Oncle Severus ! - I/ Professeur Snape
Maintenant il se souvenait.
Au cri de la fillette, les deux hommes s'étaient séparés brutalement, encore rouges et un peu essoufflés.
Voilà pourquoi il n'avait pas reconnu l'habituel carillon qui l'avertissait d'un intrus. Il en avait posé trois différents… Un pour l'équipe professorale, un pour Potter, et un pour les autres… Qui sonnait à vrai dire plus que rarement. En règle générale, il reçoit plutôt les gens dans son bureau attenant à sa salle de classe et son labo de potions « scolaire ».
Il l'observa, elle lui disait quelque chose. Et puis s'il était son oncle, elle ne pouvait être que la fille de sa sœur, née cracmol et donc rejetée par la famille Snape à l'adolescence. Donc sa sœur avait eu des enfants, et au moins l'un deux devait être sorcier.
Et qu'était-il arrivé à sa sœur Sylvia ?
Timide, la fillette osa élever la voix de nouveau.
« Lequel de vous deux est notre oncle Severus ? » demanda t'elle en fixant Harry avec une lueur d'espoir dans le regard.
Snape s'avança, et la fillette eut un mouvement de recul. Evidemment. C'est naturel.
Il n'a jamais eu une apparence très avenante, et sa sœur était tellement belle…
Il n'essaya pas de sourire. Un rictus effraierait les enfants encore plus. A coup sûr, leur arrivée dans ses appartements était un coup de la Directrice.
Et Severus Snape avait horreur de ça. Elle aurait pu le convoquer, pour lui éviter… d'être surpris par sa nièce et l'effrayer. Et puis, personne n'était censé être au courant, pour Potter et lui.
Rien ne va jamais comme il le voudrait, décidément.
« Comment vous vous appelez ? Vous êtes les enfants de ma sœur Sylvia ? »
La petite fille leva les yeux vers celui de l'homme à l'apparence si austère, et accrocha son regard.
« Maman s'appelait Sylvia Moore. Papa est mort quand on était tous petits, et maman était malade. Tobias est malade aussi. » dit-elle en serrant la main de son frère un peu plus fort.
« Maman n'avait jamais parlé de magie, nous on ne savait pas non plus. Mais quand elle est tombée malade, elle nous a parlé de son frère, qui était spécial et qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps. Et elle m'a donné une boîte, et quand elle est morte je l'ai ouverte. Une dame est venue nous chercher, puis nous sommes restés quelques jours dans un endroit avec plein d'autres enfants. Jusqu'à ce que je lise ce qu'il y avait dans la boîte, et remue le bout de bois qui était dedans. Alors, une autre dame est venue nous chercher, et nous a amenés ici. Je m'appelle Claudia, et j'ai 8 ans. Tobias a 6 ans. »
Le petit garçon esquissa un faible sourire. Snape se dit que Pomfresh devrait l'examiner.
Snape décida de se présenter correctement, et de leur expliquer qui il était, et quelle était sa fonction. L'amer professeur ne savait pas comment il devait se comporter avec ces enfants, ils étaient toujours debout dans l'entrée…
Quand il eut fini de parler, Harry rappela sa présence en toussotant. Il invita les enfants à entrer, et à s'installer plus confortablement le temps qu'il aille leur chercher un petit rafraichissement dans une pièce attenante, servant de cuisine d'appoint.
Une fois qu'il eut le dos tourné, il entendit Severus expliquer aux enfants que Harry était un héros pour beaucoup de gens, mais que pour lui c'était surtout un très grand ami. À ces mots, son cœur se serra.
Bien sûr, ils ne s'étaient jamais promis un amour éternel, leur relation secrète était récente, il était enseignant depuis deux ans maintenant, en Défense contre les Forces du Mal, et avait su gagner le respect, puis l'amitié de son ancien professeur. Et il y a quelques mois, leur relation avait évolué.
Pas de mots, juste des regards équivoques, quelques gestes, puis un baiser, suivit par tant d'autres.
Harry se saisit de son plateau, où il avait déposé quatre verres, une grande carafe de jus de citrouille, et une assiette de biscuits, puis se dirigea de nouveau vers le salon. Les yeux des enfants se mirent à briller lorsqu'ils virent les biscuits et le jus de fruit.
Le goût les surprit, mais cet effet passé, ils en reprirent de bon cœur.
« Severus, je vais aller assurer mes cours. Tu peux peut-être y échapper pour le moment, mais n'étant pas censé être ici, je dois y aller. »
« Je comprends. »
« A plus tard les enfants. Severus. »
Harry leur fit petit signe de la main et sortit, abandonnant Snape aux enfants.
Un long silence suivit le départ de Potter, jusqu'à ce que Tobias ose prendre la parole.
« C'est un héros et il est professeur ? »
« Ne l'appelle jamais Héros devant lui, il a horreur de ça. Dis, Tobias, tu serais d'accord pour rencontrer l'infirmière de l'école ? Elle peut peut-être faire quelque chose pour toi ? »
Severus pensait que la maladie de sa sœur et le handicap de Tobias pouvaient être liés, et qu'elle aurait pu être sauvée si elle était restée dans le monde sorcier. Si sa théorie était juste, Tobias pourrait peut-être guérir.
« Vous avez des affaires ? »
« Pas beaucoup. »
« Nous nous en occuperons plus tard. Je vais vous amener à l'infirmerie, et j'irai parler à la directrice quelques instants. Pomfresh est très gentille, ne vous en faîtes pas. »
« Merci. » répondirent-ils tous les deux.
L'homme attendit en silence que les cours soient commencés, et emmena les enfants dans la direction de l'infirmerie, poussant le fauteuil de Tobias pendant que Claudia peinait à suivre le pas rapide du Maître des Potions.
« Pomfresh ? »
« Que puis-je faire pour vous, monsieur ? »
« Pourriez-vous examiner le jeune garçon ici présent et sa sœur, je vous prie ? Je reviens tout de suite, je dois aller parler à la Directrice. »
Sans laisser le temps de réponse syndical à l'infirmière, le professeur fit demi-tour dans un tourbillon de cape, et se dirigea vers le bureau de sa supérieure.
De plus, il est son adjoint, ou juste son sous-fifre ?
Des fois, il y avait bien de quoi s'interroger.
« Barbe à papa ! »
Minerva McGonagall avait conservé certaines habitudes de son prédécesseur et mentor, Albus Dumbledore.
Il valait peut-être mieux que certaines choses ne changent pas…
« Ah, Severus, je me demandais quand j'allais vous voir ! »
« Il fallait bien que je vous remercie pour votre petite surprise, Minerva. »
« Vous étiez occupé, peut-être ? »
« Très. »
« Vous m'en voyez navrée. Un bonbon à la citrouille ? »
« Non merci. »
« Alors, vous venez me parler de ces jeunes gens ? »
« Minerva, ils n'ont pas à être ici. Je n'y connais rien aux enfants, ils seront malheureux, ils ont l'air gentils –pour des enfants, je veux dire-, je ne voudrais pas les rendre plus malheureux qu'ils ne le sont déjà. »
« Vous les avez laissés seuls dans les cachots ? »
« Non. Je les ai laissés à l'infirmerie. »
« Tobias ? »
« Oui. »
« Vous devez les garder Severus. Vous êtes leur seule famille à présent. Et c'était une des dernières volontés de votre sœur. »
« Sylvia ? »
« Elle a laissé ceci pour vous, vous la lirez plus tard. Je vais m'arranger pour que vous puissiez loger ces jeunes gens chez vous, et veiller à ce qu'ils aient de quoi s'occuper, à leur âge on s'ennuie vite. »
« Décidément, ça change, et ça ne change pas… »
« Plait-il ? »
« A plus tard, Minerva. »
Il s'était fait avoir comme un bleu.
Minerva avait été une excellente élève, manifestement…
Snape retourna à l'infirmerie, la lettre de sa sœur dissimulée dans une poche intérieure de sa robe de sorcier.
« Oncle Severuuuuuuuus ! »
La mine étonnée de Pomfresh le revigora. Il ne se donna pas la peine de lui fournir une explication, et lui demanda si elle avait décelé quelque chose.
Elle opina du chef, et lui tendit quelques parchemins qu'il parcourut du regard, l'air préoccupé. Le résultat parut le soulager quelque peut.
« Vous pourrez vous en occuper ? »
« Bien sûr que je peux ! J'ai mon diplôme de médicomage ! »
« Je parlais de temps, Madame. Je sais que Potter vous envoie souvent des élèves en mauvais état… »
« Oh. Ça devrait aller. Si j'ai un problème je vous en parlerai. Je vous demanderai de faire certaines potions, de toute façon. Et je dois demander quelques instruments à Sainte Mangouste. Je devrais obtenir facilement ces quelques instruments, si vous me garantissez que ces enfants sont bien de votre famille, et pas de jeunes esclaves ou je ne sais quoi d'autre que vous auriez emprisonnés pour tester vos expériences. »
« Pompom ! »
« Je prends ceci pour une garantie. »
L'homme secoua la tête en signe de désespoir, et fit signe à Claudia de le suivre alors qu'il saisissait les poignées du fauteuil de Tobias.
Une fois rentrés dans les cachots, Severus cala Tobias dans un coin du sofa, plus confortable que le fauteuil, et donna aux enfants un jeu de carte sorcier pour les occuper. Ils comprirent très vite le principe de la bataille explosive et riaient aux éclats.
Adieu la tranquillité.
D'abord Potter qui entre dans sa vie sans qu'il s'en aperçoive, et le voilà maintenant en charge de deux marmots.
Il s'assit dans un fauteuil, et sortit la lettre.
« Oncle Severus ? »
« Oui Claudia ? » répondit-il sans lever les yeux du parchemin cacheté.
« Comment les gens t'appellent ici ? »
« Professeur Snape. »
Merci d'avance pour vos petits mots !
