La maladie vient à cheval, elle s'en retourne à pieds. Proverbe Guadeloupéen.

Chapitre 15

« Donc, tu es amoureux. » En conclut posément Molly, tout en prenant une bouchée de son dessert.

John faillit s'étrangler avec l'eau qu'il était en train de boire.

Quand il avait enfin eu la chance de se retrouver en tête à tête avec Molly, il avait décidé de lui raconter l'après-midi merveilleux qu'il avait passé en compagnie de Sherlock.

Et, sans savoir vraiment pourquoi – sans doute avait-il besoin d'un avis en urgence – il lui avait avoué ses pensées étrangesquand le frisé avait embrassé tendrement son front.

Il s'était imaginé à une crise d'hystérie – au minimum – de la part de son amie, mais la jeune femme ne semblait pas surprise le moins du monde.

Comme si elle s'en doutait.

Comme c'était totalement prévisible que John ait eu la soudaine envie d'embrasser son meilleur ami.

Sa seule réaction fut de sourire jusqu'aux oreilles, avant donc d'en conclure que John éprouvait des sentiments plus qu'amicaux envers Sherlock.

« Non, je ne suis pas amoureux ! » Démentit farouchement le blond, même s'il ne savait pas vraiment s'il essayait de convaincre Molly, ou lui-même, « J'ai juste...eu envie qu'il m'embrasse, pendant un moment... Pendant un moment de faiblesse... »

Molly lui jeta un regard non impressionné, presque agacé par son déni, et elle haussa les épaules. « Oui, c'est la même chose... »

John soupira bruyamment, en la fusillant du regard, mais le cœur n'y était pas.

« Tu pourrais au moins faire semblant d'être surprise, Molly... »

Son sourire resta intact, quand elle leva ses deux mains, paume vers l'avant, pour montrer son innocence : « Comment tu veux que je sois surprise par ça ? Toi et Sherlock, ça crève les yeux que... »

Sa remarque amusée fut brutalement interrompue par la voix mi-agressive mi-paniquée de John : « Que quoi ?! »

« Que vous vous tournez autour. »

« N'importe quoi... » Marmonna sèchement John, mal à l'aise. D'ailleurs, il gardait nerveusement ses yeux rivés sur son assiette, prétendant être soudainement fasciné par sa purée de pomme de terre.

Molly roula les yeux, et elle tapota doucement, mais fermement, la table près du blond, pour le forcer à lever les yeux vers elle.

« Tu veux vraiment le nier ? » Demanda-t-elle avec douceur, avant de soupirer : « John, il n'y a rien de mal à être amoureux de Sherlock. »

John était sur le point de démentir encore une fois, mais les yeux convaincus de son amie l'en empêchèrent.

S'il devait être totalement honnête avec lui-même, il se doutait bien que ses sentiments envers Sherlock avaient évolués : Peut être qu'effectivement, il était amoureux...

En même temps, qui pourrait le blâmer ? Sherlock était tout simplement extraordinaire, magique, fascinant... Stop ! Se força-t-il à arrêter ses pensées qui déviaient dangereusement.

Il se concentra sur Molly, qui le fixait en silence, le laissant réfléchir tranquillement, sans le pousser.

« Je le sais, ce n'est pas ça, le problème. » Avoua-t-il finalement dans un soupir, en baissant les yeux.

« Alors, c'est quoi ? »

« Ce... ce n'est pas réciproque ! Sherlock, il... » Comme John bredouillait pathétiquement, il dut faire une pause et se racler la gorge pour pouvoir continuer : « Il ne m'aime pas... comme ça. »

Contre toute attente, Molly éclata bruyamment de rire, si bien que la peau de son visage prit une teinte inquiétante de rouge. « Oh, John... Je n'en serais pas si sûre... »

« Arrête. » Siffla-t-il plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. Il ne savait pas pourquoi, mais ce sujet de conversation l'irritait assez facilement. « Pour Sherlock, je suis juste... un ami. »

« Un ami... Mais oui. » Sa voix taquine laissait sous-entendre qu'elle n'y croyait pas une seconde.

« Et pourquoi il voudrait être avec quelqu'un comme moi ? »

Le sourire radieux de Molly perdit de sa superbe, et elle s'humidifia les lèvres, tout en secouant la tête de droite à gauche.

Comme elle se contentait seulement de le fixer gravement, sans rien dire, John ajouta en soupirant de lassitude : « Sérieux, regarde-moi ! Il mérite mieux qu'un handicapé des poumons. »

« Je te regarde. Et je ne vois pas ça. »

« Ah ouais ? »

« Ouais. » Cingla-t-elle fermement, presque durement, pour montrer qu'elle était sûre d'elle. « Moi, je vois un adolescent gentil, drôle, compréhensif, tolérant, et têtu. Et je suis certaine que c'est ce que Sherlock voit, aussi. »

Tu n'es pas un pauvre incompétent, Princesse.

La voix de Sherlock revint hanter ses pensées, pour appuyer les propos de Molly. Ça aussi, c'était inquiétant, et c'était de plus en plus fréquent : Il semblait qu'à chaque fois qu'il éprouvait du doute, ou qu'il avait un coup de mou, la voix grave et traitante de son ami surgissait sans prévenir dans son esprit, comme un ange qui le remettait dans le droit chemin.

« Mais... » Il ne savait même pas ce qu'il allait dire, alors il fut reconnaissant que Molly l'interrompe sans aucune politesse :

« Écoute, depuis le temps que je connais Sherlock... »

Elle fit une pause, avant de se rectifier : « Non, en réalité, je ne le connais pas, je le côtoie. Et je l'ai toujours vu renfermé, silencieux, et méfiant envers tout le monde. Mais avec toi, c'est différent. Je ne l'ai jamais vu agir avec quelqu'un comme il agit avec toi. »

« Comment il agit avec moi ? »

Il pensait que cette question allait travailler son amie pendant un temps, mais cette dernière répondit immédiatement, comme si la réponse était évidente :

« Il agit, librement. Il n'a pas peur de ce qu'il va dire, et il est différent, ces temps-ci, et pas seulement quand il est avec toi : Il est toujours autant discret, c'est vrai, mais il est... moins sombre, moins méchant. »

« Tu sais très bien que l'agressivité et l'amertume sont ses premières défenses. »

« Oui, je le sais, et c'est là où je veux en venir : Avec toi, il n'utilise pas ses défenses, parce qu'il est à l'aise, parce qu'il te fait confiance. »

Elle fit une pause, comme pour laisser à John le temps d'objecter s'il le voulait, mais comme il ne trouvait rien à ajouter, elle termina fièrement, son sourire radieux revenant s'accrocher à ses lèvres :

« Parce qu'il t'aime. »

« En amitié. » Se sentit obliger de corriger John, d'une voix triste, mais convaincue.

Sachant qu'il était presque impossible de faire changer d'avis le blond tant il était borné, Molly abandonna le sujet, pour le moment.

« OK... On verra bien. » Susurra-t-elle, en faisant plusieurs fois hausser ses sourcils.

« C'est tout vu. »

La conversation était terminée.

~~

Sherlock était sur le point de craquer.

Il était à deux doigts de prendre la moitié des élèves de ce foutu lycée, pour taper sur la seconde moitié.

Être à ce point sanglant ne ne lui était jamais arrivé auparavant : Après tout, il avait toujours su gérer calmement les petits inconvenants de l'école, en montrant son air nonchalant habituel.

Mais là, c'était différent.

Justement parce qu'il n'y avait aucune moquerie directe.

Personne ne venait le voir, pour lui glisser subtilement une insulte assez salée ou un commentaire sarcastique, comme il avait déjà pu le subir.

C'était juste des petits des coups d'œils, des chuchotements, des sourires gênés, ironiques, acides, ou cruels, ou encore des arrêts brutaux de conversation, quand Sherlock passait devant un groupe. Et, il sentait les regards brûlants de ceux-ci piquer sa nuque, quand il s'éloignait.

Ça devenait de moins en moins tolérable.

Parce que, ces messes basses, il savait d'où elles venaient : L'agression. Pour une raison que le frisé ignorait, tout le monde était au courant.

Enfin, Sherlock ne savait pas de quoi exactement ils étaient au courant, mais les élèves savaient sans aucun doute l'essentiel, à savoir que le ''Taré'' avait été tabassé, un samedi après-midi.

La rumeur, d'abord timide, avait pris de l'ampleur : elle avait circulé dans tout le lycée, et elle était à présent déformée par les bouches, la rendant de plus en plus farfelue.

Ce n'était pas tant la rumeur en elle-même qui dérangeait le frisé : Après tout, il savait très bien que le lycée l'apprendrait un jour ou l'autre.

Mais c'était l'attitude sournoise de tous les élèves qui était problématique. Cette fois-ci, c'était le lycée entier qui s'y mettait.

Même les professeurs, dans son dos, lui jetaient des coups d'œil dégoulinants de compassion, ce qui lui donnait envie de leur arracher les yeux.

Et c'était étouffant.

Au plus la rumeur circulait, au plus il se doutait d'où elle venait : C'était un coup de Moriarty.

Un brillant coup, Sherlock l'admettait volontiers.

Parce que cette rumeur gâchait non seulement son quotidien, mais aussi sa réputation.

Après tout, si Sherlock n'avait pas trop été agressé physiquement, dans ses années collèges, c'était parce que ses répliques cinglantes et son visage lisse lui donnaient la réputation d'un adolescent incassable, invincible.

Mais bien sûr, le fait qu'il ait été tabassé gâchait légèrement son image d'adolescent invulnérable qu'il entretenait avec soin.

Ça l'agaçait tellement qu'il n'arrivait pas à trouver la concentration pour dessiner. D'ailleurs, il retint un grondement agacé, quand il traça un coup de crayon trop sec, déchirant sa feuille au passage.

« Salut, Mon Chou. »

Cette voix venimeuse et horriblement suave déclencha un frisson désagréable sur l'échine de Sherlock, mais il força son visage à ne pas se contracter de haine.

« Moriarty. » Cracha-t-il de sa voix traînante et grave habituelle, sans même lever les yeux vers lui.

Jim se tenait en face de sa table avec un sourire aussi malsain que radieux vissé à ses lèvres. Sans même demander la permission, il prit la chaise en face de Sherlock, et s'assit.

« Oh, appelle-moi Jim... On a passé le stade de la simple camaraderie : On se connaît bien, maintenant. »

Le tutoiement soudain donna la nausée à Sherlock, alors il ne répondit pas.

« Je vois que tu t'adonnes à ton petit hobby. » Constata-t-il avec légèreté, en désignant les feuilles de dessin d'un geste sec du menton : « Tu es très doué. Et je ne dis pas ça à tout le monde. »

« J'en suis honoré. » Sherlock était plutôt fier de lui-même : il n'avait jamais injecté autant de sarcasme dans si peu de mots.

« Je t'ai manqué ? »

« Pas le moins du monde. »

Jim éclata de rire, tandis que Sherlock grinçait des dents.

« Honnête, j'adore ça. Pour moi, ton absence a été intolérable. »

Sherlock savait très bien que c'était stupide d'entrer dans son jeu, mais sa langue remua toute seule : « Oh, tu veux dire mon absence de deux jours, causée par le fait que je devais me remettre de mon agression ? »

« Ah oui, l'agression. Tragique, n'est-ce pas ? Comme les adolescents peuvent se montrer cruels, entre eux... J'en ai entendu parler, c'est fou comme les nouvelles vont vite dans ce lycée, mais je pense que tu as déjà remarqué que tout le monde était au courant... »

Son faux côté nonchalant irrita Sherlock, et il dut contrôler sa main qui s'était crispée sur le crayon offert par John, pour ne pas le briser.

« Je me demande bien pourquoi... » Siffla-t-il, en offrant à Moriarty son regard le plus haineux, mais Jim ne cilla même pas.

« Moi aussi, figure toi ! Enfin bref, revenons au sujet intéressant : Je me suis ennuyé à mourir, sans toi.Tu es la seule personne dans ce lycée pathétique à pouvoir me divertir. »

« Quel chanceux je suis. »

« Tu n'as pas idée. »

Voulant jouer le tout pour le tout – et tester les réactions de son ennemi – Sherlock attaqua, en fixant avec une intensité agressive le visage serein de Jim :

« Andrew, Natacha, Tom et Mathieu. »

Sherlock s'était attendu à une légère réaction perturbée de la part de son rival, mais Jim se contenta de hausser les sourcils, le plus sereinement du monde.

En fait, le reste de son visage ne bougea pas d'un muscle, si bien que Sherlock ne put y déduire quoi que ce soit sur cette face illisible

« C'est quoi ça... ? Les prénoms de nos futurs enfants ? » Ironisa-t-il, feignant l'incrédulité.

« Ce sont ceux qui ont été aussi chanceux que moi. Malheureusement, leur chance a été telle qu'ils en sont morts. »

Sherlock avait supposé plusieurs réactions, de la part de son rival : Soit de l'étonnement, soit de l'admiration, soit une colère glaciale et ravageuse.

Mais il n'avait pas prédit le sourire monstrueusement fier qui étira les lèvres de Moriarty.

« Je vois... Tu as fait tes petites recherches sur moi ? Je suis flatté. »

Sherlock se demandait sincèrement comment Moriarty avait-il pu passer inaperçu.

Pendant quatre ans, dans le même établissement scolaire, il avait tourmenté quatre élèves, les avait torturés avec lenteur, psychologiquement – ou même physiquement – sans se faire remarquer.

Sans que ces victimes ne disent rien à personne.

Sans aucune plainte.

Sans aucune suspicion.

Alors, il voulut assouvir sa curiosité morbide, en demandant de sa voix la plus plate : « Comment as-tu fait pour ne pas être chopé ? »

« Je suis brillant. »

Sherlock ne contesta pas ce point.

« C'est ça, ton but de dégénéré ? Les tuer ? » Cracha-t-il avec dégoût.

« Oula, mon chou, ralentis. Je n'ai tué personne. Ce sont des suicides tragiques d'adolescents mal dans leurs peaux. »

« Tu veux vraiment jouer au débile avec moi ? »

La façade de taquinerie enfantine qui était gravée sur le visage de Moriarty tomba comme une pierre. À la place, son vrai visage apparut.

Son expression était glaciale, rongée par une aura sombre et obscure, qui reflétait son âme noire gorgée de cruauté.

« Crois-le ou non, mais je ne les voulais pas morts. » Rétorqua-t-il sèchement d'une voix si tranchante que Sherlock la sentit presque couper sa peau.

« Vraiment ? » Demanda ce dernier d'une voix faussement incrédule, en levant un sourcil.

« Vraiment. Je peux avoir de nombreux fantasmes bizarres, et peu ancrés dans les mœurs, mais la nécrophilie n'en fait pas parti. »

Sherlock retint un frisson de dégoût, et il enchaîna froidement, sans contrôler le mouvement méprisant qu'adopta ses lèvres : « Alors tuer tes ''poupées'', ce n'est pas ton but ultime ? »

« Un mort ne me divertit pas, mon chou. »

Comme Sherlock ne répondait pas, incertain sur le fait de le croire ou non, Moriarty roula les yeux, comme si l'hésitation du frisé était injustifiée, et il expliqua paisiblement :

« Les morts, ce ne sont que des poupées qui n'ont pas été assez fortes pour rester en un seul morceau. Donc, je n'y suis pour rien. »

« Alors, pourquoi tu fais ça, Moriarty ? » Demanda le frisé sans aucune hargne, presque avec fatigue.

« Je pense que je te l'ai déjà dit : Je m'ennuie. »

« Il n'y a pas que ça. » Répliqua Sherlock d'un air absolument certain, en forçant ses dents à se desserrer.

Le visage de Jim resta imperturbable, mais son sourcil droit tiqua imperceptiblement, montrant que son intérêt était piqué, et donc, que Sherlock n'avait pas tort.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » Sa voix neutre ne contenait aucune fêlure, mais cette question en elle-même prouva à Sherlock qu'il visait juste.

« Je suis brillant. »

Cette répartie fit sourire Moriarty, qui accepta, contre toute attente, de répondre véritablement à sa question : « Tu me demandes pourquoi je suis cruel ? Très bien. Laisse-moi t'apprendre quelque chose, mon chou. Dans le monde, il y a deux sortes de personnes : Les cruels... »

Il fut interrompu par la voix ironique de Sherlock : « Et les bons ? »

« Et ceux qui prétendent ne pas être cruels. » Corrigea sèchement Jim avec assurance, lui offrant un sourire acide. « Et la première catégorie domine l'autre. Alors, autant être dans la catégorie des vainqueurs, n'est-ce pas ? »

Comme le frisé restait silencieux, Jim poursuivit sa thèse avec passion :

« Tous ceux que nous qualifions comme étant bons, ont une partie cruelle qui les effraient. Alors, ils prétendent ne pas l'avoir, ils ne l'assument pas... Mais les cruels, comme moi, eux, l'assument pleinement. Ces gens bons, ils se mangeront, un jour. Ils sont seulement bons parce que le monde dans lequel ils vivent le leur permet. Mais, dès que les choses tournent mal, dès qu'il y a le moindre nuage, leur vraie nature apparaît. Ils sont autant cruels et fourbes, que nous. »

Jim étudia le visage incrédule de Sherlock, et il continua en haussant un sourcil :

« Toujours pas convaincu, mon chou ? Tiens, prends celle-là. »

À ses mots, il désigna avec son index une élève assise à une table du CDI à quelques mètres d'eux. Entourée de ses amis avec lesquels elle bavardait discrètement, elle faisait en même temps ses exercices avec serieux.

Sherlock lui jeta un coup d'œil indifférent, avant de reposer ses yeux sur Jim. Celui-ci s'expliqua :

« Dans son sac, il y a une calculatrice moderne et avancée, donc élève de S ou de ES. On peut d'ailleurs voir des exercices de maths, avec des triangles et des angles, sur sa feuille d'exercice. Son sac est rempli de livres de cours, de feuilles en bordel, et de trieurs : Certains pourraient y voir une fille bordélique, et donc peu douée à l'école, mais c'est l'inverse : Son sac est gros, en bazar, parce qu'elle emmène avec elle des livres personnels qui ne sont pas au programme. Mais ce n'est pas des livres de jeunesse, ce sont des bouquins très intellectuels, comme du Newton... Et puis, elle surligne ses cours avec application, les recopie sur des petites fiches synthétisées qu'elle agrafe par matière, donc c'est une fille organisée et méthodique. Donc, élève très douée, et modèle. Elle est très appréciée par ses camarades, comme tu le vois, elle est entourée à cet instant, et le peu de fois où je l'ai vu, elle ne reste jamais seule au CDI. Elle a toujours quelques amis qui traînent avec elle et qui rient. Donc, fille charmante, sociale, sérieuse à l'école, et blagueuse. »

Il fit une courte pause, en tapotant la table avec son index pour annoncer un retournement de situation :

« Pourtant, il y a maintenant quelques semaines de ça, cette charmante petite élève a eu une violente dispute avec sa meilleure amie. Si violente qu'elle a, par vengeance, posté sur Facebook des photos de son ancienne amie assez humiliantes, des photos d'elle nue, et par la suite, elle lui a construit une bien mauvaise réputation dans la classe, si bien que l'ancienne meilleure amie est à présent, délaissée, et seule. Plus tout à fait charmante, hein ? »

« Comment tu sais tout ça ? Demanda Sherlock, en fronçant les sourcil, Le reste – avec Facebook – n'a pas pu être déduit. »

Une expression fière et arrogante se peignit sur le visage malsain de son ennemi.

« Et bien, la dispute, je l'ai bel et bien déduit, mon chou, ne sois pas offensant. Ces deux-là étaient inséparables, toujours assises à la même table, à regarder des vidéos sur leurs portables, à partager leurs écouteurs, ou à papoter. Du jour au lendemain, elles ne le sont plus. Et aujourd'hui, nous pouvons voir que, l'une se met à une table, l'autre s'installe à celle qui est à opposée. Cette amie en question est d'ailleurs là-bas. »

Il pointa du doigt un coin reclus de la salle, et Sherlock suivit discrètement la direction de l'endroit indiqué.

« C'est elle, l'ancienne meilleure amie. Tu peux d'ailleurs voir comment elle est inconfortable : Sa jambe droite tressaute, elle se ronge les ongles, et son regard est trop insistant sur la feuille qu'elle est en train de lire pour que ce soit naturel, dont elle fait mine de lire, parce que toute son attention est tournée vers son ancienne amie. Une amie qui lui a pourri la vie. »

« Comment tu as deviné pour Facebook ? »

« Facebook ? J'admets que je l'ai découvert. Les élèves parlent forts, dans les couloirs. »

En conclusion, Moriarty écarta ses bras de manière théâtrale : « Le monde est cruel, mon chou. Pourquoi je devrais être différent ? »

Sherlock admit que ces talents de déduction l'impressionnaient, mais il se contenta de renifler de mépris, en croisant ses bras devant son torse.

« Moi aussi, je peux faire ce tour. »

Sa répartie ne surprit pas Jim, qui pencha la tête sur le côté, pour lui donner raison : « Je le sais bien. C'est d'ailleurs pour cette raison que c'est si amusant. »

« Tu veux savoir ce que je pense ? »

Moriarty se mit à tressauter de manière hystérique sur sa chaise, en ricanant, comme un enfant de 5 ans à qui on a promis des sucreries.

« Surprend-moi, mon chou. Je ne vis que pour ça ! » Après sa demande excitée, son visage redevint sérieux en un clin d'œil, sincèrement intrigué par le raisonnement du sociopathe.

« En réalité, tu as juste peur, Jim. »

Cette fois-ci – et Sherlock en ressentit une fierté non négligeable – le masque impénétrable de Jim se fissura. Une étincelle de colère jaillit dans ses yeux noirs, et sa mâchoire se contracta. Il garda même le silence.

Un rictus recourba les lèvres de Sherlock, tandis qu'il enfonça le clou, en susurrant lentement : « Tu es aussi faible et fragile que les poupées que tu détruis. »

« Mesure soigneusement tes prochaines paroles, mon chou. » Siffla Moriarty, sa voix venimeuse aussi basse qu'un murmure.

« Pourquoi ? Parce qu'elles pourraient blesser ton petit cœur ? » Railla Sherlock, en souriant doucement.

Contre toute attente, Moriarty sourit de toutes ses dents, mais Sherlock sentit bel et bien qu'il avait touché une zone sensible.

Jim ouvrit la bouche pour répliquer, mais le frisé leva son index avec assurance :

« Non, c'est à mon tour, maintenant. Je pense que, si tu es autant cruel, et que si tu fais souffrir les autres, c'est parce que tu veux te prouver que tu es meilleur qu'eux : Plus fort, plus puissant. Alors, tu veux les dominer, pour te prouver que tu en es capable... Parce que tu as peur d'eux : Tu es terrifié. Tu n'as aucune confiance en toi. »

Les yeux experts de Sherlock vit Moriarty déglutir péniblement. Se sentant sur la bonne voie, il continua, se délectant d'enfin pouvoir se venger :

« La cruauté a toujours un but, et ce n'est pas seulement celui de se divertir, dans ton cas. Peut être que faire souffrir les autres est la seule manière que tu as trouvé pour prendre ton pied, mais je pense que c'est plus profond... Plus personnel. »

« Par exemple... » Sherlock fit une pause intimidante – et entièrement théâtrale – dans son discours, et il se pencha légèrement en avant, pour se rapprocher du visage de Moriarty qui avait perdu toute couleur : « Tu souhaites juste te venger, parce que tu as toi-même subi des cruautés dans le passé... Alors, tu veux faire payer au monde entier ta propre souffrance. »

Cette fois-ci, Moriarty ne disait plus rien. Il était pétrifié, seulement capable d'écouter tous les mots prononcés par Sherlock qui le transperçaient comme des coups de poignard.

« Tu veux mon avis ? En fait, je te trouve pathétique. Te penser vainqueur, et puissant, parce que tu domines tes ''poupées'', des poupées que tu choisis avec soin – bien sûr tu prends les personnes faibles, seules, fragiles, parce que tu sais très bien qu'elles ne pourront pas se défendre – c'est pathétique. Mais tu as fait une erreur : Tu t'en es pris à moi. Je ne suis pas une demoiselle en détresse. Je ne suis pas l'un de ces élèves fragiles et timides que tu cibles, et que tu tortures, juste pour te prouver que t'en as une plus grosse. »

À la fin de sa tirade hargneuse, seulement la respiration saccadée du frisé se fit entendre.

« Tu es bon... Un rival digne de moi... » Même si cette constatation flattait l'ego de Sherlock, la voix de Moriarty était tellement cinglante et amère qu'il douta que ce fut un compliment.

« Nous verrons qui est le plus fort d'entre nous, dans ce cas, mon chou. »

Il se leva lentement de sa chaise, et même sa posture n'était plus fluide et assurée : Elle était rigide, bouillonnante de colère.

Pourtant, même si cela annonçait une tempête à venir, Sherlock garda ses yeux fermement rivés dans ceux de son rival.

Cependant, avant que Jim ne parte, il se pencha soudainement près de Sherlock, si bien que son visage était à quelques centimètres de la joue droite du frisé.

Comme Sherlock refusait de bouger un muscle, la bouche de Moriarty se dirigea lentement vers son oreille, et il lui susurra d'une voix vibrante de colère :

« Tu devrais rejoindre ton cher ami blond. Je suis sûr que John Watson va être jaloux. »

Sherlock se tétanisa. Ce changement ne passa pas inaperçu, puisque Moriarty ricana doucement, avant de partir pour de bon.

Sherlock ne savait pas depuis combien de temps il fixait le vide, le corps totalement pétrifié, mais il se rendit compte que sa respiration s'était bloquée dans sa gorge, seulement quand ses poumons brûlèrent de protestation.