Dans le cas d'une maladie insoutenable et incurable, la mort devient une délivrance, rester en vie est un calvaire. Mazouz Hacène.
Chapitre 13
John avait tout envisagé.
Il avait pensé que Sherlock l'amènerait dans un bar – d'ailleurs, il aurait tué pour voir un Sherlock bourré – ou alors au cinéma, même si ça aurait été trop classique pour un adolescent aussi spécial que Sherlock Holmes.
Mais pas une seule seconde, son cerveau curieux n'avait envisagé la possibilité de se rendre à la petite salle d'escalade, qui se trouvait dans le sous-sol crasseux du lycée.
Pourtant, Sherlock l'amena bel et bien en ce lieu, juste après les cours, en faisant attention à ne croiser aucun surveillant.
John émit un faible mouvement de recul, quand il vit l'imposant mur d'escalade qui le surplombait et qui semblait le narguer, à cette hauteur écrasante.
Ce fut bref, donc pratiquement invisible, mais les yeux translucides du frisé, qui se tenait à côté de lui, le perçut, bien évidemment.
« Depuis quand le grand grimpeur John Watson a-t-il peur d'un mur d'escalade ? » Charia-il posément, mais sans moquerie réelle.
Malgré lui, John grinça des dents : Il pouvait être charrié sur beaucoup de choses, étant donné qu'il possédait un caractère suffisamment calme pour ne pas réagir au quart de tour, mais sur ce sujet là, la moindre remarque pouvait le faire exploser.
« Arrête, ce n'est pas drôle. » Siffla-t-il dangereusement, avec tout le venin dont il était capable.
« Je ne rigole pas. » Se défendit calmement Sherlock, avec un air blasé qui faisait comprendre qu'effectivement, il ne plaisantait pas le moins du monde. Il avait même nonchalamment haussé les épaules.
Ses yeux gris-verts jonglèrent plusieurs fois entre John et le mur, et ce fut l'illumination dans la tête de celui-ci : Sherlock voulait lui faire monter ce mur.
Ce défi lui fit l'effet d'une gifle, et, sans pouvoir contrôler les battement effrénés de son cœur, il commença à paniquer, et à perdre ses mots.
« Je... Je ne peux pas le faire, Sherl'. » Bredouilla-t-il faiblement, en secouant la tête à la négative pour appuyer ses propos.
Le visage de Sherlock resta aussi lisse qu'un masque, quand il demanda posément :« Selon qui ? »
« Selon tous mes médecins du Centre de Ressources et de Compétences de la Mucoviscidose, rien que ça. » Railla fâcheusement John, avec un petit rire sans joie.
Sans en être impressionné, le frisé leva un sourcil : « C'est tout ce qui t'arrête ? »
Par le ton dubitatif de sa voix, il se doutait bien que ce n'était pas la seule raison. C'était d'ailleurs assez perturbant de le voir si certain au sujet du ressenti personnel de John, comme s'il le connaissait par cœur.
Ses capacités d'analyse impressionnaient toujours John, même quand c'était ses secrets qui étaient mis à nu. Pourtant, cette fois-ci, il en fut profondément irrité, et il glapit, manquant de perdre ses moyens : « Je ne vais pas le faire, parce que j'en suis pas capable ! »
« C'est tout ? »
Subtilement, Sherlock le poussait à s'ouvrir, à lui faire avouer ce qu'il gardait précautionneusement secret.
Mais si le surdoué le faisait, ce n'était pas pour torturer le blond en l'obligeant à admettre une vérité douloureuse. C'était parce qu'il savait que la parole était l'unique thérapie qui pouvait apaiser les démons intérieurs de John.
Comme son intelligence acérée l'avait prédit, John, poussé à bout, finit par avouer brusquement, en serrant les poings :
« Parce que je n'ai pas envie de le faire ! Parce que si j'essaye, je sais que je vais lamentablement échouer. Et tu crois que ça va me faire plaisir ? De savoir – et maintenant, d'avoir la preuve – que je ne suis qu'un pauvre incompétent ? Que je suis seulement l'ombre de ce que j'ai été, dans le passé ?! »
Enfin... Songea Sherlock avec satisfaction, malgré la sombre révélation. Il se retint même de sourire, fier de sa ruse.
« Tu n'es pas un ''pauvre incompétent'', Princesse. » Affirma-t-il calmement, mais fermement.
Dans un coin fermé de son esprit, Sherlock se demanda à quel moment il était devenu un adolescent gentil qui essayait de remonter le moral de quelqu'un, sans même en être gêné...
Il devenait bien trop sentimental, à son goût.
« Ah bon ? » Demanda le blond sarcastiquement, un sourire acide étirant ses lèvres.
Sherlock haussa les épaules, en inspectant nonchalamment ses ongles : « Si c'était le cas, je ne traînerais pas avec toi. »
Étrangement, même si cela avait été révélé froidement, Sherlock avait tout de même délivrée un compliment. Alors certes, c'était avec la manière ''Sherlockienne'' – c'est à dire brutale et dure – mais John le prit comme tel, et il mentirait s'il disait qu'il n'était pas touché.
Même s'il était en désaccord : « Si tu traînes avec moi, c'est parce que tu es désespéré. »
Sherlock le jaugea gravement pendant de longues secondes, avant de s'exclamer, presque durement :« Oh, John... »
Le simple fait qu'il utilise son prénom l'alarma, mais il garda la bouche fermée, laissant le frisé continuer : « Tu ne veux pas que l'on te voit comme un objet cassé, mais tu te vois toi-même comme ça. Tu as toujours voulu prouver au monde entier que tu étais comme les autres : Un adolescent normal, ni faible, ni handicapé. Mais comment tu veux les convaincre, si tu ne le crois pas toi-même ? »
John fut proprement incapable de répondre, parce que sa respiration s'était bloquée dans sa gorge. Toutes les remarques amères qui lui étaient venues en tête furent balayées par ces quelques mots tranchants qui atteignirent parfaitement leur cible.
Parce que c'était la vérité.
« Mais je suis cassé, Sherl', Rétorqua-t-il dans un murmure tremblotant, À quoi ça sert de prétendre le contraire ? De prétendre que je peux escalader ce mur là en entier, sans problème ? Ce n'est pas le cas ! Comme tu me le rappelles si gentiment, mes poumons sont dégradés. Je ne pourrais même pas monter trois prises sans faire une crise ! »
Sherlock ne cilla même pas, si bien que John se demanda brièvement s'il l'avait entendu. Mais le frisé finit par secouer la tête, sa bouche se tordant en une grimace de désolation : « Tu ne comprends pas, John... Pourquoi je ne suis pas étonné ? »
John lui lança un regard perdu qui fit presque grogner d'agacement son ami.
« La raison de tout ceci, Expliqua-t-il presque brutalement, en faisant un mouvement circulaire avec sa main osseuse pour désigner la salle d'escalade glaciale dans laquelle ils se trouvaient, Ce n'est pas pour te prouver que ta maladie n'a pas diminué ton niveau sportif. Parce que c'est le cas. »
« Ouah, quel tact. » Marmonna John dans sa barbe dans un grondement irrité, mais Sherlock balaya son commentaire sarcastique d'un geste agacé de la main, et il poursuivit :
« Tu détestes être ménagé, alors je te dis les choses telles qu'elles sont, John. Et je ne t'apprends rien, tu n'es pas assez naïf pour croire le contraire : Tu es, à présent, incapable de monter ce mur en entier, c'est un fait. »
John savait déjà ce constat. Mais l'entendre de la bouche d'un autre lui serra le cœur, et le fit désagréablement frissonner jusqu'aux os, même si la voix de Sherlock n'avait pas du tout été cruelle : À vrai dire, elle avait été presque... douce.
« Mais alors, pourquoi tu me demandes de l'escalader ? » Demanda doucement le blond, sans comprendre.
« Qui a dit que je voulais que tu l'escalades ? »
John en fut bouche-bée. Effectivement, en se remémorant leur conversation avec précision, à aucun moment le sociopathe n'avait fait mention d'escalader le mur. Il s'était juste légèrement emballé.
Quel con !
Ses joues brûlèrent d'embarras, et il balbutia des excuses confuses et maladroites que même lui n'entendit pas.
Sherlock lui offrit l'un de ses rares sourires sincères qui creusaient des fossettes sur ses joues creuses, et il précisa calmement : « L'important d'aujourd'hui, ce n'est pas de montrer une performance, Princesse. »
Pendant que John gardait le silence, ses yeux arrondis par l'incompréhension étaient désespérément accrochés au visage posé de Sherlock comme un naufragé en pleine mer s'accrocherait à une bouée de sauvetage.
Le frisé soupira lourdement, et poursuivit :
« Ce que je veux te montrer, aujourd'hui, c'est que, même avec ta maladie, tu peux toujours revivre les sensations que tu aimes tant, dans ce sport. »
« Les sensations ? »
Sans répondre à la question, Sherlock s'approcha lentement de lui de sa démarche gracieuse, jusqu'à ce que leurs torses se frôlent, et il planta avec une intensité presque agressive ses yeux translucides dans ceux de John.
Celui-ci se retint de se recroqueviller dans un coin du gymnase, pour échapper à ce regard si intense qui était aussi dérangeant qu'irrésistible.
« Plus de trois ans sans escalader... Murmura Sherlock d'un air pensif, en observant avec attention le visage blême de John, Ça doit te manquer, n'est-ce pas ? »
« Oui. » La réponse du blond avait été un faible geignement. D'ailleurs, il luttait pour maintenir le contact visuel.
« Alors retrouves-le. Revis-le. »
« Tu penses vraiment que c'est possible ? »
« Oui, sinon je ne perdrais pas mon temps avec ça. »
John leva un sourcil moqueur, avant d'enchaîner avec rancœur : « Et bien, tu n'es pas aussi intelligent que ça, finalement. »
La fierté de Sherlock fut piquée, mais il ne flancha pas. Dans d'autres circonstances, il aurait sûrement été indigné, et il aurait cruellement achevé son interlocuteur avec sa langue bien pendue, mais bien évidemment, avec John, c'était différent.
Alors, il le contredit calmement : « C'est faux, et tu le sais. Comme tu me le rappelles si gentiment, je suis un génie. »
John ne put contrôler le faible rire qui sortit de sa bouche : « Tu es surtout un connard. »
La remarque fit incliner la tête de Sherlock sur le côté, pour lui montrer, par ce geste, qu'il avait marqué un point.
« Vrai. Un connard avec un cerveau de génie »
« Super... je suppose que toute cette modestie a un but précis, ou c'est juste pour craner ? » Bougonna ironiquement John, en levant les yeux au ciel.
Les épaules de Sherlock s'affaissèrent sous un soupir las.
« Ce qui veut dire que je suis brillant. Alors, si tu ne te fais pas confiance, fais-moi confiance. »
« Faire confiance à ton jugement de surdoué ? »
« Oui. » Acquiesça posément Sherlock en hochant la tête, faisant doucement tanguer ses boucles noires qui tombaient négligemment sur son front, et sur le bas de sa nuque.
« Et comment je fais pour ''Revivre les sensations de l'escalade'', sans escalader, Einstein ? » Demanda John, sans doute avec un peu trop de moquerie.
Un sourire énigmatique effleura les lèvres de Sherlock, ce qui voulait dire que la réponse allait être farfelue.
Soudain, Sherlock leva ses mains et les dirigea avec lenteur vers les épaules de John – pour lui laisser pleinement le temps de les virer en vol – mais comme le blond ne faisait pas un seul geste, il continua, jusqu'à ce que ses mains agrippent ses épaules.
Puis, il força John à se placer face au mur d'escalade, près des prises à sa hauteur. Le blond était tellement déstabilisé par les mains gelées de Sherlock sur ses épaules, qu'il se laissa totalement faire, sans oser dire un mot.
Après tout, ce n'était pas tous les jours que Sherlock s'abonnait aux contacts physiques. Et ce n'était pas pour lui déplaire.
Loin de là.
Après avoir placé John là où il le souhaitait, le frisé se positionna dans son dos, et il toucha la tempe droite de John avec son index, pour désigner son imagination : « Revis-les là-dedans. »
Sans raison, le corps entier de John fut délicieusement secoué par un frisson de plaisir. Il ne savait pas si c'était à cause du doigt de Sherlock posé sur sa tempe avec la douceur d'une plume, ou la voix chaude de celui-ci qui lui chatouillait l'oreille gauche.
Heureusement, le sociopathe prit cette réaction pour de l'hésitation, alors il plaida doucement : « Laisse moi t'aider, Princesse. »
« OK. Je dois faire quoi ? » Demanda John désabusement, en soupirant bruyamment par le nez, preuve qu'il n'y croyait pas une seule seconde, mais qu'il acceptait tout de même, juste pour faire plaisir.
« Ferme les yeux. »
« Tu te la joues Maître Yoda, c'est ça ? » Plaisanta doucement John, mais son humour était légèrement forcé.
Il parlait beaucoup quand il était nerveux.
« Ferme les yeux. » Répéta Sherlock sans être perturbé par son commentaire, mais il le dit bien plus fermement.
« Mais... »
La voix exaspérée du frisé interrompit son début d'objection : « Tais-toi, Princesse. Arrête de réfléchir. Ça ne doit pas être trop dur pour toi, non ? »
John avait bien conscience que cette taquinerie était uniquement dite pour le divertir et pour le détendre, mais ça marchait : Il se surprit à sourire, et il garda sagement la bouche fermée.
« Première condition : Fais tout ce que je te dirais de faire. » Commanda Sherlock, sa bouche à quelques centimètres de l'oreille de John.
« Ça, c'est flippant, Sherl'. » Rit le blond.
Et assez sexy. Murmura une voix malsaine dans sa tête, mais il la chassa aussi vite qu'elle était venue.
Comme tout réponse, le frisé claqua sèchement sa langue contre son palet, lui demandant par la même occasion, de répondre de manière réfléchie, et non de répondre par de petits commentaires inutiles.
« OK, OK, je me tais... » Tempera John en abaissant ses mains. Il avait failli rouler les yeux, mais il s'était retenu, sachant que Sherlock aurait pu le voir, même en étant dans son dos.
« Bien. Deuxième condition : Quoi qu'il arrive, je veux que tu gardes toujours les yeux fermés. » Commanda doucement Sherlock, mais avec une autorité de fer qui ne laissait nullement place à la discussion.
John hocha docilement la tête, gardant ses paupières closes.
« Maintenant, dis-moi. Avant de monter un mur, que fais-tu ? »
« C'est trop débile... » Râla discrètement John, qui aurait levé les yeux au ciel si ces derniers n'étaient pas fermés.
Mais il couina un faible « Aie ! » indigné, quand la main de Sherlock asséna une légère tapette derrière sa tête.
« Concentres-toi, Princesse, Ordonna-t-il avec exaspération, Que fais-tu ? »
« Je... Je ne sais plus. » Bredouilla-t-il stupidement, en secouant la tête, complètement déboussolé.
« OK, troisième condition : Plus de commentaires inutiles. Maintenant, réponds. »
« Je... » John se racla la gorge pour donner le temps à sa voix nouée de redevenir solide : « Je m'équipe de mon harnais, de mes chaussures d'escalade... »
Sa liste d'équipement fut brutalement interrompue par la voix sèche de Sherlock : « Pas besoin. Après ? »
« Je visualise le mur. »
« Euh... Pourquoi ? »
« Ce qui fait un grimpeur compétent, ce n'est pas seulement sa capacité à monter, mais aussi sa capacité à enregistrer chaque emplacement de chaque prise, pour choisir sa stratégie de grimpe. » Expliqua John avec lenteur, d'un ton monotone.
« OK, super, Marmonna froidement Sherlock d'un ton ennuyé qui suggérait qu'il s'en moquait royalement, Après ? »
« Je me mets de la craie sur les mains. »
Soudain, il sentit les longues mains osseuses de Sherlock se placer sur les siennes, et elles glissèrent dessus, pour y appliquer une substance familière.
C'était de la craie.
Par étonnement, John fut sur le point d'ouvrir ses yeux, mais la voix ferme de Sherlock retentit près de son oreille, comme un avertissement : « Deuxième condition, Princesse. »
Le blond grogna pour manifester son agacement, mais il garda ses paupières closes.
Il ne put s'empêcher de toucher le bout de ses doigts parsemés de craie, pour la ressentir encore plus.
Même la craie lui avait manqué.
Sans prévenir, l'une des mains de Sherlock s'enroula autour du poignet droit de John, et il força son bras à se lever, et ensuite, il le dirigea vers l'avant.
Soudain, John sentit le bout de ses doigts frôler une prise en résine d'escalade. Ce simple contact fut une véritable décharge électrique. Il dut se faire violence pour ne pas crisper sa main dessus, et ne plus jamais la retirer.
Il ne se rendait même pas compte que sa respiration s'accélérait, à mesure où l'excitation s'enflammait dans son ventre, ni même du sourire éclatant qui étirait lentement ses lèvres.
Pendant qu'il laissait Sherlock guider ses doigts sur la prise, des centaines de souvenirs de lui avant ses 13 ans sur un mur qu'il escaladait paisiblement, assaillirent son esprit.
Des souvenirs qu'il revécut comme s'ils étaient le présent.
Des souvenirs qu'il avait oublié.
Sherlock positionna la main molle de John sur la prise, et il fit le même schéma avec la deuxième, toujours avec une lenteur insupportablement longue, et hypnotiseuse.
Quand les deux mains de John furent sur des prises, Sherlock ordonna doucement, toujours au creux de son oreille :
« Maintenant, monte. »
Le cerveau engourdi de John n'envisagea même pas une seule seconde de désobéir.
N'ayant absolument rien perdu de son agilité, John se déploya avec la souplesse d'une panthère, malgré son sac à dos assez lourd qui contenait sa bouteille à oxygène, et il se jeta sur le mur, ses mains toujours accrochées aux prises du haut, et ses pieds nus se crispant sur celles du bas.
Sherlock restait près de lui, ses bras légèrement tendus vers le blond, en cas de chute. Il ne put contrôler ses yeux, qui s'écarquillèrent d'étonnement.
Quand il avait vu les résultats de John sur Internet, il avait tout de suite su qu'il était doué dans ce sport.
Mais il n'avait jamais cru qu'il serait doué à ce point.
C'était impressionnant de voir le corps frêle de John si flexible, qui pouvait se tendre, les muscles solides, ou carrément se détendre souplement avec une agilité remarquable, comme un élastique.
Et encore, Sherlock ne l'avait même pas vu monter.
Car bien évidemment, John ne pouvait pas grimper : Déjà, il n'était pas équipé, et ils savaient tous les deux que ses poumons fragiles ne pourraient supporter un tel effort physique.
Alors, il ne bougeait pas, et restait prudemment près du sol, sans tenter de grimper davantage, mais pour John, c'était amplement suffisant.
Parce qu'il souriait tellement, de toutes ses dents, qu'il en avait mal aux joues.
Privé de la vue, il concentrait par conséquent toute son attention sur ses autres sens, et plus particulièrement sur le touché.
Il parvenait à ressentir la matière dure des prises sous ses pieds, à ressentir ses doigts qui se crispaient sur les prises du haut, à ressentir le mur froid et râpeux contre son torse, à sentir la hauteur, même s'il savait qu'à cet instant, il n'était même pas à un mètre du sol.
Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait plus ressenti tout ça, que ne pas être capable de monter plus haut lui était complètement égal.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin.
Après seulement quelques minutes, ses muscles commencèrent à protester, et sa posture gainée faiblit considérablement.
Alors, sans réfléchir, il lâcha.
John crut qu'il allait s'écraser au sol – ce qui n'était pas dramatique, vu qu'il n'était absolument pas haut – mais il ne le fit jamais, car les bras solides de Sherlock le réceptionna avant, avec facilité.
Alors, il lui tomba dans les bras.
Sa respiration s'était accélérée et était devenue légèrement sifflante, et il était complètement épuisé par cet effort : Ses membres devenus mous semblaient être faits de cotons, et ils ne lui obéissaient plus.
Alors, Sherlock le maintint fermement plaqué contre son torse, l'un de ses bras enroulé autour de son dos, son autre bras glissé sous ses genoux.
Tout le corps de John tremblait dans les bras du frisé, mais il ne savait pas si c'était à cause de la fatigue, ou à cause de l'excitation qui pulsait dans ses veines.
Il aurait dû être déçu d'être aussi fatigué, d'être aussi faible, mais la vérité était qu'il s'en foutait, à cet instant.
Parce que ce qu'il venait de vivre avait été tellement magique que ça balayait tous les petits inconvénients.
A cet instant, il était heureux.
« Conclusion, Princesse ? » Demanda calmement Sherlock, un petit sourire se formant au coin de ses lèvres, en voyant John si euphorique, dans ses bras.
Pour toute réponse, le blond éclata joyeusement de rire.
