Je vois que cette histoire plaît à certain(e)s d'entre vous et j'en suis ravie. Cette fanfic sort un peu de mon registre habituel et donc du coup je suis un peu en terrain inconnu, mais comme toujours, je m'amuse toujours beaucoup à l'écrire. Un petit retour, même quelques mots, me ferait très plaisir :)

Dans tous les cas, comme toujours : enjoy ! :)


« My world is fire and blood. Once, I was a cop. A road warrior searching for a righteous cause. As the world fell, each of us in our own way was broken. It was hard to know who was more crazy... me... or everyone else. »

[Mad Max : Fury Road]

I

L'aurore arriva trop vite, tant pour Natsu que pour Gajeel. La journée passa dans une étrange tension, le regard quasi-maléfique de Natsu rivé sur Grey qui continuait de réparer sa bagnole, Gajeel observant Natsu de loin avec de l'indécision plein le cœur.

Dans l'après-midi, Grey déclara que la voiture était réparée.

« Excepté ton système de lance-flammes... J'ai jamais vu un truc comme ça et j'ai pas tout compris. »

Les lèvres de Natsu s'étirèrent en un sourire arrogant.

« Ça va de soi, dit-il. Quoi qu'il en soit... Euh... Même si tu l'as pas fait pour moi, merci pour la bagnole. »

La mâchoire de Grey manqua de tomber sur le sol. Toute la journée, il avait travaillé sous le regard inquisiteur de Natsu et avait fait de son mieux pour ne pas lui sauter à la gorge. Les choses commençaient à s'améliorer pour le mécano et il ne voulait pas contrarier Gajeel à ce stade de son insertion dans son petit cartel, alors il avait fait l'effort de fermer sa gueule. Et maintenant... Natsu le remerciait ?

Il observa attentivement ce jeune gars aux cheveux rose hirsutes.

« Cette voiture... Pourquoi elle compte autant pour toi ? se hasarda-t-il à demander.

— Ça me semble pourtant évident. Posséder une bagnole, c'est ce qui s'approche le plus de posséder une liberté.

— La liberté ne se possède pas, fit remarquer Grey d'un ton légèrement dédaigneux.

— Tu te fous de moi ?! s'exclama Natsu. Tout se possède, Grey. Le cul, la binouze, le carburant, et même la liberté. Si tu penses le contraire, j'ai bien peur que tu sois un sacré idéaliste dans un monde de merde. »

Cette tirade surprit le mécano. Natsu n'était pas juste une boule de nerfs exaspérante. Il commençait à comprendre ce que Gajeel voyait en lui.

« Bon, dit-il, conciliant. Je te la laisse. Répare toi-même ton système de lance-flammes, je ne regarderai pas.

— Merci. »

Natsu vérifia que Grey tenait bien parole, puis s'attela à la tâche.

II

Dès que sa voiture fut fin prête, Natsu jeta ses outils dans un coin – il savait que ça mettrait Grey en pétard, mais qu'importe, contrarier le mécano était trop amusant – et courut jusqu'à l'endroit que Gajeel appelait son « bureau ». Il entra comme une flèche, et tomba sur le Dragon d'Acier qui buvait du bourbon comme on aurait prit le thé, en compagnie de Jubia avec il conférait à voix basse. Tous les deux sursautèrent devant son intrusion.

« Gajeel ! l'interpella-t-il bruyamment. Ma bagnole est fin prête. Envoie-moi dehors ou je vais péter un câble ! »

La fille aux cheveux bleus et le Dragon d'Acier le regardèrent, interloqués.

« Pourquoi je te laisserai partir seul en mission, dehors ?! s'étrangla Gajeel. Je suis pas con à ce point-là ! »

Natsu eut un soupir exaspéré.

« S'il y a que ça, t'as qu'à venir avec moi. »

Les yeux de Gajeel s'écarquillèrent davantage. Il échangea un regard avec Jubia, qui haussa les épaules comme pour lui signifier que ça ne la concernait pas.

Gajeel hésita. Il regarda ses mains. Avala le reste de son verre. Se tourna vers Natsu et fronça les sourcils.

« Avec moi ? répéta-t-il d'un ton confus.

— Ouais. » Natsu croisa les bras sur sa poitrine. « C'est oui, ou c'est non ? »

Gajeel rejeta sa longue chevelure noire en arrière, se redressa et regarda Natsu dans les yeux. Sinon avec assurance, du moins avec détermination.

« C'est oui, décida-t-il. J'ai justement un truc à faire. Une affaire à conclure avec Rogue Cheney. Tu le connais ?

— Le chef des Dents de sabre ? Celui qu'on surnomme l'Ombre ? Évidemment. Même Luxus a peur de lui. T'es en affaire avec lui ?

— On peut dire ça, confirma Gajeel avec un sourire carnassier.

— Je marche ! On peut partir tout de suite ?

— Impatient à ce point-là ?

— Gajeel, oblige-moi à rester ici cinq minutes de plus et j'égorge quelqu'un.

— C'est noté. Donne-moi un instant, je te rejoins. »

Natsu essaya de contenir son sourire d'enthousiasme. Après ce qui s'était passé la veille, il ne voulait pas donner trop de signaux positifs à Gajeel. Il voulait juste sortir d'ici. Il se dépêcha de redescendre dans la cours de la petite forteresse pour aller faire chauffer le moteur.

III

Enfin. La poussière sous les roues, le soleil dans les yeux, l'immensité du ciel au-dessus de la tête. Rien à des kilomètres que du bleu et du blanc, les brumes tremblantes de chaleur à l'horizon, et plein les oreilles, le rugissement furieux du moteur. Libre.

Même la silhouette imposante du Dragon d'Acier sur le siège passager, la pesanteur de ses yeux sombres s'attardant sur son visage et sur toutes les parties de son corps, tout cela ne gâchait en rien son plaisir. L'accentuait, même. Parce que Natsu aimait la façon dont Gajeel le regardait, avec une sorte de faim ténébreuse, un appétit indomptable qui exsudait de lui comme la menace d'une mort prochaine auréole une panthère noire. Et ça avait quelque chose d'excitant. D'effrayant, mais d'excitant quand même.

Natsu écrasa la pédale d'accélérateur, un sourire fou aux lèvres. Dans cette bagnole, il sèmerait tous les chiens de l'enfer. Rien ni personne ne pouvait l'atteindre.

De son côté, Gajeel n'aurait pas pu prétendre qu'il se sentait totalement à l'aise avec ce chauffeur infernal, mais il s'abstint de toute remarque. Voir Pinkie dans son élément naturel, seigneur de la route, c'était beaucoup trop sexy. Même le geste anodin de passer les vitesses s'auréolait de gloire une gloire travestie, en lambeaux, une gloire de guerrier blessé et diminué, mais une gloire quand même. Natsu se révélait sur la route, pas un simple pilote, mais un chevalier post-apocalyptique qui survolait les plaines arides avec l'aisance d'un souffle de vent, avec pour seule bannière son désir de liberté, pour seul serment sa volonté de survivre.

Gajeel s'aperçut qu'il l'admirait. Merde, il l'admirait ! Depuis le début des emmerdes, il n'avait pas éprouvé ce sentiment envers qui que ce soit, sauf peut-être Jubia. Il y avait des gens qui lui inspiraient la peur, d'autres le respect, certains, plus rares, l'amitié ; mais de l'admiration... Il cligna des yeux, effrayé par ce que cela signifiait. Il avait de l'admiration pour le type qu'il avait baisé la veille sans prendre la peine d'attendre son consentement. Ce que cela signifiait ? Eh bien, qu'il était en train de s'enticher de ce gars. Et ça n'allait pas s'arranger s'il le gardait à ses côtés. Mais quand il songeait à l'idée qu'on le lui arrache, de sombres instincts s'éveillaient en lui. Natsu était plus précieux que la bouffe, le carburant et le bourbon. Natsu n'était pas une ressource vitale. C'était la vie elle-même.

Gajeel s'effraya de ses propres pensées, mais il n'y avait rien qu'il puisse faire pour les repousser. Chaque fois qu'il tournait la tête pour le regarder, il en arrivait à la même conclusion. Pinkie avait trouvé le moyen de le séduire, pire que ça, de l'émouvoir.

Plongé dans ses pensées, il sursauta quand Natsu donna un brusque coup de frein.

« On y est, annonça Pinkie. La frontière du territoire de l'Ombre.

— T'es déjà allé jusque là ? » s'étonna Gajeel.

Natsu eut un sourire joueur.

« Ce n'était pas la première fois que je passais par chez toi, quand tu m'as capturé, ô Dragon d'Acier. »

Gajeel ne put s'empêcher de rire.

« Je vois. Mais t'as déjà traité directement avec l'Ombre ?

— Impossible. Luxus me l'avait strictement interdit. Il disait que ce gars était dingue. Qu'il fallait l'éviter à tout prix. Alors, il est dingue ?

— Dingue ? Je dirais pas ça. Bizarre, pour le moins. Tu verras bien par toi-même. Sa forteresse est pas loin à l'ouest. Arrête-toi une bonne centaine de mètres avant. Faudra qu'on montre patte blanche si on veut pas se faire descendre.

— Compris. C'est une mission dangereuse, du coup ?

— Suicidaire, répondit Gajeel avec un grand sourire.

— Ça me va », répliqua Natsu en lui souriant plus largement encore.

IV

La forteresse de l'Ombre ressemblait à un navire échoué. En fait, à bien y réfléchir, c'était probablement un navire échoué. Une vieille carcasse rouillée sertie de barbelés et de tourelles pour snipers. La chose se dressait là, comme une grosse baleine éventrée, entre les dunes rocailleuses du désert.

Comme Gajeel l'avait demandé, Natsu arrêta la voiture à distance respectueuse des portes d'entrée. Ils descendirent de la bagnole et levèrent les mains en l'air en signe de paix. Puis, ils attendirent dans le silence étourdissant du désert. Au bout de longues minutes, les portes pivotèrent et un homme blond sortit de la forteresse, un gros calibre dans les mains.

« C'est toi, Gajeel ? héla-t-il.

— Si tu croyais le contraire, tu seras pas sorti, Sting, pas vrai ? Détends-toi. Pinkie est avec moi. Ma dernière recrue. »

Natsu tiqua en s'entendant décrire ainsi, mais ne dit rien.

Le dénommé Sting fit un signe à quelqu'un derrière lui, et il avança vers les nouveaux venus avec une petite escouade armée jusqu'aux dents.

« T'es là pourquoi ? demanda le blond quand il fut assez proche pour ne pas avoir à s'égosiller.

— Pour ce dont on a parlé l'autre jour. J'ai trouvé un puits de pétrole et je veux bien partager, mais ça a un prix. »

Natsu se figea. Un puits de pétrole ? C'était comme si, dans les temps anciens, Gajeel avait tranquillement annoncé qu'il connaissait l'emplacement d'une mine de diamants et d'un trésor archéologique convoité depuis un siècle par le Bristish Museum. Et il lui laissait connaître cette information comme s'il était l'un de ses hommes ? Ce qu'il n'était définitivement pas, et Gajeel n'était pas assez idiot pour commettre une erreur aussi grossière. Alors, pourquoi ?

Il n'eut pas le temps de réfléchir davantage à la question. Après avoir examiné la bagnole en long, en large et en travers, Sting et ses compagnons les invitèrent à entrer. Natsu grimpa dans la bagnole, claqua la portière et regarda Gajeel.

« Un puits de pétrole ? T'es sérieux ? »

Gajeel se contenta de sourire.

Natsu soupira.

« Bon, bah c'est parti pour rencontrer l'Ombre... »

V

Rogue Cheney alias l'Ombre les attendait au fond de l'épave, dans une vaste salle tapissée de tentures trouvées dieu sait où. Des braseros brûlaient en ligne, comme une allée d'église menant au trône de l'Ombre, un absurde méli-mélo de pots d'échappements qui ressemblait à une parodie du trône de fer dans Game of Thrones. L'Ombre se tenait en retrait des lumières, une longue mèche de cheveux noirs dissimulant la moitié de son visage. Cependant, tandis qu'il remontait l'allée avec Gajeel, Natsu se sentit observé, comme si un serpent le regardait depuis sa cachette sous une pierre. Il frissonna malgré la chaleur ambiante et se frotta les bras, mal à l'aise.

Arrivé près du trône, Gajeel s'arrêta et salua l'Ombre de sa voix forte et grondante.

Et de façon plutôt informelle.

« Salut, Rogue, dit-il tranquillement. J'ai une confirmation sur le puits. Comme on a dit, je te donnerai son emplacement si tu me files la ferraille que je t'ai demandée y a des lustres. »

Un regard obscur se darda sur Gajeel,. Puis, il glissa sur Natsu, de haut en bas. Le pilote frissonna de plus bel, glacé en plein après-midi post-apocalyptique.

« Qui est-ce ? demanda Rogue d'une voix douce et modulée, pleine de poison.

— Pinkie ? Oh, ma nouvelle recrue. Encore un qui a pas pu supporter longtemps le contact de ce connard de Luxus. »

Natsu fit de son mieux pour dissimuler sa surprise. Si c'était là l'angle que Gajeel comptait prendre, pourquoi ne l'avait-il pas prévenu ?!

Pour tester sa loyauté. Pour jauger ses réactions. Mais c'était fou ! Si Rogue voyait sa surprise, il ne ferait jamais confiance à Gajeel ! Pourquoi le Dragon d'Acier prenait-il de tels risques ? Natsu aurait pu s'en prendre à Gajeel ici même, mettant ainsi un point d'arrêt à toute tentative de négociations parce qu'il était venu en compagnie d'un membre du gang de l'Homme de Foudre, autrement dit, en compagnie d'un traître. Mais si Natsu avait réagi, il se serait fait tuer en même temps que Gajeel... Et pourtant, c'était toujours un trop gros risque.

Est-ce que Gajeel ne craignait vraiment pas ce type que même Luxus évitait ?

« Tu m'en dois une, continua le Dragon d'Acier. Je t'ai donné plus qu'assez de preuves de ma fiabilité. La façon dont je vois les choses, c'est que toi, tu dois me prouver que j'ai raison de te donner l'emplacement de ce puits. »

Natsu fixa Gajeel, tétanisé. Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire pour défier l'Ombre avec un tel aplomb ?! Quelque chose d'important, si on devait en juger par la réaction de Rogue.

Il pinça les lèvres dans une moue de contrariété, mais quand il reprit la parole, ce fut d'une voix calme et posée.

« Tu marques un point, Gajeel. Je peux peut-être te faire confiance, mais ce type ? Qui te dit que ce n'est pas un espion à la solde de Luxus ?

— Mon système de recrutement ne concerne que moi. Natsu est avec moi, et tu vas devoir t'en tenir à ma parole. Sinon, pas de puits de pétrole. Alors certes, j'obtiendrai peut-être pas ma ferraille, mais je suis prêt à prendre le risque. »

Un silence mortel s'abattit dans la salle pleine d'échos.

Rogue changea de position sur son trône de fer, puis se pencha en avant, le menton dans la main. Natsu eut l'impression que son seul œil visible le transperçait.

« Si je ne peux pas questionner le Dragon d'Acier, qui apparemment souhaite se montrer susceptible, je peux t'interroger, toi. Qui es-tu, et à qui es-tu loyal ? »

Natsu se sentit fondre sur place. Que répondre à ça ? Comment se sortir vivant de ce guêpier ? Il n'y avait aucune bonne réponse. Toutes les réponses possibles faisaient de lui un traître aux yeux de quelqu'un. Réalisant ceci, il décida de parer au plus urgent.

Il prit une grande inspiration et prononça calmement :

« Je m'appelle Natsu. J'étais effectivement à la solde de Luxus, mais c'est terminé. Pour des raisons qui me sont personnelles, je suis loyal à Gajeel, le Dragon d'Acier. Si tu veux questionner ça, il va falloir que ça en passe par une remise en question de ton allié, et j'ai comme la sensation que personne ici n'a envie de ça. »

Un mince sourire, aiguisé comme le premier croissant de lune, apparut sur le visage de son interlocuteur.

« En effet, Natsu. Personne n'a envie de ça. »

Il fit un geste nonchalant de la main en direction de Gajeel.

« Tu as gagné, Dragon d'Acier. La ferraille est à toi. Le puits de pétrole... est à moitié à moi. Marché conclu ?

— Marché conclu », grogna Gajeel.