Il se revoyait, avec Lui, sur les genoux, entrain de lui apprendre les bases du piano, ou quand Il était allongé sur son lit entrain de l'écouter jouer. Il lui jouait toujours le même air, parce qu'Il lui avait dit l'aimer, le morceau. Shindou s'interdit de penser à ce qui s'était passé après leur séance de piano ce jour là, il n'avait pas le droit de pleurer, pas encore.
Mais les larmes coulèrent sur les touches blanches et noires.
Il se souvenait de tout. L'année de sixième venait de se terminer et les deux amis fêtaient ça chez Shindou. L'ambiance était plutôt bonne, Kirino, toujours aussi fasciné par le talent de pianiste du brun l'écoutait, et appréciait.
"Dis Ranmaru? Ça te dirai d'écouter le dernier morceau qu'on m'a demandé d'apprendre en musique? Je le trouve plutôt joli. Et comme ça, tu seras le premier à l'entendre!"
Enchanté, le garçon aux cheveux roses accepta et se redressa pour le regarder jouer. Dans un sourire, Takuto entama alors le morceau, se forçant à se concentrer pour ne pas se laisser distraire par l'air attentif de son ami. Air qui lui plaisait tellement.
Après quelques minutes où les deux étaient sur une autre planète, dans un autre monde, un monde dicté par la douceur des doigts du musicien sur les touches nacré de son piano, la musique laissa place au silence. Les deux garçons n'avaient rien à dire, et parler aurait signifier briser cet instant magique.
Même si il se doutait de la réponse, le jeune artiste demanda d'une voix douce à son ami.
"Alors, tu aimes?" "Et moi, Est-ce que tu m'aimes?" Mais cette question resta pour lui, et lui seul.
"-Oui Takuto, c'était sublime.
-Merci" répondit le garçon, toujours sur le même ton doux.
Puis il se leva de son tabouret pour s'asseoir au côté du garçon aux cheveux roses.
Leurs regards se croisèrent, Shindou essayait d'avoir l'air sûr de lui quand ses yeux noisettes se perdirent dans le regard bleu glacier d'un Ranmaru un peu perplexe.
Les deux amis trouvaient que leurs cœurs battaient trop vite pour eux, pourtant, ils battaient en parfaite harmonie.
"Takuto?" le brun lui répondit en posant un doigt sur ses lèvres, avec la même douceur que lorsqu'il jouait. Hésitant, Kirino posa sa main sur sa joue en souriant et leurs visages se rapprochèrent puis, sans un mot, leurs lèvres se scellèrent, puis se séparèrent le temps d'un aveu.
Et les deux repartirent dans un autre monde, un monde dicté par la douceur des doigts du musicien sur la peau nacré de son petit ami.
