Le reste de la nuit avait été calme. Le sommeil fut réparateur à souhait et lorsque Jak se réveilla, il eût la surprise de trouver deux pintes en fer sur la table de la cellule. Son ami arrivait depuis le comptoir avec une bouteille violette, sauta d'abord sur le banc voisin puis sur la table et déversa le contenu dans les deux chopines. La couleur blanche lui indiqua qu'il s'agissait de lait, remercia Daxter pour le verre et but quelques gorgées avant de reposer sa pinte. Puis il vit des barres vitaminées sur sa gauche, plaquées contre le mur. Il en prit une, ouvrit le sachet et commença à manger le produit. La beloutre but une gorgée de lait, puis il entama la discussion :

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– Alors, Jak, tu as bien dormi ?

– Oui, répondit-il entre deux mastications. Et pour toi ?

– Oh que oui ! Mais désolé pour ce maigre ptit-dej', Torn et ses troupes ont pratiquement terminé toutes les boîtes de céréales du bar…

– C'est déjà très bien, Dax. Tu es debout depuis longtemps ?

– Nan, j'ai pu faire une belle grasse matinée. Enfin, façon de parler puisqu'il n'est que sept heures et demi du mat'… Et on n'a encore rien reçu de la part des autres. Pas de messages, pas d'envoi en mission suicide, QUE DALLE ! Donc, on peut profiter peinard de ce moment de tranquilité.

– Si tu le dis, commenta Jak avec un sourire en coin.

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Il finit alors sa barre énergétique, déposant le sachet plastique sur la table. Mais alors qu'il s'apprêtait à boire encore du lait, un bruit sourd lointain ainsi que quelques vibrations se firent ressentir par le duo. Pinte en main et les visages tournés vers l'est, ils entendirent deux nouveaux bruits sourds successifs. Reposant immédiatement sa chopine de fer alors que les lumières du bar se coupèrent par instant, il sortit du Naugthty Beloutre et vit un paquet de soldats de la Ligue se diriger vers le côté est du Port. Daxter le rejoignit et grimpa sur son épaule, ruminant pour leur instant de tranquillité gâché, puis Jak interpella l'un des gardes en mouvement.

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– Que se passe-t-il, soldat ?

– Les Grenats remettent ça, monsieur, répondit le soldat en s'arrêtant brièvement devant lui. Ils tentent de forcer notre barrage et la majeure partie de leurs troupes d'assaut est composée d'Hovergardes, ainsi que de planeurs en grand nombre. Si vous souhaitez nous filer un coup, rendez-vous à la tour est : ils doivent manquer de main-d'œuvre avec l'attaque.

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La réponse donnée, le garde reprit son pas de course en direction du barrage est. Le jeune homme suivit son conseil et monta sur le zoomer monoplace garé à côté du bâtiment. Traversant d'une traite l'étendue d'eau, alors que le soleil se levait progressivement au-dessus du Mur Protecteur, il arriva au pied de la tour et put voir quelles étaient les nouvelles défenses qui avaient été installées la veille. Le premier étage supportait quatre tourelles simples, très différentes de celles qu'il avait utilisé à la Plate-forme de Forage : au lieu d'un cockpit classique, il ne s'agissait que d'un fauteuil à l'air libre équipé d'un anneau en métal, sur lequel étaient fixés quatre paire de canons de Char Aspic, d'un levier et d'un écran transparent. Sur le second et dernier étage, des lance-missiles rectangulaires bleus étaient positionnés. Tous ces appareils possédaient un câble gris, qui partait de leur base et montait en direction du toit de la tour. À l'évidence, c'était là-haut que les éco-réacteurs, qui les alimentaient, se trouvaient. Comme le soldat le lui avait dit, il trouva peu de personnel à proximité ; seuls quelques hommes furent en poste sur le premier étage de chaque structure portuaire. Quittant le zoomer, il monta ensuite sur une plate-forme anti-gravité, la même que Vin avait dans l'ancienne Centrale. Il l'activa et rejoignit la tourelle qui faisait face au grand pont ouest. Un garde bleu était en train de la bricoler, ce qui l'arrangea. Il posa la plate-forme près du mur, puis il en descendit et alla demander quelques explications sur le fonctionnement de l'engin. Au loin, les troupes de défense s'amassaient pour contenir l'assaut aérien fulgurant.

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– Excusez-moi, mais est-ce que cette tourelle est active ?

– Oui, attendez quelques secondes… Voilà ! Répondit le soldat.

Ce dernier se releva et regarda son interlocuteur tout en époussetant ses gants. Il eût alors un léger mouvement de tête en arrière, comme surpris, puis il enchaîna sur un ton amusé.

– Décidément, nous n'arrêtons de nous croiser, messieurs !

– Sergent Edge ? Le questionna Jak, tout en reconnaissant l'insigne dorée épinglé à son écharpe jaune.

– Eh ouais... Je n'ai pas reçu de consignes depuis la fin de notre dernière mission, j'ai donc passé une partie de la nuit à mettre mes compétences de technicien au service de ces engins. Cette tourelle marche très bien, maintenant. Vous voulez la tester ?

– À vrai dire, on en a besoin tout de suite, sergent, l'informa Jak. Les Thanatorobots arrivent en force par les airs.

– Tant mieux, dit Edge en prenant son arme en main. Montez à bord de la tourelle et dégommez tout ce que vous pouvez ; je m'occuperai de vos ratés. Les générateurs secondaires sont sur le toit : si on les perd, on perdra ces défenses.

– Et les lance-missiles du dessus, c'est juste de la décoration ? Demanda Daxter d'une voix sarcastique.

– Oh que non, lui répondit l'Élite. Chaque lanceur est relié à la tourelle qui se trouve en-dessous de lui. Pressez la gâchette secondaire avec le majeur pour verrouiller les cibles avec l'écran, puis relâchez pour lancer les missiles. Mais on en a peu, pour le moment, donc réservez-les pour les cibles importantes.

– Compris, sergent. C'est parti, les gars !

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Le jeune homme s'assit sur le siège et activa l'engin, qui se suréleva de quelques centimètres du sol. Avec le levier gauche, il pouvait bouger la tourelle dans tous les sens ; quant à la poignée située à sa droite, il sentit deux gâchettes : une pour l'index et l'autre pour le majeur. Les premiers planeurs Grena-Thanatorobots qui franchirent le barrage vinrent dans leur direction, ce qui permit à Jak d'ouvrir le feu avec une bonne précision. Les canons crachèrent une quantité impressionnante de balles à haute vélocité, et les ennemis touchés explosèrent immédiatement. Néanmoins, quoique très rapide à tourner, il se rendit vite compte que l'engin ne pouvait pas tourner au-delà de certains angles de tir. Mais il ne s'en soucia guère, le sergent Edge touchant à chaque fois ses manqués. Si les vingt premières secondes furent relativement faciles à gérer, les minutes suivantes devinrent rapidement longues. Les UR-80 semblaient avoir concentré la production de leur infanterie sur les unités aériennes, car des centaines de planeurs rouges arrivèrent en provenance de la zone industrielle. Même avec le barrage de la Ligue, la cadence de tir de la tourelle et la précision d'Edge, le flux ennemi fut difficile à endiguer. Frôlant plusieurs fois la surchauffe des canons, Jak dût se reposer sur le lance-missiles relié à l'appareil, qui atteignit une bonne vingtaine de cibles à chaque verrouillage. Les rares Hovergardes à les atteindre leur donnèrent quelques difficultés, ne suivant pas une direction rectiligne comme celle des planeurs, mais ils finissaient inévitablement dans le même état que leurs congénères aériens.

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Lorsque leur nombre diminua drastiquement, le jeune homme put prendre son temps pour viser les groupes adverses, mais il se concentra à nouveau lorsque des transports de robots – les mêmes qui avaient attaqué le quartier général de la Ligue – rentrèrent dans sa zone de tir. Bien qu'ils tiraient sur les quatre coins des blocs volants, ceux-ci ne subirent que peu de dégâts. Il dût donc utiliser les deux dernières salves de missiles qui lui restait, et à bon escient, pour détruire les cinq transporteurs en approche. La première salve envoyèrent deux d'entre eux dans les profondeurs du Port, mais ils avaient réussi à tirer chacun leur propre salve de missiles, que Jak et Edge durent neutraliser le plus vite possible. Les trois engins survivants purent s'approcher davantage et n'étaient plus qu'à une cinquantaine de mètres de la tour. La seconde salve du lanceur de la Ligue parvint à neutraliser deux unités supplémentaires et à endommager le dernier, mais pas suffisamment pour le stopper.

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– Sergent ! Cria alors Jak en descendant du siège. Prenez la tourelle et tirez sur ce qu'il reste, on se charge du transporteur restant !

– Comment allez-vous faire pour l'abattre ? Demanda Edge qui prenait la place du héros. Ces engins ont l'air plus blindés que leurs homologues.

– On se débrouillera.

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Jak voulut prendre son RPG Plasmique, mais il constata avec effroi qu'il n'avait pas récupéré une seule munition depuis leur retour au Port. Se changeant en Light Jak, il ralentit le temps, déploya ses ailes et plana jusqu'au transporteur Thanatorobot. Une fois face à lui, il changea son Morphoflingue en SuperImploseur, tira une charge anti-gravité pendant le ralenti et asséna un puissant coup de poing droit sur l'engin blindé. Lorsque le temps reprit son cours normal, le bloc rouge et noire subit l'inertie de son attaque, partiellement démultipliée par le tir du SuperImploseur. La surface que le poing de Jak avait touché se cabossa instantanément et l'appareil ennemi fut repoussé de quelques mètres du pied de la tour. Suspendu au-dessus de l'eau, il tenta une attaque avec ses lasers électriques, mais l'être lumineux prit son Pacificateur et envoya une sphère d'énergie qui explosa trois des réacteurs endommagées. Sans poussée suffisante, le transporteur finit en grande partie immergé dans l'eau et ne put rien faire d'autre, son lance-missiles s'étant fait neutralisé. Sur la tour, Edge finissait de nettoyer le ciel des planeurs, puis il visa la surface de l'eau et acheva la dernière unité ennemie. Au loin, dans la rue menant vers la zone industrielle, la plupart des soldats bleus la quittèrent, signalant la fin de l'offensive. Le jeune homme reprit sa forme normale tandis qu'Edge descendait de la structure avec la plate-forme anti-gravité. Le communicateur de Jak s'activa alors et la voix d'Ashelin se fit entendre du trio :

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– Jak, ici Ashelin. Je suis au blocus est, est-ce que c'est toi qui a éliminé ces planeurs ?

– Oui, et on a eu le soutien du sergent Edge, répondit le jeune homme. Il y a eu un assaut terrestre ?

– Hélas. Je suppose que les Explorobots vous ont réveillés…

– Pas tout à fait, commenta Daxter, mais ça nous a donné une bonne raison d'aller prendre un bol d'air frais de si bonne heure. On peut aller finir notre petit-déjeuner ou c'est trop demandé ?

– Je vois que tu t'es levé du mauvais pied, constata Ashelin sur un ton défiant. Mais assez plaisanté. Torn veut vous parler. Allez au Naughty Beloutre pour le contacter, les transmissions sur ces communicateurs ne sont pas complètement sûrs.

– Madame, ici le sergent Edge, intervint le soldat. Mon boulot sur les tourelles du Port est terminé, je demande une réaffectation pour une mission où je peux être davantage utile.

– Entendu, sergent, mais vous allez devoir aviser avec Torn. Je ne suis pas aux faits des derniers rapports de la Ligue ; il saura vous répondre mieux que moi. Ashelin, terminé.

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Tandis que le communicateur se rangea dans la sacoche de Jak, celui-ci aperçut un aérotrain passer au-dessus du Mur et atterrir aux abords du quai. Lorsque la porte arrière s'ouvrit, il vit Kleiver et Veger en descendre. Le renégat corpulent observait les alentours, et plus particulièrement les machines de guerre fraîchement installées sur les tours jumelles. Par rapport à d'habitude, il tenait un sac de toile dans sa main droite Quant au Comte, il marchait à ses côté, avec un visage à la fois exaspéré et apeuré. Ayant aussi remarqué ces deux visiteurs, le sergent leur adressa quelques mots :

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– Des amis à vous, messieurs ?

– Pas vraiment, répondit Jak, et leurs allées et venues ne sont jamais de bon augure… On peut gérer ça, sergent, ne vous en faîtes pas.

– Entendu, monsieur. Je me rends au bar et je vous attendrai pour la communication avec le commandant.

– D'accord, sergent. On ne sera pas long, ajouta-t-il avant d'aller au contact du renégat. Kleiver, qu'est-ce qui vous amène à Abriville ?

– Je vois que la Grenagarde a refait la décoration depuis que j'ai quitté la ville, commenta l'homme à voix haute sans prêter d'attention au duo. J'espère que leur fournisseur est encore vivant, il me faudrait le même armement pour ma maison et mon territoire…

– Eh, gros dur ! S'exclama Daxter. Primo, ça fait un bail qu'on en a terminé avec la Grenagarde. Deuzio, qu'est-ce que vous fichez ici ?

– Ah, vous êtes ici, les sales mioches… Répliqua-t-il en les regardant du coin de l'œil droit. Notre bon et majestueux nouveau roi Sig m'envoie pour vous chercher. Il n'a eu aucune réponse de la part du dirigeant de votre ville pourrie pour le nettoyage de notre nid de Métalpodes et on a besoin de main-d'œuvre compétente pour la besogne. Entre nous, je ne sais même pas pourquoi il a pensé à vous pour ce genre de boulot…

– Eh bien, c'est peut-être parce qu'on a sauvé à nouveau le monde et détruit le machin noir qui menaçait de détruire Spargus, supposa Daxter d'une voix bête mais provocatrice. Ce qui est vraiment étonnant, en fait, c'est qu'il vous ait envoyé VOUS en guise de messager pour nous. C'est peut-être lui qui a reconnu votre véritable valeur ?

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L'expression de Kleiver se figea, puis il éclata doucement de rire, s'approcha de Jak, lâcha à terre le sac et empoigna d'un geste vif et ferme la gorge de la beloutre. Jak, qui se méfiait toujours, dégaina son Blaster instantanément et appuya le canon de son arme sur la joue du renégat, l'index sur la gâchette. Alors que son ami tapotait de ses deux mains la poigne gauche de son « interlocuteur », étouffant complètement, le héros prévint ce dernier sur un ton agressif.

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– Relâchez-le, Kleiver, ou Spargus devra se trouver un nouveau caïd…

– Haha ! Allons, les gars, dit-il d'une voix calme alors qu'il lâcha sa prise et recula doucement. Ce n'était que de la camaraderie, rien de plus…

– Ouais, allez dire à ça à d'autres, rétorqua Jak en baissant son arme. Dites à Sig que nous voudrions venir, mais que nous avons de nouveaux problèmes urgents à gérer. On prendra contact plus tard.

– Très bien, il aura votre message. Au fait, il m'a aussi demandé de vous redonner ça, soi-disant que vous en auriez besoin pour gérer la situation comme il faut.

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Jak rangea le Blaster dans son étui, s'agenouilla pour récupérer le sac de toile et l'ouvrit. Il en sortit les jambières, les protège-bras et le plastron de l'armure de Mar ; en revanche, il manquait l'épaulière droite. Le jeune homme interpella le renégat à ce propos, et sa réponse fut un grognement prononcé suivi du lancer de la pièce manquante, qu'il sortit de son dos. Puis il remonta à bord du véhicule bleu. Pendant que Jak remettait toute l'armure, Veger vint à leur rencontre.

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– S'il vous plaît, Jak… Et Daxter, implora la beloutre paniquée. Prenez-moi avec vous, ce mec est un malade doublé d'un dégénéré. Quand je lui ai demandé où je pouvais prendre une douche, il en a ri et m'a fait passé trois à heures à porter des caisses dans de la boue !

– Pour rappel, Vader... Commença Daxter alors qu'il se frottait la gorge.

– C'est Veger ! Répliqua de vive voix le Comte, vexé et énervé.

– Mouais, c'est kif-kif, reprit la première beloutre. Je vous rappelle que vous avez banni Jak après avoir monté toute la ville contre lui et vous avez tenté de nous tuer. Quatre fois !

– C'est vrai, je regrette, mais je ne dois pas être pire que lui, tenta Veger en pointant du doigt Kleiver.

– Euh, ça reste à voir, ça…

– D'ici à ce qu'on vous donne une réponse, continua Jak, vous n'êtes plus le bienvenu à Abriville. Prenez ceci comme un juste retour des choses.

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Le duo termina ainsi la conversation sur un Comte révulsé, qui se fit rappeler à l'ordre par le renégat. Ils reprirent le zoomer monoplace et retournèrent au Naughty Beloutre. Entrant dans le bâtiment, Edge était posté devant la table circulaire. Jak lui fit un signe de tête et le sergent activa la communication avec Torn, dont la tête holographique apparut.

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– Jak, content de te voir, commença le commandant, l'air ravi. Si tu as fait une nuit complète, tant mieux pour toi. De mon côté, je vais avoir des tonnes d'heures de sommeil à rattraper quand tout ceci sera terminé…

– En attendant, la fatigue n'a pas achevé ton humour légendaire, commenta Daxter.

– Ashelin m'a parlé du convoi ; tu as failli manquer de te faire tuer par un de nos hommes ?

– Oui, et ce n'est pas passé loin, répondit Jak.

– Loin ? Tu rigoles ?! Ajouta Daxter, vexé. Heureusement que ces Metal Heads étaient là pour nous sauver la peau, oui ! Et ce que je viens de dire est un doux euphémisme…

– À ce propos, monsieur, intervint Edge, je tiens à préciser que feu l'officier Stevans était déjà hors de contrôle lorsqu'il les a braqué. Le réaffecter à cette mission était une idée foireuse, sauf votre respect…

– Vous m'en voyez désolé, sergent, rétorqua Torn sur un ton plus sérieux, mais nous sommes toujours en sous-effectif.

– Quels sont mes nouveaux ordres ?

– J'y viens, justement. Jak, tu peux poser le badge que je t'ai passé hier sur la table ?

– D'accord, répondit le jeune homme d'une voix lente, qui s'exécuta. Qu'est-ce que tu comptes faire avec ?

– Les officiers gradés peuvent être reconnus par tous les soldats et l'état-major par les identifiants de leur badge.

– Et quel est le rapport avec moi ?

– Cette nuit, tu es officiellement devenu lieutenant, Jak. Toutes mes félicitations !

– QUOI ?! S'exclamèrent Jak et Daxter, abasourdis par l'annonce de leur ami.

– Mais pourquoi ? Poursuivit le héros, ébahi. On avait déjà nos entrées au sein de la Ligue, non ?

– Oui, c'est vrai. Mais même ma position ne me confère pas le droit de confier une équipe permanente de soldats à un civil. Si je continue de franchir les lignes, notre armée va finir par se disloquer faute de responsabilités…

– Comment ça, une équipe permanente ? Rétorqua Daxter.

– Vous vouliez une solution pour remédier à votre souci de popularité ? La voilà : formez votre propre détachement, renversez la situation en notre faveur, sauvez la ville et ses habitants et le tour est joué.

– On peut le faire à deux, tu sais… Déclara Jak. Sans vouloir vous vexer, sergent.

– Il n'y a pas de mal, répondit ce dernier.

– Je sais que ça paraît fou, reprit Torn, mais il faut que les gens croient à nouveau en toi ET en la Ligue pour la Liberté. S'ils apprennent qu'une équipe de soldats dirigée par toi nous a permis de gagner la guerre, ils finiront par changer d'avis. Et comme je vous l'ai dit, nous sommes une armée, pas une agence de communication. Je fais avec les moyens du bord et le peu de temps dont nous disposons…

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Pour la première fois depuis longtemps, Jak n'en revenait pas. Il avait beau avoir de très bonnes compétences en général et un vécu extraordinaire, l'idée même de prendre le commandement d'une troupe ne le rassurait pas. En comparaison, apprendre que les Précurseurs n'étaient que des beloutres fut plus facile à accepter que l'annonce soudaine de Torn. Daxter fixait longuement la tête holographique du commandant avec un visage impassible, au bord de l'explosion émotionnelle.

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– Écoutez, les gars, reprit Torn après ce silence, ça peut paraître terrible annoncé comme ça, surtout lorsque vous travaillez en solo depuis le début, mais il y a un moment où il faut savoir évoluer.

– Monsieur, est-ce que cela signifie que je suis affecté à cette nouvelle unité ? Demanda Edge à son supérieur.

– C'est exact, sergent. Je pense qu'ils auront besoin de vous pour se former au rôle de chefs. Surtout Jak, en fait.

– Eh, t'es pas sympa, mec ! Répliqua Daxter sur un ton offensé.

– À vos ordres, commandant, affirma le sergent au garde-à-vous. Lieutenant Jak ?

– Euh, et bien… Commença Jak, encore confus. Est-ce que tu avais quelque chose d'autre à nous dire ?

– Oui, et ce sera plus dans vos cordes. J'ai redéployé en urgence les équipes que j'avais envoyé sur l'Usine Flottante pour la transformer en plate-forme alliée. Sauf qu'en arrivant sur le lieu de leur nouvelle affectation, ils nous ont signalé trois hommes manquant à l'appel. Vu l'état dans laquelle vous l'avez mise, je ne serai pas étonné que ces soldats se soient retrouvés bloqués dans certaines sections. J'envoie quelqu'un vous apporter le Char Aspic jusqu'au Port.

– Compris, Torn, répondit le nouveau lieutenant. Pour l'équipe, comment est-ce que je…

– On verra les détails plus tard si ça ne te dérange pas, le coupa Torn. Allez d'abord secourir nos gars, ils sont prioritaires pour le moment ! Torn, terminé.

– Je ne vais pas vous mentir ou faire mon faux-cul, mon lieutenant, ajouta Edge alors que l'hologramme disparut, mais c'est un plaisir et un honneur d'intégrer votre équipe. Vous en faîtes pas pour le grade et les responsabilités qui vont avec, vous vous y ferez rapidement.

– Merci, je suppose, termina Jak.

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N'ayant rien de plus à ajouter, le jeune homme récupéra son badge lorsque les lumières de la table s'éteignirent. Puis les trois hommes quittèrent le bar et attendirent un bref instant sur les quais, durant lequel Jak se remettait encore de sa nomination. Quant à Daxter, il fixa cette fois-ci le sergent, les lèvres serrées et le regard méfiant, comme pour le provoquer. Ce dernier le remarqua mais se contenta de rester sur place et d'observer les alentours. Le Char Aspic arriva alors et se posa à côté de l'entrée du Naughty Beloutre. En revanche, Jak ne s'attendait pas à ce que le pilote fut Keira.

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– Salut les gars ! Dit-elle d'une voix joyeuse. Et félicitations pour ton entrée officielle dans la Ligue, Jak ! Ajouta-t-elle sans se moquer. De mon point de vue, tu mérites largement plus que ça pour tout ce que tu as pu déjà faire, mais Torn a fait ce qu'il a pu.

– Merci Keira, mais c'est dérangeant, pour l'instant, répondit son ami. Torn n'a plus besoin de toi au quartier général ?

– Oh, ça ? Non, c'est juste que j'avais besoin de prendre l'air. Et puis, on ne sera pas trop de quatre pour retrouver ces soldats perdus.

– Attends, tu viens avec nous ? La questionna Daxter sur un ton surpris. Ton vieux est au courant, au moins ?

– Pas vraiment, mais il est occupé à l'Abriforêt en ce moment. Si ça reste entre nous, ce n'est pas réellement nécessaire de l'en informer. Et puis, vous serez là pour me protéger en cas de besoin.

– Ce n'est pas vraiment une promenade de santé, tu sais ? L'informa Jak.

– Et c'est moi qui pilote, ajouta-t-elle sur un ton provocateur. Sauf si vous savez voler jusqu'à l'Usine, bien sûr…

– Ok, c'est bon, abdiqua le jeune homme. Mais tu restes près de nous une fois à l'intérieur, d'accord ?

– Je ne comptais pas m'éloigner, de toute façon.

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Prenant la place du passager, Jak et Daxter montèrent à bord du Char Aspic tandis qu'Edge grimpa dans la tourelle arrière. Keira fit alors décoller le véhicule et ils partirent en direction du bâtiment Grena-Thanatorobot. L'Usine Flottante avait beau être inactive et en ruines, qui sait quels secrets terrifiants pouvait-elle encore contenir... ?