Coucou tout le monde !
J'ai écrit ça très vite, en deux fois, j'espère ne pas avoir laissé traîner trop de bêtises. Non que je voulais m'en débarrasser, c'est juste que ça a été très spontané ! (enfin, en même temps, cette fanfic est en général très spontanée...)
J'ai eu pas mal de choses à l'esprit ces derniers temps, du travail, d'autres trucs, et par-dessus tout, trop de fanfics en cours. Mais il est hors de question que je laisse une fanfic inachevée. J'irai jusqu'au bout, telle une héroïne de shonen. (C'était de lauto-foutage de gueule, hein. En plus, y a pas vraiment d'héroïnes de shonen, surtout des héros :)
Le drama s'intensifie... (ces temps-ci, il faut croire que j'ai beaucoup à exorciser, mais l'humour et la légèreté ont tendance à me faire défaut !...) Vous inquiétez pas, y a une petite consolation citronnée à la fin :)
L'instant muscial : vous connaissez It's a sin, par Pet Shop Boys ? Ouais. Je trouve malheureusement ça hyper cool. Ainsi que la reprise par To/Die/For, des lovers goths finlandais pour lesquels j'ai toujours, quinze ans après, toujours beaucoup de tendresse :)
Enjoy :)
PS : Pour ceux qui suivent les deux histoires, le prochain chapitre du Feu et la glace est en cours d'écriture :)
I
Gajeel n'en crut pas ses yeux. Natsu revenait ! Il avait vu Luxus pointer un flingue sur lui, et voilà Pinkie qui retournait à la base en sprintant. Que comptait faire Luxus ? Pourquoi n'attaquait-il pas ? Sa confusion augmenta quand il le vit faire demi-tour avec ses troupes. Ni une ni deux, il dévala les escaliers pour se rendre aux portes de la base, qu'il ordonna qu'on ouvre en grand, et courut à la rencontre de Natsu.
Celui-ci stoppa sa course à quelques mètres devant lui, hors d'haleine.
« Natsu, c'est quoi, ce bordel ? » demanda Gajeel sans aménité.
Pinkie darda sur lui un regard incendiaire.
« T'as gagné, Gajeel. Il ne veut plus de moi. Il a failli me buter. Il croit que je suis devenu l'un de tes hommes. »
Natsu était nul pour mentir, mais il espérait que son essoufflement et le désespoir qu'il éprouvait dissimuleraient son malaise.
« Je ne comprends pas... Pourquoi il l'a pas fait, alors ? Et pourquoi est-ce qu'il s'est barré ? »
Natsu se frotta le visage. Il avait l'air perdu, épuisé.
« Parce que je lui ai menti, Gajeel. Pour vous protéger, toi et les autres. Je l'ai convaincu que les renforts de Rogue étaient sur le point d'arriver. Et il ne m'a pas buté parce qu'il me méprise au plus haut point, et qu'il trouve ça bien plus drôle de me rejeter. Histoire de bien me faire sentir que j'ai tout perdu. »
La voix de Natsu s'étrangla et Gajeel crut qu'il allait se mettre à pleurer. Au lieu de cela, Pinkie redressa le menton et le regarda droit dans les yeux.
« Il va se préparer à la guerre, comme jamais encore il ne l'a fait. Il sait que l'Ombre et toi avez une alliance. Il reviendra, Gajeel. Il va tous nous tuer. Et je suis sûr qu'il s'occupera personnellement de moi. Il m'a forcé à revenir, à te supplier. Et ensuite, il va me tuer. C'est le genre d'homme qu'il est. »
Tout cela, au moins, était vrai. Plus vrai que vrai. Natsu maudit le jour où il était parti pour cette expédition dans le territoire du Dragon d'Acier. Il maudit sa sale habitude de travailler seul, en partie parce qu'il aimait ça, en partie parce qu'il ne voulait pas mettre ses camarades en danger, et qui lui avait valu de se retrouver pris au piège.
« Qu'il essaie ! rugit Gajeel. T'as pas besoin de me supplier, Natsu. Tu es sous ma protection. Je sais pourquoi tu as cherché à t'enfuir et je ne t'en tiens pas rigueur. Je comprends. Mais s'il vient après nous, après toi, après quiconque dans cette base, il est mort.
— Arrête de te la raconter ! gueula Natsu, exaspéré. Tu le connais pas, Gajeel ! Pas comme moi, je le connais.
— Alors éclaire ma lanterne. Tu en sais plus sur lui que quiconque ici. Avec ton aide, on pourra le vaincre. Et ne nous sous-estime pas. On peut faire face. »
Natsu marqua une pause. La moue qui tirait ses lèvres vers le bas en disait long sur son état d'esprit.
« Si tu le dis... soupira-t-il. Je n'ai pas l'intention de le laisser me tuer, Gajeel. Mais... même si je survis, je doute que mes amis aussi. Je... Vos foutues guerres... Je... »
Il ne parvint pas à terminer sa phrase et baissa la tête, les poings serrés.
Gajeel se raidit. Il ne comprenait que trop bien ce que ressentait Pinkie. Mais il n'y pouvait rien. Il devait se concentrer sur l'essentiel. Défendre les siens. Natsu avait raison, la veille : il ne pouvait pas défendre les siens et les amis de Pinkie en même temps. Il serait forcé de faire un choix.
Le choix...
Natsu, lui, ne l'avait même pas eu. C'était injuste, mais là encore, il n'y pouvait rien. Plus maintenant, en tout cas.
Et soudain, un détail le frappa.
Je lui ai menti, Gajeel. Pour vous protéger, toi et les autres.
Natsu n'avait pas besoin de faire ça. C'était purement gratuit. Peut-être que Luxus ne l'aurait pas rejeté s'il l'avait incité à attaquer. Sans doute, même : Luxus aurait été trop obnubilé par l'idée de descendre l'un de ses vieux rivaux pour se préoccuper de son sort.
« Bon... fit doucement Gajeel. Rentrons. Faut qu'on débriefe avec les autres et qu'on prépare la suite. Est-ce que... Est-ce que tu vas nous aider ?
— Au point où j'en suis... » murmura Natsu d'une voix cassée qui lui fendit le cœur.
II
Jellal et Bixrow ne dirent rien, mais ils n'en pensaient pas moins. Ils étaient sceptiques, et n'accordaient aucune confiance à Natsu. Celui-ci s'en rendit compte, et tout à coup, il sortit de ses gonds. Il frappa du poing sur la table et darda un regard incendiaire sur les conseillers de Gajeel.
« Vous croyez que j'ai envie d'avoir cette conversation ? cracha-t-il, le souffle court. Que je veux vous donner les armes pour abattre mes anciens amis ? Vous croyez vraiment que je n'aimerais pas être n'importe où, sauf ici ? Si c'est ce que vous croyez, allez vous faire foutre ! Je n'ai rien demandé de tout ça, rien ! Depuis le début, je suis juste un gars qui essaie de survivre ! C'est vous qui avez profité de moi, pas l'inverse ! Et aujourd'hui, je vais en payer le prix le plus élevé qui soit ! Alors si vous avez un truc à rajouter, faites gaffe à ce que vous allez dire. Parce qu'au stade où j'en suis, il me reste tout juste assez de retenue pour vous faire la politesse de vous prévenir que si vous continuez à me faire chier, je vais vous buter. »
Jellal et Bixrow se figèrent, abasourdis par cette tirade. Gajeel, lui, croisa les bras sur sa poitrine avec un léger sourire. Natsu n'avait pas tort, et sur le coup, il les avait bien rembarré. Ça leur ferait les pieds, à toujours donner leur opinion sans jamais rien proposer de mieux que des critiques et des reproches.
Les choses ayant été mises au point entre les participants, la réunion « stratégique » put alors commencer. Natsu leur expliqua de quel type d'armes Luxus et ses troupes disposaient, et leur parla de la tactique qu'il avait employée lors de sa dernière attaque sur une base semblable à celle de Gajeel.
Ces informations allaient peut-être leur sauver la mise, pensa Gajeel. Mais il fallait d'abord qu'il discute avec Rogue.
Quand on parle du loup...
L'Ombre apparut dans l'encadrement de la porte et jeta un froid par sa seule présence. Il n'avait rien de spécialement effrayant du point de vue physique, mais la fixité glaciale de son regard sombre, la façon dont il bougeait comme si les ombres suivaient ses mouvements, lui donnaient une aura néfaste. Gajeel n'y était pas insensible, mais voilà, pour un type comme lui, c'était malheureusement plus excitant qu'effrayant.
« Jubia avait dit que c'était urgent, dit Rogue en haussant un sourcil.
— Ça l'était. Mais grâce à Natsu, l'attaque n'est pas pour aujourd'hui. Il a réussi à nous faire gagner du temps, mais ça ne change rien : il fallait que tu viennes. Luxus va nous écraser. »
Rogue haussa les épaules et s'approcha de la table. Sting apparut dans son sillage et adressa un clin d'œil à Natsu, qui lui sourit. Enfin un mec pas prise de tête... Derrière lui, Jubia suivait de près.
« Ça tombe bien, dit Rogue avec un sourire cruel. On avait l'intention de lui faire la peau, de toute façon. Pas vrai ?
— En effet.
— En prévision de ce projet, j'ai amené quelques amis. Les gars ! lança-t-il par-dessus son épaule. Ramenez-vous ! »
Un trio pour le moins haut en couleur fit alors son entrée.
Bixrow avait apparemment trouvé un autre fana de reconstitution historique, sauf que celui-ci était plus dix-neuvième siècle romantique que médiéval fantastique. Vêtu d'une redingote d'un rouge passé et d'un chapeau à plume de mousquetaire, le nouveau venu les observa derrière un loup de bal costumé, sourire aux lèvres.
À ses côtés, une jeune fille aux cheveux blancs et au crâne rasé d'un côté leur fit face, ses grands yeux gris clairs noyés dans un maquillage charbonneux. Elle portait trois piercings sur le nez, dont l'un était relié par une petite chaîne à son oreille. Vêtue d'un jean qui avait connu de meilleurs jours et d'un débardeur blanc couvert de suie, elle leur sourit, poings sur les hanches.
Enfin, un homme de taille moyenne mais à la carrure de catcheur complétait le trio, des tatouages tribaux recouvrant son cou et ses biceps. Une chevelure hirsute teinte en vert dépassait de son bandana de motard à imprimés têtes de mort. Apparemment, il avait emprunté le charbon qui servait à sa collègue pour se maquiller, mais c'était chez lui plus discret, juste une touche pour souligner l'éclat fauve de ses yeux.
« Je vous présente le Gang du Souvenir, déclara Rogue. Un trio de freelances avec qui j'ai souvent traité par le passé. »
Le mec du milieu en redingote fit la révérence.
« Enchanté, messieurs dames. Je suis Rufus.
— Salut ! Je suis Yukino ! fit la jeune fille au crâne rasé.
— Et moi c'est Orga », gronda le baraqué.
Pendant quelques secondes, Natsu en oublia la gravité de la situation.
« Bah merde, alors... C'est quoi, ces hurluberlus ?! »
Gajeel pouffa, et s'arrêta presque aussitôt en captant le regard noir de Rogue. Il se racla la gorge.
« Le Gang du Souvenir, hein ? Jamais entendu parler. Vous savez faire quoi ?
— C'est simple, fit Rufus en regardant le Dragon d'Acier. Tout.
— Tout ? » Gajeel croisa les bras sur sa poitrine, perplexe. « Mais encore ?
— Pillage, assassinat, réparations, conception automobile, services de renseignements, gardes du corps... » énuméra Yukino d'un ton légèrement ennuyé, comme si elle récitait son invraisemblable CV tous les deux jours.
Orga et Rufus hochèrent la tête d'un air entendu – et vaguement fier?– à la fin de la liste.
« Euh... Très bien, fit Gajeel.
— Oh ! s'exclama soudain Natsu. Ça y est, je me souviens ! C'est vous qui aviez causé à Luxus tant de problèmes ! C'était avant mon arrivée chez lui, mais on m'avait dit très clairement qu'il valait mieux ne pas vous mentionner... »
Orga éclata de rire.
« Y a des chances, gamins. Chez lui, on a fait le casse du siècle.
— Ahah, c'était très bien joué ! »
Natsu, cependant, perdit vite le sourire. Il oubliait que le trio d'hurluberlus avait été recruté pour les aider à massacrer les siens. Il repensa à ce que Luxus lui avait demandé de faire et se mordit l'intérieur de la joue presque jusqu'au sang. Il se sentait incapable de livrer Gajeel et les siens, tout comme de prendre les armes contre ses camarades. Qu'allait-il bien pouvoir faire ?
Il commença à se sentir mal. Les autres recommencèrent à parler, mais il n'avait plus envie d'écouter. Il avait donné tous les renseignements dont il disposait, et c'était le mieux qu'il puisse faire. Il n'allait pas rester pour planifier le massacre des siens. Il sortit pour s'isoler, mais Jubia le suivit.
III
Il marcha un moment dans la forteresse, la fille aux cheveux bleus sur les talons. Excédé, il finit par se retourner pour lui faire face :
« Qu'est-ce que tu me veux ? », aboya-t-il.
Elle le contempla de ses yeux bleu nuit, impassible.
« Je veux savoir ce que toi, tu veux », dit-elle doucement.
Il n'y avait aucune hostilité, aucune menace dans sa voix. Plutôt une sorte de tristesse qui le déstabilisa. Sans compter qu'il ignorait complètement comment lui répondre.
« Comment veux-tu que je le sache... murmura-t-il finalement.
— Est-ce que tu ressens quelque chose pour Gajeel ? enchaîna-t-elle, apparemment pas le moins du monde gênée de poser la question.
— À ton avis ? Tu as l'air plutôt maligne : tu crois que j'ai fait comment pour persuader Luxus de ne pas prendre la base directement ?
— Tu as menti, je suppose.
— Exact.
— Mais tu pourrais être un agent double. »
Son cœur s'accéléra. Encore plus maligne que je ne le croyais.
« Ce serait le plus logique, continua-t-elle. Luxus t'a renvoyé ici pour que tu puisses espionner pour son compte. Gajeel est trop entiché de toi pour s'en être aperçu, et les autres n'osent rien dire. »
Natsu la défia du regard.
« Et toi ? Si tu as de tels soupçons, qu'est-ce que tu vas faire ? Tu vas me tuer de sang-froid ici même ? Ou bien planifier mon assassinat pour me prendre au dépourvu ? »
Jubia ne réagit pas à l'acidité de ses paroles. Elle se contenta de secouer la tête tristement.
« Rien de tout cela. Je déteste prendre des vies. Et je... Je serais tout simplement incapable de prendre celle de quelqu'un avec qui j'ai eu une conversation auparavant. »
Natsu relâcha un peu sa garde.
« Je vois... murmura-t-il. Je suis pareil.
— Ce qu'il faut que tu comprennes, reprit Jubia, c'est que je tiens énormément à Gajeel. Je le connais depuis longtemps. Techniquement, c'est le chef de la base, mais nous n'avons pas une relation hiérarchique. C'est... c'est juste mon ami. »
Natsu vit que Jubia avait les larmes aux yeux, et ce détail, ainsi que la sincérité de ces mots, lui nouèrent les tripes. Amis... Voilà un mot qu'on employait de plus en plus rarement par les temps qui couraient...
« Je comprends, dit-il à voix basse. C'est pour ça que je ne sais pas ce que je compte faire. Des amis, comme tu dis, j'en ai chez Luxus. Et Gajeel... Moi aussi, je tiens à lui. »
Sa voix s'éteignit et il baissa la tête, un peu sidéré d'avoir dit une chose pareille à une fille qu'il connaissait à peine.
« C'est l'impression que j'avais aussi, dit Jubia, le prenant par surprise. Je voulais en être sûre... Je ne peux pas te dicter ta conduite, et dieu sait que je n'aimerais pas me trouver à ta place. »
Natsu la dévisagea. Il ne s'attendait pas à autant de compréhension. De ce point de vue-là, cette fille lui rappelait Lucy... Toutes les deux étaient des nanas qui ne se servaient pas de leurs blessures personnelles comme de prétextes pour se comporter comme des connasses. Des filles qui cherchaient à comprendre, même si ça leur faisait mal. Natsu respectait cela. Probablement plus que tout.
« Je suis désolé, Jubia, murmura-t-il. Désolé d'apporter autant de problèmes à Gajeel. Désolé que tu en souffres. »
Ben voilà, railla sa voix intérieure. Maintenant, tu te mets à parler comme lui.
« J'apprécie, Natsu », dit Jubia.
Et elle tourna les talons, le laissant méditer son dilemme. Il avait quelques jours devant lui, tout au plus. Il regagna ses pénates et déboucha une bouteille de bourbon. Il avait besoin de réfléchir, mais avant tout, d'atténuer la tourmente émotionnelle. Sombrer dans le désespoir ne l'aiderait pas à trouver une solution.
IV
Il se réveilla avec la gueule de bois. Bon, il avait peut-être bu un peu plus qu'il n'avait escompté. Il fallait dire que la tourmente émotionnelle qu'il tentait d'apaiser, elle avait les proportions du territoire du Dragon d'Acier.
Il se redressa brusquement sur ses couvertures, réalisant soudain que son réveil n'avait pas été naturel. Grey se tenait à l'entrée de son taudis, sourire moqueur sur les lèvres.
« Bienvenue dans le monde lucide », dit-il en lançant un regard appuyé à la bouteille de bourbon qui traînait près de son lit de fortune.
« Va te faire foutre... marmonna Natsu.
— Avec plaisir, répliqua Grey, mais pas avant de m'être assuré que tu lèves ton petit cul de ce lit crasseux et que t'ailles voir Gajeel.
— Hein ? Gajeel ?
— Il veut te voir... il m'a envoyé te le dire.
— Peut pas venir me chercher tout seul ? grogna Natsu.
— Ah, tu sais ce que c'est... Quand on commande, on a tendance à oublier les politesses élémentaires. Si ça peut te rassurer, il avait l'air pressé... Et pas de t'engueuler.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Écoute... dit Grey en se frottant l'arrière du crâne, l'air de nouveau sérieux. Ça fait pas très longtemps que je suis là et je le connais pas très bien. Mais je dirais qu'il avait l'air... bouleversé. »
Natsu se figea.
« Ah... Ok. Message reçu. Tu peux te casser. Je vais pas me rendormir. »
Le mécanicien fit une révérence ironique et débarrassa le plancher.
Natsu prit quand même le temps de procéder aux quelques ablutions minimalistes que permettait la vie dans un monde comme le leur. Il se sentait idiot d'éprouver ça, mais il n'avait pas envie de se présenter devant Gajeel avait l'air aussi... pathétique.
Une fois ses préparatifs terminés, il entreprit de rejoindre Gajeel. Rogue était sans doute avec lui, se dit-il. Après tout, apparemment, ces deux-là ne pouvaient pas s'empêcher de se sauter dessus chaque fois qu'ils se voyaient, quand bien même ils n'étaient plus censés être ensemble.
Il fut un peu pris de court quand il constata que tel n'était pas le cas. Gajeel l'attendait dans son taudis attitré, seul, assis derrière la table, l'air abattu. Natsu le regarda un peu mieux et estima qu'il n'avait pas dormi de la nuit, à en juger par les cernes noirs qui creusaient ses joues, son teint livide, et ses cheveux crasseux.
Ahah... Et dire que j'essayais de présenter bien...
« Gajeel ? » fit-il, debout sur le seuil.
Le Dragon d'Acier leva la tête.
« Approche, Natsu. Assieds-toi.
— Ok, fit Natsu en s'exécutant. C'est pour quoi ? Un sermon ? Une énième demande de loyauté ? »
Il s'en voulut d'être aussi brutal, mais lui aussi avait beaucoup trop à gérer, et surtout beaucoup trop à encaisser. Il ne tenait qu'à grand-peine. Il était au bord de l'explosion mentale.
« Rien de tout cela, dit Gajeel d'un ton qui se voulait neutre.
— Où est Rogue ? demanda Natsu. Je pensais qu'il aurait dormi avec toi. »
Gajeel redressa la tête et le fusilla d'un regard noir, avec presque autant d'efficacité que s'il lui avait planté un couteau en pleine gorge.
« Ferme-la, Natsu. Je... »
Il détourna les yeux et déglutit. « Si je t'ai demandé de venir, c'est pour te proposer quelque chose. »
Natsu garda le silence, dans l'expectative.
« Voilà. Je te rends ta bagnole. Je te fournis en vivres pour quelques semaines. Et tu te casses tenter ta chance loin d'ici, là où tu ne seras pas bloqué en pleine guerre de clans, déchiré entre deux loyautés. »
Natsu le dévisagea, rendu muet par le choc. C'était juste... tellement inattendu. Gajeel, lui offrant une échappatoire sur un plateau ? Est-ce que c'était bien réel ?
« Jubia et Grey se sont portés volontaires pour t'accompagner. Jubia m'a dit qu'elle avait discuté avec toi. Tu peux partir. Ils t'escorteront et veilleront sur toi jusqu'à ce que tu sois en sécurité. Ils... ils ont accepté de le faire... pour moi. »
Natsu déglutit, les yeux rivés sur les traits tirés de Gajeel, qui refusait de le regarder. Il n'arrivait pas à croire que Gajeel veuille faire une chose pareille pour lui... Et Jubia et Grey ? Qui voulaient l'aider, à ce point ? Jubia lui avait dit qu'elle était amie avec Gajeel... Il se rabroua intérieurement : est-ce qu'il avait fini par oublier aussi le sens du mot 'amitié' ?
Natsu se prit la tête dans les mains. Qu'est-ce qu'il allait faire ? Cette chance... C'était tout ce qui lui restait.
Et pourtant, il s'entendit prononcer des paroles totalement contraires à cette idée :
« Je ne veux pas, Gajeel. »
Il hésita, perdu entre des sentiments contradictoires.
« Je ne peux pas, reprit-il. Je sais, je mesure, et je t'en remercie infiniment, la portée de ce que tu essaies de faire. Mais je suis désolé, je ne peux pas. J'ai aucune idée de ce qui va arriver, de comment je vais le gérer. Mais je peux plus repartir à zéro. Je peux pas me barrer tout seul. Je peux pas... »
Il hésita, puis rectifia : « Je ne veux pas te laisser. »
Là-dessus, Gajeel releva la tête et le regarda enfin.
« Qu'est-ce que tu as dit ? » murmura-t-il d'une voix étranglée.
Natsu ne se sentit pas le courage de se répéter. Il préféra se lever, faire le tour de la table, et se tenir à côté de Gajeel jusqu'à ce que celui-ci se sente obligé de se lever. Natsu releva la tête pour pouvoir le regarder dans les yeux, puis il referma ses mains sur sa nuque et l'attira à sa bouche.
Ses lèvres rencontrèrent les siennes dans un contact rude. Lèvres gercées sur lèvres gercées. Désespoir contre désespoir. Et quand il recula, Natsu sentit le souffle brûlant du désir de Gajeel balayer ses lèvres. Il y répondit en cherchant encore la bouche de son compagnon, tandis que ses mains lui agrippaient les hanches.
Gajeel le repoussa dans un geste brutal. Natsu, qui ne s'y attendait pas du tout, se figea.
« Natsu, je... Écoute... Accepte simplement ma proposition.
— Pourquoi ?! fit-il d'une voix un peu plus aiguë qu'il ne l'aurait voulu.
— Parce que... Je ne veux ni te voir mourir, ni tuer tes amis.
— C'est mon problème, ça, pas le tien. »
Gajeel eut un mouvement de recul et ses traits se crispèrent.
« Alors dis-moi au moins pourquoi tu restes ! »
Natsu frissonna. Il détourna la tête.
« Je ne veux pas parler, Gajeel. J'ai vraiment besoin de parler ? »
Il s'approcha de nouveau, saisit Gajeel par l'avant du pantalon et se colla à lui. « Ça ne te suffit pas, si je te dis que je veux juste que tu me fasses l'amour ? »
Gajeel tressaillit.
« À quoi tu joues, Natsu ?
— Je ne joue pas... Je ne joue plus. Si je suis là, si je suis aussi perdu, c'est à cause de toi. Mais putain, Gajeel ! Pourquoi tu peux pas juste m'accepter ? C'est ce que tu voulais, non ?! »
Il s'interrompit. Comment le lui dire, autrement qu'en s'exprimant brutalement ? Et puis, au fond, pourquoi diable devrait-il se montrer tendre ?
« Moi, je ne veux pas parler, dit-il en lui mordillant le cou. Je n'ai rien à dire. »
Gajeel posa les mains sur son visage et se recula comme s'il voulait tout comprendre rien qu'en le regardant. Natsu refusa encore. Il s'arracha à son étreinte, contourna son amant et se colla à son dos, enfouissant son visage entre ses omoplates.
« La vie est plus courte qu'elle ne l'était autrefois, murmura-t-il, la bouche rivée à son t-shirt imprégné de sueur. Je ne veux plus réfléchir. Si j'accepte tout ça... Alors je n'ai pas à porter ta culpabilité. Je t'ai dit que je ne voulais pas partir, et c'est la vérité. Maintenant, si toi tu veux que je parte, tu n'as qu'à le dire. »
Gajeel frissonna. Sous ses lèvres, Natsu sentit les muscles se crisper. Il les embrassa doucement à travers le tissu. Sa main droite se détacha de la hanche qu'il agrippait pour empoigner l'entrejambe de Gajeel.
« Tu ne veux pas ?... » demanda-t-il doucement.
Le désir lui monta à la tête, lui donnant des vertiges comme s'il avait été partiellement privé d'oxygène.
Gajeel se tendit, puis chassa l'air de ses poumons en une expiration entrecoupée qui ressemblait à un rire, à un sanglot, ou peut-être à un aveu d'impuissance.
« Natsu... »
Il échappa à son étreinte, se retourna et le saisit par les épaules.
« Natsu, recommença-t-il d'un ton plus posé. Je ne veux pas que tu partes, pas vraiment... Mais je te le dois. Tu me l'as dit et répété : c'est ma faute si tu te retrouves dans une telle situation. Alors je veux te laisser une chance, une véritable chance de t'en sortir.
— Et moi, je ne veux pas, répliqua Natsu, buté. Je me suis désespérément accroché à la vie, mais maintenant, j'en ai assez. Non que je sois suicidaire, mais je ne veux plus... Refouler mes pulsions, sous prétexte d'acheter quelques jours de plus. Tu comprends ça, Gajeel ? Tu veux pas laisser tomber les masques ? Je ne sais pas vraiment ce qu'il y a entre nous, mais ce qu'il y a... Pourquoi, si on est tous les deux d'accord, on accepterait pas de se laisser aller ? Même si ça ne va pas durer ? »
Gajeel sourit en entendant cette tirade, et essaya de dissimuler l'émotion que ces mots suscitaient en lui.
« Je croyais que tu ne voulais pas parler... dit-il tout doucement.
— C'est toi qui m'y oblige, crétin. »
Alors, Gajeel perdit ses réserves. Il happa les lèvres de Natsu, referma sur ses bras sur lui en une étreinte possessive, puis l'attira vers le lit, sans cesser de l'embrasser. Il se coucha sur lui, ravagea son cou, avide de sentir son odeur corsée de musc, d'épices et de sel, de goûter la texture de sa peau brûlante, tendre sous ses dents. Une alarme mentale se déclencha, et il l'entendit sans prêter attention à son message : Pinkie était en train de lui faire perdre la tête. Les mains de Natsu étaient partout sur son corps, sa queue dressée frottait contre la sienne... Et le rouge qu'il devinait sur ses joues, les gémissements étouffés entre ses lèvres... C'était trop.
« Tu es sûr ? » demanda-t-il, sachant que c'était la dernière fois qu'il serait en mesure de vraiment lui demander son avis.
Natsu répondit en relevant le bassin pour le coller contre le sien, tout en enfouissant sa langue dans sa bouche.
Gajeel se détacha à contrecœur de ses lèvres, désireux de donner à Natsu un orgasme qu'il n'était pas prêt d'oublier. Il descendit le long de son torse, le long de son ventre dans lequel il sentait son cœur pulser violemment, puis il fit glisser son pantalon sur ses hanches et se hâta d'engloutir sa verge. Natsu laissa échapper un cri. Gajeel se cala dans une position plus confortable entre ses jambes, et tenta une approche impliquant davantage sa langue que sa bouche, envoûté par les gémissements de plaisir qu'il récoltait.
Natsu donna un coup de rein, manquant de le faire s'étrangler, mais il accepta la sensation. Il voulait vraiment faire plaisir à Pinkie, même si ça impliquait de le sucer toute la nuit.
À sa grande surprise, les choses ne se passèrent pas ainsi.
Natsu le repoussa soudain et l'invita à se redresser en tirant brutalement sur son bras. Puis, il lui demanda de rester assis, et vint se caler au-dessus de lui, les cuisses serrées autour de ses hanches. Natsu redressa le bassin, passa une main derrière lui, attrapa la queue de Gajeel, et la guida contre son anus. Gajeel réalisa alors que Natsu s'était déjà préparé. Lubrifié avec les moyens du bord, et à en juger par le relâchement qu'il sentait contre son gland, il avait aussi pris soin de se détendre... Quand est-ce qu'il avait fait ça ?
Pendant que tu le suçais, abruti.
À cette seule pensée, Gajeel s'enflamma. Il accepta l'invitation muette et s'enfonça en lui. Dans cette position, assis en tailleur sur le matelas, il n'avait guère de liberté de mouvement. Mais il ne voulait pas en avoir. Pourquoi essayer de faire mieux quand cet homme faisait danser ses reins au-dessus de lui, chacun de ses mouvements lui permettant de mieux sentir l'intérieur de ses entrailles chaudes, humides, qui se contractaient sur sa queue en exerçant une pression exquise, à en perdre la tête ? Gajeel se rejeta en arrière et enfonça ses poings dans le matelas. Natsu le chevauchait, s'empalait sur lui avec un désir et une conviction qui lui faisaient perdre l'esprit. Il le regarda rebondir sur ses cuisses, il regarda sa queue disparaître dans son cul, et prit soudain conscience de la sueur qui le couvrait tout entier, de sa difficulté à respirer, mais surtout du plaisir presque contraignant qui s'était emparé de lui, effaçant passé et futur dans la brutalité du désir, qui ne conjugue qu'au présent, même dans un fantasme. Gajeel céda à la pression. Il laissa Natsu le conquérir. Il le laissa l'aspirer en lui, provoquer sa passion jusqu'à ce qu'il ne se maîtrise plus.
On était en plein jour et la porte était à peine fermée. Mais ni l'un ni l'autre n'en avait rien à foutre. Gajeel se redressa pour se rapprocher de son amant. Celui-ci réagit aussitôt en l'entourant de ses bras et en lui mordant les lèvres avec une violence contenue qui fut suffisante pour libérer son orgasme. Gajeel se raidit, un cri bloqué dans sa gorge. Natsu se pencha sur ses lèvres pour recueillir son soupir avec une délicatesse qui acheva de lui embrouiller l'esprit. Il empoigna la queue de son partenaire et l'invita dans un souffle à continuer. Il voulait lui donner cet orgasme. Si c'était le dernier... Il le lui devait. Il voulait lui montrer qu'il ne cherchait pas à se servir de lui, mais que...
« Je t'aime », dit-il avant d'avoir pu s'en empêcher.
Coïncidence ou non, presque aussitôt qu'il acheva sa phrase, un liquide chaud et poisseux lui gifla l'estomac. Il saisit Natsu pour le rapprocher encore de lui. Le sperme se colla à sa peau moite et il sentit sa queue tressaillir à ce simple contact.
Pinkie ne lui demanda pas de répéter ce qu'il avait dit, et ne lui dit rien retour. En revanche, il se lova contre lui comme un chat et s'étira avec un air satisfait et paresseux. Puis, il plongea la tête dans le creux de son épaule et sa respiration se fit courte et régulière. Déjà endormi ? Gajeel sourit en lui caressant les cheveux.
Qu'il dorme déjà, c'était tout aussi bien. Parce qu'il éprouvait le besoin désespéré de lui dire que tout irait bien, tout en sachant pertinemment que c'était faux.
