Mon compte était bon, j'étais tombée inévitablement amoureuse de Lui. Un inconnu qui n'avait même pas pris la peine de me regarder ou de me saluer. Une idiote, vous disiez ?

Totalement décontenancée par le charisme naturel qu'il dégageait qu'à l'instant où j'eus constaté que mes mains se mettaient à trembler en le regardant, je m'étais précipitée à l'intérieur du bâtiment.

Je me repassais en boucle la vue de ses cheveux d'or bercés par la brise de cette fin d'été.

Comment pouvais-je résister ? Surtout, est-ce que quelqu'un le pouvait ?

Je réalisais malgré tout pleinement le ridicule de la situation. Je ne pouvais ni prétendre le séduire ni même être ne fût-ce que son amie...

Cependant, mon cœur ne ralentissait pas d'un iota. Pourquoi fallait-il que je tombe amoureuse d'un inconnu qui n'a aucunement l'intention de me connaître ? Et pour cause, quel en serait son intérêt ? Aucun !

Assise sur un banc au milieu d'un couloir dans lequel j'avais fini par atterrir dans ma fuite, je repris mon souffle et retournai à l'entrée du bâtiment.

Son groupe était bien entendu plus là, désormais.

Tout le monde était parti d'ailleurs... Il ne restait plus personne d'autre que moi et cette profonde solitude qui ne cessait de me collait à la peau.

Ce pseudo coup de foudre que j'avais eu était, évidemment, à sens unique et ne me mènerait nulle part, concluais-je. Je le savais... Alors pourquoi éprouvai-je si fort un sentiment de vide ? Le ciel était redevenu aussi gris que la couleur de mes yeux et lorsqu'il se mit à verser son chagrin, je sentis une goutte tomber sur ma joue, une autre plus salée la suivant.

Comme c'est ridicule l'amour. On se fait bien souvent tout un cinéma pour du néant, c'est pathétique…

Je ressentis de nouveau cette cruelle sensation d'être perdue à tout jamais, comme si je n'étais pas à ma place. C'était bien sûr le cas, en quelque sorte mais je l'ignorais encore à ce moment-là.

Je ne m'étais pas rendue compte du temps qui était en train de s'écouler tandis que j'essayais encore de comprendre comment j'avais fait pour en arriver là.

Je levai alors mes yeux aux ciel implorant une ultime fois sa pitié pour qu'enfin un miracle se produise. Mais rien ne se produisit évidemment.

Alors, après un profond soupir, je me levai pour me diriger d'un pas lourd vers les toilettes des dames. En en ressortant, les corridors étaient de nouveau plein à craquer d'étudiants qui se bousculaient pour sortir ou se rendre en cours.

J'en profitai pour traîner plus longuement dans le dédale de couloirs et d'escaliers en priant tous les saints pour le recroiser. Il est certes souvent vain d'espérer l'impossible. D'ailleurs, rien ne me donnait l'impression de me mener jusqu'à lui, au contraire. Tout portait à croire qu'il était loin ou à l'opposé de là où je me trouvais pour la simple et bonne raison que notre rencontre n'était pas écrite. Pourquoi l'aurait-elle été ?

Et lorsque je saisis finalement l'absurdité de ma démarche, je ressortis prendre l'air. C'est vrai même si je le retrouvais, que pourrais-je bien lui dire ? Absolument rien…

Mais alors que je perdais tout espoir, je reçus un appel de la propriétaire de l'appartement qui m'expliquait qu'elle ne pourrait être là à 14h finalement mais à 15h.

Et c'est là que je pus constater à quel point les évènements pouvaient se mettre parfaitement en place pour aboutir à l'inévitable. Ce petit jeu qui parait être de simples successions d'heureuses ou de malheureuses coïncidences mènent en réalité tout droit à réaliser notre destinée.

Ainsi, juste après avoir raccroché, je voulus vérifier sur la carte l'adresse où je devrais me rendre pour le lendemain. Je tombai des nues lorsque je me rendis compte que l'adresse n'était pas sur la carte que je venais d'acheter. Je n'y comprenais plus rien.

- - Si tu cherches après les bâtiments francophones, ce n'est pas ici que tu les trouveras, m'informa une voie d'homme que je qualifiai de suave.

Je levai les yeux de ma carte vers l'inconnu qui venait de m'adresser la parole. C'était comme dans un rêve. Je n'arrivais pas à y croire ! C'était lui, en chair et en os !

- - Désolé mais je viens de t'entendre parler en français au téléphone…Tu es bien une future étudiante, n'est-ce pas ? reprit-il aussitôt voyant que je ne répondais pas

- - Oui. Lui avouai-je timidement après un silence qui dû lui sembler interminable. A croire que je ne reconnaissais plus ma propre langue. Je devais passer pour une véritable idiote

- - Eh bien, tu t'es trompé de ville, tu n'es pas au bon endroit ici… m'expliqua-t-il d'un ton égal

- - Quoi ?! Comment-ça ? m'exclamai-je lorsque je repris enfin mes esprits et que je réalisai pleinement ce qu'il était en train de me dire.

- - Tu es francophone, ce n'est donc pas ici que tu dois t'inscrire, continue-t-il en sortant de sa poche un Iphone 5 qu'il manipula d'une seule main avant de me le tendre et me montrer là où j'aurais dû aller.

Je fus sous le choc évidemment. Je me sentis ridicule d'avoir mal compris cette histoire que ma mère m'avait pourtant racontée. Et puis soudain, je me décomposai lorsque je compris que j'avais jeté de l'argent par les fenêtres moi qui en avait si peu.

Mon désarroi devait se lire sur mon visage car il soupira avant de déclarer :

- - Bon allez, je te reconduis à la gare…

- - Merci, soufflai-je profondément soulagée

Je le suivis d'un pas hésitant mais plus sereine, tentant de paraître le plus possible détendue. J'éprouvai en sa compagnie un sentiment de plénitude que je n'avais jamais ressenti auparavant. Je n'en revenais pas que j'avais été exaucer. Un miracle s'était enfin produit rien que pour moi.

Alors, après avoir titubé tous les deux en silence durant un moment, j'eus le courage de profiter de ces quelques instants avec lui pour apprendre à le connaitre :

- - Qu'étudies-tu au fait ? l'interrogeai-je l'air un peu trop empressée

- - Je suis en master de spécialisation en économie et toi ? Dans quelle branche comptes-tu t'inscrire ?

Je n'en revenais pas à quel point il était agréable de lui parler. Les sujets venaient d'eux-mêmes. Il n'y avait pas de blancs interminables lorsqu'on ne sait plus quoi se dire. J'avais la sensation qu'il était de plus en plus beau.

Le savoir si près de moi, le voir se déplacer d'un pas assuré à mes côtés me comblait de joie.

Je ne voulais pas que cette promenade se termine. Surtout pas.

Cependant, lorsque je vis le ciel s'assombrir de plus en plus et surtout que j'aperçus la gare, je réalisai que ces merveilleux instants allaient toucher à leur fin.

Je ne pouvais le supporter. Non, je ne pouvais pas imaginer une seule seconde continuer ma vie sans le moindre espoir de le revoir un jour. Je me rendis soudainement compte qu'il ne m'avait pas demandé mon numéro… Ni même mon nom, d'ailleurs.

A vrai dire, je ne connaissais pas le sien non plus et pourtant, je mourrais d'envie de le connaître.

- - Comment t'appelles-tu au fait ? Lui demandai-je aussitôt

- - Edward et toi ? me répondit-il le regard en biais avec un haussement de sourcil. Je pus notamment remarquer un sourire se dessiner sur ses lèvres mais je ne savais guère comment l'interpréter. Malgré cela, je n'arrivais pas à me sortir de la tête que la fin de cette balade inopinée était proche et je ne savais pas quoi dire ou faire pour le retenir, alors contre toute attente, ma langue fourcha :

- - Je n'ai nulle part où aller, déclarai-je l'air totalement paumée. Ce qui était bien le cas en l'occurrence.

- - Quoi ?! Comment ça ? s'exclama-t-il étonné

- Je… J'avais prévu de dormir dans une auberge de jeunesse, bredouillai-je mal à l'aise, essayant tant bien que mal de me sortir de cette impasse dans lequel je venais juste de m'engouffrer, le souci c'est que je n'ai pas assez pour payer de nouveau un trajet plus une auberge de jeunesse et je ne saurais plus rentrer chez moi (la vérité, c'était que je n'en avais pas envie de toute façon) …

- Tu as réellement tout fait de travers, ma parole ! déclara-t-il l'air stupéfait

Je ne savais plus quoi dire tellement je me sentais honteuse. Je ne voulais pas l'ennuyer, c'était certain mais je tenais vraiment rester avec lui le plus longtemps possible…

- Je m'excuse, balbutiai-je les larmes me montant aux yeux.

Je me doutais bien qu'il devait me prendre pour une idiote alors au moment où je crus que tout était perdu, je sentis une main ferme et chaude se glisser dans la mienne et, pour mon plus grand bonheur, m'attira vers l'opposé de la gare. Dans son élan, Edward ajouta d'un ton amusé :

- - Allez viens, suis-moi !

J'ignorais où il m'emmenait et je sais que de le suivre était peut-être une mauvaise idée mais j'avais à cet instant un bon pressentiment.

( Finalement, j'ai publié un peu plus vite que prévu mais pour la suite, il faudra attendre 2,3 jours mais je m'active. A bientôt :) )