Lorsque la maladie entre dans un foyer, elle ne s'empare pas seulement d'un corps, mais tisse entre les cœurs une sombre toile où s'ensevelit l'espoir.
Chapitre 11
« Des nouvelles de Sherlock ? » Chuchota Molly à l'oreille de John.
Le blond détourna son regard du film que le professeur diffusait sur le mur de la salle de classe, pour le poser sur son amie qui se tenait à côté de lui, ses traits tordus par l'inquiétude.
« Non. Il n'a pas répondu à mes messages. »
La déception transpirait dans sa voix, et malgré le fait qu'ils étaient tous les deux dans le noir à cause des rideaux fermés, Molly devina sans trop de mal qu'il avait grimacé.
« Laisse lui le temps de s'en remettre... Il viendra sans doute demain. » Tempera-t-elle doucement, dans une tentative maladroite de lui remonter le moral.
Depuis la sombre agression qui s'était déroulée samedi, Sherlock n'avait plus donné signe de vie. Si John comprenait tout à fait que le génie avait besoin d'un moment de répit, il était toujours inquiet, encore plus depuis que Sherlock n'était pas venu en cours, le lundi qui avait suivi.
Et le fait que le frisé soit encore absent aujourd'hui – c'est à dire Mardi – n'arrangeait rien.
Et le fait que John ne sache toujours pas qui était l'enfoiré qui avait agressé son ami ne contribuait pas non plus à l'apaiser.
« Je suis sûr qu'il est au lycée, Marmonna-t-il rageusement, sa mâchoire si soudée que ce fut un miracle que ces quelques mots sortirent de sa bouche, Si ça se trouve, il est à deux pas de moi, et je ne le sais même pas. Ça me rend malade. »
Il n'avait même pas besoin de préciser qui était le ''Il'' en question. Après tout, pendant une journée entière, il avait harcelé Molly au sujet du mystérieux agresseur, et de son désir presque obsessionnel de le retrouver.
« Et si tu parvenais à le trouver, tu appellerais les flics, pas vrai ? » Demanda-t-elle en étirant chaque mot avec une lenteur monstrueuse, la suspicion faisant durcir sa voix.
« Bien sûr. »
John fit tout son possible pour que son ton soit solide, pour ne pas que le mensonge soit détectable.
« John... ! » Désapprouva-t-elle, en lui jetant un regard austère.
Raté...
« Tu es en train de rater le film, Molly... » Fit mine de rouspéter John, dans un but futile de détourner son attention.
Elle lui lança un regard tellement sévère que le blond leva ses deux mains devant lui.
« OK, j'avoue que ''appeler les flics'' n'est pas la première idée qui m'est venue à l'esprit... » Marmonna-t-il avec un semblant de honte, bien qu'une étincelle de défi grésillait dans ses yeux bleus.
Molly se tortilla vivement sur sa chaise, pour se retrouver en face de John, et elle le pointa du doigt d'un air menaçant.
« Oh non ! Tu ne vas certainement pas jouer les héros ! »
John appliqua un masque de nonchalance sur son visage, affrontant sans ciller les yeux durs de son amie.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » Demanda-t-il avec une innocence qu'il espérait convaincante.
« Arrêtes, je sais ce que ça veut dire ! Tu veux juste retrouver l'agresseur de Sherlock pour le tabasser à mort ! »
« Je pensais plus lui péter le nez. » Corrigea nonchalamment John, mais avec une honnêteté qui faisait froid dans le dos.
« John ! » S'indigna Molly, en s'efforçant de baisser son ton quand le professeur lui jeta un coup d'œil agacé.
John, qui commençait à sérieusement être irrité, se défendit avec véhémence :
« Quoi ?! Tu veux que je le laisse s'en tirer, comme si de rien n'était ?! Que je sois un putain de pacifiste ? »
Molly se mordilla la lèvre inférieure, signe qu'elle avait encore quelques objections en tête, mais elle les ravala toutes, sachant que John était trop buté pour qu'il change d'avis.
Soudain, une idée lui revint en mémoire, alors elle s'exclama avec énergie, en sautillant sur sa chaise :
« Au fait, c'est l'anniversaire de Sherlock, aujourd'hui ! »
John lui jeta un regard interrogateur, suivi d'un fin froncement de sourcil.
« Pourquoi tu me le dis ? »
Molly haussa les épaules.
« Juste pour te prévenir... Et aussi parce que j'ai l'intuition que cette information peut être... utile. Appelle ça l'intuition féminine. »
« Utile ? » Répéta inutilement John, la question absente dans sa voix.
Comme John ne voyait toujours pas où elle voulait en venir, et qu'il continuait de ciller comme un parfait imbécile, son amie soupira lourdement en tapant la table avec ses deux mains, maudissant clairement le manque d'intelligence du blond, aujourd'hui.
« Bah oui, idiot ! Que font les amis le jour d'un anniversaire ? Ils offrent des cadeaux ! »
John faillit s'étrangler avec sa bave.
« Tu veux que j'offre un cadeau à Sherlock ? » Résuma-t-il hâtivement, d'une toute petite voix.
Molly hocha fièrement la tête en guise d'affirmation, et elle dut se mordre la joue pour ne pas sourire trop fort devant l'air perdu qui s'était peint sur le visage de son ami.
« Mais... Lui offrir quoi ? »
Molly sentit son cœur fondre tant la confusion de John était adorable, mais elle dut hausser les épaules pour traduire son ignorance : « Je ne sais pas... »
Puis, ses yeux se mirent soudainement à pétiller de malice, quand elle ajouta d'un ton mutin : « Ce n'est pas moi qui le connaît le mieux, entre nous deux. »
John ne le sut pourquoi, mais, à en juger de par la chaleur cuisante de son visage, il se doutait bien qu'il devait rougir jusqu'à la racine de ses cheveux blonds.
« Je... Je ne le connais pas si bien que ça, Molly... » Bredouilla-t-il d'un air peu assuré.
« Bien sûr, je vais y croire... » Railla-t-elle en levant les yeux au ciel.
« Tu es celle qui connaît la date de son anniversaire, je te signale. » Souligna le blond avec toute la fermeté dont il était capable.
Molly secoua la tête à la négative, faisant balancer ses longs cheveux châtains dans son dos.
« Ouais, juste parce que je l'ai vue inscrite sur son bulletin. J'étais déléguée, en 3ème... »
John inclina sa tête sur le côté, pour montrer qu'elle venait de marquer un point. Puis, il se racla la gorge pour masquer sa gène, tout en bredouillant :
« Mais... Mais je ne sais pas s'il va l'accepter... »
« Sherlock peut sembler être un robot sans cœur, mais il est un humain, comme tout le monde. Alors, je pense que oui... »
John balaya cet argument d'un tic agacé du sourcil.
« Je ne parle pas de ça... Je sais très bien que Sherlock est humain, mais c'est juste que... comme le cadeau viendrait de moi... »
Sans raison apparente, Molly se mit à glousser fortement, si bien qu'elle dut plaquer sa main contre sa bouche pour en étouffer le son.
« Oh, je pense que ça ne lui posera aucun problème si le cadeau vient de toi... » Rit-elle, ses yeux pétillants d'espièglerie.
« Ça veut dire quoi, ça ? » Demanda John avec méfiance, en ne partageant pas son enthousiasme.
« Rien. »
Son sourire éclatant qui fendait son visage disait le contraire.
« Et ça veut dire quoi, ce sourire ? »
« Tu rates le film, John. »
John admit en son fort intérieur qu'il méritait cette remarque, mais il lui jeta un regard mi-irrité, mi-suppliant, alors Molly redevint sérieuse.
« Sherlock t'aime bien, alors tout ira bien si tu lui offres un cadeau... » Affirma-t-elle spontanément, avec un air tellement certain que John y crut presque.
« T'as des preuves ? » Demanda-t-il doucement, émettant oralement ses doutes.
« Et bien, disons que... Peut être, et j'insiste sur le peut être, que, peu de temps après votre rencontre, Sherlock m'a demandé des... renseignements sur toi. »
Le cœur de John bondit dans sa poitrine. Il s'en retrouva tellement chamboulé qu'il ne savait même pas ce qu'il ressentait, ou même ce qu'il devait ressentir.
Deux émotions se disputaient en lui, en un mélange conflictuel et brouillon : La surprise, et étrangement, la satisfaction. Oui, John était heureux par cette nouvelle.
Et il en ignorait la raison.
Bien sur, il savait déjà que Sherlock avait cherché des renseignements sur lui : Celui-ci l'avait avoué de lui-même. Pourtant, il y avait une marge immense entre faire quelques recherches sur Internet, et carrément aller demander à une autre personne des renseignements.
En tout cas, dans la tête de John, c'était en effet une énorme différence qu'il ne négligeait nullement.
Un « Quoi ? » étranglé fut le seul mot qu'il parvint à formuler.
Son trouble parut amuser Molly, puisqu'elle se mit à sourire doucement.
« Comment tu crois qu'il a eu ton numéro ? »
Le bâtard...
« Il m'a dit qu'il l'avait trouvé sur Internet. » Avoua-t-il sans hostilité envers Sherlock, bien qu'il se trouva soudainement bien stupide d'avoir cru que son ami avait acquis son numéro de téléphone, grâce à Google.
« Ouais, et bien il a menti... »
John revint au premier sujet de conversation : « Bon, et je lui offre quoi ? »
« Des roses ? Des chocolats ''Mon Chéri'' ? » Proposa Molly sur le ton de la plaisanterie.
John lui envoya un regard légèrement agacé, bien que ses lèvres avaient tressauté d'amusement.
« Ce n'est pas drôle ! » Rouspéta-t-il, mais lui-même admit qu'il n'était pas convainquant.
Puis, il baissa la voix, si bien que Molly dut lutter pour entendre ce qu'il dit : « Et tu penses que ça lui ferait... plaisir ? »
Elle émit un bruit agacé, en levant tellement les yeux au ciel qu'ils firent le tour de leur orbite.
« Non, je pense que ça va le détruire, et qu'il va en pleurer toute la nuit, c'est bien pour ça que je te le conseille. » Railla-t-elle, en frappant gentiment le front de John avec sa paume, pour lui montrer qu'il était absurde de se poser ce genre de question.
« Ouais, c'est une bonne idée, mais... »
Il n'eut pas le temps de finir son objection, parce que Molly l'interrompit sans aucune politesse, en mordillant d'un air absent le bout de son crayon à papier :
« Je suis sûre que tu vas trouver où il habite. »
Soudain, en observant son amie, John sut instinctivement ce qu'il allait lui offrir, et un large sourire se dessina sur les lèvres.
« Je sais ce que je vais lui offrir. »
~~
John n'eut même pas le temps de lever sa main pour toquer à la porte que celle-ci s'ouvrit soudainement, révélant Mycroft, en face de lui.
John ne fut même pas étonné que son interlocuteur sache – avant même qu'il ne manifeste sa présence – qu'il était là.
« My... »
« Sherlock est au second étage. » Révéla calmement, mais toujours aussi froidement, le frère Holmes, en se décalant avec grâce pour lui laisser le passage.
John aurait pu en être irrité, mais il avait à présent tellement l'habitude de la rudesse de Mycroft qu'il se mit à rire sincèrement.
« Bonjour Mycroft, quelle joie de vous revoir. Je vais très bien, merci de me le demander. »
Son interlocuteur leva les yeux au ciel.
« Monsieur Watson, si je me suis dispensé que ces formules de politesse inutiles et barbantes, c'est parce que j'ai supposé que vous vouliez voir Sherlock, et uniquement Sherlock, et non papoter avec moi. »
John inclina la tête sur le côté, puis il admit posément :
« Vous supposez bien. »
Mycroft leva brièvement un sourcil avec son air arrogant habituel, comme pour dire ''Bien évidemment que je suppose bien, je ne suis pas n'importe qui'', puis, il précisa froidement :
« Deuxième étage, troisième porte à droite. »
« D'accord... » Accepta timidement John, pas réellement sûr sur quel pied danser.
Mycroft ne perçut rien de son malaise intérieur, puisqu'il tourna négligemment les talons, prêt à rentrer dans la demeure, et prêt à mettre un terme à cette discussion, mais il fut arrêté par la voix étonnée de John : « Et c'est tout ? »
« C'est tout quoi ? » Demanda-t-il nonchalamment, en lui jetant un regard neutre.
John haussa les épaules.
« Je sais pas... Vous ne me fouillez pas ? »
Il crut que sa plaisanterie n'allait pas passer, et qu'il allait se faire virer à coups de pieds dans le derrière, mais contre toute attente, un minuscule sourire anima les lèvres fines de Mycroft.
« Ne me tentez pas, Monsieur Watson. »
A ses mots, Mycroft rentra, et abandonna John au seuil, sa manière peu polie de lui affirmer qu'il pouvait entrer.
~~
Le même manège recommença : Quand John se retrouva devant la porte de la chambre de Sherlock, il était sur le point de toquer poliment, mais la voix grave de son ami résonna à travers la porte fermée : « Entre, Princesse. »
John ne put réprimer un sourire attendri. Ceci prouvait que les frères Holmes étaient peut être froids entre eux, mais ils n'étaient pas si différents que ça.
Le blond s'exécuta avec lenteur, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Il savourait la sensation délicieuse de se rendre dans la chambre de Sherlock, son espace privé, tout en sachant que c'était proprement ridicule.
John n'avait même pas posé un pied dans la chambre que le frisé parla de nouveau :
« Je n'ai pas besoin de tes cours, Princesse. »
Sherlock se trouvait avachi sur son lit, ses deux mains jointes sous son menton. Ses yeux étaient à demi-clos, et son expression était pensive et apaisée. Il ne jetait même pas un regard vers John. C'était à peine s'il avait tourné la tête vers lui.
John fit son possible pour que son regard ne s'attarde pas trop sur le poignet toujours plâtré de son ami, quand il s'approcha de lui, un sourire niais plaqué sur ses lèvres.
Il était tellement obnubilé par son ami qu'il ne remarqua même pas le bazar monstrueux dans lequel était plongé la chambre. En effet, le sol était jonché de livres ouverts, d'habits sales, ou encore de quelques tubes de physique-chimie, dont la plupart étaient fendus, voire carrément cassés.
Son lit était défait, et les plis des couvertures montraient que le lit devait être rarement fait.
John ne fut pas froissé par le manque total de chaleur dans l'accueil de Sherlock.
« Bonjour Sherlock ! Le salua-t-il avec un air joyeux exagéré, Je vais très bien, merci de demander, et j'ai passé une journée merveilleuse ! Bordel, vous connaissez la politesse, avec ton frère ? »
John appréciait secrètement le caractère brusque des frères Holmes, qui détestaient tourner autour du pot, et donc, qui allaient toujours à l'essentiel, mais il y avait tout de même des limites.
L'étonnement fut la première émotion qui anima le visage neutre de Sherlock, et cette fois-ci, il tourna la tête vers lui, ses yeux clairs magnifiques brillant d'intérêt. John, en son fort intérieur, sauta de joie d'avoir enfin l'attention si précieuse de son ami.
« Mon frère t'a laissé entrer ? »
Sa question avait été demandée d'un ton réellement surpris, comme si John avait accompli un exploit surhumain ou carrément impossible à réaliser.
Ce qui devait être le cas.
« C'est tout ce que tu retiens de mes paroles ? » Rit-il, mais comme Sherlock le jaugeait d'un air blasé, attendant certainement une véritable réponse, John la lui donna, en roulant les yeux :
« Oui, il m'a laissé entrer... »
Puis, un léger sourire se forma sur ses lèvres, quand il plaisanta : « Tu pensais que j'avais défoncé la porte ? »
Le visage de Sherlock resta lisse, mais il répondit d'un ton défiant :
« Tu aurais pu crocheter la serrure. »
« Ça, c'est ta spécialité, le génie ! »
Voyant le sourire complice de John, Sherlock ne put s'empêcher de sourire légèrement, lui aussi.
Soudain, l'expression de John perdit de sa bonne humeur éclatante, car elle devint plus sérieuse, presque inquiète :
« Comment tu vas ? » Demanda-t-il avec douceur.
« T'es uniquement venu pour me demander comment j'allais ? » Devant l'air sévère qui se peint sur le visage de John, Sherlock capitula, en laissant échapper un soupir à fendre l'âme : « Je pète la forme, Princesse. »
A ses mots, Sherlock referma ses yeux, prêt à replonger dans son état d'absence.
« Alors, pourquoi tu n'es pas allé en cours ? » Demanda John, sans se rendre compte que son ton exigeant ressemblait à celui d'une mère qui grondait son enfant.
Sherlock entrouvrit son œil droit pour jauger John avec ennui.
« Parce que je suis un délinquant, tu l'as dit toi-même. »
John leva les yeux au ciel devant sa réponse blasée, mais il accepta d'abandonner ce sujet, pour l'instant.
« Non, je ne suis pas venu uniquement pour ça... » Il ouvrit son cartable, et en sortit le cadeau emballé à la va-vite dans du papier journal : « Tiens. »
Sherlock regarda le cadeau que John lui tendit comme si ça avait été un pigeon à moitié mort amputé d'une aile.
« Bon anniversaire, Sherl'. » Ajouta maladroitement John, en maudissait ses joues pour chauffer autant. Heureusement que ses mains moites ne tremblaient pas.
Oui, c'était idiot d'être à ce point nerveux, mais c'était plus fort que lui. Après les cours, il s'était rué dans un magasin, et il avait vite acheté le présent, pour ensuite se rendre à l'adresse de Sherlock qu'il avait reçue, avec l'aide de Molly.
Sherlock fixa encore pendant un long moment le présent tendu, comme si c'était une bombe prête à exploser. Son expression reflétait une incompréhension totale, et la stupéfaction faisait arrondir ses yeux clairs.
Finalement, avec lenteur, il se leva, s'avança vers John, le prit, et l'ouvrit.
C'était un fin et long crayon à papier noir, mais ce n'était pas n'importe lequel. Contrairement à celui que Sherlock possédait déjà, celui-ci n'était pas un crayon à papier dégradé, simplement utilisé dans le cadre du lycée : C'était un crayon H, spécial pour le dessin, de la marque Faber-Castell.
« Comment... »
Sa voix était étranglée par l'émotion, si bien qu'il ne put même pas terminer sa question.
« Désolé pour le papier cadeau moche, c'était... »
Il n'eut pas le temps de finir ses excuses, parce que Sherlock l'interrompit, juste en secouant la tête.
« C'est euh... Je ne sais pas quoi... dire. » Bredouilla-t-il, tout en agitant ses bras dans le vide, comme si se secouer physiquement allait lui donner la lumière suffisante pour trouver ses mots.
Dans tous les cas, John déclara mentalement que c'était le plus beau, et le plus adorable spectacle qu'il n'ait jamais vu.
« Tu peux dire : ''Merci pour ce cadeau génial, c'est très gentil de ta part, et ça me touche énormément.'' »
« Ouais... Euh... Ça, c'est euh... Bien... Fais comme si je t'avais dit ça. » Bégaya-t-il, en se raclant la gorge à plusieurs reprises.
Les lèvres de John s'étirèrent en un sourire attendri, quand les deux adolescents se fixèrent dans un silence gênant, sans savoir que dire, pourtant ni l'un ni l'autre ne s'en plaignait.
Leurs yeux étaient soudés, et ils semblaient ne plus vouloir briser le lien qui les unissait.
Malheureusement, la sonnerie du portable de John sonna, brisant le moment privilégié entre les deux adolescents.
Dans un soupir irrité, le blond vit que c'était sa sœur qui l'appelait, pour lui demander sûrement où il se trouvait, et à quelle heure il rentrait.
« Je... Je dois y aller. » Souffla John avec regret.
Sherlock hocha simplement la tête, ses lèvres pressées en une ligne fine.
« On se verra demain, Princesse. » Dit calmement le frisé de sa voix grave habituelle, confirmant par la même occasion, qu'il sera bel et bien présent en cours, demain.
Le sourire éclatant qui illumina le visage de John fut la plus belle chose que le génie eut la chance de voir.
~~
À présent seul dans sa chambre, Sherlock dut se forcer à détourner les yeux du cadeau de John qu'il tenait serré entre ses doigts.
Il aimait ce présent.
Non, pour être plus exact, il l'adorait. Et pas seulement parce que le crayon était magnifique et que ses doigts brûlaient de s'en servir, mais aussi et surtout, parce qu'il venait de John.
De John, qui lui avait offert un cadeau, pour son anniversaire.
Au plus il se répétait mentalement cette phrase, au moins il y croyait.
Sherlock se doutait bien que ce geste devait être d'une banalité monstrueuse pour les personnes ordinaires, surtout le jour d'un anniversaire. Il savait que c'était tellement normal que ça devait être entré dans les mœurs, alors personne ne s'attardait vraiment dessus.
Mais pas lui.
Parce que c'était la première fois qu'il en recevait un.
Que quelqu'un lui donnait un présent juste par gentillesse et pour lui faire plaisir, et non par profit ou pour exiger quelque chose derrière.
Et c'était énorme pour lui.
Son cœur s'en retrouva gonflé de joie.
Son portable vibra soudainement, et il faillit en sursauter. Il se rua dessus, priant le ciel pour que ce soit un message de John.
Mais son espoir fut cruellement réduit en lambeaux quand il constata que c'était uniquement un SMS de son frère.
Demain, nous sommes le 4 Décembre, petit frère. ( 17h45 )
La déception en fut encore plus immense.
Déjà qu'il aurait voulu que le destinataire de ce texto soit différent, mais en plus, c'était juste pour lui dire ça !
C'est palpitant, Mycroft, merci pour cette information. SH ( 17h47 )
Si lent, même le soir... Cette date ne représente rien pour toi, mais pour ton ami, elle est importante. ( 17h47 )
L'excitation remua le ventre de Sherlock, et son cœur s'accéléra tellement qu'il crut qu'il allait sortir de sa poitrine : Cette conversation n'était pas si inintéressante, après tout...
Qu'est ce que tu veux dire ? SH ( 17h47 )
Sherlock se gifla mentalement pour sa précipitation qui en révélait beaucoup trop, selon lui. Il aurait dû attendre quelques minutes de plus, avant d'envoyer ce message, pour ne pas attirer l'attention de son frère.
Il se maudit encore plus mentalement, quand il attendit avec une impatience grandissante la réponse.
Mais aussi, cette réponse mettait trop de temps à arriver. Il soupçonnait même Mycroft de faire exprès de prendre tout son temps, rien que pour l'énerver.
Et ça marchait.
Tout de suite plus palpitant quand il s'agit de Monsieur Watson, hein, petit frère ? ( 17h49 )
Sherlock serra tellement les dents qu'elles grincèrent douloureusement.
Réponds. SH ( 17h49 )
Cette fois-ci, la réponse fut immédiate.
C'est le jour où sa maladie fut diagnostiquée. ( 17h49 )
Sherlock ne chercha même pas à savoir comment Mycroft avait bien pu obtenir cette information, mais il ne douta pas un seul instant de sa véracité.
Et alors ? SH ( 17h51 )
Et alors, il aura sans doute besoin que quelqu'un lui change les idées... ( 17h51 )
Depuis quand tu me donnes des conseils en amitié ? SH ( 17h52 )
Sherlock était abasourdi. Ceci était aussi improbable qu'un Mycroft déguisé en Père-Noël, pendant le mois d'Avril.
Depuis ce soir. ( 17h52 )
Mais je suis censé faire quoi, au juste ? SH ( 17h53 )
Je suis certain que tu vas trouver quelque chose. Utilises ton intellect à ça, au lieu de le dédier à une expérience inutile qui a de très fortes chances de faire exploser la maison. ( 17h54 )
Pourquoi tu l'as laissé entrer ? SH ( 17h54 )
Sherlock avait été sincèrement surpris quand John lui avait révélé qu'il avait eu la permission de Mycroft pour le voir.
Après tout, celui-ci avait toujours été méfiant et ouvertement hostile envers le blond, alors le sociopathe ne comprenait pas vraiment ce changement brusque d'attitude.
Cela ne t'a pas fait plaisir ? ( 17h56 )
Répondre à une question par une autre question n'est pas une réponse. SH ( 17h58 )
Mycroft ne répondit pas, traduisant dans un même temps, assez puérilement, qu'il boudait.
Pourtant, Sherlock n'avait que quelques mots en tête, qui revenaient en boucle :
Divertir John, demain.
Lui faire passer une bonne journée.
C'était horriblement sentimental comme projet, et ça sonnait incroyablement idiot dans sa tête, mais Sherlock décréta qu'il lui devait bien ça.
Après tout, le blond le méritait amplement.
Et pas seulement parce qu'il était un bon, voire un excellent ami qui avait été là pour Sherlock, qui lui avait offert un cadeau, et qui avait toujours été gentil avec lui.
Mais aussi, et surtout, parce c'était tout simplement John Watson, un adolescent génial, qui méritait le bonheur absolu.
Alors, Sherlock réfléchit pendant toute la soirée, et pendant une bonne partie de la nuit, au moyen le plus efficace de faire oublier à John le souvenir peu agréable de son diagnostic.
Et, juste avant que son réveil qui affichait 6h50 ne sonne, il trouva.
