Quand une histoire d'amour éclot, tout paraît magique. Tout devient si facile, si évident qu'on se demande comment on a pu survivre jusque-là et il est inenvisageable, voire même inadmissible que cet idylle puisse s'envoler un jour.
Pourtant, on en est bel et bien là aujourd'hui... Néanmoins tandis que je m'active pour trouver un sujet de mémoire, ultime travail qui prouvera que j'ai parfaitement assimilé les 5 années d'études que j'ai passées en ces lieux, je pressens qu'il m'est également nécessaire de me plonger dans mes souvenirs, retracer chaque étape de notre relation qui a fini par m'échapper dans l'espoir de comprendre enfin pourquoi et aussi comment on en est arrivé là... Comment j'en suis arrivée là… ?
Ainsi, ce jour si particulier que fut notre rencontre inaugurait les prémisses de tant de rêves et de promesses qui se sont transformés en vagues projets chimériques.
Mais alors que tout semble perdu aujourd'hui, une petite voix raisonne à l'intérieur de moi essayant de souffler sur les cendres de mes espoirs qui paraissent pourtant bel et bien partis en fumée.
Espérer l'impossible, voilà tout ce qu'il me reste aujourd'hui. Cependant, j'ai eu l'occasion dans ma vie d'assister à des miracles.
Lorsque Edward me tira par la main pour m'emmener dans son monde, j'eus l'impression d'être cette petite Wendy suivant Peter Pan à travers la ville jusqu'aux pays imaginaire, là même où tous les rêves devenaient réalité.
J'ignorais tout de lui et il ignorait tout de moi mais il y avait entre nous, un « je ne sais quoi » qui nous reliait. Qui faisait que, malgré tout ce qui nous séparait, on se comprenait.
Ainsi, il me faisait zigzaguer dans les rues de Louvain. J'en sautillais de joie, tellement cet itinéraire mystérieux m'amusait. Remarquant mon engouement, il se prit au jeu et se mit à courir m'exhortant à faire de même.
Je me souviens parfaitement de son visage qui, à chaque fois qu'il se tournait vers moi, semblait s'illuminer provoquant en moi un bonheur incommensurable.
Une fois que nous étions arrivés à destination, je m'aperçus que nous nous situions en bas d'un immeuble très moderne. Edward sortit des clefs de sa poche, ouvra la porte d'en bas et m'invita à le suivre. Le hall dans lequel j'atterris était extrêmement propre et épuré. Edward se dirigea vers un ascenseur qu'il appela aussitôt avant de patienter les mains dans les poches tout en fixant le nombre d'étage diminuer sous ses yeux.
Pendant ce temps, je ne pouvais m'empêcher de l'admirer. Je n'avais qu'une hâte, en apprendre encore d'avantage sur lui. Je voulais absolument tout savoir de lui. Bien entendu, je ne tenais pas à avoir l'air d'une groupie complètement dingue alors, je faisais tout pour ne pas montrer mon empressement. Du coup, je détournai mon regard juste avant qu'il ne le remarque.
Dans l'ascenseur, mon cœur cognait de plus en plus fort contre ma poitrine. Une peur me gagna d'un seul coup. En effet, je ne savais pas à quoi m'attendre avec lui. Tout s'était bien passé jusqu'ici mais il pouvait très bien me voir comme une amie ou se révéler être une ordure.
Il faut dire que j'en avais déjà fait malheureusement l'expérience.
Néanmoins, Edward ne semblait pencher pour le moment ni d'un côté ni de l'autre. Je pouvais encore me permettre d'espérer quelque chose de meilleure.
Lorsque nous arrivâmes sur le pas de sa porte, il introduit la clé à l'intérieur de la serrure et m'ouvrit puis m'invita à entrer d'un geste de la main.
Je le remercia avant de contempler la beauté des lieux. En effet, outre le fait que son appartement me paraissait considérablement spacieux pour lui seul, la décoration était sobre. Les murs étaient autant que je pouvais le constater peints en blancs immaculés. Seuls les meubles arboraient une couleur dominante bleue marine. Le contraste était à couper le souffle. Sans compter le design de son mobilier qui se voulait aussi moderne que l'immeuble dans lequel nous nous trouvions. En m'approchant de la salle de séjour, je pus apercevoir un immense balcon vitré donnant sur une magnifique vue de la ville entière puisqu' Edward résidait au dernier étage. Tout mis l'un dans l'autre ne donnait qu'une seule envie, c'était de s'y installer.
- - Waouh, c'est … ! m'exclamai-je le souffle coupé
- - Ça te plait ? me demanda-t-il l'air ravis de mon éblouissement
- - Oh que oui ! déclarai-je béate. Tu vis ici avec un colocataire ? me renseignai-je curieuse
- - Non, je vis seul, répondit-il poussant ce qui semblait être un soupir.
- - Merci pour ce que tu fais pour moi, changeai-je aussitôt de sujet, sentant qu'il n'avait pas envie de s'étendre là-dessus.
Je compris assez vite qu'il devait se sentir seul. Peut-être tout autant que moi d'ailleurs, même si c'était d'une façon différente. Il répliqua à mon remerciement par un simple sourire.
Ensuite, Il déposa son sac sur le divan et se dirigea vers la cuisine. Pendant ce temps, je contemplais amoureusement la vue derrière la baie vitrée qui menait au balcon. Le ciel était désormais bien sombre mais n'en restait pas moins envoutant. Je n'avais vraiment pas vu le temps passer. Avec lui, l'horloge de l'univers semblait s'être mis en suspens. Plus rien d'autre n'avait d'importance.
Assise sur le rebord d'un fauteuil, je me sentis assez rapidement observée, alors je détachai mes yeux de l'horizon qui s'offrait à moi pour les tourner vers l'arrière de la pièce. Edward, appuyé contre l'encadrement qui menait à la cuisine, me jaugeait du regard tout en buvant une bouteille d'eau.
- - Tu as faim ? m'interrogea-t-il d'un ton égal
- - Euh, j'ai une barre de chocolat sur moi au cas où j'aurais un creux, le rassurai-je d'humeur enjouée
- - Ah et bien, si t'as une barre de chocolat, je n'ai aucune raison de m'inquiéter, me taquina-t-il gentiment. Cependant, reprit-il aussitôt, je pourrais te proposer quelque chose de plus consistant si ce que tu avais te laissait malgré tout sur ta faim…
- - Comme quoi ? m'enquis-je curieuse
- - Je ne sais pas… On pourrait se commander une pizza ? me proposa-t-il
- Je me mis alors à réfléchir à ce que j'avais sur moi, si je pouvais me le permettre mais avant même que j'eus le temps de répondre, Edward ajouta
- - Ne t'inquiète pas, je te l'offre
- - Merci mais je crois que j'ai assez pour une pizza, rétorquai-je hésitante
Sans ajouter quoi que ce soit, il appela de son Iphone pour passer la commande avant de raccrocher et de me proposer à boire dans la foulée.
Lorsqu'il me tendit le verre d'eau que je lui avais demandé, sa main effleura la mienne et saisie par l'émotion, je lâchai le verre qui se renversa par terre. Après m'être confondue en excuse, je l'aidai à nettoyer les dégâts que j'avais causés.
J'avais honte de ma maladresse mais malgré cela, je ne pouvais m'empêcher de frissonner de le savoir aussi près de moi.
J'évitais autant que faire se peut de croiser ses yeux bleus car je savais que si jamais je m'y attardais trop longtemps je m'y noierait et je ne voulais pas qu'il s'aperçoive de l'effet qu'il avait sur moi. Même si j'étais mal partie pour cacher mes émotions, je tentais du mieux que je pouvais de donner le change.
Lui, ne paraissait pas spécialement bouleversé d'une quelconque façon que ce soit de me voir. Il donnait l'impression d'être tout bonnement amical.
A dire vrai, plus la soirée avançait, plus j'avais la sensation d'être bien mal partie avec lui.
Dans le sens où je pouvais prévoir que je resterais une vague rencontre qu'il aurait faite par hasard. Le genre de rencontre qu'on oublie aussi vite qu'un détail superflus comme lorsque le voisin du coin va promener son chien.
Ma bonne humeur s'évanouit immédiatement à la simple pensée que cette nuit ne mènerait nulle part.
Durant ce bref instant de découragement, tandis qu'on finissait de nettoyer le sol, je levai les yeux vers lui, plongeant par inadvertance dans ses yeux. On resta ainsi immobiles, comme si chacun de notre côté essayait de deviner les secrets de l'autre.
Pour ma part, j'en découvris un et je ne pouvais dire s'il vit la même chose dans les miens parce qu'en réalité, on partageais le même.
Ce que je cherchais à nommer depuis la première fois que je le vis. Ce quelque chose de familier que j'avais reconnu en lui, qui faisait de lui quelqu'un de différents des autres garçons que j'avais pu croiser sur ma route jusque-là, si je pouvais me le permettre, alors âgée d'à peine 18 ans. Oui, je l'avais reconnu en cet instant précis, cet air de déjà vu. C'est vrai, un jour ou l'autre, on espère tous le découvrir, le trouver chez une autre personne.
On croise le regard de l'autre et là, l'incroyable se produit. Ce n'est pas un coup de foudre ou un brûlant désir comme on nous le répète inlassablement dans les films ou dans les romans.
En réalité, c'est plus fort qu'un coup de cœur, bien loin au-dessus de ça. C'est précisément cette impression de voir son propre reflet dans le miroir de l'autre. Son miroir se situe dans son regard et ce que j'y avais vu était plus fort, plus puissant que tout.
Ce fut cela qui avait transpercé mon âme immanquablement.
Voilà que j'aperçus dans ses yeux, ce dont je suis témoin tous les matins en me regardant dans le miroir. Tous les matins, je me lève, je me vois et je constate le poids de mon passé, toute la tristesse, tout mon désespoir. Ses yeux venaient de me révéler le plus intime de tous ses secret, lorsque j'eux décelé chez lui le même désarroi, la même détresse…
Que savais-je de lui ? Rien de son passé, certes mais je ressentis sa peine aussi fort que je pouvais évaluer la mienne, c'est-à-dire, sans limite…
Et au moment même où je pris pleinement conscience de la profondeur et la beauté de notre rencontre, un bruit fort et strident retentit soudain, nous sortant de notre douce rêverie…
Edward s'empressa d'aller répondre au parlophone. C'était juste le livreur de pizza.
Il fouilla dans ses poches pour retrouver son portemonnaie, tandis que moi je tentai par tous les moyens de reprendre mon calme. Je me sentis tellement bouleversée par ce que je venais de vivre avec lui que j'en oubliai même de payer ma part. Edward s'en chargea comme il l'avait promis sans rien demander en retour.
Je me précipitai dans la cuisine pour me réfugier et reprendre mon souffle mais il revint pour prendre quelques essuie-tout avant de m'inviter à le rejoindre, de la façon la plus naturelle qui soit.
Alors, pour ne pas le faire attendre plus longtemps, je pris mon courage à deux mains et alla m'installer de l'autre côté de la table à manger pour lui faire face.
En prenant une part de pizza, il me demanda ce que je comptais faire le lendemain mis à part aller voir mon logement d'étudiante.
Je répondis que j'allais commencer à déménager mes affaires.
Il m'observa pendant un moment avant de me proposer son aide.
Je pus facilement deviner pourquoi il m'offrait ainsi son soutien. Peut-être par gentillesse ou simplement, comme je le pressentis, cette envie d'ailleurs et cet ailleurs, c'était moi qui le lui procurait.
Je ne pouvais que m'en réjouir même si, en réalité, j'espérais lui apporter bien plus qu'un sentiment d'évasion mais puisque cela me paraissait être un bon début alors j'acceptai son aide sans hésiter.
Après avoir mangé, il m'avertit qu'il compte me préparer des couvertures pour que je puisse dormir sur le divan. En revenant avec le nécessaire, il me prêta pour la nuit un vieux pull à lui dont l'odeur qui en dégageait m'enivra instantanément.
Je me précipitai alors dans la salle de bain pour aller me brosser les dents avec le strict minimum que j'avais emporté avec moi pour une nuit dans une auberge de jeunesse et je troquai ma chemise de nuit contre son pull dans lequel je me sentis immédiatement à l'aise.
Je détachai mes cheveux et les brossai. Puisque, même s'il ne se passait rien, je ne voulais pas arborer devant lui des cheveux complètement pagaille.
En sortant de la salle de bain, je le vis refermer la porte de sa chambre avant de se retourner et de me faire face. Il s'arrêta un moment, l'air surpris, me détailla rapidement de la tête au pied avant de poursuivre son chemin pour se rendre à son tour dans la salle de bain.
Des frissons me parcoururent le corps rien qu'avec ce simple contact oculaire.
Je me dirigeai cependant vers la salle de séjour puis m'installa confortablement sur le divan, incroyablement heureuse par la tournure que prenaient les évènements.
J'avais hâte qu'il revienne vers moi, cependant, j'avais surestimé l'énergie qu'il me restait alors, sans m'en rendre compte, je m'assoupis assez vite.
Durant la nuit, il m'arrive quelques fois de faire des cauchemars. Plus jeune, il m'arrivait rarement d'en être profondément touchée. Malheureusement, avec le temps et les blessures de la vie, ces cauchemars devinrent de plus en plus fréquents et perturbants.
Ainsi, j'étais déjà réveillée en pleurs ou en poussant un cri de détresse.
Cette nuit-là, malgré la si merveilleuse journée que je venais de passer, mes tourments reprirent le dessus et après un mélange de songes effrayants et perturbants, je me réveillai avec fracas, le visage baigné de larmes.
Edward était déjà près de moi épongeant mon front d'un gant de toilette humide, de l'autre main, il tenait un verre d'eau qu'il m'encouragea à boire aussitôt qu'il me vit ouvrir les yeux.
J'étais tellement décontenancée par la situation que je continuai de pleurer malgré moi, tentant de m'excuser entre deux sanglots.
Edward ne paraissait nullement surpris par mon comportement, au contraire. Il gérait parfaitement la situation, comme s'il savait ce que c'était. En effet, à mes excuses, il rétorqua :
- - Ne t'inquiète pas, tu fais juste des terreurs nocturnes, m'expliqua-t-il d'un ton calme et sérieux.
Lorsque je repris tout doucement mes esprits, il s'assura que je me portai mieux mais au moment où il se préparait à se lever, je le retins par le bras et posa mon front sur épaule. Il se rassit alors tout calmement et voyant que je ne le lâchai pas, il s'allongea à mes côtés.
Le sentir, ainsi, aussi près de moi me rassura considérablement et je m'endormis de nouveau mais cette fois, dans un sommeil sans rêve.
(la suite dans les jours à venir) ;)
