J'étais dans la chambre, sur le drap blanc qui recouvrait mon lit, le même lit que l'an dernier, quand Jeremiah a décidé de me tuer. Parce que c'est ce qu'il a fait. En m'abandonnant, il signait mon arrêt de mort. Il le savait.

Mais c'est fini. Ou en tous cas, ça le sera bientôt. Car si il est mort, je m'apprête à le retrouver. Personne ne m'en empêchera, personne n'est avec moi .

La lame que voici me tranchera la gorge, et m'ôtera la vie. Après tout, qu'est ce que la vie sans lui. Un long torrent ou le remous m'entraîne dans le rapides. Ennuyeux, perpétuel et trop long. Choisir sa mort est un bien joli privilège.

Il ne passera pas cette porte. Il y a bien longtemps que j'ai laissé toute espérance. Bien longtemps qu'il est parti. Bien longtemps que je mène cette existence amorphe. Je le déteste.

Je m'enveloppai du drap blanc, posai doucement la lame sur mon cou. Froid. « Ça ne fera pas mal » me dit une jolie voix. La mienne. Celle qui s'apprêtait à s'éteindre.

« Adieu » murmurai-je. Et la lame avança. Inexorablement, comme si mon poignet ne m'appartenait plus. De chaudes larmes coulaient de mes joues, se mêlant au sang qui se répandait déjà. Je sombrai vite dans un velours inconscient, sans douleur, qui m'enveloppa tel du coton noir. Je m'affalai sur le lit, et tombai toujours plus profond dans le coma, jusqu'à en finir, je l'espérai.

Il ne franchira pas cette porte.

Il ne franchira pas cette porte... C'est la phrase qui me resta sur les lèvres.

Je me réveillai soudain, prise d'un élancement profond partant de l'envers de mon coude. Comme si on me retirait mes veines une par une en les tirant. Non, en les aspirant. J'étais cependant incapable de me souvenir de quoi que ce soit, et loin de moi étais l'idée même de soulever une paupière. Ça ne ressemblait pas à la mort. J'en étais sûre.

J'entendis sa voix; sa mélodieuse, veloutée, chantante voix.

je sentis quelque chose de mouillé transparaître à travers la douleur. IL était la. Il pleurait. Soudain, je compris. Jeremiah m'avait mordue. Il avait planté ses crocs dont je n'avais jamais eu peur, dans ma chair blanche. Je compris qu'il était la, que j'avais des chances de passer dans l'au delà, et que l'on soit séparés.

« Avril... Je t'aime » l'entendis je dire au creux de mon oreille. Mon subconscient était gonflé, spongieux, embrumé. je sentis le contact dont j'avais rêvé tous les soirs depuis son départ. Ses lèvres touchèrent les miennes, en un dernier baiser. La douleur s'estompa instantanément, et je repris conscience. J'ouvrai les yeux, mais il avait déjà tourné le regard.

« Je te déteste » murmurais-je a mi voix. Il se retournât brusquement, et mon cœur me fut rendu. J'étais enfin complète. La gorge ensanglantée, je me relevais, et le pris dans mes bras.

Il étais dos a la porte, et je ne m'aperçus de rien jusqu'à ce que je sente quelque chose de fluide et mouillé dans son dos. Il était immobile, ne bougeant plus. On lui avait tiré en plein cœur une balle d'argent.

Tout d'abord, mon regard devint flou. Puis mon cœur fut transpercé de milles épées Je refusai de le lâcher, mais tenais ma poitrine et serrai la douleur qui m'oppressait. Les derniers mots que je lui avait dits étaient « Je te déteste ». L'amour de ma vie était mort dans mes bras.

Je m'en souviens encore. Bien trop fraîchement. Comme une écorchure, une douleur cuisante, qui s'ouvre et se referme a chacune de mes respirations. Comme si des sangsues avaient pénétré en moi a ce moment la et n'avaient plus jamais voulu en sortir.

Je me souviens encore que, d'un geste mécanique, je l'avais détaché de moi. J'avais vu son visage, immobile, l'expression de la mort figée sur son visage. La peau blanche d'habitude si vivante et claire, éteinte et grisâtre. La douleur de mon coude m'avait reprise, et un grand hématome s'était était formé à l'endroit de la morsure.

A l'heure ou j'étais devenue immortelle, lui avait rejoint les enfers. Car pour ce qu'il était, il ne rejoindrait pas le paradis.

Mes mains tremblantes parcoururent le tissu de sa chemise, les courbes de son visage…Le velours de ses lèvres entrouvertes sous la douleur.j Étais seule maintenant. Toute seule. Le vide total de ma vie sans lui m'apparut soudain, comme une cellule blanche et vide. Je fus prise de convulsions nauséeuses à l'idée de me passer de lui.

Le quitter m'était impossible.

Lorsqu'on perd quelqu'un, la seule présence de son corps vous rassure. Vous dire qu'il est toujours la, que son enveloppe est toujours la, que physiquement, il est toujours la...

Toujours là.

Je tenais sa main

Ne t'en va pas.

Ne t'en va pas.

Mes yeux se fermèrent

Ne t'en va pas.

La phrase qui me vint alors est « je ne pourrais pas vivre sans toi » mais voilà, oui, je pourrais. Malgré moi, je pourrais. J'y serais contrainte

Je suis Avril Valey. Et je suis un vampire.

Et les vampires ne meurent pas. Sauf par le moyen d'une balle en argent.

Il m'avait donné son immortalité et s'était laissé la mort. Je le détestais pour ce qu'il avait fait. Encore. Je me couchai près de lui, ma main dans la sienne, froide. Je sombrai alors dans un sommeil qui n'était était pas un. Je voulais revivre tout ce que nous avions vécu. De cette époque encahntée où les amours commencent. Ou tout n'est alors que filigrane, pas encore sorti au grand jour, dans le secret des alcoves et des boutons de roses de la jeunesse.

A nous.

Voici notre genèse.