Cerf, cerf, ouvre-moi!

Note: Je vous remercie encore et toujours pour vos reviews! Voici le questrième et avant-dernier chapitre (oui, déjà). Et pour une fois, j'ai quelques petites choses à dire!

Premièrement, Severus Rogue (merci!)m'avait proposé de laisser les pensées de Snape à propos de Harry, alors elles sont là, toutes prêtes, dans le prochain et dernier chapitre.(d'ailleurs, si quelqu'un d'autre se demandait ce que voulait dire "schizophrène": quelqu'un qui a des troubles de la personnalité, mais ici -et souvent- utilisé au sens figuré, pour parler de quelqu'un qui a deux personnalités/ Cf: l'animé "Monster", ou encore le thriller "Trouble Jeu", et plein de trucs encore, je suppose... )

Deuxièment, c'est officiel, je fais un épilogue! Heureux ? Bon, pour laisser encore du suspense, je peux vous dire que j'ai peut-être envie d'écrire le sabotage de Snape, en bonus (eh oui! J'ai plein d'idées!), pour que vous vous rendiez bien compte que Lucius peut bien espérer, il n'arrivera pas à rattraper les méfaits accomplis! ;)

Dans l'épisode précédent : Snape a écrit la lettre pour Dumbledore, l'a envoyée, et a au passage révélé à James qu'il était encore amoureux de Lily. Ce dernier ,n'étant pas aussi borné qu'on peut le croire, n'a pas piqué une crise de jalousie mais a pris pitié de son ancien ennemi -plutôt choqué, d'ailleurs. Finalement, Mr. Snape s'est rendu compte qu'il ne sentait pas la rose, et a demandé à James s'il ne pourrait pas prendre une douche...

Disclaimer : Les persos ne sont pas ma propriété, je les rendrai à Mme Rowling quand j'en aurai fini avec eux. En plus ou moins bon état. (je ne pense pas qu'elle m'en voudra, elle les a bien tous tués...) Et ce n'est pas moi qui ai écrit la comptine.

oOo

« Tu déconnes, n'est-ce pas ? »

Severus soutint le regard de Potter, les sourcils haussés et ses yeux noirs plus sombres que jamais.

« Non, pas du tout. »

Le binoclard fit mine d'entrer à sa suite dans la salle de bain, et l'ancien Slytherin lui opposa sa résistance.

« Putain, tu veux aussi me frotter le dos, pendant que t'y es ? Je peux me laver tout seul, bordel ! »

Potter le repoussa vivement, et Snape n'eut d'autre choix que de reculer et de céder le passage, laissant échapper un juron. Il n'avait jamais eu la carrure de résister à James Potter.

« Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser seul dans une pièce pendant une demi-heure ?

-Je ne suis pas une midinette, Potter. Dans cinq minutes, je serai dehors, à nouveau sous la menace de ta baguette… »

Le jeune homme leva les yeux au ciel.

« C'est bien ça qui me fait peur ! Dans cinq minutes, tu croiras être propre, et tu reviendras puant comme un bouc, les cheveux gras… »

Connard.

« Je n'arrive pas à croire que tu me fasses encore des remarques sur mes cheveux ! Les tiens...

-Lily a dit qu'ils étaient très bien comme ça ! »

Ca, c'était bas.

Eh bien, si Lily l'a dit…

« Et tu ne peux pas sécuriser la pièce en trois coups de baguette ? Je suis inoffensif, bordel ! »

James fronça les sourcils, et parut réfléchir à la question.

« Le problème étant que je ne te fais pas confiance, même pour les choses totalement inoffensives.»

Snape se passa la main sur le front.

« Enfin, Potter ! » s'exclama-t-il, tentant une dernière fois de dissuader l'autre de surveiller sa vie intime. « Qu'est-ce que tu veux que je fasse dans ta salle de bain ?

-Si ça ne tenait qu'à moi, tu penses bien que je n'irai pas espionner ta vie privée ! Je ne suis pas masochiste… »

Ah.

« Il y a des tas de choses que tu pourrais faire seul, même sans ta baguette, d'ici, auxquelles je ne tiens pas particulièrement.

-Tu ne me croyais pas innocent, il y a trente secondes ?

-Présomption d'innocence, tu connais ?

-C'était plus que ça.

Il avait compati, bordel ! Il devait bien le croire un minimum…

-Eh bien, je te laisse utiliser ma douche ! C'est déjà pas mal ! »

Potter croisa les bras sur la poitrine, et Snape comprit qu'il n'y avait rien à faire. Il faillit renoncer à se laver.

« Fais pas ton prude, Snivellus. De toute façon, c'est pas comme si je ne t'avais jamais vu à poil… »

Doux souvenir. Il s'en serait bien passé, à cet instant. Il fusilla le brun du regard.

« Justement. »

Potter eut tout de même la décence de rougir, et il se dandina sur ses pieds, mal à l'aise. L'image de la version de lui âgée de quinze ans s'imposa à l'esprit de Severus, qui ne pouvait que marquer les différences. Mais il aurait préféré passer toutes les douches de sa vie en compagnie de Potter que de l'avouer.

Cependant, il avait réellement besoin d'une douche, et Potter -même si ça le tuait de l'admettre- n'avait pas entièrement tort.

Son amour propre s'agita au fond de de lui, poussa des cris désespérés et se débattit de toutes ses forces.

Snape le rembarra durement, et songea avec colère à ses sentiments, ceux-là même qui avaient pris la mauvaise habitude de s'afficher un peu trop souvent depuis quelques temps. Il n'était pas un idiot romantique. Enfin, il était peut-être un idiot, mais il ne criait pas son amour à la lune. Il était indifférent à tout, sarcastique, pragmatique et pas le moins du monde intimidable. Alors hors de question de refuser la douche qu'il avait lui-même demandée, tout ça parce que Potter s'était tellement attaché à lui qu'il ne pouvait plus le quitter.

Bon. Il fallait juste trouver une autre façon de présenter les choses. Il n'était jamais allé à Gryffondor, et la provocation inutile ressemblait beaucoup trop à une attitude de lion.

Il soupira.

« Ce n'est pas vraiment comme si j'avais le choix. »

oOo

Même en détournant le regard, James n'avait pu s'empêcher de remarquer le corps décharné de Snape, les os saillants, la peau d'ivoire qui luisait d'une lueur bleutée, les muscles bien dessinées, les cicatrices mystérieuses.

Il s'était interdit de poser les yeux sur le bras gauche de l'homme.

Snape fit coulisser la porte de la douche, posa son pied blanc sur le carrelage de la même couleur –troublant, quand on y repense- et s'engouffra derrière de lourd rideau.

James soupira, et s'assit sur le siège couvert de la cuvette des toilettes. Il avait préalablement posé des vêtements propres sur le bord de l'évier.

Le bruit de l'eau éclata dans le silence chloré.

oOo

Snape ne songea plus à rien, le feu liquide dégringolant le long de son corps, dans les veines, sur le fin velours de ses paupières, étirant les pointes de ses cheveux sombres.

Il pencha la tête en arrière, noyé sous le jet d'eau brûlant. Chaque goutte explosait dans ses oreilles, résonnant dans ses tempes, faisant vibrer sa cage thoracique.

« Alors, ça fait du bien ? »

Quand il ouvrit la bouche, l'eau se précipita dans sa gorge. Il toussa, crachota, s'y reprit à deux fois.

« Potter. »

« Snape. »

oOo

Il savait sa voix enrouée et rauque, mais Snape s'étouffa dans son mutisme et ne parut pas le remarquer.

« Potter.

-Snape. »

Le « la ferme ! » était évident derrière cette interpellation. James, bien sûr, l'ignora.

Il déglutit, et articula doucement :

«Que penses-tu des Moldus, Snape ? Je veux dire, vraiment. Toi. »

James crut quelques instants qu'il n'avait pas entendu, le son de l'eau entre eux deux, ininterrompu, régulier, assourdissant. Ou simplement qu'il n'allait pas répondre, submergé par le lyrisme que cela impliquait.

L'introspection, tu fais ça souvent, Snivellus ?

« J'en pense que les parents de Lily sont Moldus. »

Une légère vague d'agacement le parcourut, qu'il refoula rapidement.

« Et alors ?

-Les Moldus donnent naissance à de belles choses. »

Encore ce silence.

Hop, je le fous sous la douche, et j'en profite pour le forcer à se confesser. Ah, la conversation à cœur ouvert dans la salle-de-bain…Cliché.

« Potter, les Mangemorts sont des humains, malgré ce qu'on pourrait croire. Ils sont tous allés à Hogwarts, ils ont des femmes, des enfants. Ils ne sont pas comme le Seigneur des Ténèbres, ils connaissent l'amour. Ils sont simplement trop cons, trop peureux, trop lâches, ou peut-être trop ambitieux. Des sentiments humains, Potter. Malgré leur aspect de hyènes. Malgré le fait qu'ils soient dégoûtants, des charognards, des imbéciles. Que peux-tu faire d'humains ? Leur retirer leur âme ? Les tuer ? Les emprisonner ?

James ignorait où Snape voulait en venir. Voulait-il le mettre en garde, ou le rassurer, quant à la mortalité des Mangemorts ? Lui inspirer le la pitié ? Ou simplement lui expliquer, lui dire, que cette guerre n'avait pas de but, qu'il valait mieux tuer les idées que les gens ?

Mais on ne peut pas tuer une idée. C'était pour cela que tant de combattants mouraient. Il fallait bien que quelqu'un crève.

Il déglutit et fixa le rideau de douche.

-Très mélodramatique.

Le sarcasme avait un goût de savon dans sa bouche.

-N'est-ce pas ?

Il essaya de ne pas faire de bulles

-Et toi ? Tu vaux mieux qu'eux ? Tu as fait le bon choix ?

-Non. »

James ne savait pas à quelle question Snape répondait. Il ne s'était pas attendu a autant de sincérité.

Hé, Snape, stop, plus de remarques philosophiques, je me perds dans les profondeurs de ton âme !

Il se sentit ridiculement insignifiant. Ridiculement ridicule.

Snape était un méchant. Avait été un méchant. Comment pensait les personnes qui avaient choisi de faire du mal aux autres ? S'ils étaient humains, qu'est-ce qui les différenciait des autres ? Pouvait-on les reconnaître dès le début, les éliminer avant qu'ils ne deviennent dangereux ? Les rendre normaux ? Comme les autres ?

Ces pensées malsaines étaient celles du Ministre de la Magie. Les promesses et les arguments qu'il déployait quand il retirait leurs droits aux loups garou, quand ils formataient les jeunes enfants à distinguer le blanc du noir, sans jamais leur apprendre que quelque part entre les deux, il y avait de nombreuses teintes de gris. Comment pouvait-il croire qu'il avait raison, basant ces mesures sur des « si », sur des « peut-être », et des « au pire » ? Pourquoi tant de gens l'écoutaient ? Avait-il vraiment entièrement tort ?

Eh bien ! Snivellus médite sur les vraies raisons de la guerre et de la mort, tandis que je remets en cause les idées de notre société ! A nous deux, changeons le monde !

Il n'avait pas souvenir que le savon eût un goût si amer.

James se passa la main sur le front- combattant livrant sa bataille, âme brave toujours prête et aiguisée- puis dans ses cheveux, ébouriffant les mèches rebelles, emmêlant les nœuds. Petite manie de jeunesse, petit coup de fatigue. Lily n'aurait pas aimé ça.

Un soupir, encore un.

Et de sous son jet d'eau, l'autre idiot qui ne pipait mot, apparemment fier de son « non » qui voulait tout dire et pourtant ne signifiait rien.

Le monde était tout entier entré dans la salle de bain. La guerre s'était faufilée par le trou de la serrure, l'amour s'était glissé sous la porte, leur passé était la sueur que les murs transpirait.

L'air entêtant revint de plus belle, chansonnette insensée, léger courant d'air aux allures de berceuse, ce jeu pour enfants devenus trop grands, trop vieux, trop tristes. Il fit son chemin jusqu'à la langue et la gorge de James, dans ses oreilles, ses cordes vocales.

Dans la forêt un grand cerf regardait par la fenêtre…

Il n'est pas inhabituel de chanter sous la douche, n'est-ce pas ?

Un lapin venir à l'huis, et frapper ainsi ;

Etrangement, Snape ne faisait pas de commentaire. L'eau continuait de dégringoler, de s'écraser sur les carreaux, la vapeur continuait de s'élever, d'embuer la pièce, le plafond, le grand miroir, les lunettes de James. Et James continua de chanter de sa voix rauque et cassée, de sa gorge hésitante et fausse.

« Cerf, cerf, ouvre-moi, ou le chasseur me tuera !

Inspiration, légère toux. Il devait finir. Alors, tout doucement, le bruit humide des gouttes couvrant le sifflement de sa mélodie :

-Lapin lapin, entre et viens me serrer la main. »

Il n'y a plus de bruit.

Lentement, James se lève. Les muscles de ses genoux craquent. Comme une personne âgée. S'il tendait l'oreille, il pourrait entendre la respiration calme et chaude de l'autre homme.

La porte se referme en silence quelques secondes après qu'il ait quitté la pièce.