C'est la maladie qui rend la santé agréable. Héraclite

Chapitre 14

John n'arrivait pas à détourner son regard de Sherlock qui dessinait tranquillement, à ses côtés. Celui-ci ne lui accordait même pas un coup d'œil, concentré sur son dessin en cours, mais cela ne dérangeait pas le blond.

À vrai dire, un petit sourire flottait sur ses lèvres. C'était proprement fascinant, presque hypnotisant, d'observer le surdoué à cette tache.

En effet, quand Sherlock dessinait, un léger pli barrait son front, ses sourcils broussailleux étaient légèrement froncés, et il ne clignait presque jamais des yeux.

John pourrait le contempler ainsi, pendant des heures.

Il aimait le silence confortable qui les entourait chaleureusement, qui était seulement perturbé par les traits de crayon secs ou lents de Sherlock, ou par le léger vent qui faisait tanguer ses boucles noires.

Après leur passage à la salle d'escalade – et après que John se soit remis de ses émotions – le duo s'était dirigé vers l'immeuble Reichenbach, pour y passer le reste de l'après-midi.

Avant d'arriver à destination, John s'était brièvement arrêté pendant le trajet pour acheter des churros, sans que Sherlock ne pose la moindre question, perdu dans ses songes.

Pendant qu'il se remémorait le trajet, John sortit le sac rempli de churros chaud qu'il avait acheté, avec plusieurs échantillons de chocolat livrés avec, et il les posa entre lui et Sherlock.

Le bruit froissé du sac tira Sherlock de sa concentration, et il jeta un coup d'œil interrogateur au paquet à côté de lui.

« C'est quoi ces gros spaghettis ? »

John cilla de surprise, avant d'exploser de rire. En voyant le regard noir et indigné que lui jeta Sherlock, son hilarité en fut décuplée, si bien que, quand son fou rire fut passé, il dut chasser quelques larmes qui perlaient au coin de ses yeux, avec son index.

« Bordel, Sherl', ce sont des churros. Ne me dis pas que tu ne connais pas ?! »

« Je devrais ? » Demanda Sherlock de son air blasé habituel, en haussant nonchalamment un sourcil.

« Bien sur que oui, enfin ! » S'exclama le blond, en levant vivement ses deux mains dans le vide.

En voyant l'expression peu convaincue de son ami, John leva les yeux au ciel en gloussant, avant de préciser d'un ton taquin : « Tu sais... Ça se mange. »

« Ah, voilà pourquoi je ne connais pas. » Réalisa platement Sherlock, comme si c'était d'une logique implacable.

John dut se mordre la joue pour ne pas éclater de rire une fois de plus.

« Mais oui... Où avais-je la tête ? Le grand Sherlock Holmes ne mange pas. Pourquoi s'adonnerait-il à une activité aussi triviale ? » Railla-t-il, en lui jetant un regard complice.

« Exactement. Je trouve que c'est une perte de temps. »

« OK, le génie. » Rit John, ne voulant pas plus de détails. Puis, il prit un churro du paquet, trempa son extrémité dans le chocolat liquide, et le tendit au frisé, lui proposant d'une voix douce : « Goûte. »

« Je n'ai pas faim. » Refusa froidement Sherlock, sans jeter un seul coup d'œil au churro tendu, gardant ses yeux magnifiques plantés dans ceux de John.

« Ce n'était pas ma question. Goûte. »

« Tu veux m'empoisonner, c'est ça ? » Comme sa voix grave était traînante et tout à fait sérieuse, John ne sut dire s'il plaisantait ou non.

« Non. Je veux te montrer que l'un des trucs fantastiques chez les humains, ce n'est pas seulement de réfléchir plus vite que la lumière : Mais aussi de savoir profiter de petits plaisirs. »

Sherlock semblait encore moins convaincu. Il jeta un regard dégoûté au churro tendu, et il articula lentement, comme s'il parlait à un enfant de 5 ans limité :

« Et ingurgiter des... churros qui ont baigné pendant des heures dans de l'huile grasse, dégoulinants de chocolat industriel et visqueux, c'est... un plaisir ? »

John ne put retenir le gloussement qui franchit les barrières de ses lèvres, et il répondit un simple, mais sûr : « Ouais. ».

« Non merci. Je choisis de vivre. »

Cette réplique fit rire John, et Sherlock en fut surpris. À vrai dire, il s'étonnait toujours du fait que ses remarques acides fassent rire John, au lieu de le scandaliser.

Décidément, il ne s'y habituerait jamais.

« Pourquoi t'en prends pas, toi ? » Botta-t-il en touche.

« Parce que je n'ai pas le droit. »

Cette révélation arracha une grimace d'excuse de la part de Sherlock, qui se rembrunit légèrement.

Il avait oublié que John ne pouvait pas manger tout ce qu'il voulait, à cause de sa maladie.

Ce qui était inadmissible.

« Alors, pourquoi t'en as acheté ? » Demanda-t-il quelques temps après, d'une voix qu'il espérait neutre et naturelle.

Le blond lui offrit un sourire doux.

« Pour le connard surdoué qui me sert d'ami. »

« Donc, pour moi ? »

« Ouais. Dingue hein ? » Railla John, en forçant sur le mot ''dingue'' en faisant tressauter ses sourcils.

Sherlock grimaça de dégoût, et il prévint, d'un ton adorablement menaçant : « Si ce truc me fait vomir, je vomis sur toi. »

John se contenta de sourire de toutes ses dents.

Dans un soupir à fendre l'âme, Sherlock prit le churro lentement. Il scanna l'aliment d'un regard attentif, le tournant plusieurs fois entre ses longs doigts, comme pour vérifier qu'il n'y avait aucun poison mortel dessus.

Après une minute d'inspection, sous le regard mi-agacé mi-amusé de John, il prit une minuscule bouchée, et il mâcha lentement, les sourcils froncés.

Comme son visage restait neutre de toute émotion spontanée, John demanda, en secouant la tête devant cette méfiance ridicule : « Alors ? »

« Ce... Ce n'est pas immangeable. » Ce qui était la réponse typiquement ''Sherlockienne'' pour dire qu'il aimait. D'ailleurs, il engloutit le reste du churro d'un seul coup.

Après l'avoir avalé, ses longs doigts osseux se dirigèrent vers le paquet de churros, prêt à un prendre un autre, mais John vit son mouvement au coin de l'œil, alors il le prit rapidement, et le mit hors de portée de la main de Sherlock.

Un sourire diaboliquement fier étira ses lèvres en réponse au regard contrarié et interrogateur que lui lança le frisé.

« Je croyais que manger était une perte de temps... » Susurra John d'un ton mutin et faussement innocent.

« Tu te crois malin, hein ? »

Il lui jeta un regard fier qui équivalait un taquin tu n'as pas idée, Sherl', mais au lieu de dire cette pensée à voix haute, il demanda en riant : « Sérieux, tu ne connaissais vraiment pas ça ? »

Il laissa Sherlock lui arracher le paquet de churros des mains, et celui-ci le plaça sur ses genoux, et en prit un autre.

« Peut être à un moment donné. J'ai du l'effacer. » Avoua-t-il nonchalamment, en engloutissant l'aliment sans cacher son enthousiasme.

« L'effacer ? »

Sherlock effectua un geste de la main mi-agacé mi nonchalant, quand il répondit : « Mon cerveau, c'est comme... Un disque dur. Je garde uniquement ce qui est vraiment utile, et le reste, je l'efface. Tout simplement. »

« Et tu effaces quoi, au juste ? » Demanda John avec curiosité, avant que ses yeux s'écarquillent d'une horreur forcée : « Ne me dis pas que t'effaces nos conversations ! »

Sherlock faillit lui avouer que leurs moments passés ensemble seraient la dernière chose qu'il supprimerait, mais il tint sa langue. À la place, un rictus condescendant retroussa ses lèvres.

« Non, pas nos conversations. Juste tes commentaires inutiles. Ce qui est, en fait, toutes tes interventions. »

Caricaturalement, John plaqua sa main sur son torse à l'emplacement de son cœur, en feignant l'agonie : « Mon cœur est brisé. »

Sherlock se surprit à rire doucement, et la voix mutine de John s'éleva : « Donc, tu traînes avec moi juste pour avoir quelqu'un de moins intelligent à tes côtés, pour que tu te sentes supérieur, c'est ça ? »

« Non, je traîne avec toi parce que j'ai des churros gratuits, en retour. » Ironisa-t-il, faussement méchant, en pitant un autre churro dans le paquet, avec un sourire moqueur.

« Content de savoir que mon intention t'ait fait plaisir. Je ne savais pas quoi faire pour te remercier, après ce que tu as fait pour moi, aujourd'hui. »

Sherlock eut du mal à avaler le bout de churro qu'il était en train de mâcher. Comme la conversation devenait bien trop sentimentale, la gène se diffusa dans ses veines.

En se raclant la gorge, il grogna, irrité :

« Tu n'as pas à me remercier, Princesse. Tu ne me dois rien. »

Bizarrement, l'expression de John devint mortellement sérieuse, quand il répliqua tranquillement, mais avec fermeté : « Tu te trompes, Sherl'. Je te dois beaucoup. Surtout aujourd'hui. »

Un silence gênant s'installa entre les deux adolescents, sans qu'aucun ne sache comment le briser.

Soudain, John jeta un coup d'œil à sa montre. Il soupira avec lassitude, et sa mâchoire se contracta légèrement.

Ensuite, il sortit de son sac sa bouteille d'eau, ainsi que plusieurs gélules bleues contenues dans une petite boite sur mesure.

Sherlock autorisa son regard à s'attarder seulement quelques secondes sur les médicaments énormes, avant de le détourner, laissant à John l'espace privée qu'il méritait.

Celui-ci les mit dans sa bouche rapidement, avant d'avaler une seule gorgée d'eau, pour les faire passer dans sa gorge.

Ses gestes étaient méthodiques, et précis.

Bien sur. Il doit avoir l'habitude... Songea sombrement le frisé, en retenant une grimace amère.

« Alors, tu aimes bien mon cadeau ? Je parle de ton crayon, pas des churros. »

Sherlock savait bien que John voulait détourner son attention, et ainsi, effacer l'épisode des médicaments qui flottait entre eux, mais il accepta tout de même cette diversion.

« Question stupide, Princesse. Si je ne l'aimais pas, je ne l'aurais pas avec moi. »

John sourit, en secouant la tête : « Un simple ''oui'' aurait fait l'affaire, Sherl'. »

« Oui, il est très bien. » Admit-il après quelques secondes, chaque mot lui arrachant la bouche, bien qu'il était sincère. « En tout cas, mieux que tes écrits. Tiens, reprends-les. »

À ses mots, Sherlock prit son sac de cours, en sortit les feuilles agrafées que John lui avait laissées, à l'hôpital, et il les jeta presque à la tête du blond.

Heureusement, celui-ci avait de bons réflexes, alors il les attrapa en vol sans effort, et les remit dans son sac.

« Alors, tu les as lu ! S'exclama-t-il joyeusement, Alors, t'en as pensé quoi ? »

« Ton écriture est correct. »

Pendant que John songeait que cette remarque équivalait au plus haut compliment que Sherlock serait capable de faire sur son style d'écriture, celui-ci poursuivit :

« Mais ton personnage est d'une simplicité monstre. Il est bien trop fade. Trop noble avec ses envies d'arrêter les méchants criminels, juste parce qu'il est un mec bien... »

« Tu voudrais quoi ? Un sociopathe maniaque et drogué ? »

Il avait dit ça dans le but de plaisanter, mais le visage de Sherlock resta aussi lisse qu'un masque quand il répondit tout à fait sérieusement : « Ce serait nettement mieux... »

John laissa échapper un petit rire.

Soudain, un sujet lui revint en mémoire, alors il déclara : « Bon, le génie, j'adorerais papoter de ça avec toi pendant des heures, mais là, tout de suite, on doit choisir notre sujet d'exposé, pour l'SVT. »

« On a un exposé d'SVT ? » Demanda Sherlock, son visage plissé par l'étonnement.

Bien évidemment, il n'était pas au courant. Pour un génie, il était plutôt un cancre à l'école.. . Mais son ignorance ne surprit pas John.

Celui-ci expliqua posément, en sortant ses fiches concernant la matière scolaire : « Ouais, dans une semaine. »

« Et je travaille avec toi... ? »

« Ouais. Quel chanceux tu es. »

« Chanceux n'est pas le mot qui me vient à l'esprit. » Grommela Sherlock avec un mécontentement feint, en croisant avec entêtement ses bras devant sa poitrine comme un enfant boudeur.

Bien sûr, Sherlock n'admettrait jamais à voix haute qu'il était content d'être en duo avec John. Il avait bien trop de fierté pour ça.

« Bon, alors... On a une liste de cinq sujets : Je suis sympa, je te laisse choisir. »

« Quelle grandeur d'âme, Princesse... » Marmonna ironiquement Sherlock, mais John ignora son intervention sarcastique, et il poursuivit naturellement :

« Alors, premier thème : La Terre, planète habitée et évoluée, avec ses conditions météorologiques. »

« J'ai une tête à présenter la météo ? »

« OK, j'ai compris, pas celui-là... Alors, pourquoi pas le second ? Sexualité des animaux, et des êtes humains ? »

« Tu crois que j'ai envie de parler pendant dix minutes de la sexualité des oursins ? »

John éclata de rire, et il ne put s'empêcher de le contredire d'un ton taquin : « Non, si on traite ce sujet, ce sera celle des écureuils. »

Comme Sherlock le fusillait du regard, John pouffa, mais il abandonna ce sujet : « OK, le troisième : Le corps humain, fréquence cardiaque, et... »

« On prend celui-là. » La voix autoritaire de Sherlock fit presque sursauter John, qui leva ses sourcils blonds.

« Pourquoi ? »

« Parce que je sais que tu n'es pas complément incompétent à ce sujet. »

« OK, adjugé. » Trancha John avec un sourire, en rangeant ses feuilles dans son sac.

Il était assez fier de lui-même d'avoir pu pousser Sherlock à parler de lycée, même pendant quelques minutes.

« Tu pourras venir chez moi. » Proposa soudainement Sherlock, d'une voix neutre.

Quand John lui jeta un regard surpris, il ajouta, un peu trop précipitamment à son goût : Pour travailler l'exposé. »

« Oh. » Dit stupidement John, en hochant la tête timidement. « Ouais... Euh... Je demanderais à ma mère. »

Les deux adolescents restèrent encore un long moment sur ce toit, à contempler la ville en silence, ou en papotant, jusqu'à ce que les paupières de John se firent lourdes.

Le blond détestait sa maladie, spécialement pour ça : Pour les fatigues violentes qui s'abattaient sur lui sans prévenir, surtout en fin d'après midi.

En réalité, il haïssait sa maladie pour ça, mais aussi quand elle déclenchait des crises de toux violentes, ou des crises durant lesquelles il n'arrivait plus à respirer, même avec un masque à oxygène plaqué sur la bouche et sur le nez.

Dans ces moments les plus extrêmes, il était contraint de se rendre à l'hôpital en urgence.

John serra les dents. Il n'avait pas envie de dormir encore une fois sur l'épaule de Sherlock.

Enfin si, il en mourrait d'envie, parce que le corps de son ami était loin d'être inconfortable, mais il voulait éviter ça à Sherlock.

Enfin, il voulait éviter ça à Sherlock, et à sa fierté mal-placée.

Alors, il tenta de cacher sa fatigue, mais bien évidemment, rien ne pouvait être dissimulé aux yeux inquisiteurs de Sherlock Holmes.

Il lui suffit un seul coup d'œil pour le voir, et il soupira de frustration, sans doute agacé que John ne l'ait pas avoué de lui-même.

« Rentrons. » Déclara fermement Sherlock.

« Non... Non... Je ne veux pas te déranger, si tu veux rester... »

Ses protestations timides furent brutalement interrompues par la voix intransigeante du frisé :

« Tais-toi, Princesse. Tu es fatigué. Rentrons. »

Sherlock se leva, dépoussiéra son long manteau noir, rangea ses feuilles éparpillées et son crayon avec soin dans son sac qu'il mit sur son épaule droite, et il s'approcha de John, qui peinait pour se relever.

« T'arrive à marcher ? » Demanda doucement le surdoué.

« Je ne suis pas une mamie, Sherl'. » Grogna fermement le blond, mais ses dires n'étaient pas aussi crédibles qu'ils devraient être, avec ses jambes qui tremblaient, et sa grimace d'effort.

Sherlock leva les yeux au ciel, en marmonnant dans sa barbe un « Je prends ça pour un non. » agacé, avant de sortir son portable.

Il demanda à John son adresse. Le blond étant trop fatigué pour poser de question, il la lui donna docilement, en frottant ses yeux brûlants de fatigue.

Sherlock hocha la tête, et il appela le chauffeur privé de Mycroft, lui demandant de ramener John chez lui. Après que l'employé de son frère lui ait donné son accord, le frisé raccrocha.

Sans même demander la permission, il enroula son bras autour du dos de John.

Avant même que celui-ci puisse protester, ou même tressaillir face à ce touché soudain, il sentit la main du surdoué se glisser sous ses genoux, et il fut soulevé sans ménagement.

Par réflexe, John s'accrocha au cou de Sherlock par peur de tomber, mais il fut bien trop faible pour se dégager des bras solides qui le tenaient.

« Je ne veux pas que ça devienne une habitude. » Murmura-t-il timidement, ses joues brûlantes d'embarras.

« De quoi ? » Demanda calmement Sherlock, lui aussi dans un murmure, comme s'il ne voulait pas briser le calme paisible de ce moment.

« D'être dans tes bras. »

« Ça ne te plaît pas, Princesse ? » La question avait été sarcastique, mais la réponse marmonnée par John d'un air absent fut mortellement sérieuse : « Si... Tellement. »

Sherlock en fut déstabilisé pendant un temps, en fut même satisfait, mais il se raisonna, et blâma la fatigue. Oui, c'était sûrement ça.

Le temps qu'il redescende les escaliers de l'immeuble, avec John dans ses bras qui ajoutait un poids, la voiture du chauffeur de Mycroft était déjà garé devant.

Celui-ci sortit de sa voiture, et ouvrit noblement la portière passagère, pour laisser Sherlock installer John sur le siège.

Pendant que John mettait sa ceinture, Sherlock tendit au chauffeur deux billets de 10 euros en guise de payement et de remerciements, sachant que l'employé de Mycroft faisait des minutes supplémentaires de conduite, uniquement pour lui.

« Sherl'... » La voix de John était fatiguée, mais Sherlock parvint tout de même à l'entendre, alors il se contenta de le regarder, en gardant sa main sur la portière de la voiture, prêt à la refermer.

« Merci... » John lui-même ne savait pas si ces remerciements étaient dédiés à l'après-midi formidable qu'il venait de passer, ou si c'était plus général.

Dans une pulsion que Sherlock ne confierait à personne, même sous la torture, il se pencha lentement vers John, et déposa un rapide baiser sur son front.

Ensuite, il claqua la portière sans un mot, et laissa la voiture s'éloigner.

~~

« Vous semblez bien plus calme, aujourd'hui, Monsieur Watson. » Constata posément le psychologue, un minuscule sourire satisfait ornant ses lèvres.

John avait bien compris que ces paroles étaient subtilement dites pour lui faire révéler les raisons de son bien être, alors il détourna habilement le piège, sans affirmer ou démentir quoi que ce soit :

« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? »

Le psychologue avait des tas de raisons en tête.

Déjà, le visage de son patient semblait moins tiré, plus lumineux, en quelque sorte. Bien sur, les cernes étaient toujours présentes, mais elles étaient nettement moins prononcées, et ses yeux bleus avaient perdu cette tristesse et cette hargne qui les ternissaient.

De plus, il avait cessé de se tortiller sur sa chaise, avait cessé de se ronger les ongles jusqu'au sang, avait cessé de lui lancer des regards noirs toutes les minutes, et même s'il jetait toujours quelques coups d'œil à la pendule, impatient d'en avoir terminé avec cette séance, il semblait bien moins irrité d'être ici.

L'adulte sentait bien que ce changement soudain n'était pas grâce à lui, mais il se moquait de ce détail : Si son patient avait trouvé un moyen autre que les séances pour avancer, tant mieux pour lui.

« Vous voulez que je vous révèle mes analyses, Monsieur Watson ? » Demanda-t-il calmement, en levant un sourcil.

L'adolescent haussa nonchalamment les épaules, en disant simplement : « C'est votre métier, après tout. »

Aucun mépris dans sa voix.

Ça aussi, c'était nouveau.

« Je le vois rien qu'à votre posture : Votre jambe ne tressaute plus de nervosité, et vous ne vous rongez plus les ongles. »

« Vous êtes moins incompétent que je le pensais. » Plaisanta légèrement John, en lui offrant un sourire d'excuse.

Il était vrai que John n'avait jamais été tendre avec lui.

Certes, les séances étaient faites pour qu'il se défoule, pour qu'il vomisse toute la rage qu'il avait accumulée pendant la journée, mais cela n'excusait pas son manque de respect continu.

Le psychologue hocha simplement la tête, ses doigts effleurant pensivement son menton barré d'une fossette.

« Et si vous me parliez un peu de vous ? »

John resta silencieux, et s'humidifia nerveusement les lèvres, ce qui ne surpris en aucun cas son psychologue. Celui-ci retint d'ailleurs un petit sourire : Bien que son patient était plus détendu, il ne se confiait toujours pas.

Un patient bien difficile à faire parler...

« Vous avez mentionné un certain... ''Sherlock Holmes'', pendant notre dernière rencontre... » Avança prudemment et vaguement l'adulte, guettant la réaction de son patient.

Rien qu'en entendant ce nom, le cœur de John s'accéléra, et une chaleur joyeuse se diffusa dans son ventre secoué par des papillonnements.

Quand le baiser de Sherlock sur son front lui revint en mémoire, ses joues chauffèrent légèrement.

Ce n'était pas le baiser en lui-même qui le gênait.

C'était que, quand son esprit fatigué avait enregistré la délicieuse sensation des lèvres glaciales de Sherlock qui se pressaient tendrement sur son front, il avait voulu que ces lèvres se soient pressées sur sa bouche.

Et cette pensée ne l'avait toujours pas quitté.

Il ne savait pas s'il devait en être amusé, ou au contraire, en être complètement terrorisé, mais bien sûr, il ne le partagerait pas à son psychologue.

Ceci restait juste entre lui et... lui.

« Vous me croirez si je vous disais que c'est le nom de mon chien ? »

La bouche de son psychologue tressauta en un mince sourire amusé, mais il rétorqua sérieusement, ses yeux attentifs fixés sur lui : « Vous n'avez pas de chien, Monsieur Watson. »

« Ça valait le coup d'essayer. » Marmonna le blond dans sa barbe pour la forme, parce qu'au fond de lui, il n'était pas vraiment contrarié.

Il soupira lourdement par les narines, pendant un temps si long qu'il crut qu'il s'était littéralement dégonflé, avant de finalement admettre : « C'est un ami. »

« Un ami ? » Répéta lentement l'adulte avec incrédulité, comme s'il n'avait jamais entendu ce mot de sa vie.

« Bah, ouais... Un ami quoi... Vous savez ce qu'est un ami, non ? »

« Qu'a-t-il de spécial ? »

« De spécial ? » Répéta John en cillant plusieurs fois, sans comprendre où il voulait en venir.

L'adulte l'observa pendant un long moment, avant de préciser calmement : « Qu'a-t-il de spécial pour vous rendre ainsi ? »

John se demanda brièvement comment son psychologue pouvait-il savoir que son amélioration psychologique venait de Sherlock, mais il chassa ce questionnement.

Après tout, l'adulte avait dû voir son visage s'illuminer, quand il l'avait mentionné.

« Il y a tellement de choses à dire... Je ne sais pas par où commencer. » Souffla-t-il doucement, en se passant nerveusement une main dans ses cheveux blonds.

« Commencer par le début serait gentil. Au moins, j'arriverais à suivre un minimum. » Conseilla posément le psychologue, avec un soupçon d'humour.

« Bah, quand on s'est rencontré, il a été un connard. »

Le psychologue haussa un sourcil sous la surprise, mais son expression générale resta neutre et il garda le silence, sentant que les yeux pétillants de John avaient encore à révéler.

« Et puis, je ne sais pas... Il est rude, sarcastique, très intelligent – et il le fait savoir – insupportable, méprisant, des fois. Il parle sans filtre, sans aucun tact... » Déblatéra rapidement John avec un air naturel, comme si toutes ces défauts qu'il énumérait étaient parfaitement normaux.

Un petit rire s'échappa de la bouche du psychologue, tandis qu'il griffonnait avec une rapidité remarquable quelques notes sur son calepin posé sur ses cuisses.

« J'avoue que je m'attendais plus à quelque chose comme : ''Sherlock Holmes est un adolescent gentil et attentionné, qui me fait rire et qui me comprend.'' »

John ne put s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles.

Comme il ne rajoutait rien, se contentant de fixer joyeusement son interlocuteur, celui-ci intervint, son ton transpirant l'incompréhension, mais dénué de tout jugement : « Et ça... Ça vous plaît ? »

John n'hésita même pas une seconde quand il répondit en un murmure : « Vous n'avez pas idée à quel point. »