Sixième année : Jour
Un jour peut-être
"Dis James, un jour, tu parleras de moi à tes enfants ?"
Le regard du jeune homme se détache du vif d'or qu'il fait tourner au-dessus de sa tête et va se poser sur Sirius. Celui-ci est adossé contre un arbre, coude reposant sur son genou plié, contemplant pensivement le lointain. James lui est allongé sur l'herbe, lunettes relevées pour laisser le timide soleil de novembre lui chauffer le visage. Il hausse les épaules et attrape de nouveau la petite boule dorée.
"Bien sûr."
"Tu leur diras quoi ?"
James sourit.
"Alors, les mômes, je vous ai déjà parlé de votre oncle Patmol ? Ah sacré Patmol, une perle, un bijou, vraiment des comme lui on n'en fait pl-"
Le pied de Sirius dans son épaule interrompt sa tirade et James se met à rire. Son meilleur ami tente de le frapper de nouveau mais, plus rapide, il se retourne et lui saisit le mollet. Maudits réflexes de Quidditch. Pour maintenir Sirius tranquille, James se tortille sur quelques centimètres et va poser sa tête sur la cuisse de son ami. Un instant de silence. Puis…
"J'étais sérieux tu sais. J'aimerais savoir ce que tu leur diras."
"J'en ai aucune idée Sir'." Répond honnêtement le poursuiveur. Puis il se met à réfléchir, comprenant que son ami attend une réponse, qu'il y a un enjeu sous-jacent à sa question ou une crainte non exprimée, comme souvent avec Sirius. "Je leur dirais la vérité j'imagine. Que tu es mon meilleur ami, l'une des personnes les plus importantes de ma vie avec mes parents. Et eux du coup, et leur mère sans doute, enfin j'espère."
Sirius ne répond pas. James redresse la tête vers lui et poursuit.
"Je leur raconterai nos aventures. Je leur parlerai de nos exploits, de nos escapades hors de l'école, de nos blagues aux Serpentard. Je leur listerai toutes les règles qu'on a enfreintes et toutes les punitions qu'on a récoltées. Je leur dirai que tout le monde au château nous connaissait, et qu'ils ont eu beau essayer de nous séparer, ils n'y sont jamais arrivés."
James note que Sirius sourit à présent, un sourire amusé et sincère, et que ses yeux sont emprunts d'émotions diverses mais positives. Il est beau ainsi, visage serein et content, et James se délecte d'en être à l'origine.
"Je leur raconterai notre première rencontre, et je leur préciserai bien que j'ai su dès le départ qu'on allait être les meilleurs amis du monde même si toi tu as refusé de me croire. Je m'en fiche, l'histoire m'a donné raison. Ils me demanderont sûrement comment j'ai pu être sûr de moi aussi vite, et je leur répondrai que tu étais une évidence, qu'en te parlant cinq minutes j'avais l'impression de t'avoir toujours connu et que je me suis alors promis que si j'arrivais à t'apprivoiser, je ne te laisserais plus partir."
Tout en écoutant, Sirius s'est mis à passer doucement ses doigts dans les cheveux de James, les ébouriffant davantage. Prenant une pause dans son monologue, ce dernier vient entrelacer leurs doigts et ramène leurs mains sur son torse.
"Il y a des choses que je tairai. Des choses que je garderai pour moi parce que personne ne mérite de les savoir. Ce qu'il se passe dans le dortoir ou quand personne ne regarde, ça, ça reste entre nous. C'est trop précieux pour que je le partage avec qui que ce soit."
Sirius a penché la tête vers lui et James le regarde avec tendresse.
"Je préférerai leur parler de toi. Vraiment de toi. De ce que tu aimes et ce que tu détestes, de ton rire façon aboiement et de ton caractère de chien. De ton courage, de ta fierté, de la force considérable dont tu fais preuve pour affronter tes démons et devenir quelqu'un de bien. Quelqu'un de merveilleux même, et quelqu'un que je suis fier d'appeler mon meilleur ami. Ça répond à ta question ?"
Le jeune Black est ému, James peut le lire dans son regard, et il hoche la tête. L'autre jeune homme alors va poser lentement sa main sur son cou.
"Mais tu sais Sir', le jour où je parlerais de toi à mes enfants, tu seras juste derrière mon épaule et je ne doute pas un instant que tu ne résisteras pas à te mêler de mon histoire pour y mettre le bordel."
Sirius ricane et c'est lui qui clôt la distance entre eux pour déposer un baiser sur les lèvres de James.
"Oui, ce jour-là… Compte sur moi."
