Kimimaro. Le thème de Kimimaro sur l'OST de Naruto. Et un dimanche soir de merde.
J'avais honnêtement pensé pouvoir classer cette histoire dans la catégorie romance/humour, ma préférée :) Mais je ne suis pas aussi constante que ça.
Mini chapitre, désolée. Juste un truc que j'avais besoin d'écrire.
ListonOnRepeat a raison : « One does not simply repeat a video 10 times without sharing it with friends » (merci, site lambda, de me ramener à ma condition humaine. Pour ceux à qui ça échappe : c'est un mème construit sur l'image de Boromir dans le Seigneur des Anneaux : « one does not simply walk into Mordor... » Et le site me raconte ça parce que ça fait plus de dix fois que j'écoute le thème de Kimimaro :)
Natsu se dépêcha de rejoindre la tente qu'on lui avait allouée près de la porte de la mini-forteresse. Il se jeta sur son sac de couchage et déboucha sa bouteille de bourbon.
Putain de journée... pensa-t-il en se mettant sur le côté – plus confortable pour son cul douloureux.
Il ne s'était pas vraiment attendu à ce que Gajeel fasse ça. Il ne l'en avait pas cru capable. Une partie de lui-même avait aimé ça, une autre se sentait utilisée. Ce n'était pas grave, il avait l'habitude, mais il n'en éprouvait pas moins un vague sentiment de dégoût (Envers qui ?), et... de la culpabilité.
Il avala quelques gorgées de bourbon et poussa un gros soupir. Cette histoire avec Gajeel lui rappelait d'un peu trop près celle de son intégration dans le gang de l'Homme de Foudre. Une capture, des faveurs sexuelles... Puis, finalement, une vie acceptable. Luxus non plus n'avait pas été tendre.
Natsu chercha à se détendre, mais le sol était trop dur, le bourbon trop âcre. En fait, dans cette nuit silencieuse, seul dans sa tente de fortune plantée au beau milieu d'un campement hostile, il se sentait authentiquement désespéré. Le silence et la solitude... Ça faisait de lui une petite personne écrasée par l'immensité et la cruauté du monde. Juste un gars comme des milliers d'autres qui essayait de survivre à la nuit avec une bouteille d'alcool.
Natsu enfouit son visage dans l'oreiller constitué par son t-shirt et se mit à chialer toutes les larmes de son corps.
Une habitude un peu trop récurrente depuis cette putain d'apocalypse nucléaire.
Comme si chaque soir était une putain de bataille qu'il fallait gagner juste pour pouvoir s'endormir.
Comme si le sommeil était un luxe qu'on acquérait à force de bonne conduite. Mais bordel, c'était quoi, une bonne conduite, dans un monde où chaque jour constituait cent occasions de crever ?
Le pire, c'était que pendant que Natsu sanglotait en s'accrochant à sa bouteille de bourbon, il entendait distinctement la fille aux cheveux bleus et le connard de mécano s'envoyer en l'air comme si demain n'existait pas. Et ce n'était pas le genre de nuit où Natsu avait envie de se réjouir pour eux. Juste le genre de nuit où ça lui donnait envie de crever.
Alors qu'il pleurait comme un gamin dans son propre t-shirt, Natsu se rappelait sa vie d'avant. Celle d'avant Gajeel. Celle d'avant Luxus. Celle d'avant l'apocalypse. Cela ne lui revenait que dans le vague halo argenté dans lequel on enterre ses bons souvenirs. La nostalgie lui agrippait le cœur comme une sangsue à la con.
Quand il repensait à tout ça, à l'époque où il avait été heureux, à l'époque où il croyait être en sécurité, à l'époque où il croyait que le monde n'était pas parfait, mais simplement composé de gens qui faisaient de leur mieux... Il y arrivait encore. Quand il croyait qu'on crachait sa haine pour flatter son ego. Pas parce qu'on y croyait vraiment. Mais désormais il vivait dans un monde où la haine existait pour de vrai. Lui ? Il avait juste essayé d'esquiver les coups. Lui ? Il n'avait jamais vraiment haï quelqu'un.
Une vie acceptable... C'était quoi, au juste ? Ne pas avoir trop mal, et une bouteille de bourbon le soir ?
L'assurance de vivre un autre jour ?
Le désir de vivre un autre jour ?
C'était l'heure la plus noire de la nuit. Pas loin de trois heures du matin. L'heure des démons.
Natsu se retourna dans l'autre sens. Peut-être que dans cette autre position, il ne sentirait pas le poids de son cœur qui l'entraînait au 36e dessous. Là où les démons se rassemblaient pour mettre votre âme en pièce. L'heure la plus noire de votre nuit où les révélations sont censées briller comme des phares dans les ténèbres. Mais en l'absence de révélations, il ne reste que le silence de votre propre esprit. Le silence qu'il s'appliquait à faire taire dans les nuages vagues du bourbon. Dans le silence, à trois heures du matin, la cohorte des fantômes s'éveille. Natsu les voyait tous : amis, amants, parents. Toute une farandole autour de son sac de couchage et de son jeune corps maltraité par quelqu'un qui avait plus de pouvoir que lui. Il avait encore en lui la sensation du corps de l'autre, de son appétit dévorant. Lui ?
Une image effacée sous la pluie.
Un souffle de vent.
Natsu se tourna encore. Il attrapa sa bouteille et y but à nouveau comme s'il plongeait les lèvres dans le Léthé, le fleuve de l'oubli. À la différence près que de boire ce poison, c'était comme se souvenir et oublier à la fois. C'était revoir tout, et tout le monde, et leur dire adieu en même temps.
Parce que la nuit était glaciale. Parce que son lit de fortune était un nid d'aiguille dans lequel son corps cherchait en vain à se lover. Parce qu'il venait de donner son corps une fois de trop.
Parce que sa santé mentale était un phare qui clignotait à intervalles irréguliers, son cœur un champ de mine que des imbéciles émotions passaient leur temps à traverser, déclenchant de petites explosions létales.
Parce qu'il était trois heures du matin, et que c'était la pire heure du monde pour être lucide.
