Grâce au gain de puissance qu'Edge avait apporté au Char Aspic, le trajet retour fut plus rapide. Le ciel était toujours nuageux, mais la brise matinale laissa la place à une température agréable. Quand la métropole leur apparut, ils purent constater avec une certaine joie que rien de grave ne semblait s'être passé pendant leur absence. Du moins, rien de plus que ce qui s'était déjà produit ces dernières semaines. Se dirigeant vers le secteur nord-est, le sergent amorça un atterrissage dans le hangar du véhicule après avoir atteint le quartier général de la Ligue pour la Liberté. Quand le chasseur fut posé, il le désactiva et suivit Jak et Daxter. Ensemble, ils sortirent de la petite pièce pour rejoindre la salle du briefing. Dehors, l'activité des soldats battait encore son plein. La seule nouveauté fut la présence d'un téléporteur sur la place centrale : placé à l'opposé du bâtiment militaire, de l'autre côté de la fontaine, l'anneau Précurseur remplaçait les caisses de munitions que Jak utilisait pour se ravitailler. Actif, il était néanmoins posé sur un piédestal branché par deux câbles noirs. Ceux-ci passaient à travers les carreaux de la fenêtre proche, mais aucun membre de l'équipe ne sut dire ce qui se trouvait derrière. Ignorant ce détail, ils prirent l'ascenseur pour monter au dernier étage du quartier général. Cependant, ils n'y trouvèrent aucun de leurs amis. Seuls quelques gardes bleus s'affairaient sur les postes informatiques. Lorsque Jak demanda où trouver Torn, l'un d'eux leur répondit sur un ton ferme :
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– Je n'ai pas tous les détails de l'affaire, mais la Forteresse semble poser problème. Le commandant est parti en personne pour régler l'affaire sur place. Vous le trouverez sûrement dans le Ghetto, non loin de l'entrée du bâtiment.
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Satisfait de la réponse, le lieutenant remercia le soldat, puis le trio ressortit dehors. Empruntant un zoomer biplace garé non loin de la place, ils purent se rendre en vitesse vers le lieu renseigné. En chemin, Jak et Daxter s'aperçurent que le passage qui reliait les quartiers modernes au Ghetto était barré par une barrière énergétique bleue. S'ils purent la passer sans souci grâce à leurs badges-bouclier, le duo se rendit compte que Torn n'exagérait pas sur les moyens employés pour défendre le territoire. Par la suite, en traversant les vieilles rues délabrées, ils virent que l'armée avait érigée de nombreux remparts réalisés avec des sacs de sable tout le long du seul accès au nord de ce secteur. Enfin, ils purent observer le travail de Jinx : comme leur ami le leur avait annoncé deux jours plus tôt, l'artificier avait fait s'écrouler des immeubles de béton pour bloquer des passages et limiter l'accès de la zone pour les Thanatorobots. Torn n'avait pas menti à propos de l'efficacité de cette tactique, mais les dégâts causés étaient monstrueux. Si tous les habitants qualifiaient ce quartier de la ville comme un dépotoir, il pouvait désormais être confondu avec la Ville Morte. Garant le véhicule aux abords d'une ancienne résidence, le trio le quitta et se dirigea vers la Forteresse. Tout autour, les soldats fourmillaient et accomplissaient diverses. De grandes quantités de boîtes métalliques, de diverses tailles et dimensions, avaient été entreposé dans les rues et il semblait en venir toujours plus depuis la caserne militaire ré-ouverte. Des aérotrains se posaient près de ces dépôts temporaires et les gardes chargeaient les véhicules en hâte ; par la suite, ces derniers repartaient vers le nord de la ville ou par-dessus le Mur Protecteur. Des tanks de sécurité officiaient sur la ligne de front, aux côtés des troupes terrestres. Enfin, lorsqu'ils arrivèrent non loin de l'entrée de leur destination, Jak s'aperçut que la tante d'Onin n'était plus présente ; sans doute pour faciliter les manœuvres des lieux. À la place, ils y trouvèrent le commandant de la Ligue, occupé à vérifier des informations sur une tablette avec deux soldats. Quand il aperçut le trio, il les renvoya et engagea la conversation d'une voix sérieuse :
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– Alors, comment a été la chasse ?
– Aussi compliquée que ce qu'on la prévoyait, répondit Jak sur un ton navré. Mais nous avons eu droit à quelques surprises qui nous ont aidées à renverser le rapport de force !
– Et par surprise, il veut dire qu'on a retrouvé les Lurkers, rapporta Daxter, agacé. Ces boules de poils ont été utiles, mais elles ne sont pas foutues de se rappeler de tous les détails d'une légende…
– Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Daxter, répondit Torn à ce commentaire déplacé. Mais comme le cuirassé n'est plus une menace pour nous, je ne peux que vous féliciter pour cet exploit. Maintenant, j'ai besoin de vous pour régler… Un problème de voisinage, exaspéra-t-il longuement.
– Cela n'a rien à voir avec les Grena-Thanatorobots, chef ? Demanda Edge.
– Non, et pourtant, j'aurai voulu que ce soit le cas, avoua le commandant. Le capitaine en charge de la Forteresse nous avait signalé des sections inaccessibles à cause de défenses déréglées. Les tourelles tiraient sur tout ce qui entrait dans leur champ de vision, empêchant nos hommes d'avancer dans certains couloirs. Mais après une inspection avancée des lieux, il s'avère qu'une partie du bâtiment nous est inaccessible par les voies habituelles. Et en tentant de pirater les défenses à distances, les ingénieurs ont décelé des verrouillages informatiques étrangers aux protocoles de la Ligue, ainsi qu'à la Grenagarde.
– Quelqu'un se serait donc retranché dans le bâtiment depuis tout ce temps ? S'étonna Jak. Vous n'avez pas tenté de le contacter ?
– Bien sûr que si, rétorqua Torn en fronçant les sourcils. Mais nos tentatives de communication se sont soldées par des échecs.
– Et quelle est la partie de la Forteresse qui est isolée ? Demanda à son tour Daxter.
– Le bloc pénitentiaire. Selon nos estimations, il s'agit d'un des endroits à avoir le moins souffert de la chute du Palais et de la tour-pilier qui était connectée à la Forteresse.
– Avez-vous envoyé une équipe pour tenter de déloger le squatteur, chef ? Se renseigna à nouveau le sergent.
– Il y a vingt minutes, maintenant, répondit le commandant en se tournant vers l'infrastructure blindée. Mais nous n'avons plus aucun contact, depuis. Je les ai fait passer par notre nouveau téléporteur, vu que mes gars ont indiqué que celui de la prison était actif.
– On parle de quel type d'équipe ? Ajouta Jak, intrigué.
– Infanterie légère de six hommes, dont un ingénieur qualifié.
– Faut croire que l'occupant en question ne doit pas être seul, commenta Daxter. Tu prévoies de nous faire entrer comment, vu que les accès A et B ne semblent pas sûrs du tout… ?
– Par le toit, répondit Torn en levant le pouce droit vers le ciel. Quelques brèches sont présentes, et avec de la chance, vous trouverez un accès de fortune jusqu'à la prison.
– Et une fois à l'intérieur, comptez sur nous pour montrer à la bleusaille comment on déloge des indésirables ! Lâcha une voix masculine masquée par un filtre sonore.
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Le groupe ne s'en était pas aperçu, mais deux soldats recouverts d'algues et de quelques crustacés les avaient rejoint. Ils dégageaient une forte odeur, aussi bien nauséabonde que salée, et enlevèrent peu à peu les « ornements » marins de leur armure.
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– Vane, Ronon, les appela Torn, énervé. Ne me dites surtout pas que vous avez encore déserté l'unité à laquelle je vous avais affecté !
– Vous parlez des bleus que vous nous avez flanqués, monsieur ? Demanda calmement Vane. On les a quitté quand l'aérotrain nous a déposé devant le QG.
– De toute façon, c'est pas non plus comme s'ils avaient servi à quelque chose pendant la mission… Commenta Ronon d'une voix faible.
– Justement, qu'en est-il du navire Grenagarde que les machines ont récupéré ?
– Pour faire court… Disons qu'il a percuté deux icebergs à mi-chemin, répondit Ronon en parlant plus fort.
– Vous l'avez coulé ?! S'exclama le commandant qui commençait à sortir de ses gonds. Vous deviez ramener ce cargo d'éco à terre ! Et ne l'éliminez que si la résistance ennemie ne le permettait pas !
– Bah, les Grenats empêchaient les autres de prendre possession du navire, expliqua Vane en haussant les épaules. Donc, nous avons fait comme vous l'aviez ordonné. Pour une fois que nous suivons vos ordres…
– Jak, emmène-les avec toi, déclara Torn sur un ton sec, la fureur pouvant être lue dans ses yeux. Retrouvez la première équipe et faîtes les sortir du guêpier dans lequel je les ai envoyé. Pas de quartiers pour leurs agresseurs !
– Bien compris, on y va ! Acquiesça le jeune homme.
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Laissant le commandant de la Ligue, le groupe partit en direction d'un aérotrain proche. Les jumeaux avaient terminé de nettoyer leurs armures – excepté pour l'odeur – et récupérèrent des munitions en chemin dans l'une des caisses présentes aux alentours. Jak, en les observant silencieusement dans leur dos, se demandait à quel point ces derniers étaient dangereux. Bien qu'il avait réussi à détruire le cuirassé Grenagarde une demi-heure plus tôt, l'aide de toute une tribu Lurker avait été nécessaire pour parvenir à ce résultat. De plus, c'était surtout Edge qui avait fait le travail avec le Char Aspic ; à part convaincre le chef Fracasseur, le héros n'avait infligé que de maigres dégâts avec la tourelle du véhicule. Une nouvelle question émergea alors dans son esprit : si ces deux frères étaient si efficaces, pourquoi Torn et Ashelin rechignaient-ils à les employer sur le terrain ? En faisant fi de leur caractère et de leur indiscipline, ils auraient pu changer le cours des guerres précédentes… Mais une nouvelle fois, ce n'était pas le bon moment pour trouver des réponses ; quand bien même les principaux intéressés furent présents. Lorsqu'ils montèrent à bord de leur moyen de transport, celui-ci décolla sans fermer la porte arrière et atteignit le toit de la Forteresse. Repérant une fissure causée par la retombée du câble géant de la tour-pilier proche sur le bâtiment, le véhicule se posa à proximité et les cinq hommes passèrent à travers. À l'intérieur, Jak sortit la lampe torche d'une de ses poches, l'alluma et la passa à son ami. En balayant le faisceau lumineux tout autour d'eux, le duo se rendirent compte qu'ils étaient dans une salle de serveurs informatiques. Ou, du moins, ce qu'il en restait : une bonne partie du plafond avait écrasée une portion importante des murs et de quelques tours électroniques. La porte de la salle était toujours accessible, mais ils durent tous se retrousser les manches pour l'ouvrir complètement. Derrière se trouvait un long couloir plongé dans l'obscurité, avec d'autres accès fermés. Certains furent définitivement condamnés tandis que d'autres ne donnaient que sur des cul-de-sacs.
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Un ascenseur aux portes ouvertes était présent à l'un des bouts du couloir, mais il ne semblait pas être alimenté. La Squad Élite fit alors demi-tour et tenta de rejoindre l'autre extrémité. La traversée devint difficile à partir du moment où ils repassèrent devant la salle des serveurs. La structure du couloir avait aussi souffert de l'effondrement de la tour-pilier proche à cet endroit-là, et les soldats furent dans l'obligation de ramper pour espérer passer les poutres de fer et les plaques de métal tombées. Placé derrière Edge, Jak n'était pas habitué à évoluer dans un environnement aussi étroit. Sans pour autant devenir claustrophobe, cela lui rappela de mauvais souvenirs. À l'époque du projet « Dark Warrior », il se remémora parfaitement tous les désagréments de sa détention : la froideur de sa cellule, les insectes qui pullulaient à travers les maigres fentes de la tôle ambiante et le manque de lumière naturelle. Mais par-dessus tout, ce fut l'attente qui fut la chose la plus dure à supporter. Les injections d'éco noire l'étaient davantage lorsqu'il était sur la table d'opération, mais dans sa cellule, les instants de calme lui montraient à quel point il était impuissant. Il avait eu beau crié de toutes ses forces lors des premières semaines de son emprisonnement, le silence était la seule réponse que ses geôliers daignaient lui accorder… Et quand il commença à perdre pied peu avant son évasion, quand il perdit de vue la réalité avant que Daxter ne vienne enfin à son secours, plus rien ne comptait au bout de ces deux années de torture. Pas même la liberté ou même sa propre vie… Inspirant et expirant un grand coup, Jak chassa ces sombres pensées de son esprit et accéléra le rythme de son avancée. Sur les nerfs, il ne désirait plus qu'une seule chose, maintenant : en finir au plus vite avec ce sauvetage pour quitter cet endroit de malheur ! Passé un certain point, l'étroit chemin commença à descendre en pente légère, puis Edge finit par s'arrêter. Étonné, le lieutenant demanda la raison de l'arrêt :
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– Il y a un souci, Edge ?
– C'est encore un cul-de-sac ? Renchérit Daxter, préparé à être déçu.
– Non, il s'agit d'une nouvelle brèche qui conduit à l'étage inférieur, répondit le sergent. Mais dans notre position, la chute risque d'être douloureuse.
– T'en fais pas pour ça, l'éclaireur ! Cria Ronon, situé derrière Jak. Ton crâne chauve amortira la chute.
– Eh, c'est sensé être une mission de sauvetage discrète ! Rappela Daxter au soldat. On aura l'air beau si les nouveaux proprios nous entendent arriver à dix bornes de leur position.
– Dis, tu crois qu'ils se sont installés dans nos cellules ? Demanda Vane à l'arrière d'une voix légèrement moins forte que celle de son frère.
– Y a pas intérêt, frangin ! Rétorqua le jumeau, toujours de vive voix.
– Mettez-là en veilleuse, les gars ! Ordonna Jak en regardant derrière lui. Vous tenez vraiment à ce qu'on se fasse prendre ?
– Non, répondit Ronon avec un niveau sonore acceptable, mais à tous les coups, cette nouvelle tentative d'infiltration va se terminer comme dans la version originale…
– Mais de quoi vous parlez ? L'interrogea Daxter à voix basse.
– Bon, je tente la descente, annonça Edge qui ignora la fin de la conversation.
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L'Élite s'engouffra à travers l'ouverture sans attendre une quelconque confirmation. L'instant qui suivit, le groupe entendit un fracas métallique, comme si le sergent était tombé sur une table pleine d'objets lourds. Alors que Ronon prononça d'une voix amusée « Le sol, un ; Edge, zéro », Jak rampa à nouveau pour rejoindre la sortie de ce tunnel. Daxter éclaira alors leur point de chute et vit le soldat de la Ligue se relever à côté d'une table renversée. À ses pieds se trouvaient des gobelets de métal et une bouteille d'alcool cassée en deux, dont le liquide se répandait par terre. Edge redressa le meuble et le plaça juste en-dessous du trou. Puis il observa attentivement les alentours et hocha la tête positivement pour indiquer que la voie était libre. Le jeune homme prit une nouvelle inspiration et s'engouffra à son tour par l'ouverture la tête la première. Le reste de son corps suivit et il chuta dos contre la table. Bien qu'il portait toujours l'armure de Mar, il sentit une douleur éclair à cause du Morphoflingue rangé dans son étui ; et ce fut une chance qu'il ne possédait plus son JET-Board, auquel cas la réception aurait pu être davantage douloureuse. Il se releva et posa pied à terre dans cette pièce inédite : de taille moyenne avec plusieurs autres tables entreposées et des armoires de blasters standards accrochées sur les murs, il s'agissait vraisemblablement d'un réfectoire ou d'une salle de repos pour les gardes en poste dans la Forteresse. Alors que les jumeaux arrivèrent à leur tour, dont Vane qui vint s'écraser sur Ronon en prétextant qu'il faisait toujours un bon amortisseur, Jak s'éloigna un peu pour explorer plus en détail les lieux. Rien ne sortait de l'ordinaire, à part peut-être que des gobelets dressés sur les tables contenaient encore de l'alcool. Les derniers soldats en faction avaient dû quitter les lieux en trombes suite à la chute du Palais, voire même bien avant… En revanche, sans le voir, il marcha sur quelque chose. Un « clic » se fit entendre par tous. Intrigué, Daxter pointa la lampe torche sur les pieds de son ami. Et il découvrit un large disque noir écrasé par le pied gauche. Une mine. Anti-personnelle.
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– Ne bouge surtout pas ! Paniqua Daxter à la vue du dispositif. Et surtout, ne panique pas, Jak !
– Tu t'en charges déjà bien, signala ce dernier alors que des gouttes de sueur apparurent sur son front. Sergent, vous vous y connaissez en désamorçage de mine ?
– Je suis plus à l'aise avec les blindés, déclara-t-il d'une voix désolée. Tout ce que je peux vous dire est de ne pas presser davantage sur la tête pour éviter la détonation.
– Et sinon ?
– Il faudrait être en possession d'une lance de pacification pour la désarmer. Mais aucun de nous n'en possède une, avoua-t-il en observant son Blaster et les armes des jumeaux. Même chose pour les armoires de la salle.
– Honnêtement, je ne pensais pas que l'aventure se terminerait si tôt, dit Daxter sur un ton découragé. Et encore moins de cette manière. Même les satellites noirs du Stade nous avait offert un meilleur final !
– Dramatise pas trop vite, Dax, tenta de le rassurer Jak. On va trouver un moyen.
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À vrai dire, le jeune homme ne savait pas ce qu'ils allaient pouvoir faire. En ce qui le concerne, faire intervenir son alter ego sombre ne changerait rien à la donne. Pire : les faibles émissions d'éco noire pourraient déclencher le mécanisme interne de la mine et la faire sauter. Quant à sa forme angélique, il pouvait l'oublier : son activation l'élèverait dans les airs, ce qui était clairement l'action à éviter dans cette situation. Il lista brièvement les objets restants dans son inventaire, mais aucun d'eux ne pouvait être utile pour résoudre ce problème. Edge s'était rapproché et, agenouillé à côté de Jak, examina ce qu'il pouvait voir de l'engin explosif. Vane et Ronon, de leur côté, s'assirent sur les tables et attendirent en silence. Soudain, les ampoules murales s'allumèrent. Éclairant le réfectoire, elles révélèrent trois autres mines placées non loin. En face de Jak et Edge se trouvait la sortie de la pièce, ainsi qu'un interphone placé sur son côté droit. Conscient du danger proche, Jak remua son épaule gauche et ordonna à son ami :
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– Daxter, mets-toi à couvert dans un coin !
– Quoi, mais pourquoi ? Rétorqua ce dernier, complètement surpris.
– Nous sommes en mauvaise posture, mais je tiens quand même à ce que nous ayons un plan de secours, répondit le jeune homme d'une voix sérieuse.
– Et qu'est-ce que je vais pouvoir faire, dans l'histoire ?!
– Tu trouveras bien quelque chose…
– Attention à tous les soldats présents dans la pièce, s'éleva une voix grave depuis le haut-parleur de l'interphone, l'un de vous a déclenché une de nos mines et se trouve donc en mauvaise position. Nous vous ordonnons de jeter vos armes à terre. Si l'un de vous tente de faire l'imbécile, nous faisons sauter les mines à distance. Nous vous laissons une minute pour que vous puissiez décider de votre sort !
– Mon lieutenant ? Demanda Edge en se relevant.
– …Faîtes ce qu'ils demandent, déclara Jak en sortant son Blaster de son étui.
– Quoi, c'est tout ? Objecta Ronon, apparemment vexé. Comment est-ce qu'on va faire pour sauver les troufions de l'autre équipe si on n'a plus les moyens pour combattre ?
– Techniquement, il nous restera toujours nos poings, remarqua Vane en fixant son frère.
– Dites, vous souhaitez toujours vous battre contre les Grenats et les Metal Heads ? Demanda alors le lieutenant avec un petit sourire aux lèvres.
– Bien sûr ! Répondirent-ils en cœur.
– Une fois morts et démembrés, vous ne pourrez plus le faire, conclut Jak alors que son sourire se changea en rictus malsain.
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Les jumeaux tournèrent la tête pour se regarder longuement, puis ils haussèrent les épaules et finirent par jeter leurs armes par terre. Le blaster pour Vane, les deux pistolets pour Ronon et leurs couteaux de combat respectifs. Edge et Jak suivirent le mouvement, Daxter quitta l'épaule de ce dernier pour se mettre hors de vue sous une table, puis la porte s'ouvrit. Quatre hommes pénétrèrent dans la pièce et formèrent une ligne, des blasters militaires en mains. Leur tenue était semblable et ils avaient tous l'air de soldats de fortune : vêtus de treillis et de hauts verts, ainsi que de lunettes de visée et de foulard rouge, ils tendaient à ressembler aux anciens membres des Souterrains. L'un d'eux somma les soldats de passer par la porte sans tenter quoi que ce soit, puis il désactiva la mine déclenchée avec un interrupteur à distance. Libre de ses mouvements, Jak suivit ses compagnons et il se retrouva escorté par trois de leurs trappeurs jusqu'à leur destination initiale. En chemin, il s'aperçut que les couloirs de cette partie de la Forteresse avaient été surprenamment épargnée. Derrière, il espérait que Daxter se fasse suffisamment discret pour s'échapper et de prévenir Torn. Mais il se pouvait aussi que son ami tente quelque chose d'autre, bien qu'il ne savait pas quoi exactement. La suite des événements le lui dira. Arrivés dans une salle d'opérations active, ils virent une multitude de postes informatiques ainsi qu'un téléporteur placé de l'autre côté de la pièce. D'autres gangsters étaient occupés avec les ordinateurs et ils ne firent pas attention au passage de leurs « visiteurs ». Leurs tortionnaires obligèrent le groupe à passer à travers l'anneau actif, et quand ce fut le tour de Jak, il se retrouva dans le bloc pénitentiaire qui l'avait accueilli quelques années plus tôt…
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En bon état, la grande salle ne comptait plus les nacelles de transport qui circulaient au plafond, ainsi que le dispositif d'injection d'éco noire placé en son centre. Au lieu de cela, ses nouveaux résidents utilisaient les cellules du rez-de-chaussée comme entrepôt improvisé pour des caisses d'armes, de munitions et d'objets divers. En regardant aux alentours, Jak aperçut une bonne dizaine d'hommes en tenue de combat, mais aussi les six soldats de la Ligue portés disparus aux abords du puits principal. Agenouillés et aussi désarmés, leurs mains étaient attachées avec des menottes. Enfin, un homme se différenciait des autres : habillé d'un costume noir, mais sans cravate, et portant deux étuis d'arme à poing à sa ceinture, il était occupé à feuilleter les données d'une tablette informatique. Ses cheveux roux était longs, attachés en queue de yacow et descendaient jusqu'au milieu de son dos. Quand il vit les nouveaux arrivants, il posa son outil sur une boîte à proximité et s'approcha de ces derniers. Jak, caché par ses coéquipiers, vit ainsi que ses yeux étaient verts. S'arrêtant à quelques mètres, l'individu examina en détail les trois soldats d'élite, puis il déclara d'une voix posée :
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– Bienvenue, messieurs ! Je sais pourquoi vous êtes ici, mais je crains malheureusement que vous n'êtes plus en état de poursuivre votre mission. Aussi, je vous demanderai de bi-…
– Tu vas nous obliger à rien du tout, le costard-sans-cravate ! L'interrompit Ronon de vive voix. Qu'est-ce qui nous empêche de te foutre une mandale dans la gueule, là, tout de suite, pour t'apprendre ce qu'est la violation de domicile ?
– Tu aurais pu attendre qu'il ait terminé son speech, frangin, commenta Vane.
– Oh, les jumeaux sont de retour à la maison… Marmonna le gangster roux avant de reprendre son ton initial. Pour te répondre, Vane…
– Ronon, rectifia ce dernier, vexé.
– Pour te répondre, Ronon, reprit calmement son interlocuteur, Malakaïv ici présent est la raison pour laquelle aucun de vous ne va tenter quoi que ce soit.
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Intrigué, Jak se retourna et vit derrière lui une personne qui n'était pas présente quelques instants plus tôt. Vêtu d'un long manteau noir à capuche qui recouvrait l'intégralité de son maigre corps, le dénommé « Malakaïv » mesurait vraisemblablement dans les deux mètres et son visage était caché par un masque à gaz aux lentilles mauves. Le jeune homme ne l'avait pas senti approcher alors que sa présence imposante pouvait difficilement être furtive. Il respirait longuement, et chaque expiration l'était tout autant. Jak pouvait sentir une aura de puissance autour de ce personnage, mais il décida de l'ignorer pour éviter de le surestimer. Edge et les jumeaux le virent à leur tour, puis ces derniers déclarèrent :
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– Je le sens moyen, Ronon… Conclut Vane, peu rassuré. Même être suspendu au-dessus d'une cuve d'éco noire à moitié pleine me paraissait plus sûr…
– Mouais, il faudrait pas non plus qu'on perde de vue notre objectif principal, dit le fantassin à contre-cœur. Très bien, allons-y pour les menottes.
– Bien, je suis heureux de l'apprendre ! Se félicita le chef du gang, détournant son regard du groupe un instant. Avec trois Élites en plus, peut-être que ce ronchon de Torn acceptera le marché que je vais lui proposer. Et qu'avons-nous…
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Il stoppa sa phrase net à la vue de Jak, maintenant révélé. Edge et les jumeaux avaient rejoint des places libres près du puits et attendirent calmement que leurs tortionnaires les menottèrent. Le chef quitta son air enjoué pour endosser un visage plus fermé et impassible. Il fixa le jeune homme dans les yeux, qui fit de même, et inspira un grand coup. Puis il lâcha machinalement sur un ton défiant :
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– Et moi qui croyais avoir récupéré toutes les affaires de Krew…
– Mauvaise nouvelle : je suis son tueur, déclara à son tour Jak sur le même ton. Êtes-vous prêt à supporter ce fardeau ? Car lui n'a pas pu.
– Laisse-moi mettre les choses au clair, Jak…
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Le chef leva sa main droite et claqua des doigts. Aussitôt, Malakaïv saisit Jak par l'étui de son Morphoflingue et le souleva du sol sans effort. Puis il prit de l'élan et le lança violemment vers le centre de la salle. L'action soudaine et cette force imprévisible avaient déstabilisé le héros et il eût peine à comprendre qu'il était dans les airs. Il retomba dos à terre sur la plate-forme centrale et entreprit de se relever en hâte. Un geste inutile puisque le garde du corps avait déjà atteint sa position et le frappa au ventre avec un uppercut magistral. Malgré le plastron de Mar, Jak sentit son ventre se contracter sous la force du poing et il fut envoyé à nouveau dans les airs. Jamais il n'avait eu affaire à un tel ennemi, auparavant ! Ce dernier le rattrapa par l'une de ses jambes alors qu'il s'apprêtait à chuter dans le puits. Respirant rapidement, le jeune homme avait troqué son calme contre une panique complète. La vitesse d'exécution de cette attaque ainsi que la puissance physique employée faisaient de Malakaïv un être surhumain. Il pressentait que même Dark Jak ne pouvait rivaliser avec cet individu… Épargnant son énergie et son éco, le héros se contenta de retrouver une respiration normale et évita toute nouvelle confrontation. Le personnage en costume les rejoignit, puis il ordonna à son subordonné de soulever sa prise pour qu'il puisse voir son visage. Face à face, les yeux dans les yeux, il reprit la conversation avec un ton autoritaire :
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– Maintenant que tu es prévenu, Jak, puis-je compter sur ton entière coopération pour la suite de mes opérations ?
– ...Oui, à cent pour cent, lâcha ce dernier, complètement découragé. À voir vos méthodes, vous êtes un ancien lieutenant de Krew ? Poursuivit-il en reprenant confiance.
– Je ne peux pas nier le contraire, répondit le chef d'une voix nostalgique. Je dois avouer que les choses étaient plus simples du temps du Baron Praxis. Mais ton aide fut la bienvenue pour évincer notre patron commun.
– Comment est-ce que vous… Commença Jak avant de se faire couper la parole.
– Voyons, Jak, qui t'a fourni ton premier Morphoflingue ? Ainsi que les upgrades nécessaires à son évolution ?
– Krew, en l'occurrence.
– En tant qu'intermédiaire, certes, précisa le gangster. Mais sans l'aide de tonton Clive, autant dire que tu n'aurais pas pu faire grand-chose face aux Metal Heads et à ce glouton flottant !
– Alors, comme ça, votre nom est Clive ? Fit remarquer Jak.
– Humpf, ça m'apprendra à déballer ma vie, regretta l'intéressé. Mais oui, je suis Clive, le nouveau chef du crime d'Abriville ! Ou, du moins, ce qu'il en reste… Maintenant, voyons voir quelles sont les nouveautés en terme d'armement. En tant que renégat et combattant pour la Ligue, tu as dû accéder à du matériel de pointe, non ?
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Clive fit signe au géant de rapprocher Jak. Malakaïv s'exécuta et ramena sa prise près du bord de la plate-forme. Le gangster vint à son contact et commença à faire ses poches. Pendant ce temps, le quatrième homme qui les avait capturé arriva dans la salle via le téléporteur, les armes de la Squad Élite dans une caisse en métal. Il les déposa contre le mur, puis il rejoignit son patron avec une boîte en métal vide. Il le déposa par terre et prononça quelques paroles à voix basse à l'oreille gauche de Clive. Suffisamment près, Jak put entendre :
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– …Nous avons trouvé un site de repli convenable, assez éloigné d'Abriville et à bonne distance de Kras City.
– Bien, c'est parfait ! Le félicita Clive, un léger sourire aux lèvres. Dis aux geeks de charger les coordonnées dans l'ordinateur de bord du convoyeur. Messieurs, haussa-t-il son ton pour être audible par tous, accélérez votre cadence ! Nous partons dans moins de dix minutes.
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Il n'eût pas besoin de se répéter : tous ses hommes de main commencèrent à vider les cellules de leur contenu et passèrent en hâte par la double-porte. Le messager repartit vers le fond de la salle et traversa à nouveau l'anneau Précurseur. Aucun des soldats de la Ligue n'en profita pour se relever et tenter quoi que ce soit qui pourrait permettre leur libération, pas même Edge ou les jumeaux. Quant à Daxter, il avait sans doute déjà pu prévenir Torn, espéra Jak. Néanmoins, la brusque agitation générale ne dérangea pas Clive, qui commençait à vider les poches du héros en faisant quelques commentaires :
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– Deux sceau de Mar ? Voilà qui est plutôt inhabituel. Je vais en garder un ; après tout, ce ne serait pas sympa de ta part d'être égoïste au niveau des antiquités rares, n'est-ce pas ? Le nargua Clive en jetant l'une des deux pierres rouges sculptées dans la caisse vide. Ne t'en fais pas pour le second, je le remet à sa place.
– Croyez-le ou non, mais c'est un héritage familial, déclara Jak, passablement énervé.
– Oh, pourquoi pas, après tout ? On raconte tellement d'histoires à ton propos que ce fait ne serait pas étonnant… Voyons voir, qu'avons-nous ici ? Se demanda-t-il en trouvant le bloc de données des anciens codes Grenagarde. Cet objet m'intrigue, il pourrait avoir de la valeur. Hop, dans la boîte ! Ensuite… Ah, des embouts de Morphoflingue !
– Si vous le souhaitez, je peux vous faire des démonstrations avec, proposa Jak alors que le sang de ses jambes commençaient à descendre vers son cerveau.
– Très amusant, mais je vais devoir décliner, très cher, répondit sèchement Clive. Un Déferlonator et un Réflectorayon ? Humpf, les armuriers de Spargus m'étonneront toujours. Ces embouts sont comme eux : bannis d'Abriville ; je les prends, ajouta-t-il en les balançant dans la boîte à ses pieds. Pour la suite… Oh, qu'est-ce donc que cela ? S'interrogea-t-il en regardant le Tournoyeur avec une curiosité singulière.
– Un prototype d'arme fonctionnelle, avoua Jak pour en finir au plus vite.
– Est-il efficace lors d'un combat ?
– Mon offre tient toujours, renchérit le jeune homme.
– Je prends cela pour un oui, conclut Clive en mettant le Tournoyeur de côté. J'imagine qu'il s'agit de la même chose pour ces deux embouts ? Continua-t-il en présentant le Superimploseur et l'Aiguillolaser.
– Technologie de la Ligue pour la Liberté, vous ne trouverez pas mieux ailleurs…
– Tu sais que tu ferais un très bon vendeur d'armes sur le marché noir ? Déclara Clive d'un air ravi. Je les garde aussi ! En revanche, je ne vois pas ce qu'est cette lentille, prononça-t-il d'une voix plus basse en tenant l'embout de l'Arcbuteur dans sa main droite.
– Il s'agit d'un trophée, mentit tant bien que mal Jak.
– Vraiment ? Douta Clive, les sourcils froncés. Pourtant, j'ai la nette impression que cet objet est plus que ça… Mais bon, je n'ai plus vraiment le temps pour discuter de cette question.
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Sans prévenir, le gangster jeta machinalement l'embout dans le vide, non loin de Jak. Ce dernier, fort de ses réflexes, tendit son bras gauche et parvint à le rattraper à temps. Cette réaction suscita de la colère chez son pickpocket et son garde du corps. Tandis que le premier perdit à nouveau son léger sourire, le second resserra davantage son poing sur la jambe de sa prise.
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– Voilà une action qui peut te coûter ta franchise – et ta vie, par ailleurs – dans un échange de bons procédés, le prévint Clive d'une voix à nouveau autoritaire.
– C'est tout ce qu'il reste d'un robot Précurseur que j'ai affronté, insista Jak. Il me revient de droit, en tant que renégat !
– Ah, vous êtes si mesquins, vous, les bannis… Se moqua le gangster.
– Et vous, vous n'êtes pas réaliste, rétorqua le jeune homme. En quoi tout ceci est un échange de bons procédés ? De mon point de vue, il s'agit d'une vulgaire extorsion menée par un inconscient. Est-ce que vous avez seulement une idée des ennemis qui nous menacent tous ?!
– Oh, mais je le sais très bien ! Lui répondit Clive sur un ton confiant. Comment crois-tu que j'ai fait pour survivre jusqu'à maintenant ? La Ligue pour la Liberté et toi m'êtes précieux et je sais pertinemment que vous nous sauverez tous à la fin. Mais dans la guerre, les gagnants comme moi doivent savoir tirer leurs épingles du jeu. Krew se nourrissait de la guerre contre les Metal Heads, et je ne fais que reprendre le flambeau. Aujourd'hui, je m'apprête à quitter la ville qui m'a vu grandir et la dépecer ; mais avant que ça n'arrive, je me contente de récupérer mon dû.
– Vous freinez la Ligue avec votre présence, réfléchit Jak à voix haute. Votre départ nous aidera donc ?
– Un ennemi en moins à combattre est ce qu'elle souhaite, n'est-ce pas ? C'est une offre que Torn ne pourra pas refuser, surtout au vu de ses effectifs actuels. Et avec toi, Jak, ma victoire est assurée. Tu peux garder ton trophée, s'empressa-t-il de rajouter en subtilisant les embouts du Vulcanoshooter et du Pacificateur, j'ai tout ce qu'il me faut. Malakaïv, tu peux le reposer.
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Le géant obéit une nouvelle fois et lâcha Jak sur le bord de la plate-forme. Le jeune homme, complètement allongé par terre, rangea l'embout restant dans l'une de ses poches, puis se releva et suivit Clive qui tenait sa caisse entre ses mains. Les deux hommes quittèrent le centre de la salle pour se retrouver devant le téléporteur, puis le chef fit volte-face et déclara à haute voix à ses quelques subordonnés présents :
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– Plus que quatre minutes avant le départ ! Les retardataires devront se débrouiller avec les forces de la Ligue !
– Bonjour, Clive ! Hurla une voix familière.
De l'autre côté de la salle, près de la grille qui menait au chemin le plus direct vers l'entrée principale de la Forteresse se trouvait Daxter, un air sérieux affiché sur son visage. Il s'avança légèrement et continua sa phrase sur la même lancée :
– Je m'appelle Daxter, je suis le négociateur envoyé par la Ligue pour la Liberté !
– Un négociateur, vraiment ? Fut étonné Clive, amusé par cette situation cocasse. Je ne savais pas que le grand commandant Torn employait des kangourats oranges dotés de parole. Et habillés, qui plus est, remarqua-t-il à la vue de son jean neuf.
– Eh, c'est pas sympa, ça ! L'engueula la beloutre. Vous avez intérêt à déposer vos armes, libérer tout le monde et vous rendre sans faire d'histoires si vous ne tenez pas à finir trouer comme des passoires… Et surtout, vous-…
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La beloutre n'eût pas le temps de commencer sa nouvelle phrase que Malakaïv effectua un bond depuis le centre de la salle pour l'atteindre. Traversant le vide sans problème, le géant encapuchonné saisit rapidement l'Éclair Orange avec sa main droite et le présenta à son chef. Ce dernier sourit, ses lèvres formant un rictus malsain laissant entrevoir ses dents du côté droit, et semblait hésiter de la suite des événements. Puis il fit un revers de la main droite dans le vide et activa le communicateur de Jak avec une tablette posée sur un tas de caisses. La caméra volante sortit de l'inventaire du jeune homme et tourna lentement autour du bandit, tandis que Malakaïv lâcha un Daxter terrifié par terre. Reprenant un air heureux, il reprit la parole et eût pour seule réponse envers la beloutre :
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– Toutes mes excuses, mais je ne traite pas avec les coursiers…
– Qui souhaitez-vous contacter ? Demanda le communicateur avec une voix robotisée.
– Torn, répondit simplement Clive.
– Contact établi !
– Jak ? Comment ça se passe à l'intérieur ? Tout va bien ? Demanda Torn, l'air inquiet.
– Torn ! S'exclama le gangster avant de se calmer. Ça me fait plaisir d'entendre à nouveau la douceur de ta voix…
– Que… ? Clive ?! Espèce d'enfoiré ! S'emporta le commandant de la Ligue. Je croyais que tu avais crevé avec tout ce bazar !
– C'est l'avantage d'être un marchand de la mort, se félicita le bandit. Elle ne nous laisse partir que quand elle a eu suffisamment de clients grâce à nous.
– Dans ton cas, tu aurais déjà dû partir. Je n'ai pas oublié tous les Grenagardes et les Souterrains qui sont tombés par ta faute !
– Tant mieux, ça facilitera encore plus ta prochaine décision…
– Quoi ?! Qu'est-ce que tu veux dire ? S'inquiéta Torn.
– J'ai dix otages sous la main ; onze si on compte le kangourat qui parle, précisa Clive. Dont trois Élite de première classe et ton champion favori ! Rassure-toi, ils sont entiers et vivants. Mais si tu m'empêches de partir, je ne saurais dire dans quel état tu les trouveras une fois à l'intérieur.
– Sale conn-…
– Allons, restons polis ! L'interrompit son interlocuteur. Mon planning est chargé, je te laisse donc moins d'une minute pour y penser. Un mort toutes les dix secondes de retard, en commençant par l'Élite qui n'est pas l'un des jumeaux.
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De son côté, Jak restait impuissant. Libre de ses mouvements, il pouvait reprendre à sa guise son Morphoflingue qui était à portée de main et espérer neutraliser Clive. Mais cela lui était impossible : d'une part, il risquait la vie des soldats menottés et celle de son ami ; d'autre part, même s'il les ignorait, il ne pourrait rien contre les sbires de sa cible, et encore moins face à Malakaïv. Cette situation lui rappela à nouveau sa détention en ces lieux sombres, et cela le dégoûta affreusement. La seule chose contre laquelle il devait lutter fut l'attente. Le communicateur resta silencieux pendant une vingtaine de secondes, temps que les hommes restants de Clive utilisèrent pour évacuer les dernières caisses stockées. Le géant quitta sa position, laissant la beloutre à sa place, et rejoignit son supérieur. Passant à côté de Jak, il lâcha une lourde expiration audible pour lui communiquer son agressivité. Finalement, Torn reprit la parole avant la fin du temps imparti :
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– L'ordre a été passé, Clive, répondit à contre-cœur le commandant. Mes hommes ne feront pas feu sur tes vaisseaux. Contente-toi de partir et de ne plus jamais revenir à Abriville !
– Ce que j'apprécie le plus chez toi, Torn, c'est ton sens de la camaraderie ! Commenta l'intéressé d'une voix enjouée. Je laisse à Jak le soin de t'ouvrir la voie jusqu'ici. À la revoyure !
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Une nouvelle fois, l'homme ne prévint pas et dégaina l'un de ses pistolets pour flinguer le communicateur. Le tir explosa la lentille orange ainsi que plusieurs composants proches, et l'engin tomba à terre en émettant des étincelles. Rangeant son arme de poing dans son étui, il saisit la tablette précédemment utilisée et la passa au jeune homme. Avec un sourire aux lèvres, sincère cette fois-ci et sans mauvaise intention, il termina la prise d'otage avec les mots suivants :
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– Ce fut un plaisir, Jak. En espérant te revoir dans les jours à venir !
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Puis il quitta la salle en compagnie du géant au manteau noir. La lourde porte se referma derrière eux et se verrouilla. Jak, resté impassible jusqu'au bout, chercha les commandes sur la tablette pour désactiver les menottes et les défenses automatiques à distance. Lorsqu'il les trouva enfin, il s'empressa de les éteindre. Et, bouillant de rage à l'intérieur, il jeta violemment l'appareil à terre et l'écrasa de toute sa force avec son pied droit. Le visage renfrogné, les poings serrés et en train de grogner, il leva sa tête vers la double-porte blindée et se jura une chose, alors que les soldats libérés se débarrassèrent de leur menottes et quittèrent leur position : Clive allait payer pour cet affront. L'héritage de Krew ne devait survivre ni à cette guerre ni à aucune autre, se prêta-t-il serment… Aucune !
