Alors que la pluie s'abattait sur la zone, accompagnée de quelques éclairs, le transporteur aérien débarqua le duo sur la plage, juste à côté du Mur Protecteur. Lors de la reconstruction de la section nord de la ville, Ashelin avait fait retirer le sas du Ghetto inondé qui conduisait à la Station de Pompage. Mais afin de garder un accès terrestre à cette zone, une nouvelle entrée avait été installé par la Ligue : au pied de la barrière se trouvait un monte-charge métallique, à la couleur sombre et arborant le logo coloré de la faction, qui pouvait descendre à un nouveau sas, débouchant quelque part dans les égouts. Mais pour l'heure, ce n'était pas leur objectif. Depuis que la ville possédait son nouveau système de pompage pour l'approvisionnement en eau douce, cette station avait été arrêté et laissée à l'abandon. Jak ne fut donc pas surpris de retrouver les débris du silo que Sig avait détruit au Pacificateur l'année passée, idem pour les pompes inactives au-devant de la première plate-forme. Il monta sur celle-ci et passa par le chemin gauche pour se rendre au centre de la zone. Le duo vit alors que la guerre avait touchée cette section, des morceaux de falaises entiers s'étant effondrés un peu partout, aussi bien sur les plate-formes métalliques que sur la plage de sable. Le long tuyau, qui reliait le bloc de métal à celui qui se situait en face, tenait encore malgré sa fendaison en deux. Jak s'y engagea et avança normalement, en dépit des petits grincements aiguës. Il dût sauter au milieu de l'étroit passage pour passer la coupure, et son arrivée sur la seconde moitié ne la délogea pas de son accroche.
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Se frayant un chemin parmi les débris de métal et de roche, il parvint finalement à atteindre le nord de la station. Il descendit de la plate-forme où il se trouvait et regarda la côte voisine. Les barres de fer qui lui permettaient d'y accéder avec le JET-Board avaient été retirés, et il ne se risqua pas à y aller à la nage. Il pourrait aussi utiliser son envol blanc pour survoler l'eau et éviter de déclencher le système de sécurité, si les Grenats en avaient remis un. Mais Torn avait été clair sur l'emplacement probable du signal. Il reprit donc l'exploration, remontant sur la structure métallique pour explorer le reste des ruines. Du côté où les Juice Goons pullulaient auparavant, il n'y avait aucune trace d'un quelconque dispositif Grenagarde ; même chose près de la valve du Ghetto ou l'emplacement du sceau de Mar, où il avait aidé Ashelin face aux Metal Heads. De plus, la pluie réduisait leur visibilité, ce qui n'aidait vraiment pas. Il repassa par le long tuyau pour rallier à nouveau l'accès vers l'ancienne Usine d'armement, où les Grena-Thanatorobots s'étaient rebellés pour la première fois. Aux abords de la rive, il ne tenta pas la traversée, préférant demander un peu d'aide à la Ligue. Il sortit donc son communicateur de sa sacoche, l'activa et appela le quartier général.
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– Hum... Ici Jak ! Dit le héros un peu hésitant. Quelqu'un est en poste au QG de la Ligue ?
– Jak ? Il y a un problème ? Répondit la voix de Keira.
– Ah, Keira, tu tombes bien. Torn nous a envoyé à la Station de Pompage pour trouver la source du signal. Mais nous n'avons trouvé aucun dispositif Grenagarde, pour l'instant. À vrai dire, nous ne savons même pas quoi chercher…
– Si vous voulez mon avis, les gars, le dispositif rouge qui se trouve derrière vous est un bon point de départ, répondit la mécanicienne sur un ton moqueur.
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Jak se retourna d'un coup et aperçut alors la présence dudit « dispositif ». Si le haut de la structure, sur laquelle il pouvait marcher, n'avait pas changé, ce n'était pas le cas de la machine qui supportait la plate-forme. À la place de l'immense bloc cubique qui faisait partie du mécanisme de pompage de la station, un grand cylindre rouge et gris, qui arborait le logo de la Grenagarde robotique, avait pris place. De solides coupleurs le tenaient au sol sur une surface de métal noire et neuve, et divers boîtiers rectangulaires y étaient attachés, des voyants jaunes, rouges et bleus clignotant par moment. Enfin, trois tuyaux, de taille moyenne et gris, étaient connectés à l'horizontale sur le côté gauche de l'étrange machine et plongeaient dans la mer environnante. Lorsqu'il s'en approcha, il entendit un vrombissement grave mais sourd ; le son produit par la pluie le couvrait parfaitement, ce qui fait qu'il ne l'avait pas remarqué tout de suite.
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– Voilà, c'est quelque chose de ce genre-là qu'on doit trouver, Jak, commenta Daxter avec un grand sourire.
– Te moque pas, Daxter, répondit Jak, tu ne l'avais pas vu non plus. En tout cas, je doute que ça soit l'engin qui transmette le signal. Une antenne conviendrait mieux…
– Vous êtes certain de n'en avoir vu aucune ? Demanda Keira, alors que la caméra flottante examinait le cylindre Grenagarde sous divers angles. Hum, ça a l'air d'être une sorte de transformateur, installé après que les Thanatorobots aient investis la ville pour la guerre. Je me demande où ces tuyaux vont…
– Pour le signal, tu peux le capter avec le communicateur ? Demanda Jak.
– Oui, mais la portée de cet engin est limité. J'y pense : est-ce que vous avez regardé auprès des éoliennes ? Elles ont beau ne plus être fonctionnelles, elles constituent un bon support pour des dispositifs de communication furtifs.
– Bonne idée, Keira ! La remercia Jak. On est complètement passé à côté. J'espère juste que les Grenats n'ont pas remis en place ces vieux robots exterminateurs…
– J'espère aussi, lui confia son amie. Sinon, recontactez-moi quand vous aurez trouvé quelque chose de nouveau. Je vous indiquerai la marche à suivre.
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Le communicateur se rangea automatiquement dans la sacoche de Jak, qui partit en direction de l'éolienne la plus proche. Celle-ci avait perdu sa tête et toutes ses pales. Il déploya son JET-Board, monta dessus et se lança sur l'eau au risque de déclencher une possible sécurité. Et une menace de mort imminente. Heureusement pour eux, rien ne se passe. En revanche, arrivé sur l'îlot, rien ne sortait de l'ordinaire non plus. N'abandonnant pas pour autant, il passa à la suivante, intacte mais avec les pales bloquées. Cette fois-ci, il trouva un boîtier rectangulaire rouge à sa base : un câble attaché au corps de l'éolienne et montant jusqu'à la tête y était connecté. L'antenne n'était clairement pas visible, mais c'était suffisant pour le duo. Contactant à nouveau le quartier général, Keira leur répondit.
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– Vous avez trouvé l'une des antennes ?
– Nan, répondit Daxter avec un certain sarcasme, c'est pour commander une pizza aux anchois…
– Hin, hin, très drôle, Daxter… Rétorqua Keira sur le même ton que la beloutre. Non, plus sérieusement ?
– Il s'agit d'un boîtier rouge, dit Jak. Il semble relier à une antenne en hauteur, sans doute sur la tête de l'éolienne, mais on ne l'a pas en vue.
– Très bien, le boîtier suffira amplement. Ouvre-le, que je vois à quoi ressemble l'intérieur.
– Et sinon, tu n'es pas trop débordée avec toute cette pagaille ? Demanda Daxter, sur un ton plus sérieux tandis que son partenaire exécutait la demande de la jeune femme.
– On n'arrête pas le mouvement depuis que nous avons à nouveau accès à la Forteresse. Torn me demande beaucoup de choses, mais je peux compter sur les mécaniciens de la Ligue pour alléger ma charge de travail. D'ailleurs, ils ne te portent pas en grande estime, Jak.
– Je m'en doute, on en a eu un aperçu similaire lors de notre dernière mission, commenta Jak, soupirant un coup.
– Tiens le coup, surtout. Les choses s'amélioreront avec le temps… Ils ne pourront pas tout le temps te haïr, le réconforta Keira. Bref, branchez le com' sur la carte-mère, en bas à droite, en-dessous des trois diodes rouges et jaunes. Je vais implanter un traqueur informatique, qui aidera à localiser la source. Par contre, cette antenne est trop petite pour couvrir toute la zone. Il doit y en avoir d'autres dans le coin, voire peut-être même une antenne principale ; trouvez-les et répétez cette opération à chaque fois. Une fois fait, le traqueur remontera jusqu'à la source et signalera sa position sur nos radars.
– Entendu ! Répondirent ensemble les deux comparses.
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Quittant l'îlot, ils vérifièrent une à une les éoliennes restantes. La suivante, qui était très endommagée, ne comportait pas d'équipement Grenagarde. En revanche, ce fut le cas pour la quatrième, dont les trois palmes intactes tournaient encore. Jak brancha à nouveau son communicateur sur le même port, puis il finit de vérifier les installations restantes, sans nouveau succès. Il entreprit donc un nouveau tour du sud de la station, où il trouva, en fin de compte, un autre boîtier embusqué. Il se situait sur l'un des murs du bloc métallique où Sig avait abattu le premier Spyder Gunner pour le compte de Krew, et y brancher le communicateur nécessita le JET-Board, faute de plate-forme sur l'eau. La manipulation effectuée, Keira les appela alors.
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– Ok, les gars. D'après les informations que je reçois, ce ne sont que des relais. Le signal est émis depuis une autre position, probablement plus au nord. Retournez du côté du transformateur Grena-Thanatorobot, il doit sans doute y avoir une quatrième antenne.
– Et ça sera suffisant pour que le traqueur fonctionne ? Questionna Daxter. Parce qu'on se les caille, ici ! La pluie n'arrête pas de tomber…
– Si on veut que le programme fonctionne du mieux possible, alors oui, Daxter.
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Le communicateur rentra dans la sacoche, puis le duo se redirigea une nouvelle fois vers le long tuyau fendu. L'orage tonnait plusieurs fois et la pluie tombait de plus en plus vite. Pour ne rien arranger, le vent se leva, rendant la marche et la visibilité difficile. Lorsqu'il emprunta le passage, les grincements métalliques se firent plus fort alors que l'étroite plate-forme branlante dût supporter une forte pression : le poids de Jak, Daxter et les milliers de gouttes tombant du ciel. Quand le jeune homme sauta au milieu du chemin, la seconde moitié du tuyau céda lorsqu'il atterrit dessus. Il se rattrapa de justesse malgré le dérapage dû au sol mouillé et sauta une nouvelle fois pour ne pas chuter avec la structure,. Celle-ci tomba sur la plage, au même titre que Jak et Daxter, en produisant un grand vacarme. Le sol trembla d'un coup, mais rien de plus n'arriva. En tout cas, pas jusqu'à ce que le héros fasse un pas en avant après s'être relevé de sa position accroupie. Le bout de sable sur lequel ils se trouvaient s'affaissa d'un coup, et un craquement sourd inquiétant se fit entendre. Les yeux grand ouverts et le visage interloqué, Jak n'osa pas bouger davantage, se demandant quoi faire. Daxter, quant à lui, quitta son épaule et tomba en-dehors du petit cratère formé. Les craquellements s'arrêtèrent soudainement, puis le sol se déroba sous ses pieds. Ne s'étant pas extirpé de cette position délicate, Jak chuta dans ce qui semblait être une grotte, le fond et les parois n'étant pas visibles. Il ne vit aucun point d'accroche sur lequel se rattraper et il était trop surpris sur l'instant pour penser à activer ses pouvoirs blancs. La seule chose qu'il vit clairement au bout de quelques secondes fut un bout de tuyau, où de l'eau s'écoulait, et s'assomma la tête dessus, ne pouvant ni le saisir, ni l'esquiver à temps.
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Il aurait dû avoir mal au crâne à cause du choc. Mais étrangement, il ne ressentit rien de négatif, voire rien du tout. En observant autour de lui, il n'y avait que de l'obscurité, et il n'était plus en chute libre. Par contre, il ne se trouvait pas sur le plancher des yacows. Il flottait au milieu du vide, sans raison apparente. Les yeux à peine ouverts, il entendit néanmoins une voix qui lui était familière ; une voix d'homme pour être exact.
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– Des temps sombres arrivent, jeune Élu. Tu as beau avoir rassemblé les pouvoirs de la Lumière et des Ténèbres en toi, cela ne suffira pas pour cette épopée.
– Qui… Qui est là ? Demanda Jak d'une voix faible.
– Méfie-toi des apparences et des faux-semblants. Le monde tel que tu le connais s'apprête à changer pour toujours…
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Jak n'eût pas le temps de répliquer, l'obscurité laissant immédiatement place à une intense lumière aveuglante. Puis le néant à nouveau. Mais cette fois, il sentit quelque chose de mouillé et de sablonneux sur sa joue droite. Il ouvrit les yeux et vit un long couloir de métal envahi par de la végétation, faiblement éclairé par des champignons luminescents. Sentant le reste de son corps, il s'aperçut qu'il était allongé par terre, sur un tas de sable humidifié. Il se releva avec difficulté, s'appuyant en partie sur le mur droit et sentit un liquide coulé sur sa tête : d'abord le front, puis sur le nez et la joue gauche, il s'épongea de la main droite pour le retirer. Mais il déchanta un peu plus lorsqu'il vit que c'était du sang. Cela expliquait son mal de crâne, la collision avec le tuyau précédent l'ayant gravement blessé. En plus de ce saignement, il sentit quelques côtes froissées et une entorse au pied gauche. Quant aux fractures, il évita d'y penser. En soi, ce fut une sacré chance que l'impact ne l'ai pas tué, ni plongé dans le coma. Il respira un bon coup, puis il activa sa Régénération Blanche, qui restaura son intégrité physique. Pour le moral, il devait trouver autre chose. Remis sur pied, il observa le plafond duquel il était passé à travers. Il constata alors qu'il se trouvait loin sous la surface, le trou d'où s'écoulaient du sable et de l'eau de pluie se situant à quelques dizaines de mètres au-dessus de lui. De toute évidence, Mar – ou un de ses doubles temporels – avait installé une immense plaque pour couvrir une crevasse naturelle. Quant au couloir où il se trouvait à présent, il s'agissait certainement d'un couloir de maintenance abandonné depuis longtemps. N'ayant pas d'autre choix, il se décida à le parcourir pour espérer trouver une sortie.
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Avant de quitter sa position, il tenta un appel avec le communicateur, mais aucun signal ne semblait pas passer. De même, Daxter n'était pas présent, ce qui n'allait pas rendre son exploration aussi amusante que d'habitude. Son avancée fut ralentie par les débris de métal au sol, le manque de visibilité et la mousse abondante. Chaque pas effectué le manquait de le faire glisser, et il dût se rattraper à chaque fois contre un mur. Au premier embranchement, il ne put réellement choisir la suite de son parcours : la porte blindée du chemin de gauche refusait de s'ouvrir, les gonds étant trop rouillés pour permettre une ouverture. Quant au couloir central, un effondrement avait fait s'écrouler le plafond. Il prit donc le couloir de droite, avant de tourner quelques mètres plus loin à gauche. Cette foi-ci, s'il y avait moins d'obstacles, la diminution du nombre de champignons luminescents lui apporta moins de lumière. Il avait bien pensé à se transformer en Light Jak pour apporter son propre éclairage, vu qu'il n'a a jamais pris une lampe-torche dans son équipement, mais sa régénération passée lui avait coûté beaucoup d'énergie. Il préféra donc utiliser le peu qu'il lui restait pour des situations plus adéquates. Quelques instants plus tard, toujours à supporter l'humidité ambiante et une vielle odeur d'eau usée, il arriva dans une grande salle circulaire, où de multiples embouts de tuyau déversaient – ou non – de l'eau. Six piliers de béton étaient présents tout autour du mur, en position hexagonale. La pièce était éclairée par une lumière naturelle, qui passait par des bouches de ventilation plafonnales. Enfin, il vit un bout de plate-forme situé à mi-hauteur et des barres de fer fixés sur quelques-uns des piliers. Certaines d'entre elles semblaient être des échelles improvisées tandis que les autres formaient un parcours viable pour une montée en JET-Board. Il l'utilisa alors sur la barre la plus proche et commença son ascension. Bien qu'il manqua plusieurs fois de tomber, les fixations étant usées, et donc branlantes lorsqu'il traversait chacune d'elles, il parvint à se hisser suffisamment haut pour s'apercevoir que la plate-forme donnait accès à un grand tuyau ouvert et sombre. Y accéder, en revanche, s'avéra délicat. Si la montée fut plus facile qu'il ne le prévoyait, atteindre cette sortie relevait d'un autre niveau. Suspendu à une barre et prenant appui avec ses pieds sur le second pilier à droite de son objectif, il se propulsa vers le pilier suivant, glissa vers le bas à cause de la gravité et se lança une seconde fois en direction de la plate-forme, s'accrochant à son rebord de justesse.
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Jak se hissa dessus, se releva et emprunta le tunnel sombre. Pour ne pas changer, il avait encore les pieds dans l'eau, mais l'air était à nouveau respirable, sans odeur nauséabonde. Il avança quelques mètres en aveugle, la lumière lui faisant cruellement défaut, puis buta contre un mur. Le visage l'ayant percuté, il secoua la tête et vérifia qu'il ne saignait pas du nez ou du front. Tâtant le cul-de-sac avec ses mains, il sentit que ce n'était pas du béton mais du métal. Et lorsqu'il toucha la paroi circulaire du grand tuyau, il remarqua au toucher qu'un petit vide existait entre les deux structures. De toute évidence, ce mur ne faisait pas partie de la construction originelle… En l'absence d'autre option, il activa son pouvoir blanc pour illuminer les alentours. Il constata alors que son intuition était fondée : le mur était en grande partie rouge, avec des marquages gris représentés sous la forme de lignes épaisses. En son centre se trouvait une plaque noire, avec le logo de la première Grenagarde en son centre. D'abord étonné, puisqu'il s'attendait surtout à trouver celui des Grena-Thanatorobots, il abandonna sa forme angélique pour faire appel à son alter-ego noir. Puis il planta ses griffes dans cette plaque pour l'arracher de son socle. Il reprit alors sa forme normale et s'y infiltra, toujours dans l'obscurité. Il était beaucoup plus étroit dans ce passage, mais celui-ci devait être un conduit de ventilation. Prenant un tournant à droite, il vit une première grille d'aération et aperçut à travers elle un bout de couloir éclairé, où des Spydroids patrouillaient, leur voyant étant bleu. Le doute n'était plus permis : Jak était au cœur de leur base secrète. Il ne s'attarda pas sur place et continua sa progression dans le conduit. Pour ne pas révéler sa position, il avait ralenti sa vitesse pour limiter le bruit qu'il produisait. Et cela paya lorsqu'il approcha d'une seconde grille : il entendit deux voix, en pleine discussion. Néanmoins, leur ton ne paraissait pas normal. C'était comme si les interlocuteurs parlaient au travers des filtres de masque à gaz que les soldats de la Ligue utilisaient, mais avec une intonation beaucoup plus grave, voire métallique.
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– …-atif, commandant. Numéros Trois et Cinq poursuivent l'ordre dix-sept comme prévu, avec une heure et quart d'avance sur le planning prévu. Les opérations « Metal Fire » et « Éclosion » pourront être avancées.
– Initiative rejetée, numéro Deux. Les administrateurs ne souhaitent pas prendre de risques inconsidérés en précipitant les événements. L'objectif principal est d'occuper la Ligue pour la Liberté aussi longtemps que possible. En revanche, le fait que nos ennemis n'aient pas lancé d'offensive sur notre zone industrielle est surprenant. Les probabilités pour que leurs leaders l'ordonnent étaient de quatre-vingt six pour cent.
– Numéro Quatre nous a informé que leur capacité de combat avait été réduite lorsque notre Créateur était encore actif. Toutes les informations à leur sujet n'ont pas encore été complètement actualisées, mais numéro Quatre est focalisé sur cette tâche.
– Aucun ordre de ce type n'a été édicté sur le Réseau principal.
– Numéro Quatre est plus indépendant que nous pour pouvoir rester furtif. C'est son but ultime. Qu'en est-il du « Projet », commandant... ?
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Jak entendit alors des bruits de pas lourd, couvrant le faible son de la conversation. Intrigué par ce qu'il avait pu entendre, il voulut en savoir davantage et s'enfonça plus en avant. Malheureusement, la plaque sur laquelle il arriva se déroba sous son poids et il tomba dans le coin d'une pièce de taille moyenne remplie de grandes caisses grises. Il se releva en hâte et cacha le bout de métal dans un interstice situé entre le mur proche et une pile de caisse. Mais le mal avait été fait : il entendit une porte s'ouvrir, puis le son familier d'un Spydroid en approche. Après tout, sa chute avait provoqué un boucan facilement perceptible par toute entité proche… Et sa malchance ne s'arrêtait pas là puisqu'il se rendit compte, en dégainant son arme, que celle-ci était à court de munitions, tous modes confondus. Se faire prendre en flagrant délit d'espionnage maintenant n'était ni une option, ni une fatalité acceptable. Alors que l'araignée mécanique était au coin de la pile, il tenta le tout pour le tout et ouvrit la caisse placée à sa gauche. Par un heureux hasard, il y découvrit une statuette de Précurseur noire. Sans tarder, il tendit sa main droite, laissa l'éclair mauve le rendre invisible puis referma la caisse une demi-seconde avant que le robot ne soit dans son champ de vision. Ce dernier s'arrêta à moins d'un mètre de lui, scruta minutieusement les alentours avec sa caméra et finit par faire clignoter son voyant jaune. Finalement, il passa au bleu et repartit d'où il venait, Jak entendant la porte se refermer. Il redevint visible quelques secondes après et s'assura qu'aucun autre robot ne se trouvait dans cet entrepôt. Profitant du maigre répit qui lui était offert, il entreprit d'ouvrir des conteneurs supplémentaires, ne serait-ce que pour trouver quelque chose d'exploitable, comme une arme ou des munitions. Au lieu de cela, il trouva des composants de divers technologies, qu'elles soient Grenagarde, Précurseur ou même de leurs ennemis corrompus, les Créateurs Noirs. Les refermant pour masquer toute trace de son passage, il réactiva son invisibilité grâce à la statuette et quitta la salle.
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Il ne disposait alors que d'une vingtaine de secondes avant de redevenir à nouveau visible. Les couloirs tagués des couleurs de la Grenagarde qui s'offraient à lui étaient peu nombreux, mais il n'avait aucune connaissance des lieux : il pouvait aussi bien se trouver proche de la sortie que s'y enfoncer davantage et risquer de se faire encercler par les Grenats. Sans réfléchir davantage, il prit le chemin de gauche et parcourut une bonne distance, passant devant d'autres portes fermées. Il prit un tournant à droite et vit un embranchement double. Arrivé à cette position, il vit alors dans le couloir de gauche un sas blindé, tandis que le couloir de droite contenait encore d'autres tournants et portes verrouillées. Il se dirigea vers le sas, qui s'ouvrit à son approche, et découvrit avec bonheur un ascenseur derrière celui-ci. Même s'il n'avait pas croisé d'autres unités ennemies en chemin, les bruits mécaniques proches ne le réconfortaient pas, loin de là. De plus, lorsque l'ascenseur s'actionna, il perdit son invisibilité. Remontant vers la surface, ou du moins vers des étages supérieurs, il n'était pas pour autant sorti d'affaire… Devant un second sas, lorsque la plate-forme s'arrêta, il l'emprunta et se retrouva dans une immense caverne souterraine, éclairée par des reflets bleus, visibles sur les murs et le plafond. Avançant sur le pont qui se présentait, il vit un grand monte-charge en face de lui, à une trentaine de mètres de l'ascenseur. Et à sa droite se trouvait une grande porte rouge et noire, gardée par les mêmes tourelles anti-aérienne qui protégeaient l'Usine Flottante. Il n'y avait aucun accès terrestre possible, et ce n'était pas la priorité de Jak pour l'instant. En contre-bas, lorsqu'il regarda par-dessus la rambarde de sécurité, il vit des dizaines de cuves rouges, reliés les unes aux autres par tout un assemblage de grands câbles. Elles contenaient de l'eau, quelques lumières dans le fond et un mécanisme particulier : une turbine démesurée, semblable à celle qu'il avait pu voir dans la Cité Précurseur perdue, lorsqu'il était dans le passé, des pylônes situés exactement à la surface du liquide et deux anneaux métalliques de taille différentes, posées dans le fond de la cuve. Certaines d'entre elles étaient actives, et le résultat fut pour le moins impressionnant : l'eau se changeait en éco bleue en l'espace de quelques secondes ! Ensuite, cette éco quittait le conteneur, probablement par des câbles précis, puis de l'eau était réinjecté pour répéter le processus.
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Ne sachant pas quoi penser de tout ça, il mit encore ses questions en suspens lorsque la plate-forme du monte-charge descendit du plafond, une silhouette inconnue positionnée dessus. Sans abri disponible, il sauta par-dessus la rambarde et se pendit au pont, tout en gardant la tête suffisamment élevée pour observer l'arrivant. Quand le monte-charge eût fini de descendre, des pas lourds se firent à nouveau entendre. La marche était régulière et semblait mécanique. Lorsqu'il fut à la moitié du pont, Jak put clairement distinguer les formes de l'étranger : c'était un robot d'un nouveau genre, dont le corps avait des dimensions plus élevées que les Grenats habituels. Les yeux jaunes et la carcasse rouge, un long cou noir et des pinces fines faisant office de doigts, il s'agissait d'un androïde nouvelle génération. En-dehors de ces composants primaires, il arborait des minis lance-missiles sur ses épaules et un étrange dispositif noir sur son torse, semblable à un plastron. Il semblait robuste et paré pour le combat, donc une menace à éviter pour le moment, pensait Jak. Le robot stoppa sa progression et s'éleva alors dans les airs, un jet-pack officiant dans son dos, comme ce fut le cas pour le corps cybernétique d'Errol. Il vola vers la grande porte, qui s'ouvrit pour le laisser passer. Le danger écarté, le héros remonta sur le pont et courut pour prendre le monte-charge. À son bord, ce dernier s'activa et monta doucement vers le niveau suivant. En haut, un troisième sas, horizontal cette fois-ci, s'ouvrit à son approche, laissant une atmosphère différente s'engouffrer. L'air était plus chaud, et lorsque la plate-forme fut à sa hauteur maximale, Jak reconnut l'ancien Site Archéologique, son point de sortie prenant place exactement sur le trou auparavant creusé par la foreuse géante qu'il avait détruit l'année dernière.
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Par contre, les Hovergardes et les turbocanons Grena-Thanatorobots présents furent une mauvaise surprise. Sans moyen de défense, il dût esquiver les tirs et courir en direction de la sortie de la caverne, toujours présente au même endroit. Passer la coulée de lave ne fut pas un problème majeure grâce au JET-Board, en grindant sur un bout de tuyau proche, mais le tunnel qui donnait sur la surface avait été piégé avec des explosifs. Pire encore : une nouvelle veine de lave passait sur le chemin. Il la survola malgré tout, mais son appareil anti-gravité fut trop près de la roche en fusion. Jak sentit perdre de l'altitude alors qu'il était encore au-dessus de ce danger naturel ; il sauta du JET-Board pour atteindre le sol, mais il perdit son moyen de transport, qui s'enfonçait dans la lave. Il ne tarda pas davantage et accéda au dernier monte-charge. Bientôt hors de danger, les Hovergardes ne l'ayant pas suivi, il souffla un bon coup. Hélas, en levant les yeux vers la surface, enfin visible, il vit également un bloc central d'Explorobot attaché au plafond par des câbles. Ceux-ci le lâchèrent sur la plate-forme, ce qui la fit stopper et même dérailler alors qu'elle était presque arrivé en haut du rail. Jak fit un dernier sprint alors que le bloc enclenchait son auto-destruction. Il explosa alors que le jeune homme sautait pour atteindre le sol rocheux. L'élan donné par le souffle le propulsa hors de la grotte et il glissa dans l'herbe, n'ayant pas réussi à freiner sa tombée. Quant à l'explosion, elle déclencha une réaction en chaîne avec les explosifs rencontrés précédemment qui condamna le passage pour de bon.
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Ses oreilles sifflaient. Il avait beau avoir échappé de peu à l'explosion du robot, le choc était réel. Il se releva en titubant sur place, nettoya sa tenue de la terre et de l'herbe qui s'étaient collées lors de sa glissade involontaire et prit un moment pour souffler à nouveau et se remettre de ses émotions. En observant son environnement, il vit que celui-ci n'avait pas vraiment changé. La plate-forme d'atterrissage arborait toujours la couleur rouge de la Grenagarde, mais uniquement parce que la Ligue fut créée après la rébellion des Thanatorobots. En revanche, l'entrée de l'Usine d'armement avait été scellée et l'entrée du tunnel qui permettait d'accéder à la Station de Pompage s'était effondrée. En somme, il était bloqué sur place, à moins de pratiquer l'escalade de la paroi rocheuse. Le côté positif fut que l'orage était passé. Le ciel était encore nuageux, mais des rayons de soleil perçaient par endroit. Alors qu'il s'apprêtait à partir, un aérotrain bleu apparut par-dessus le paysage rocheux, en direction du sud. Le véhicule se posa sur la plate-forme prévue à cet effet, puis Daxter, Torn et une patrouille de quatre soldats de la Ligue en descendirent.
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– JAK ! S'écria Daxter, courant vers son ami. Mais t'étais passé où, bon sang ?!
– Je vais bien, Dax, t'en fais pas pour ça, répondit Jak avec un air serein. J'ai dû me débrouiller pour sortir de cette caverne. Ce qui m'étonne, à vrai dire, c'est ta présence, Torn. Pas qu'elle soit dérangeante, loin de là…
– Daxter est revenu au point de largage après ta chute et a expliqué la situation au pilote, expliqua Torn. Il nous a prévenu et je suis venu en personne pour superviser l'exploration de l'endroit où tu avais atterri. Mais dès qu'on a entendu un bruit d'explosion, on a immédiatement rappliqué ici.
– Tu savais que ce serait moi ? Demanda Jak.
– Pas vraiment. Mais en général, les ennuis ne sont jamais loin de vous deux, les gars. Sinon, on en a profité pour trouver la dernière antenne et elle est équipée du traqueur de la Ligue. Tu es prêt pour trouver la base cachée des Grenats ?
– À vrai dire, Torn… Commença Jak.
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Il présenta en détail ses découvertes et ce qu'il avait pu entendre. Pendant qu'il écoutait, Torn perdit son air calme pour un visage renfrogné. Les mains sur les hanches, il hocha la tête horizontalement lorsque Jak eût terminé son rapport.
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– C'est mauvais, ça. Très mauvais pour nous et la ville… marmonna-t-il.
– Du coup, quel est le plan, maintenant ? Questionna la beloutre, qui remonta sur l'épaule de Jak. On lance une attaque ou on reste encore en retrait ?
– Ça me désole, mais on en reste au plan A, reprit Torn d'une voix normale. Lancer une offensive maintenant serait suicidaire. Tant que la Ligue n'aura pas terminé son réapprovisionnement en matériel de guerre et en vivres, on doit se contenter de rester sur la touche. D'ailleurs, j'ai encore besoin de vous pour aujourd'hui. Le Port a reçu de nouvelles défenses sol-sol et sol-air, mais elles ne sont pas encore reliées au réservoir d'éco du secteur. En attendant que ce soit le cas, on doit fournir le sud avec des conteneurs d'éco.
– Laisse-moi deviner, supposa Daxter. Les Grena-Thanatorobots s'en sont mêlés pour que tu nous demandes d'effectuer une nouvelle mission d'escorte ?
– Je suis impressionné, Daxter, tu as doublement bon ! Ils ont eu la même idée que nous et ont équipé leur territoire de défenses anti-aériennes. La première équipe a utilisé un aérotrain qui a atterrit en catastrophe dans les ruines du Bazar est. J'ai envoyé une patrouille pour sauver ce qui peut l'être, mais ça va prendre du temps. Donc, il faut que nous fassions passer le second convoi dans les égouts.
– Et en contournant leurs défenses par l'extérieur de la ville, ça le ferait ? Proposa Jak.
– Ils ont des capteurs d'éco très sensibles. Tant que nos véhicules ne disposeront pas d'une unité de brouillage perfectionnée, la voie aérienne autour de la zone industrielle est à exclure pour le moment. Et puis, dites-vous que votre escapade souterraine servira à sécuriser les lieux pour les prochains convois. Ashelin ne peut pas accéder dans ces couloirs depuis le sud, il faudra donc que vous passiez par le sas depuis les égouts pour rendre l'opération possible.
– Si c'est pour la bonne cause, alors autant s'y mouiller le plus vite possible, répondit Jak sur un ton amusé.
– C'est ça, rétorqua Daxter sur un air dégoûté. Tu ne m'auras pas laissé la journée pour que je profite d'un pantalon propre flambant neuf, toi…
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La conversation terminée, tout le monde monta à bord du véhicule, qui partit en direction d'Abriville. Il atterrit dans les nouveaux quartiers, exactement au même endroit où Jak et Daxter avaient décollés quelques heures auparavant. Torn et le duo débarquèrent tandis que la patrouille resta à bord. Lorsque le véhicule quitta la rue, le trio se dirigea vers le champ de force blanc. Le commandant de la Ligue donna alors un badge-bouclier au héros.
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– Tiens, Jak. Il contient les autorisations nécessaires pour passer les champs d'énergie de nos territoires. De plus, il te garantira l'accès à toutes nos installations, y compris celles de la première Grenagarde. Le codex que vous avez récupérez à la Centrale contenait plus que les plans de l'Usine Flottante.
– Merci, répondit Jak en le prenant. Et si jamais je le perds ?
– Alors tu auras des complications pour les accès. Avec les Grenats qui filtrent nos signaux, garder les codes d'identification dans ton communicateur est risqué. D'ailleurs, il sera formaté lorsque tu seras au Naughty Beloutre. Pour les personnes non autorisées, il explosera à la moindre tentative d'intrusion sur les circuits internes. Donc, évite de le perdre. Ça nous évitera aussi la paperasse pour le remplacement.
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Puis il les laissa, partant en direction du quartier général de la Ligue. Avec ce nouveau badge, le duo put passer le champ de force, comme Torn l'avait dit. De l'autre côté, dans la zone dévastée, ils trouvèrent une nouvelle équipe composée de cinq soldats. Trois d'entre eux portaient des cylindres dans leur dos, de trois couleurs différentes : rouge, jaune et noire. Quant au deux autres, ils arboraient les mêmes insignes sur leurs échappes que le sergent Edge et l'officier Stevans. Jak se demandait si c'était bien eux, et il eût la réponse lorsque le garde avec les barrettes argentées déclara d'une voix basse et agacée :
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– Oh non, pas encore lui…
