Chapitre 1

Je ne comprends pas comment tout ça à pu arriver. j'avais seize ans, allais au lycée chaque matin que comptait l'année. Sauf le weekend . Le dimanche, j'allais rendre visite à ma grand mère. J'adorais lire, Appolinaire, Victor Hugo, Baudelaire, et très peu , Flaubert. Mon sac de cours constituait en un sac marin en toile que j'affectionnais tout particulièrement de par son usure. J'avais dans ma chambre une armoire de famille qui contenait l'intégralité de ma modeste garde robe, un fouillis de pulls en maille, sous vêtements, jeans, et quelques coquetteries en dentelles que je mettais les rares jours de beau temps. A l'entrée de ma chambre on trouvait mon bureau, puis mon lit. Le parquet était en bois clair, et la fenêtre n'avait qu'un simple vitrage, et un rideau trop fin pour m'abriter du maigre soleil matinal. Tout était normal; je dormais avec un vieux t shirt extra large et deformé, j'adorais par intermitence mes parents, le reste du temps je les haissais sevèrement. Ma mère était trop protectrice, mon père trop effacé. Au lycée, j'étais moyenne. Mon bien matériel le plus précieux (en valeur marchande) s'averait être une paire de Wayferrer , de Ray ban, en écaille, que mon cher père m'avait octroyé lors d'un voyage en Espagne, l'été passé. Une étagère soutenait mes CD (parmi lesquels ceux de Radiohead, Placebo, Muse, Debussy et Satie)

Personnalité complexe et rêveuse, dans un corps banal, bien que conforme à ce que montre les "mannequins" .... Qu'aurais je pu dire de moi..? Une seule personne était à ma connaissance capable de parler correctement de moi: elle constituait en mon unique ami, que j'avais depuis une étérnité: Adam. C'était pour moi la seule figure masculine valable. La seule chose dans ce monde qui me raccrochait à la joie, à un futur possible. Chaque jour, nous avions le temps de refaire le monde , ensemble, et de nous jurer mutuellement ce que ce jurent les adolescents tels que nous en manque d'amour: ne jamais nous quitter, et que jamais rien ne nous separerait. Effectivement. Personne n'en aurait été capable. Aucun humain.

Non, on ne pouvait pas dire que j'adorais ma vie, ni qu'elle me destinait à rencontrer un ange sous des traits machiavéliques. Mais tel allait être mon sort. Et j'en étais jusque là follement heureuse.

Voilà la période de Noël qui arrivait , et l'enthousiasme réel de ma mère se mariait parfaitement à celui, complètement feint, qu'exprimait mon père à cette période.

D'ailleurs, plus son agacement était grand, plus l'arbre qu'il ramenait à la maison le 11 décembre de chaque année était immense. L'année dernière, il avait presque atteint le plafond. J'ignorai alors que cette année, il aurait des raisons d'en ramener un qui transpercerait le toit pour probablement atteindre la lune.

Pour le moment, nous étions le 5, et chaque fois que je rentrais à la "maison" j'entendais la stupide radio que ma mère branchait chaque jour, avec ses chansons ringardes et qui donnent un air de "tout va bien" jusque dans ma chambre. Alors que pour moi, jusqu'ici , tout allait très mal.

Notre première rencontre. Cela s'était passé alors que je fuyais mon domicile, quatre ans auparavant. Je ne sait plus exactement pourquoi je fuguais, mais j'avais décidé de partir de chez moi. J'avais seize ans. Mes parents avaient toujours eu une attirance particulière pour les trous perdus et pluvieux. Les bourgades sans charme, sans tourisme. J'étais seule et je détestais ce village. Lorsque j'avais décidé de le fuir, je n'avais pas de voiture, pas d'argent, et personne pour m'héberger. J' étais sortie en claquant la porte, balançant à la volée une réplique cinglante et théâtrale, pour finir assise au bord d'une route, a trois heure du matin. Je ne savais pas quoi faire, il pleuvait, étais trempée jusqu'aux os, j'avais faim, mais ma fierté m'interdisait de rentrer. Qui plus est, j'étais déjà à cinq bons kilomètres de cet affreux village. Alors que je m'apprêtais a mourir de froid, transie dans mon coupe vent perméable, Je vis un homme de l'autre coté de la route. Ou plutôt, une grande silhouette noire. Sur le moment, je crus avoir atteint le stade des hallucinations qui caractérisent les personnes en hypothermie au seuil de la mort, mais je clignais des yeux et la chose ne voulait pas disparaître.

Même, elle se rapprocha. Le plus bizarre dans l'histoire, c'est qu'aucune sensation de peur ou d'une quelconque appréhension ne m'avait envahie. Je me sentais en sécurité, curieuse. J'attendis. Aucune voiture ne lui obstruerait la route. Il pourrait parfaitement traverser la route maintenant. Mais quelque chose l'en empêchait. Comme si il réfléchissait longuement, quant à faire ou à ne pas faire le pas de trop. Pas comme si il n'avait pas voulu m'effrayer, cela n'avait rien à voir. C'était lui qu'il ne voulait pas effrayer. IL enfouissait sa tête dans ses épaules, comme si, à l'instar de moi, il avait froid. Pourtant, et je le voyais distinctement a présent, il avait un épais manteau en laine noire, et des chaussures en cuir de la même couleur. Cependant, malgré ces vêtements qui auraient du le vieillir, d'après ce que je voyais de lui, il donnait l'impression d'être assez jeune. Dix neuf ans tout au plus. J'attendais qu'il se décide, et, brusquement, il parcouru la distance qui nous séparait en deux enjambées gracieuses. Je vis alors quelque chose que je n'avais jamais appréhendé de ma vie ; une beauté surprenante de perfection. Une étincelle illumina son espèce de regard noir onyx. Un sourire en coin dévoila une rangée de dents irréellement ivoirines . Je ne l'avais pas remarqué, mais sa peau était blanche comme un linge , légèrement opalescente. Il émanait de lui une force étrange, que nous, humains appelons vainement charisme.

La beauté du diable... oh, si j'avais su à quel point cette phrase lui était adaptée.

Il était a présent debout devant moi, imposante masse musclée, et je réalisais à présent a quel point la situation eut été dangereuse si ça n'avait pas été LUI. Mais je savais qu'il ne me ferais aucun mal, qu'il était doux, bien attentionné... déjà parfait en fait.

Il s'agenouilla alors à ma hauteur, et me regarda sans les yeux. Mon sang ne fit qu'un tour. J'étais paralysée. Je serrais mes genoux contre ma poitrine, trop heureuse qu'il soit la. Malgré tous les dangers qu'il représentait. C'est alors que ses lèvres parfaites remuèrent.

-Je peux vous aider mademoiselle?

Ça je n'en étais pas certaine. J'avais perdu la voix. La sienne était si veloutée, si grave, si agréable.

Il me tendit d'un mouvement ample une grande main marmoréenne et solide. Pas le moins du monde effrayant, même si je devinais qu'elle aurait pu m'étrangler dans l'instant qui suivait. Sans parler, je lui tendis ma main, frêle et tremblante. Sa poigne de fer me souleva, et me sortit de ma torpeur comme une noyée émergeant de l'eau.

-Heu...Ou-i. Je suppose.

J' étais a quelques centimètres de lui, et nos mains étaient toujours en contact. Mon visage était trempé, et je devais avoir l'allure d'une fille qui avait passé deux heures sous la pluie. Ce qui était le cas. Je ne pus alors décrire ce qui se produisit. Comme une musique classique se transformant en hard rock, nous formions une mélodie bizarre, saccadée et harmonieuse. Je n'avais pas quitté des yeux son magnifique visage, alors qu'il plaçait déjà son manteau sur mes épaules.

-Venez

J' étais comme hypnotisée. Sa main exerçait une légère pression sur mon dos, alors que je marchai avec lui, ne sachant absolument pas ou il m'emmenait au juste. Il ne m'emmena pas loin, juste a couvert des arbres, un peu plus loin, a coté de la route que nous venions de quitter. Il ne semblait pas souffrir du froid, et je remarquai soudainement qu'il était qu'en t-shirt. Une t-shirt blanc en coton qui marquait ses formes athlétiques. Il était ni extraordinairement musclé, ni fluet, on ressentait juste une certaine confiance en soi qui se traduisait physiquement par des muscles relativement proéminents, de quoi se sentir en sécurité, ou l'inverse. Son être tout entier formait une alchimie contradictoire entre l'attrait, la sécurité, et la réticence, le danger. Ses yeux me toisaient avidement. Je sentais que mes problèmes l'intéressaient. Pourquoi, ça, je l'ignorais. Nous nous assîmes sur les racines d'un énorme chêne, face à face, et il posa prestement sa grande main sur mon épaule fluette. Puis, sentant une gêne étrange, préféra la retirer. Je décidai de répondre à sa question muette.

-Je suis partie de chez moi.

Son regard se fit réprobateur. Comme un père. « Pourquoi? » m'interrogeaient ses yeux.

-Je ne sais pas. Je ne sais plus. Et j'éclatai en sanglots. De gros sanglots

gênants et intimes.

Les larmes salées coulèrent sur mes joues, que je tentai de retenir, mais était trop tard. Il les avait vues. Il prit alors ma tête dans ses mains et la serra contre son épaule. Sa respiration était douce, puissante . Son épaule meuble et réconfortante. Mes larmes coulèrent sur son t-shirt, et j'en étais désolée et embarrassée Ses mains étaient posées sur mes épaules, mais on eu dit que mon contact le brûlait. Il n'osait que me frôler, et ses mains prenaient de la distance au fur et à mesure que mes sanglots se calmaient; Je relevais la tête, et me redressa devant lui. Son expression était... Illisible. Je revins a moi, et le danger qu'il pouvait représenter dans un endroit aussi isolé s'imposa enfin a moi. Je me détournai de son regard, et lui demandai, d'une petite voix:

-Qui êtes vous?

La question ne parut pas le surprendre. Il eu alors un geste et une expression tout a fait humains; Il se passa la main dans les cheveux d'un air gêné, et me répondit, d'une voix plus froide que tout a l'heure:

-J'habite juste de l'autre coté de la forêt, et, j'ai coutume de faire des ballades nocturnes.

Ma gêne avait laissé place à la curiosité.

-Pourquoi ?

Ses yeux redevinrent soudain ténébreux et lointains, il me sembla que ce qu'il allait dire allait lui coûter.

-La nuit m'attire.

Ou plutôt espérait-il que cela me ferais fuir?

En tous cas, je décidais de ne pas relever. Cependant, il dut percevoir mon malaise car il sourit.

-Je ne disais pas ça pour t' effrayer. Je pense qu'il faudrait que tu rentres chez toi.

Je secouai la tête négativement. Voilà qu'il me tutoyait. Étrangement je trouvais cela plutôt agréable.

-Impossible.

Il leva un sourcil circonspect.

-J'ai ma fierté. Dis-je en croisant les bras sur le manteau mœlleux. Il sentait cette terrible odeur envoûtante qui semblait émaner de son être tout entier. Je dirais même de son âme. Si il en avait eu une.

-Comme tu veux, mais la prochaine fois, ce ne sera peut être pas moi.

J'eu un rictus amer. Je n'avais en effet pas dans mes habitudes de fuguer a intervalles réguliers. Il reprit

-Il est déraisonnable de se mettre en danger de la sorte, mademoiselle Avril Varley.

Le trouble s'empara de mon esprit. Comment l'étrange personnage pouvait il connaître mon nom? Machinalement , ma tête se posa sur son épaule. Ce contact ne le gêna pas, apparemment. Je fermai les yeux et...