis capable ?:) ( 15h38 )

Bah... Non, t'es un gentil petit garçon, mais récemment, tu te mets à faire le mur et à sécher les cours, alors tout est possible... ( 15h39 )

J'ai de l'argent, Harry. Je rentre bientôt. Et pas un mot à maman ! ( 15h41 )

Je suis aussi silencieuse qu'une tombe. ( 15h42 )

Soudain, un faible gémissement se fit entendre, alors John rangea hâtivement son portable, pour réserver toute son attention à Sherlock.

Parce que celui-ci se réveillait.

~~

Quand les paupières closes de Sherlock papillonnèrent, avant de s'ouvrir avec hésitation, une bulle de joie explosa dans la poitrine de John, et il sourit à s'en faire mal aux joues, même si le blessé n'avait encore pas remarqué sa présence.

Pourtant, son enthousiasme ne fut pas partagé par Mycroft, qui releva son menton d'un air supérieur, et qui susurra cruellement, en se levant pour dominer son frère de la hauteur :

« ''Je gères, Mycroft'' Ce sont tes mots, Sherlock... Pas les miens. »

Bien sûr, Mycroft n'en ratait jamais une, pour humilier son petit frère...

Le regard de Sherlock se braqua sur son grand frère, et un rictus de dégoût recourba ses lèvres.

« Mycroft... Grinça-il d'une voix rendue rauque par la morphine, mais tout de même mordante, si bien que son amertume était parfaitement audible, Pas de fleurs, de peluches ou de chocolats ? Je suis vexé. »

John se retint de lever ses sourcils d'étonnement devant cette froideur. Certes, il ne s'était pas attendu à des ''Je t'aime'' à répétition, ou à des câlins – on parlait tout de même de la famille Holmes – mais un peu plus de chaleur n'a jamais tué personne...

En tout cas, il semblait être le seul surpris par cette hostilité, puisque Mycroft ne cilla même pas. Bien au contraire, une espèce de parodie d'un sourire effleura ses lèvres.

« Si je devais t'acheter tout ça à chaque fois que tu te retrouves dans un lit d'hôpital, je n'aurais plus assez d'argent pour payer le loyer. » Répliqua-t-il froidement, avec un soupçon de reproche, comme si Sherlock était responsable de son état.

En tout cas, toute trace d'inquiétude – que John avait pu discerner précédemment – avait disparu du regard de Mycroft : Ses yeux étaient devenus insondables, figés par l'indifférence.

Le blond se retint de grogner dans sa barbe, pour maudire les deux Holmes et leur rudesse de façade, et il se décida d'intervenir avec douceur : « Moi aussi, je suis content de te voir réveillé, Sherl'. »

Sherlock tressaillit faiblement – sans doute ne s'était-il pas attendu à ce que John soit, lui aussi, à son chevet – et il lui jeta un regard bref, mais bien plus chaleureux que ceux qu'il lançait à son frère.

John rapprocha sa chaise de la tête du lit, pour se tenir le plus près possible de Sherlock. Puis, il se pencha en avant.

Oubliant que Mycroft était dans cette pièce, le blond prit la main flasque et glacée du frisé, et la serra doucement dans les siennes, comme pour y infuser toute sa chaleur corporelle.

Sherlock était trop faible pour se dégager, mais il ne protesta pas, alors le blond prit son silence comme une acceptation.

« Comment tu te sens, Sherl' ? » Demanda-t-il avec toute la douceur dont il était capable.

« Question idiote, Princesse. » Marmonna-t-il difficilement, sa mâchoire se crispant.

John ne put décrire le soulagement qui s'abattit sur lui, devant cette réponse sèche si ''Sherlockienne'' : Il avait la confirmation, en direct, que son ami était intact. Du moins, psychologiquement parlant.

« Au moins tu es toi-même, me voilà rassuré ! »

L'attitude joyeuse de John n'adoucit pas le frisé qui resta de marbre, mais le coin droit de sa bouche s'étira.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » Demanda-t-il d'un ton sincèrement dubitatif, comme s'il ne comprenait pas la présence de John, à son chevet.

En effet, tous les signes qui animaient son visage fatigué concordaient : Froncement de sourcils, regard insistant, expression incrédule : Sherlock ne comprenait vraiment pas pourquoi John s'était donné la peine de venir.

Comme s'il ne méritait pas que qui que ce soit vienne lui tenir compagnie.

« A ton avis, le génie ? » Railla John, en secouant la tête. Il ne savait pas s'il devait rire de l'air perdu de Sherlock au sujet de sa présence dans cette chambre d'hôpital, ou au contraire, en pleurer.

« Ce n'était pas la peine de venir, Princesse. Je vais bien. » Sa voix sonnait comme un reproche, et elle ne contenait aucune fêlure.

John ne put s'empêcher de rire, bien qu'il n'était pas du tout amusé.

« Non, mais tu es incroyable ! S'indigna-t-il, en prenant la voix autoritaire d'un mère qui gronderait son enfant, Tu m'as foutu la trouille, je me suis inquiété ! »

« Il ne fallait pas. Ce sont juste quelques hématomes. Rien de mortel. » Répliqua-t-il d'un ton monotone, et son expression ennuyée faisait clairement comprendre que, selon lui, John était stupide de s'être inquiété pour lui.

John était à deux doigts de s'arracher les cheveux, mais il respira plusieurs fois par le nez pour ne pas perdre son sang-froid, et pour ne pas secouer cet idiot comme un prunier.

Parfois, parler à Sherlock était semblable à converser avec un mur de brique : Lui faire entendre raison était aussi compliqué que d'apprendre la poésie à des poissons rouges.

Il aurait limite préféré que Sherlock soit moqueur ou acerbe, au lieu d'être à ce point blasé. C'en était presque dérangeant.

« Mais oui, ''juste quelques hématomes''... » Maugréa John sèchement, en jetant un coup d'œil mauvais au poignet plâtré de Sherlock, Qui ? »

Sherlock soutint le regard implacable de John avec un stoïcisme que tous les hommes lui envieraient, quand il répondit d'une voix traînante : « Personne. »

Le blond ne fut pas surpris par cette réponse.

« Tu t'es fait ça, en glissant sur un pot de fleurs ? » Ironisa-t-il, presque méchamment.

« Tu serais surpris par ce qu'un homme maladroit peut faire... »

Le sarcasme de Sherlock rendit John encore plus sévère.

« Bien sur, prends moi pour un con, c'est toujours agréable... »

Sachant que cette discussion ne mènerait à rien, John soupira bruyamment par le nez d'agacement, mais il laissa tomber.

Sentant que c'était le bon moment, il glissa sa main dans la poche de sa doudoune, et il en sortit le crayon de Sherlock, ainsi que son dessin plié en quatre.

« Tiens, Dit-il gentiment, en posant les biens du frisé sur la petite table de nuit, Tu les as perdu, quand tu as... glissé sur un pot de fleurs. »

Sans raison apparente, le visage tranquille de Sherlock devint soudainement aussi blanc que les draps de son lit, et une étincelle de panique grésilla dans ses yeux cernés.

« Tu... Tu... Tu as regardé mon dessin ? » Bredouilla-t-il craintivement, en posant ses yeux translucides légèrement écarquillés sur le visage de John, comme pour déduire à l'avance la réponse sur les traits du blond.

John fronça les sourcils, et il ne remarqua pas que Mycroft fit de même.

« Non, pourquoi ? J'aurais dû ? » Demanda-t-il, la confusion se faisant clairement entendre dans sa voix.

Le visage de Sherlock se détendit de soulagement.

« M... Merci. » Il fit une courte pause pour se racler la gorge : « De les avoir ramassés. »

Cela se voyait qu'il était embarrassé de le remercier. Sans doute était-il dur pour un adolescent aussi fier que Sherlock de simplement dire ''Merci'', et de le penser en même temps...

John haussa les épaules, pour souligner le fait que ce n'était pas grand chose.

« De rien. » Sourit-t-il, avant de s'exclamer : «Oh ! Ce n'est pas tout ! » À ses mots, il glissa sa main à l'intérieur de sa doudoune, et il en sortit un tas de feuilles agrafées.

« Pour t'occuper. » Précisa-t-il, d'un ton espiègle qui ne plaisa pas à Sherlock.

Possédant une bonne vue, celui-ci eut juste à jeter un bref coup d'œil vers ces feuilles pour comprendre de quoi il s'agissait : C'était les écrits policiers de John.

« C'est une blague ? »

« Non, je suis sérieux. »

Et il était clair, de par son expression posée, qu'il l'était.

« Ceci ne va pas m'occuper, Grogna Sherlock d'un air buté, comme un enfant capricieux, Ceci va juste me donner une raison de plus pour me droguer à la morphine jusqu'à ce que j'en meurs. »

John rit doucement, habitué aux répliques acerbes de son ami. D'ailleurs, son rire ne fit qu'enfoncer un peu plus Sherlock dans sa bouderie enfantine.

« Toujours en train de dramatiser... Soupira le blond, en feignant l'exaspération, Une vraie Drama-Queen... Je me demande qui est la vraie Princesse, entre nous deux. »

Sherlock lui jeta un regard noir, tout en faisant la moue, mais John était immunisé contre les yeux du frisé qui lançaient des éclairs, alors il l'affronta, sans ciller. Il s'autorisa même à sourire, fier de sa réplique.

« Qu'ai-je fait pour mériter ça ? » Demanda Sherlock, en jouant un air désespéré à la perfection.

« Hé, ce n'est pas une punition ! » S'enquit John avec attendrissement, devant l'air exagérément boudeur de Sherlock.

« Ah bon ? » Demanda ironiquement celui-ci, un air dubitatif peint sur son visage morne.

« Non, parce que ce sont mes écrits ! » Rit John, en accentuant sur le pronom possessif.

Sherlock le jaugea d'un air faussement hostile, et il susurra, en étirant chaque mot : « Tu es un monstre. »

« J'étais pas censé être une Princesse ? »

Sherlock ignora la remarque, et il continua, du même ton convaincu :

« Un adolescent immoral. Un ami honteux »

« Au moins tu admets que je suis ton ami, c'est déjà un progrès... » Railla joyeusement John, en le défiant du regard de dire une insulte de plus.

Sherlock se mordit la lèvre inférieure, et John était persuadé que c'était juste pour empêcher ses lèvres de s'étirer en un sourire.

A contre cœur, John lâcha la main de Sherlock, et il déclara avec énergie :« Bon, qu'est-ce que tu veux manger, pour ce soir ? Tu commandes quoi ? Italien ? »

« Je n'aurais pas faim. » Renifla Sherlock.

John se demandait comment un adolescent pouvait être aussi borné.

« Ce sera Italien, alors... »

A ses mots, il se tourna vers Mycroft – qui observait la scène depuis le début, les sourcils levés – mais il reprit une expression neutre, quand l'adolescent lui fit soudainement face :

« Je sais très bien que personne n'a le droit de commander, vu que l'hôpital distribue sa propre bouffe, mais elle est immonde. Crois-moi... Et je suis sûr que Mycroft a assez de... d'influence pour contourner ces règles. »

Il lui jeta un regard interrogateur, pour avoir la confirmation.

« Ce sera fait. » Accepta le premier Holmes avec fermeté, en hochant la tête.

« Bien. »

Puis, John se leva de sa chaise, arrangea sa doudoune, et il posa sa main sur l'épaule de Sherlock, qu'il pressa avec affection.

« Je dois y aller. »

Malgré sa voix ferme, son expression transpirait la tristesse de devoir quitter Sherlock : Si cela n'avait tenu qu'à lui, il serait resté jusqu'au soir, et aurait même forcé le frisé à ingurgiter la nourriture italienne, si celui-ci aurait refusé de se nourrir.

Mais John avait fait un marché avec Mycroft : ''Seulement quelques minutes''. Il voulait prouver à ce dernier qu'il pouvait être digne de confiance.

D'ailleurs, même l'expression de Sherlock refléta pendant une demi-seconde de la déception, quand le blond annonça son départ, mais il remit rapidement son masque d'insensibilité en place.

Ce fut si soudain que seul Mycroft le remarqua.

John lui tapota maladroitement l'épaule qu'il tenait toujours, puis il murmura avec affection : « Repose toi, Sherl'. »

Sherlock renifla de dégoût.

« Je ne dormirais pas. »

Il avait cette expression butée que John qualifiait d'adorable. En effet, même en boudant et en ayant un caractère de chien, Sherlock Holmes était définitivement adorable.

«Génial, alors ! Ça te laissera plus de temps pour lire ! »

John éclata de rire devant l'horreur totale qui s'inscrivit sur le visage de Sherlock.

Tout en gloussant, le blond lança fortement un « Bonne lecture ! » en guise d'au revoir à Sherlock, offrit un bref hochement de tête courtois vers Mycroft, et il sortit.

Ce fut seulement quand la porte se ferma derrière John, que Sherlock prit avec lenteur le dessin plié en quatre qu'il serra affectueusement pendant un petit moment, avant de le glisser sous son oreiller. Puis, il prit le tas de feuilles agrafées.

Et il sourit.

Jamais encore Mycroft n'avait vu un sourire aussi sincère – et aussi amusé – animer les lèvres de son frère.