L'extérieur de la structure se trouvait dans un état déplorable ; bien qu'une partie d'elle avait été détruite de prime abord par l'assaut de Jak et Daxter. Projecteurs détruits, multiples perforations dans sa coque, chemins des tanks de sécurité en partie écroulés, ce fut un miracle que l'Usine Flottante ne soit pas tombée du ciel pour s'écraser sur la ville. L'entrée principale étant bloquée par une poutre métallique, Keira dirigea le Char Aspic vers l'une des brèches de la partie inférieure, qui fut assez large pour laisser entrer le véhicule. La salle où ils atterrirent était celle où le duo avait trouvé le buggy Grenagarde, qui leur avait permis d'accéder au second ascenseur de la zone. Comme l'extérieur du bâtiment, elle avait subie de graves dégâts, les voies d'accès régulières étant devenues inaccessibles à cause de l'effondrement partiel du plafond et de certains murs. En revanche, de nouveaux passages semblaient s'être ouverts, notamment un premier au bout du tapis roulant et un second qui conduisait directement au premier ascenseur. Lorsque tout le monde descendit du Char Aspic, Jak tint à mettre les choses au clair pour la mission :

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– Comme on a pu le voir, l'Usine semble être sur le point de s'écrouler. Il doit encore y avoir des voies praticables, mais restons sur nos gardes. Comme nous ne savons pas vraiment où chercher, on va se diviser en deux groupes. Moi et Daxter allons du côté est. Edge, Keira, regardez ce qu'il y a dans cette chaîne de montage. Les machines d'assemblage doivent être désactivées depuis que l'on a détruit les générateurs principaux. On maintient le contact, bien sûr. Des questions ?

– Aucune, mon lieutenant, répondit le sergent au garde-à-vous.

– Si on réussit à retrouver les soldats, comment est-ce que tu comptes les évacuer de là ? Demanda Keira.

– On préviendra Torn, annonça Jak. Il enverra sûrement un aérotrain. Daxter ?

– Qu'est-ce qu'on fait si on tombe sur des robots encore actifs ? Questionna la beloutre.

– Ce qu'on fait d'habitude, dit le jeune homme en dégainant son Blaster, un sourire aux lèvres.

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Il rangea son arme et quitta le duo formé par Edge et Keira, qui rentrèrent dans le petit tunnel de la chaîne de montage. Quant à lui, il se changea en Light Jak et utilisa ses ailes pour franchir le gouffre qui les séparait de la seconde voie. Une fois passé, il retrouva son apparence normale et s'aperçut que le chemin menant à la salle des générateurs était partiellement bloqués par tout un tas de débris, que ce soit des plaques métalliques ou des câbles d'alimentation sortant du plafond. Il restait accessible, mais se faufiler dans cet amas avec un courant électrique actif n'était clairement pas une bonne idée. Jak partit donc à droite et vit les restes de Robogardes qu'il avait pulvérisé lors de son premier passage. Le sol était pas mal défoncé, probablement avec la chute de certains morceaux du plafond, mais cette zone avait été relativement épargnée. En revanche, ce ne fut pas le cas de l'ascenseur qui conduisait à l'entrée principale. À la place du monte-charge circulaire se trouvait désormais un trou béant, où le sol s'était effondré dans ce qui semblait être un couloir du niveau inférieur. Bien qu'il pouvait y accéder, Jak se ravisa et préféra continuer d'avancer vers la partie nord du rez-de-chaussée. Le chemin était encore praticable, mais ils ne purent avancer plus loin lorsqu'ils atteignirent la salle suivante. Les plate-formes permettant de progresser vers le reste de l'Usine n'étaient plus présente et le gouffre était trop grand pour pouvoir le traverser avec l'Envol blanc. Par contre, en regardant à gauche de leur position, en contre-bas, ils aperçurent un énième tas de débris, sous lequel se trouvait un soldat de la Ligue pour la Liberté. Jak descendit de la plate-forme pour s'approcher du corps et constater le décès du garde disparu. Ce dernier avait ses mains encore accrochés sur le côté de la plaque qui le retenait prisonnier, comme s'il avait cherché à la soulever. Les deux compères en déduisirent que le plafond s'était effondré alors qu'il se situait juste en-dessous. Sans accès possible, ils retournèrent d'où ils venaient pour aller explorer le niveau inférieur. En chemin, il rendit compte de leur trouvaille via le communicateur :

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– Edge, nous en avons retrouvé un, commença Jak. Mais il n'a pas eu de chance…

– Rah, mince ! Répondit le sergent, comme dégoûté par la nouvelle. De notre côté, nous n'avons encore rien trouvé, à part des carcasses de bras-monteurs. On vous tiens au courant, mon lieutenant.

– Compris, sergent. Jak, terminé.

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De nouveau face à la brèche de l'ascenseur, le duo descendit pour se retrouver dans un passage inédit. Là encore, l'effondrement partiel du bâtiment flottant avait causé des ravages, mais le jeune homme put se frayer un chemin à travers les différents couloirs. Il y avait bien des doubles portes blindées, mais elles étaient soit verrouillées, soit inaccessibles. Néanmoins, des vitres de verre épais leur permettait de voir le contenu de certaines salles : dans l'une se trouvaient des turbines et des ventilateurs géants, dans l'autre, ce qui semblait être des colonnes de serveurs informatiques et des blocs massifs dont la fonctionnalité ne pouvait être déterminé au simple regard. Si les couloirs étaient en mauvais état, ce fut moins le cas pour ces pièces particulières. Lorsqu'il appuyait sur les boutons d'ouverture, le bruit grave indiquant le refus de l'ouverture se faisait toujours et encore entendre. Mais aucune unité de défense ne vint à leur rencontre. Mais arrivés dans un cul-de-sac, Jak et Daxter eurent enfin de la chance : une porte épaisse, plus encore que les autres rencontrées jusqu'ici, était partiellement ouverte, une poutre rouge l'empêchant de se fermer complètement. Pour entrer, le jeune homme dut se mettre à terre et ramper, le passage étant relativement étroit. Quant à la beloutre, elle prit de l'élan et glissa sur le sol, en prenant soin de baisser la tête pour éviter un malheureux coup. De l'autre côté, les deux comparses n'en revinrent pas : à part pour la couleur rouge des écrans et du sol, il s'agissait d'une copie conforme de la Centrale. La seconde différence fut la présence d'un petit ascenseur à la place du téléporteur. En revanche, malgré cette découverte inattendue, ils n'avaient trouvé aucune trace des deux autres soldats disparus.

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S'installant devant une console, Jak réalisa quelques manipulations sur le clavier et réussit à afficher un plan de l'Usine Flottante sur un écran. Selon l'image et le point signalant leur position, ils se trouvaient à l'intérieur de la grande pointe située en plein milieu de la structure. Lorsqu'il continua à fouiller dans le système informatique, il trouva une quantité monstrueuse de données, aussi bien sur les diverses installations Grena-Thanatorobots implantés ici et là dans le monde qu'un nombre ahurissant de rapports d'alerte sur l'état général du bâtiment. Devant ce contenu inestimable pour la Ligue pour la Liberté, il tenta de contacter immédiatement Torn pour transmettre les informations trouvées ; hélas, la communication ne put aboutir faute d'antennes encore fonctionnelles, selon la base de données. Il reçut, à la place, un appel entrant de la part du second groupe :

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– Les gars, c'est Keira, annonça la jeune femme. On vient juste de retrouver l'un des soldats dans un entrepôt à Explorobots. On ne craint rien de leur part, mais Edge est en train de les désamorcer pour éviter les mauvaises surprises. Vous en êtes où, de votre côté ?

– Aucun signe du troisième garde, répondit Jak, mais on est tombé sur ce qui semble être le centre de commandement des Grena-Thanatorobots. Vous devriez venir ici quand vous aurez terminé. J'ai survolé quelques fichiers et pourtant, j'en ai déjà appris beaucoup sur les plans d'Errol et tout ce qui est lié à ses machines !

– Vraiment ?!

– Oh que ouais, poupée ! Ajouta Daxter. Bon, ça intéressera davantage Torn, Ashelin et ton grincheux de père, mais c'est une véritable mine d'or. Sauf qu'au lieu de trouver de l'or, ce sont plutôt des zéros et des uns…

– Quoi qu'il en soit, reprit le jeune homme, on va avoir besoin d'aide pour extraire ces informations de là. Le système de communication de l'Usine est hors-service, il va donc falloir trouver un autre moyen.

– T'en fais pas pour ça, Jak, répondit Keira. Je reviendrai sur place avec des spécialistes pour se charger du transfert. Continuez d'explorer ce que vous pouvez, on se retrouve plus tard au Char Aspic.

– Bien reçu !

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La conversation terminée, l'engin se rangea dans la sacoche du héros. Puis il prit le petit ascenseur, qui les fit descendre d'un niveau. La nouvelle salle qui s'offrait à eux était à peine plus grand qu'un placard à balai. Seuls un écran rectangulaire et rouge accroché au mur leur faisant face et une porte blindée présente sur le mur droit figuraient en ce lieu étroit. Déconcertés et concentrés à la fois, Jak quitta le monte-charge, appuya sur le bouton annexe à la porte pour l'ouvrir et entra dans la salle suivante. Mais il eût à peine le temps de visualiser cette dernière : une entité surgit rapidement sur son flanc droit et le poussa contre le mur gauche. Mais il prit appui sur ce même mur avec ses mains pour se propulser vers son agresseur, le poing gauche fermé, prêt à être asséné. Le coup finit dans la tête de la seconde personne, qui tomba en arrière sur le sol. Le jeune homme s'apprêtait à dégainer son Morphoflingue, mais il arrêta net son geste lorsqu'il reconnut l'armure bleue de la Ligue pour la Liberté ; son adversaire n'était autre que le troisième disparu. Il s'agenouilla alors auprès de lui, alors qu'il se massait la mâchoire avec sa main droite.

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– Vous savez, ce n'est pas comme ça qu'on accueille ses alliés, dit Jak en tendant sa main pour l'aider à se relever.

– Toutes mes excuses, monsieur, mais je préfère rester méfiant sur un territoire ennemi, répliqua le soldat, qui accepta le coup de main. Cette salle ne s'ouvre que de l'extérieur, je ne pouvais donc pas vraiment en sortir, même de mon plein gré.

– Dis comme ça, on croirait que vous voulez déserter… Fit remarquer Daxter.

– Si ça me permettait de rester en vie et de mener une belle vie, pourquoi pas, rétorqua le soldat sur un ton ironique. D'autres membres de mon unité étaient dans la même situation ?

– Oui, deux de vos coéquipiers étaient eux aussi portés disparu, répondit Jak. Le reste de notre groupe en a retrouvé un, mais le second n'a pas eu de chance.

– Mort comment ?

– Le plafond s'est écroulé sur lui…

– Fais chier. Bon, j'espère au moins que ce n'était pas mon officier encadrant ; je l'aime bien, ce gars.

– Bromance mis à part, vous savez à quoi sert ces salles ? Demanda Daxter, intrigué par les lieux.

– Je n'en suis pas certain, mais ce doit être l'emplacement du générateur de secours, répondit le garde de la Ligue.

– Dans une salle aussi petite ? Questionna Jak, surpris par cette supposition.

– Voyez par vous-même…

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La salle en question était un peu plus grande en largeur que la précédente. Aucune autre porte ne fut présente, mais au lieu d'un écran sur le mur gauche, une console de commandes était accolée à une vitre, par laquelle jaillissait une intense lumière blanche. Sur le dispositif figuraient un petit cadran numérique, un clavier sur son côté gauche et un interrupteur à double couteau levé vers le haut. Jak manipula le clavier pour naviguer une nouvelle fois dans les programmes du système, jusqu'à trouver un régulateur de puissance. Une fois son objectif atteint, il baissa la quantité d'énergie produite au seuil minimum recommandé par un sous-programme de sécurité. L'éclat lumineux perdit alors de son intensité, ce qui permit au trio de voir au-delà de la vitre : un compartiment circulaire se trouvait derrière cette dernière, et celui-ci contenait une sphère de métal orange incrusté de petites bosses. Une multitude de câbles y étaient branchés et la suspendait au centre du dispositif. Enfin, cet artefact Précurseur – car la description correspondait parfaitement à leur technologie – rayonnait d'une faible lumière blanche, semblable à un petit soleil. Devant cette deuxième découverte, les deux héros n'en revinrent pas non plus. Pire encore, ils ne s'attendaient absolument à trouver ceci dans un bâtiment dont l'ancien propriétaire fut allié aux Créateurs Noirs…

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– Jak, dis-moi si je me trompe, mais… Ce ne serait pas une Pile d'énergie ?! Demanda la beloutre avec un air ébahi.

– Hum, eh bien… Oui, c'en est une, Dax, répondit son ami sur un ton déconcerté. Wouah ! Pour une surprise, c'en est une belle !

– Quoi, vous savez ce que c'est ? Les questionna le soldat.

– Et comment ! Répliqua Daxter. On a passé une bonne partie de notre vie à les récolter. On en avait même cent une à la fin !

– O-K… Annonça le garde d'une voix lente et méfiante.

– En tout cas, tu connais la chanson et la danse, Jak. Comme au bon vieux temps !

– Non, attends Daxter !

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La beloutre avait sauté de son épaule pour atterrir sur la console et abaisser l'interrupteur, dans le court laps de temps où Jak prononçait sa dernière phrase. Les câbles qui maintenaient la Pile d'énergie en suspension se retirèrent du compartiment, ce qui la fit tomber sur le sol du boîtier circulaire. Puis elle se mit à flotter et à libérer ses petits fragments, qui se mirent à tournoyer autour d'elle pour la faire briller à nouveau. Si les premières secondes de cette délivrance furent calme, la sirène d'alarme et la perte de l'éclairage principal, qui fut remplacé par un clignotement de couleur rouge, fit retirer le sourire du visage de la beloutre enjouée. Un long tremblement suivit, et les deux hommes semblaient perdre pied avec le sol, comme si l'Usine était en train tomber. Sans hésiter et malgré les intenses vibrations, Jak se précipita sur l'interrupteur et le releva vers le haut, puis il annula ses modifications sur l'interface de contrôle alors que la Pile était à nouveau connecté au système d'alimentation. Elle se mit à illuminer à nouveau le compartiment circulaire, occultant sa vue aux personnes présentes dans la pièce voisine. Un dernier tremblement survint alors, tandis que l'éclairage revint et qu'une voix automatisée se mit à énoncer des statuts :

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– Alerte ! Perte d'altitude détectée ! Moteurs anti-gravité réactivés et fonctionnels à cinquante-trois pour cent. Nouvelles brèches détectées, structures principale et secondaire de l'Usine fragilisées. Multiples capteurs internes et externes endommagés, défense compromise. Évacuation des dernières unités produites ou mise en stockage recommandées.

– Daxter, avant de désactiver un générateur secondaire, assure-toi qu'il y en a un troisième de secours ! Avertit Jak avec colère. Ce n'est pas passé loin, cette fois…

– Bien compris. Désolé, mon pote, s'excusa Daxter tout en ravalant sa salive. Et si on dégageait fissa de cet endroit avant que tout le bâtiment s'effondre à nouveau ?

– Bonne idée ! Intervint le soldat. Je ne resterai pas une seconde de plus ici, même avec vous…

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La porte ne s'étant pas refermée derrière eux, ils la passèrent et remontèrent dans la salle principale. Cette fois-ci, la lourde porte blindée qui en protégeaient l'accès depuis le reste de l'Usine avait pu se baisser complètement, coupant court toute forme de retraite. Heureusement pour eux, la copie de la Centrale n'avait subi aucun dégât lors de la courte chute du bâtiment. Jak put donc manipuler à nouveau la console pour déverrouiller de manière permanente cette entrée. En revanche, lorsque la porte blindée se rouvrit, le groupe eût une surprise de taille : une portion non-négligeable du couloir n'était plus présent. De multiples ouvertures vers l'extérieur remplaçaient des morceaux de sol manquants, et en tendant l'oreille, ils purent entendre un craquèlement relativement discret, mais tout de même inquiétant… Sans autre sortie possible, ils furent dans l'obligation de longer les murs là où ils le pouvaient : quelques câbles d'alimentation encore actifs pendaient du plafond et électrisaient certains bouts du chemin, et la taille du rebord les obligeaient à se plaquer complètement contre les surfaces restantes, la pointe de leur pied dépassant souvent du rebord. Leur mobilité réduite, leur avancée en fut difficile. Et quand ils atteignaient enfin les quelques plate-formes qui étaient encore assez larges pour pouvoir marcher normalement, ils ne pouvaient que constater avec effroi que la suite du parcours avait subi le même sort. Regagner leur point d'arrivée leur prit un bon quart d'heure, frôlant parfois la chute de l'un ou de l'autre à cause d'un débris tombant du plafond ou un sol capricieux. Par chance, la brèche qui conduisait au rez-de-chaussée ne fut pas boucher par le nouvel effondrement et l'entre-aide du héros, de la beloutre et du soldat leur permit de le regagner sans trop d'effort.

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Lorsqu'ils arrivèrent non loin du Char Aspic, ils virent Keira et Edge qui déposèrent au sol l'homme qu'ils avaient retrouvés de leur côté. Jak les rejoignit avec l'Envol blanc, en laissant le second garde derrière lui ; il avait déjà du mal à planer seul, alors un poids supplémentaire les ferait chuter dans le vide. Sans aborder tout de suite leurs compagnons, il monta dans le véhicule, le fit décoller et retourna en arrière pour récupérer le soldat. La manœuvre effectuée, il ramena le Char sur la plate-forme d'atterrissage, laissa tourner le moteur et aborda le reste du groupe.

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– Tout le monde va bien ?

– Ah, c'est bon de vous revoir, les gars ! S'écria Keira qui se jeta sur Jak pour l'enlacer. Rassurez-moi, vous n'êtes pas responsable de ce qui s'est passé tout à l'heure ?

– Euh, plus ou moins… Répondit un Daxter gêné par la question. Mais Jak a rattrapé la situation, pour ne pas changer ! Hein, Jak ?

– Oui, et de justesse, acquiesça le jeune homme qui se dégagea doucement de l'étreinte de son ami. Vous n'avez pas eu de souci de votre côté ?

– Pas vraiment, mon lieutenant, répondit Edge. Les chaînes d'assemblage ont résisté aux tremblements, mais je ne saurai en dire du reste de l'Usine Flottante…

– Croyez-moi, sergent, commenta Daxter, on en sait quelque chose.

– En tout cas, la prochaine fois que vous voulez la faire tomber, assurez-vous qu'on ne soit plus à l'intérieur, finit l'Élite sur un ton humoristique.

– Oh, c'est noté depuis le début, sergent, répondit Jak avec humour lui aussi.

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Pendant que les deux soldats retrouvés se rassemblaient près du cul-de-sac annexe à leur position, le communicateur du jeune homme s'activa et la voix de Torn se fit entendre.

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– Jak, tu en es où de l'opération de sauvetage ?

– Nous avons retrouvé deux de tes hommes vivants, mais le troisième n'a pas eu cette chance.

– C'est triste à entendre, mais ça aurait pu être pire. Bon boulot, les gars !

– Mais de rien, Torn, commenta Keira d'une voix moqueuse.

– Keira ? S'exclama-t-il d'un coup. Alors, c'est ici que tu étais parti ?

– Attends, ce n'est pas elle que tu as envoyé pour qu'on ait le Char Aspic ? Demanda Jak, surpris.

– Absolument pas. En tout cas, ce n'est pas moi qui me chargerai d'annoncer ce qui est arrivé à Samos.

– Il ne m'est rien arrivé de grave, donc ce n'est pas la peine de lui en parler, n'est-ce pas ? Lança la jeune femme au commandant de la Ligue.

– Au fait, Torn, reprit Jak, tu devrais envoyer des informaticiens dans la tour centrale de l'Usine. On a découvert une salle de contrôle reliée à la base de donnée principale d'Errol. Tout ce qu'il a planifié et créé y est stocké.

– Vraiment ?! Alors ça, ça nous serait d'un grand secours, annonça Torn d'une voix ravie.

– Ouais, et dis-leur d'amener des jet-packs, précisa Daxter. Le chemin habituel n'est plus vraiment praticable…

– Je leur transmettrai. En tout cas, vous avez été d'une bonne aide pour cette mission. Je vais envoyer un aérotrain avec une équipe d'ingénieurs, qui récupérera au passage nos ex-disparus. Maintenant, j'aurai besoin que vous survoliez le nid des Metal Heads. Nos sentinelles ont repéré du mouvement de leur côté et on entend des explosions depuis un bon moment déjà. Je ne sais pas ce qu'ils fabriquent, mais ça n'en finit pas.

– Et après, ça ? Posa la question Jak.

– Rien de plus, pour l'instant. Je vous recontacterai quand j'aurai quelque chose qui soit plus dans vos cordes. Torn, terminé.

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Après avoir prévenu les deux rescapés de la suite des événements, Jak remonta à bord du Char Aspic, toujours à la place du conducteur, tandis que Keira prit la place du passager. Quant à Edge, il monta dans la tourelle arrière, comme la première fois. Enclenchant les propulseurs, le véhicule quitta l'intérieur de l'Usine, puis se dirigea vers la section des Metal Heads alors que le soleil montait encore doucement dans le ciel nuageux. À l'approche de la zone de la tour organique, ils virent ce qui se passait réellement : le grabuge capté par la Ligue pour la Liberté résultait d'un conflit armé entre les Metal Heads et les Grena-Thanatorobots, qui sortaient en masse du sas menant aux égouts. Selon toute vraisemblance, ces derniers utilisaient les conduits souterrains de la zone industrielle – leur territoire, entre autre – pour amener un flot ininterrompu d'Hovergardes et de Sentinels, qui faisaient face à des dizaines de Cloakers, de Rapid Gunners et de Grunts. Mais la chose la plus inattendue de tous fut l'apparition soudaine d'une guêpe géante sortant du pied de leur tour détruite. D'apparence, son corps était noir sur la majeure partie de ses membres et bleu au niveau des rayures. Elle possédait six pattes à pointes aiguisées et des œufs de Metal Heads semblaient croître sur sa queue arrière. Une armure grise recouvrait une bonne partie de son corps et lorsqu'elle atterrit en face du sas, elle releva son abdomen et sa tête incrustée d'une gemme jaune-orange pour dévoiler une paire de bras équipé de mains à quatre doigts. Quant à ses ailes, elles étaient translucides et semblaient miroiter des rayons d'éco noire. Elle tira plusieurs projectiles noirs avec sa bouche, dont chacun d'entre eux explosa en onde de choc à l'impact ; les robots touchés explosaient immédiatement. Devant ce nouvel ennemi, Jak ne tarda pas davantage sur place et dirigea le vaisseau en direction du sud, vers le Port. Il appuya dans le même temps sur l'un des boutons proches du guidon pour contacter le quartier général de la Ligue.

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– Torn, ici Jak. Les Grenats sont en train d'attaquer les Metal Heads en utilisant les égouts comme voie d'accès. Mais il semblerait que les Metal Heads aient un nouveau chef…

– T'es pas sérieux, j'espère ?! Répliqua Torn, affolé par la nouvelle. Même si les Grena-Thanatorobots font le boulot pour nous, c'est une mauvaise chose si ces saletés ont un nouveau pondeur en mesure de les commander.

– Tu souhaites qu'on s'en occupe maintenant ? Proposa le lieutenant.

– Négatif, je veux savoir si les machines en sont capables. Et pour rappel, je ne tiens à pas expliquer à Samos qu'il a perdu sa fille… Vous avez quartier libre, alors profitez-en pour vous organiser avec Edge. Torn, terminé.

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Lorsqu'il coupa l'appel, le bouton se mit de suite à clignoter d'une couleur rouge. Jak le déclencha à nouveau pour entendre, cette fois-ci, une communication à moitié parasitée. Et la voix de Sig.

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– Jak, rappl-…-raves problèmes avec-…-débordés par-…-tures inconnues-…

– Sig ?! Dit le jeune homme en tentant d'améliorer le signal. Tiens bon, on arrive !

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Il ne savait pas si son message fut transmis correctement, mais ce qu'ils avaient pu comprendre ne présageait rien de bon. Quand ils survolèrent le Port, il commença à amorcer une descente pour débarquer Keira sur le quai. Mais cette dernière le prit par le bras droit et lui fit comprendre qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Il abandonna donc sa manœuvre et accéléra en direction du Mur Protecteur afin de quitter Abriville le plus vite possible. Ils connaissaient bien Sig et ce n'était pas le genre de personnes à reculer devant le premier danger venu. Quoi qu'il s'était passé au nid des métalpodes, ils devaient impérativement s'en méfier.