Chapitre 3

« Je répondrais simplement que c'est arrivé »

Je n'ai pas voulu ce qui s'est passé, je n'ai rien déclenché, j'ai été emporté par le courant sans pouvoir m'arrêter. Si quelqu'un me demandait comment c'est arrivé, je répondrais simplement que c'est arrivé.

Entre Brian et moi, les choses n'allaient plus depuis un bon moment. J'avais accepté son mode de vie, ses virées nocturnes, ses coups d'un soir. Peu importait le nombre de mecs qui défilaient dans son lit, temps que j'étais le seul à y rester. Du moins c'était ce que je croyais. C'est Ethan qui m'a fait prendre conscience de ce vide, que, depuis tout ce temps, j'étais en manque sans savoir de quoi.

Peu à peu, Brian et moi, nous nous étions enfermés dans une routine, qui, au lieu de nous rapprocher, nous tenait à distance. Avec Ethan, je me sentais enfin aimé, et surtout écouté. Mais, malgré tous ces tendres moments que nous passions ensemble, et nos séparations, toujours plus difficiles, je ne pouvais m'empêcher de culpabiliser vis-à-vis de Brian.

J'avais l'impression d'être coupé en deux : une partie de moi aspirait à tout reprendre à zéro, au côté d'Ethan, à vivre enfin une vraie relation ; l'autre restait, envers et contre tout, cramponnée à Brian, continuait de l'aimer, de le défendre et ne vouloir que lui ; malgré son cynisme parfois glaçant et son refus d'engagement. J'espérais toujours qu'il changerait d'avis, qu'il le ferait pour moi, pour nous. Mais plus le temps passait, plus cet espoir s'assombrissait.

Cette situation aurait pu durer indéfiniment, si Brian n'avait pas finit par tout découvrir, et par me le jeter à la figure.

Ca s'est passé au snack, où j'ai l'habitude de travailler. En entrant, j'ai vu Brian, assis en train de parler à un homme qui me tournait le dos. Mais comme je m'approchais pour le saluer, l'autre se tourna vers moi et je reconnus Ethan.

Nous étions tout deux sous le choc, Brian lui paraissait rire de la situation. Mal à l'aise _ comme je le comprends _ Ethan se sauva, me laissant seul face à mes responsabilités. Revenu au loft, je tentais de me justifier auprès de Brian, de lui faire comprendre mes raisons, de le faire réagir, peut-être. Pour lui, ce n'était qu'une histoire de sexe ; comment lui faire comprendre qu'il n'en était rien, que tout ce que j'avais toujours voulu de lui, un autre me l'avait donné. Mais il ne me prit pas au sérieux : quand il s'agit d'Amour, Brian ne prend jamais rien au sérieux.

Frustré, j'ai préféré partir. Je suis allé retrouver Ethan à son appartement, mais il était furieux : contre Brian, mais aussi contre moi _ je le sentais bien. J'avais toujours essayé d'être honnête avec lui, mais moi-même je ne savais plus où j'en étais. Lui non plus ne voulait pas entendre d'explication, et je dû partir de nouveau.

Après avoir marché un temps, je revins au loft où Brian était déjà couché, mais il ne dormait pas. Je me glissais dans le lit, entre ses bras, sans dire un mot. Il s'endormit le premier. Moi, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. Je sentais le souffle régulier de sa respiration sur ma nuque, sa poitrine qui se soulevait et s'affaissait contre mon dos. Et toute la nuit, je me demandai si j'arriverais à vivre sans lui ou si nous avions encore une chance.

Le lendemain soir, l'ambiance au Babylon était électrique : j'avais appris le matin même que c'était Mickaël qui nous avait balancé, Ethan et moi, auprès de Brian. J'étais déjà passablement énervé, autant dire qu'il m'en fallait peu pour sortir de mes gonds. Ainsi, ce soir-là, Mickaël et moi refusions de nous adresser la parole : lui, parce que j'avais osé tromper son meilleur ami, moi, parce qu'il s'était mêlé de mes affaires. Mais nous étions bien les seuls à accorder de l'importance à cette histoire : Brian avait déjà tourné la page, agissant comme si la scène au snack et celle dans l'appartement, qui s'étaient pourtant déroulées la veille, n'avaient jamais eu lieu. J'avais l'impression de repartir des semaines en arrière et jamais la tendresse d'Ethan ne m'avait autant manqué. J'aurais préféré, de la part de Brian, des piques ou des insultes plutôt que cette indifférence désinvolte.

Alors que ces pensées occupaient mon esprit, je vis Ethan au milieu de la foule du Babylon. Je me sentis si euphorique que je me précipitai vers lui pour l'embrasser. Lorsque je me retournais, Brian se tenait à l'autre bout de la salle.

Je suivis Ethan dehors.