Nocturne : d'habitude je réponds aux reviews en MP, mais ce n'est pas possible vu que tu es une guest, donc je le fais ici : BONSOIR, je suis Maloriel, ahah, et bienvenue, bienvenue dans cette fanfiction de l'amouuuur ! Utsukushi... Merci beaucoup pour ton soutien et cette review qui m'a énormément boostée. Haanhannn de l'amouuuur ! C'est absolument délicieux. Sans aucune forme de pitié, voici le nouveau chapitre. Attention, c'est le gwak absolu.
(ceux qui ne connaissent pas Bob Lennon ne peuvent pas comprendre :D)
Bref, de la tension, des nanas hot et des mecs boostés aux hormones. Ça pourra paraître inattendu à certains et certaines, mais je suis comme ça, mes fanfics sont aussi changeantes que je le suis !
L'instant musical : parmi les divers morceaux écoutés pour la rédaction, The Warriors Suite sur la BO de Attack On Titan est mon premier choix :)
Enjoy !
I
« Il aurait dû être de retour depuis longtemps. Ça ne peut signifier que deux choses. »
Lucy jeta un coup d'œil à son amie. Elle voyait très bien où Erza voulait en venir, mais elle ne souhaitait considérer ni l'une ni l'autre des possibilités. Certes, elle y avait pensé. Beaucoup pensé. Il y avait bien des raisons qui auraient pu pousser Natsu à se retourner contre Luxus. La dernière en date étant la menace de mort. Mais elle le connaissait : il serait incapable de tuer ses propres amis... n'est-ce pas ? L'autre possibilité l'effrayait encore davantage : Natsu était déjà mort. À cette pensée, sa gorge se serra.
Erza, qui s'aperçut de son trouble, ajouta doucement :
« Il y a une troisième possibilité : il n'a simplement pas eu l'occasion de s'échapper pour venir faire son rapport. Si on y réfléchit bien, c'est d'ailleurs la plus probable. »
Lucy essuya une larme qui lui avait échappée d'un geste rageur.
« N'essaie pas de me rassurer. Ça ne fonctionne pas. On sait très bien toutes les deux que tout ça va horriblement mal finir.
— Non, on ne le sait pas, pour la simple et bonne raison que ce n'est pas encore arrivé. Rien ne sert de spéculer sur l'avenir. Le présent, c'est tout ce que nous avons. C'est comme ça que vit Natsu. C'est comme ça que nous deux, on a toujours vécu. D'accord ? »
Lucy se força à acquiescer, même si le cœur n'y était pas. Elle ne voulait pas aller se battre. Elle ne voulait pas voir plus de morts.
Et elle ne voulait pas découvrir ce qui était arrivé à Natsu.
Erza tendit une main vers elle et lui saisit le poignet. Lucy regarda son amie et ses yeux brillèrent. Erza se rapprocha d'elle et s'assit tout près, ses hanches touchant les siennes. Puis, elle posa l'autre main sur son visage et le tourna vers elle.
« Lucy... On trouvera une solution. On a encore une marge d'action.
— Une marge ? »
Erza se pencha en avant et ses lèvres effleurèrent son oreille.
« On peut encore trahir Luxus », murmura-t-elle.
Lucy frissonna, autant à cause du contact que de la suggestion.
« Qu'est-ce que tu proposes ? demanda-t-elle d'une petite voix.
— Cette nuit, on passe à l'action. À l'heure où il y a le moins de sentinelles. On prend une bagnole chacune, et on emporte un maximum d'armes. Luxus est trop arrogant pour penser qu'on puisse se retourner contre lui, surtout quand il croit avoir l'avantage.
— Erza... T'es sérieuse, là ?
— On ne peut plus sérieuse. »
La fille aux cheveux écarlate se recula, et Lucy admira les traits nobles de son visage qui se détachaient dans la semi-obscurité. Bon sang, que cette fille était belle.
« À nous deux, on n'y arrivera pas, Erza... murmura-t-elle. Il faudrait que quelqu'un nous ouvre les porte.
— Et je connais précisément la personne qui serait prête à le faire, sourit Erza.
— Hein ?! Qui ça ?
— Gildarts. Il ronge son frein depuis des années. Il est trop malin pour le montrer, c'est tout. Mais il nous aidera. »
Lucy évoqua mentalement la figure de cet homme massif et taciturne, qui lui semblait perpétuellement jouer double jeu : à certains moments, il était jovial et bon vivant, à d'autres, il adoptait un masque d'indifférence et était capable de tuer de sang-froid sans hausser un sourcil.
« Tu es sûre ? insista-t-elle.
— Certaine. Et... Vu ce qu'on risque... J'aimerais assez profiter un du temps qu'il nous reste. »
Erza enjamba Lucy sur le banc où elles étaient assises et sa poitrine imposante entra en contact avec celle de Lucy. La blonde eut un tressaillement de surprise. Mais après tout... Erza n'avait pas tort. Elle était d'accord avec son plan, mais le réaliser signifiait qu'il existait de fortes probabilités pour que toutes deux ne voient pas l'aube du jour suivant. Lucy était terrifiée à cette perspective, mais elle découvrit également que le fait de se sentir aussi proche de la mort constituait un étrange aphrodisiaque. Elle laissa donc la rousse l'enlacer et ses mains descendre le long de ses reins, s'emparer du bas de son top... Lucy regarda autour d'elles : elles n'étaient pas exactement à l'abri des regards.
« Erza... On peut aller ailleurs ? »
Au lieu de lui répondre, son amie posa ses lèvres sur les siennes. Un baiser électrisant au goût de fruits rouges. Lucy lui mordilla les lèvres et serra entre ses mains les hanches voluptueuses qui ondulaient contre son ventre.
« Excuse-moi d'insister... Mais tu ne veux quand même pas faire l'amour au beau milieu du campement ?
— Pourquoi pas ? Ça aiderait à faire disparaître le moindre soupçon de la part de Luxus. Cet imbécile croit toujours que le fait d'avoir des relations sexuelles rend les gens idiots et leur fait baisser leur garde.
— Euh... Tu plaisantes, là, j'espère ? »
Erza se recula, les mains nouées derrière la nuque de Lucy. Celle-ci ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux devant la vision de son amie, le buste en avant, la tête rejetée en arrière, qui enserrait sa taille entre ses cuisses.
« Pas vraiment, dit Erza d'une voix grave. Mais si tu préfères un peu d'intimité, j'accepte. »
Lucy la regarda, confondue. Elle était vraiment sérieuse !
« Eh bien... euh... Oui, je préfère un peu d'intimité.
— Soit ! » lança son amie à la crinière éclatante avant de la prendre par la main et de l'entraîner vers son abri.
Elle repoussa le battant de tôle qui ne fermait jamais vraiment et poussa Lucy sur son lit.
« Alors, dit-elle d'une voix basse et ronronnante, c'est assez intime pour toi ?
— Oui... C'est parfait...
— Parfait, hein ? Moi, je ne crois pas... pas encore. »
Erza déboutonna son pantalon et le fit descendre sur ses cuisses en entraînant sa culotte en même temps. Elle glissa une main entre ses cuisses et caressa sa vulve déjà palpitante. Elle glissa ses doigts de haut en bas jusqu'à ce que l'excitation de Lucy suffise à fluidifier le mouvement. Après quoi, elle décrivit de petits cercles précis et appuyés autour de l'entrée de son vagin. Lucy, à moitié déshabillé et déjà essoufflée, remonta les hanches par pur instinct. Un doigt glissa en elle et elle se tendit. Le désir lui embrouilla l'esprit. Elle enleva le haut d'Erza et sa poitrine se déploya sous ses yeux, un trésor de sensualité. Deux seins lourds, des tétons bruns, des aréoles larges et délicieuses. Lucy se pencha pour les lécher et les suçoter. La peau était tiède et ferme sous sa langue, les tétons durs glissaient entre ses lèvres humides. Erza poussa un petit gémissement et Lucy insista, mordillant ses seins tout en les pressant de ses mains. La réaction fut instantanée : Erza l'attrapa par les poignets et l'immobilisa sur le matelas, un feu étrange dans ses grands yeux couleur prune.
« On a déjà joué à ce jeu-là, Lucy. Tu sais très bien que c'est toujours moi qui gagne. »
La blonde haleta, prisonnière de l'étreinte de fer de sa compagne. Celle-ci lâcha ses poignets et se rehaussa sur le lit, se positionnant au-dessus de la bouche de Lucy, jambes écartées. Celle-ci ne se fit pas prier : elle goûta au sexe offert, l'embrassant comme elle l'aurait fait avec sa bouche, en se servant de ses lèvres et de sa langue pour explorer l'intimité chaude et humide de sa partenaire. Elle pouvait sentir son pouls sur sa vulve, son goût sucré-salé emplir son palais. Erza ondula des hanches, se servant de sa bouche pour faire monter son plaisir, et Lucy adorait ça. Même quand elle se perdait dans le plaisir, et peut-être spécifiquement quand elle se perdait dans le plaisir, Erza avait une allure de reine. Lucy pouvait apercevoir sa poitrine qui se mouvait à chacun de ses mouvements, la silhouette incurvée de son corps tendu, et ça la rendait folle. Erza allait faire comme toujours : elle ne la lâcherait pas tant que l'orgasme ne lui aurait pas rendu sa lucidité. Et Lucy était complètement d'accord avec ça : elle savait très bien qu'elle obtiendrait son propre orgasme plus tard. En attendant, elle se dévoua à la tâche, tirant une excitation particulière à faire gémir Erza en plongeant sa langue entre ses lèvres gonflées, depuis l'affleurement du clitoris jusqu'au creux où se rejoignaient ses lèvres. Sa partenaire accentuait se mouvements, si bien que Lucy ne servait plus à grand-chose, mais ça aussi, ça lui était égal. Ce qu'elle aimait, c'était d'entendre les gémissements de sa partenaire, de la toucher de la façon la plus intime qui soit, de servir d'instrument à son plaisir. Elle crispa les mains sur ses cuisses généreuses. Elle le sentait à son souffle, à son rythme saccadé : ce ne serait plus très long. Comme en confirmation, Erza se figea, seul son bassin continuait de danser à une cadence brève, tandis que l'orgasme contractait son bas-ventre par vagues successives. La première entraîna une bruit de gorge étranglé, la deuxième un cri étouffé, la troisième, une griffure qui manqua de peu d'ouvrir la peau de Lucy. Le reste s'évanouit dans des soupirs entrecoupés.
Erza se rallongea à ses côtés, la poitrine descendant et remontant au rythme de sa respiration précipitée. Au bout d'un moment, elle dit en souriant à travers son souffle encore rapide :
« Tant pis si je meurs demain. »
Lucy voulut protester, mais préféra se taire : elle savait ce que son amie ressentait. Elle ne baignait pas encore dans le même cocktail d'hormones euphorisant, mais elle n'eut pas tellement le temps de voir son anxiété remonter : les doigts d'Erza replongèrent entre ses jambes et bientôt, la seule chose que Lucy vit, ce furent de minuscules étoiles blanches sur l'écran noir de ses paupières.
II
Perchés sur un toit en tôle, quelque part en hauteur sur le petit fort de Gajeel, Sting et Rogue partageaient un fond de whisky en regardant les ombres s'allonger dans le désert. Avec cette lumière rose et rasante, la scène était presque bucolique.
« Tu ne vas pas faire de folie, hein ? demanda Sting au bout d'un long silence.
— Je ferai tout ce qui est nécessaire pour le tuer, et tu le sais.
— Ok, mais garde la tête claire. Il t'arrive de ne plus faire la différence entre tes alliés et tes ennemis. »
Rogue eut un demi-sourire.
« Quoi ? Tu as peur que je t'assassine par erreur ?
— Ben... » Sting rigola un peu en se frottant la tête d'un air embarrassé. « Un peu, à vrai dire. »
Rogue posa sur lui un regard étrangement grave et solennel.
« Tu survivras. Je t'en fais la promesse.
— Uh ? T'as pas besoin de me promettre ça, je...
— Tu survivras. »
Sting dévisagea son ami, perplexe. Il n'aimait pas trop la tournure que prenait la conversation. Il savait bien que Rogue n'attendait que ce moment depuis des années, mais... il avait peur pour lui.
« Rogue. Je ne veux pas que tu meures, c'est pour ça que je te dis de ne pas faire de conneries. »
Rogue ne répondit pas et se contenta de boire une nouvelle gorgée.
« Il va faire nuit, dit-il au bout d'un moment. Tu as déjà remarqué comme les nuits sont belles, dans le désert ? »
Ce genre de propos rêveurs n'était pas non plus bon signe. Sting serra les dents. Oui, ils tenaient l'occasion parfaite d'en finir avec l'Homme de Foudre et son foutu gang de terroristes. Mais il n'était pas sûr de vouloir cette bataille, si ça signifiait qu'il devrait y perdre son meilleur ami. Cela dit, ce n'était pas comme s'il avait le choix, si ? La machine des événements était déjà enclenchée. Le phénomène était irréversible.
« J'ai la trouille, Rogue... Pour toi, pour moi... Pour tout le monde. »
Rogue eut un sourire encore plus étrange, plein d'une mélancolie qui lui fit mal aux tripes.
« La peur a disparu de mon cœur le jour où j'ai rencontré Luxus, dit-il doucement. C'est pas pareil pour toi, je le sais bien... Mais encore une fois : je te protégerai. N'ai pas peur. »
Sting se figea, saisi au cœur par la remontée fulgurante d'un bouquet de souvenirs et de sensations qui le rendirent affreusement nostalgique, malheureux et terrifié.
Il se souvint d'une époque lointaine où lui et Rogue habitaient dans la même rue, dans un quartier résidentiel et sans histoires, un temps où ils passaient leurs journées à explorer la forêt voisine, où ils allaient régulièrement passer la nuit chez l'autre pour jouer aux jeux vidéo jusqu'à ce que leurs parents ne viennent les forcer à éteindre la lumière, ou bien que le lever du soleil ne leur rappelle soudain qu'ils tombaient de sommeil. Il se souvint des années terrifiantes et violentes qui avaient suivi l'apocalypse, de son errance dans le désert, de la peur quotidienne, devenue presque normale, comme s'il vivait avec une vis en métal plantée dans les tripes. Il se souvint du jour où il avait retrouvé Rogue, totalement changé. Sa maigreur, sa pâleur, et l'horrible feu froid dans ses yeux qui racontait des histoires de vengeance, de haine et de sang. À travers ce regard, Sting avait quand même reconnu son ami d'enfance, tout comme Rogue avait vu à travers la crasse et la terreur qui définissaient sa nouvelle version de lui-même. Il avait souri quand Sting lui avait fait une blague de mauvais aloi, et s'ils ne pouvaient plus jouer aux jeux vidéo, ils partaient en mission d'exploration régulièrement, et même dans ce monde dangereux et brisé, ils retrouvaient alors le frisson d'excitation juvénile qui caractérisaient les expéditions de leur enfance.
Bouleversé par ce brusque flot émotionnel, Sting arracha la flasque des mains de Rogue, la vida d'une traite, et prit son ami dans ses bras pour le serrer très fort. D'abord, Rogue se raidit, apparemment surpris, puis il lui rendit son étreinte.
« Tout ira bien, Sting... Je te protégerai quoi qu'il arrive. N'ai pas peur. Tout ira bien... »
Sting ne le crut pas une seule seconde, mais il se raccrocha à ses mots comme à une ligne de vie. Il crispa les mains dans son dos et se concentra sur tout ce qui lui rappelait la sensation d'être vivant. Son odeur, sa chaleur, la vibration de sa voix dans sa poitrine alors même qu'il lui racontait des mensonges.
« Ne me laisse pas tout seul, chuchota Sting.
— Je ne te laisserai pas...
— Tu te rappelles comment c'était, autrefois ? »
Rogue eut une hésitation.
« Bien sûr », murmura-t-il.
Sting crispa les paupières, le cœur en lambeaux. Il avait eu besoin des autres mensonges, mais celui-ci, c'était un coup de poignard.
Il y avait longtemps que Rogue avait oublié.
Et il n'y avait rien que Sting puisse faire pour lui rappeler qu'il avait un jour été un enfant, qui connaissait la peur tout comme l'émerveillement, ces deux émotions jumelles qui jamais ne se lâchent la main.
Ce soir-là, Sting avait envie de pleurer les beaux jours enfuis, de sangloter de peur et d'appréhension, mais par-dessus tout, il devait faire le deuil impossible de son ami d'enfance. Rogue ne redeviendrait jamais celui qu'il avait connu, et il devait l'accepter.
Il prit une grande inspiration tremblante et lâcha Rogue.
« Je n'ai pas non plus l'intention de te laisser crever », dit-il avec autant de détermination qu'il put en rassembler. « Je te protégerai aussi. Et tu survivras. »
Après cette déclaration, Sting évita le regard de Rogue, pour ne pas y avoir la compréhension peinée qu'il devinait. C'était le mieux qu'il pouvait faire.
« Tu survivras », répéta-t-il, d'un ton plus résolu cette fois, mais toujours en fixant ses chaussures. « Va nous chercher plus de whisky, enchaîna-t-il. Cette nuit, on va en avoir besoin.
— Tout à fait d'accord », approuva Rogue.
III
Grey ressortit de son pseudo-atelier (un coin de tôle envahi d'outils et de carcasses de bagnoles) couvert de suie et épuisé. Le soleil se couchait, et l'un de ses derniers rayons s'était posé sur une tignasse rose qui brillait avec force dans le crépuscule. Grey s'arrêta. Ces derniers jours, Natsu avait l'air de ne plus dormir du tout. Non que Grey ne le comprenne pas...
Il s'approcha et dégaina un paquet de cigarettes qu'il fumait avec une grande parcimonie, la denrée étant rare. Mais ce soir pourrait tout aussi bien être son dernier : l'attaque de Luxus n'allait certainement plus tarder. Le mécanicien s'approcha de celui que Gajeel surnommait « Pinkie » avec une tendresse qu'il ne prenait même plus la peine de dissimuler, et il lui présenta son paquet sans rien dire.
Natsu leva des yeux surpris, et accepta en silence. Grey s'assit à côté de lui sur la pile de barres de fer rouillées, alluma sa cigarette et tira longuement, savourant la caresse âcre et parfumée du tabac le long de sa trachée, puis le nuage qui se déployait dans ses poumons en lui faisant doucement tourner la tête. Il jeta un coup d'œil à Natsu, qui semblait apprécier les sensations de la même manière. Grey ne se sentit pas forcé de dire quoi que ce soit : parfois, se taire est la meilleure option pour briser une solitude.
Mais Natsu, apparemment, était disposé à discuter.
« Qu'est-ce que tu faisais avant Gajeel ? » demanda-t-il sans le regarder.
Grey haussa les épaules.
« Rien de particulier. J'offrais mes talents de mécano aux plus offrants, mais j'évitais les gangs comme la peste.
— Pourquoi ? C'est la meilleure option pour survivre, non ? »
Une nouvelle fois, Grey haussa les épaules.
« J'avais pas spécialement envie de mourir, mais encore moins de me retrouver sous la coupe de tous les nouveaux petits barons de l'apocalypse qu'on voit fleurir ces temps-ci.
— Des gens comme Luxus, tu veux dire ?
— Entre autres, ouais.
— Et pourquoi t'es resté avec Gajeel ? »
Grey rigola.
« D'une, parce que je n'étais pas tellement en position de négocier, un peu comme toi quand tu t'es fait choper, de deux, parce que j'ai rencontré Jubia et qu'elle a plaidé ma cause, et que... Je lui dois énormément, mais même si ce n'était pas le cas... Bah... J'imagine que je suis tombé amoureux. »
Natsu tourna la tête pour le dévisager.
« Et moi ? Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Tout le monde a une opinion sur moi, sur pourquoi je suis là, sur les personnes à qui je suis loyal ou non...
— Pourquoi tu veux mon avis là-dessus ? »
Natsu hésita.
« Parce que... j'imagine que je ne le sais même plus moi-même. Je ne sais plus faire la différence entre ce que j'ai vraiment choisi ou non, entre la personne que je suis vraiment et celle que je suis devenu pour m'adapter aux circonstances. »
Grey éclata de rire et Natsu songea à s'en offusquer, mais en vérité, il était juste trop épuisé pour cela.
« Bienvenue dans la vie ! s'exclama le mécano. Se poser ce genre de questions, c'est la conséquence directe du simple fait d'être vivant.
— T'es un philosophe, hein ?
— Nan, pas vraiment. Au contraire, je suis plutôt pragmatique, alors j'accepte que les choses soient bordéliques, je ne cherche pas à donner de la continuité et du sens à tout prix.
— Mais comment tu fais quand... tu dois prendre une décision très grave, une décision qui a des conséquences pour toi ou pour les autres ? »
Grey perdit sa gaieté.
« Je pense que tu connais déjà la réponse à cette question, Natsu, parce que tu agis déjà comme ça.
— Merde, me fais pas languir et accouche ! Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Tu te fies à tes tripes, abruti. Ton problème, là, c'est pas un problème d'éthique. T'es en train de chercher à déterminer ce que tu ressens vraiment pour Gajeel. »
Natsu écarquilla les yeux, un peu choqué par cette façon directe d'exposer les choses. Mais enfin, ils risquaient tous de mourir bientôt... Ce n'était peut-être pas le moment le plus approprié pour se cacher derrière sa pudeur.
« Je... je pense qu'il est amoureux de moi », formula-t-il au bout d'un moment, presque comme une question.
« Ouais, moi aussi », fut la réponse de Grey.
Natsu se figea. Le mécano n'avait pas hésité une fraction de seconde avant de dire ça. Gajeel lui avait bien dit qu'il l'aimait, mais une part de lui n'y avait pas vraiment cru. Il se rappela alors que Gajeel avait fait beaucoup de choses pour lui qui n'étaient pas dans son intérêt, et qu'il lui avait même proposé de partir. S'il ne l'aimait pas, il ne lui aurait jamais proposé un truc pareil. Pourquoi ça lui paraissait soudain aussi évident ? Et d'un seul coup, il réalisa aussi que Gajeel n'était pas le seul à avoir infligé des tourments émotionnels à l'autre.
...Quel con !
Ses pensées devaient se lire sur son visage, car Grey souriait légèrement.
« Ça y est, ça a percuté ?
— Ta gueule ! »
Le mécano rigola.
« Fais ce que tu veux, Natsu, dit-il avec plus de douceur. Tu sais bien que dans la vie, y a pas toujours que des bons choix. Seulement des choix. Et puis de toute façon, on va tous probablement mourir d'ici peu, alors... »
Natsu n'était pas sûr de pouvoir adopter le stoïcisme du mécano, mais il pouvait au moins s'en inspirer. Mais c'était difficile de faire taire les pensées, de museler la cohorte des doutes, de rendre l'armée de l'angoisse moins bruyante, moins impressionnante...
Des éclats de rire leur parvinrent, incongrus dans l'atmosphère tendue de la forteresse.
« Regarde-les », dit Grey en désignant du menton le trio du gang du Souvenir qui picolait allègrement en échangeant des anecdotes et en se tapant mutuellement sur l'épaule. « Ils ne perdent pas leur temps à ressasser.
— Ouais, mais eux, ils sont cinglés.
— Pas faux... »
Natsu écrasa sa cigarette.
« Comme tu l'as dit, on va tous probablement mourir, alors du coup, je te pose la question : qu'est-ce que tu penses que je devrais faire ? »
Grey termina sa cigarette et éteignit le mégot sous sa chaussure.
« Le temps de la réflexion est passé, je ne peux plus t'aider », dit-il en souriant.
Natsu était prêt à lui démontrer à coups de poings sa façon de penser, quand il suivit le regard de Grey et vit Jubia et Gajeel qui s'approchaient d'eux.
Ils amenaient une bouteille pleine de bourbon et s'assirent sur le sol en face d'eux.
« Je suis le seul à avoir un drôle de pressentiment ? demanda Gajeel d'un ton détaché.
— Pas du tout, répliqua Grey. File-moi ce bourbon. J'ai l'impression que c'est pour demain. »
Il eut un sourire tendre et triste en accrochant le regard de Jubia, et cette expression se refléta de façon presque parfaite sur le visage de la fille aux cheveux bleus.
Natsu en resta perplexe : comment faisaient-ils pour être autant sur la même longueur d'onde, alors qu'ils se connaissaient depuis peu ? Pourquoi semblaient-ils autant au clair avec eux-mêmes, pourquoi est-ce qu'ils étaient capables d'affronter la fatalité, la mort, la souffrance, avec un tel sang-froid ? Natsu regarda Gajeel : le Dragon d'Acier reflétait aussi son état d'esprit, devina-t-il, mais pas de la même façon. Tous les deux ressemblaient juste à des prisonniers de guerre victimes de tortures psychologiques et de privations de sommeil.
« On est aussi prêts qu'on peut l'être, murmura Jubia. Le reste... ce n'est plus vraiment entre nos mains.
— Bien sûr que si, la rabroua Gajeel. Va pas commencer à me faire chier avec tes conneries de destin. Si c'est bien demain que ça se passe, alors demain, c'est le jour où l'univers nous donne une chance de nous en sortir, pas le jour où il nous donne une chance de crever. »
Natsu releva les yeux, stupéfait. La conversation qu'il venait d'avoir avec Grey lui avait permis d'avoir une petite révélation, mais là, il en vivait une nouvelle : depuis quand était-il devenu si défaitiste ? Gajeel avait la volonté de se battre, et sans optimisme naïf, il continuait à croire en la victoire. Et lui, que faisait-il ? Il se morfondait sur son sort, se perdait, comme l'avait dit Grey, dans des questionnements pseudo-éthiques en s'obstinant à ignorer ce que lui dictaient ses tripes. Dans un second temps, il réalisa que Grey et Jubia, chacun à sa façon, constituaient la raison pour laquelle il en arrivait à ce point de son cheminement mental. Aussi, il décida qu'ils pourraient tout aussi bien entendre ce qu'il avait à dire, ça lui était égal.
« Gajeel, murmura-t-il. Je ne tuerai ni Lucy, ni Erza, et je ne veux pas pointer une arme sur quiconque d'autre. Mais je t'aime et je me battrai avec toi. »
Gajeel éloigna le verre de ses lèvres, puis figea son mouvement à mi-chemin et resta paralysé.
« Je sais que c'est contradictoire et que ça n'a aucun sens, poursuivit Natsu. Mais c'est la réponse la plus honnête que je puisse te donner. Je reste parce que je t'aime. »
Gajeel le dévisagea sans rien dire, et ni l'un ni l'autre ne s'en aperçurent quand Jubia et Grey s'éclipsèrent discrètement. Eux aussi avaient des choses à se dire avant la fin, et des choses à faire.
Natsu et Gajeel demeurèrent l'un en face de l'autre, à se regarder en silence dans la nuit tombée, cette veille d'apocalypse qui donnait une atmosphère si particulière à une soirée on ne peut plus banale.
« Quoi que tu fasses, avertit Natsu, ne me fais pas me répéter.
— Je n'en avais pas l'intention... »
Gajeel se leva, la bouteille de bourbon dans une main, de l'autre, il prit celle de Natsu.
« Ce n'est pas ce que j'allais dire, insista-t-il.
— Alors quoi ? fit Natsu, qui s'impatientait déjà.
— J-je... Natsu...
— Mais quoi, bordel ?
— Partage mon lit cette nuit. Et si tu m'aimes vraiment, baise-moi.
— P-Pardon ?
— Je veux que tu me baises. Oui, je suis presque deux fois plus grand que toi, oui, je t'ai traité comme si je devais nécessairement te dominer. Voir en toi une proie facile, prendre le dessus sur toi, c'était comme une évidence. Mais cette nuit... C'est moi qui ai envie d'être comblé. Je veux que tu me prennes, je veux que tu me possèdes.
— ...
— ...Natsu ?
— Je vais prendre des précautions 'à la Gajeel' : si c'est vraiment ce que tu veux, il n'y a pas de retour en arrière possible.
— Je ne veux pas de retour. »
Natsu prit encore quelques instants pour dévisager le Dragon d'Acier, qui tremblait visiblement. Puis, il sourit. La sensation fut étrange, comme si les muscles de son visage avaient presque oublié comment faire.
« Dans ce cas, il ne faut pas me le dire deux fois. »
IV
Ils s'effondrèrent sur le lit en se dévorant mutuellement. Il y avait des mains partout, des lèvres partout. L'alcool, la peur de la mort et l'inversion des rapports de pouvoir agissaient comme autant de stimulants érotiques, construisant une tension sexuelle accablante.
Quelqu'un, sur la Terre d'avant, avait dit un jour que si tout était aussi beau, c'était parce que tout était insupportable*. Gajeel et Natsu en faisaient l'expérience directe, sans filtre, sans maquillage, sans paroles de réconfort.
Sous la pulpe de ses doigts, le corps de Gajeel se tendait et se dénouait comme s'il passait par tout le spectre des émotions au cours de la même minute. Il se cambrait et le serrait entre ses cuisses, mais ses muscles se raidissaient de peur et d'appréhension. Natsu changea de tactique et au lieu de l'attaquer de manière franche et directe, il se servit de sa bouche pour réveiller les terminaisons nerveuses qui affleuraient sur l'épiderme. Sa bouche sur le creux de son cou, sa langue parcourant le contour de ses mamelons, ses lèvres qui enserraient délicatement le bout de son gland... Il sentit son amant au corps d'acier se détendre à mesure qu'il le forçait à espérer la délivrance, tandis qu'il le cherchait, le titillait, l'excitait par des attouchements brefs et subtils comme une pluie de printemps, tiède et légère, préférant conserver l'orage d'été pour la fin.
Mais Gajeel palpitait et vibrait sous ses doigts comme des plantes secouées par le vent qui précède l'orage. En quelques minutes, il ne fut plus qu'un brouillon de mâle dominant, perdant ses habitudes érotiques aussi vite que sa fierté. Alors, Natsu le pénétra, s'enfonça dans le corps même qui avait prétendu le revendiquer, et Gajeel fut parcouru d'un tremblement qui lui fit presque peur.
« Est-ce que ça va ? ne put-il s'empêcher de demander.
— Ça ira tant que tu continues... » murmura Gajeel entre deux expirations entrecoupées.
Encouragé, Natsu creusa la courbe de ses reins pour pénétrer davantage son partenaire, qui émit un bruit de gorge étranglé tout en l'empoignant fermement par les fesses. Natsu ferma les yeux et projeta son bassin en avant. Gajeel gémit comme le type blessé qu'il était vraiment, juste un homme hanté, tourmenté, effrayé, qui avait désespérément besoin qu'on l'aime. Natsu continua son mouvement même s'il avait une stupide envie de pleurer : il n'avait jamais ressenti une telle vulnérabilité chez un partenaire. Il avait l'habitude de se rendre disponible, et parfois même, il avait eu l'impression d'avoir pu soulager le désespoir d'autrui, mais jamais il n'avait comblé la soif d'annihilation de quelqu'un. Il en était presque mal à l'aise, tellement Gajeel le serrait, lui broyait les os dans ses mains, et en même temps, ça l'excitait au dernier degré. Gajeel le voulait lui, et personne d'autre, et il perdait toute maîtrise de lui-même parce qu'il le le voulait en lui, parce qu'il ne désirait rien d'autre au monde que de se donner à celui... qu'il aimait ?
« G-Gajeel ? Désolé, je sais que j'ai dit que je ne me répéterai pas, mais toi... Tu peux me le redire ?
— H-han... Quoi, nom de dieu ? Te redire quoi ?
— T-tu... Tu es amoureux de moi ?
— Sans blague, espèce d'abruti. J'ai... gnnh... putain... j'ai jamais laissé personne me faire ça.
— Pourquoi ? demanda Natsu avant d'en avoir pu s'en empêcher.
— P-Parce que... ce... Bon dieu, on est vraiment obligés d'avoir cette conversation maintenant ?
— Ouais. » Natsu se surprit à sourire largement. « Ça m'excite de t'entendre parler.
— Quel crétin... B-Bref... merde ! Parce que... je croyais que je n'y prendrai jamais de plaisir.
— Pourquoi ?
— Mais putain, t'es sérieux, là ?! »
Natsu redonna un puissant coup de rein, épinglant Gajeel sur le lit tout en lui arrachant un râle délicieux.
« Parce que je suis un abruti... murmura Gajeel. Parce que tout ce que tu voudras... C'est quoi la bonne réponse pour que tu continues ?!
— Toutes les réponses sont bonnes... » murmura Natsu en balançant les hanches, expérimentant le rythme et la profondeur pour voir à quel moment il parvenait le mieux à faire perdre le souffle à son partenaire.
Cependant, comme il l'avait fait lui-même auparavant, Gajeel se lassa de la séance d'expérimentation et imposa son propre rythme en immobilisant son bassin entre ses mains robustes et en faisant onduler le sien. Natsu le regarda, fasciné, poursuivre son orgasme, les paupières closes, tout entier concentré sur la sensation de sa queue dans ses entrailles. C'était tellement érotique que Natsu en oublia de contrôler son propre désir, et il jouit d'un seul coup, en oubliant aussi de contrôler ses cordes vocales. Gajeel le suivit de près, et lui n'oublia pas de se contrôler, mais choisit plutôt de se laisser s'exprimer, si bien que Natsu passa à deux doigts d'un deuxième orgasme immédiatement après le premier. Il ne savait même pas que c'était possible.
Gajeel s'immobilisa, essoufflé, vaincu dans les ténèbres, son corps parcouru de tressaillements.
« Vraiment con... de pas avoir essayé ça avant... » murmura-t-il.
Natsu se retira doucement et s'allongea près de son compagnon, puis se colla à lui et l'entoura de ses bras. Il avait l'impression d'avoir encore des choses à dire, mais ne parvint pas à formuler quoi que ce soit. Et au bout de quelques minutes, il s'aperçut que c'était inutile : Gajeel dormait comme une souche. Il sourit et se blottit contre lui, se lova dans son odeur, sa sueur, et sombra dans le sommeil sans même s'en apercevoir.
* Je crois que c'est Rimbaud, mais, mes excuses, je n'en ai pas la certitude.
