Cerf,cerf, ouvre-moi!

Note: Et voilà! Merci pour tous vos commentaires, ou simplement d'avoir lu cette fic. L'épilogue arrivera... Quand il sera prêt (bientôt. Juste le temps que je le relise une douzaine de fois, pour être sûre que j'ai mis tout ce que je voulais.) Il s'agira de toutes les conséquences que cette nuit a eues, ou plutôt toutes les fois où c'est revenu sur le tapis. Bien sûr, c'est principalement écrit du point de vue de Snape (James étant mort peu après). Vous aurez le droit à une brève apparition de Remus, de Bill, pas mal de Dumbledore, Harry (évidemment), Lily au début (PoV James), et d'autres encore... Si vous voulez voir quelqu'un en particulier, n'hésitez pas à demander, je verrais ce que je peux écrire pour vous! ;)

Bonne lecture! J'espère que vous allez aimer ce chapitre.

Disclaimer: Les personnages, la guerre, Hogwarts, les Fondateurs, et la poudre de Cheminette appartiennent à JKRowling. Pour ce qui est de la chanson... Ca n'a pas changé, elle n'est toujours pas de moi!

oOo

Les marches de l'escalier grincèrent quand James redescendit au rez-de-chaussée – la salle de bain était au premier étage. Il se rappela vaguement, comme d'une très vieille blague, la dernière fois qu'il avait emprunté ces marches, à peine une heure auparavant, une éternité. Quand il craignait encore que Voldemort se tînt devant la porte. Ceci étant dit, il n'était pas certain d'avoir été convaincu de sa sécurité…

Il avait soigneusement évité de retourner dans la chambre de Harry. Trop de risques qu'il ne puisse plus en sortir. Et ça se dit Gryffondor !

Pour ne pas rester planté dans l'entrée, inutile et hagard, James s'approcha des fenêtres du salon et releva le rideau de dentelle blanche pour jeter un œil au dehors. Tout à fait innocemment.

Il ne retint pas son juron.

Par Merlin, faites que les protections tiennent le coup !

Mais Merlin n'avait rien à voir avec le nez fureteur de Bellatrix et ses chers camarades, occupés à inspecter la rue.

Bon. Par Dumbledore ! Faites que les protections tiennent le coup !

James fut repris de son angoisse familière – trop familière. Il s'interdit de croiser les doigts ou de prier. Faire appel à la Providence avait des connotations bien trop désespérées. Il préféra donc garder ses pensées ciblées sur le directeur de Hogwarts, et décida qu'il était temps de lever le sort de blocage de la cheminée. Tout en s'exécutant il repensa – et oui, encore !- à son « invité », celui-là même qui squattait la salle d'eau.

Il est pas si con, finalement.

Il devait reconnaître que l'espion s'en était bien tiré. James se demandait si dans sa situation, il aurait eu le cran de sonner à la porte de son premier amour, le seul et unique, celui qui avait déjà été perdu.

Romantique, hein ?

En fait, non, pas vraiment. La nature humaine avait quelque chose de sale, qui empêchait l'option « conte de fée ».

Tout homme aurait sonné chez n'importe qui pour sauver sa peau.

Wow.

James, ayant terminé avec la cheminée, bascula sur une chaise près de la table à manger et soupira bruyamment.

Avec une vision aussi optimiste du monde, pas étonnant que je flippe au moindre frisson dans le jardin !

Ah. Il redevenait sarcastique. Mauvais.

Le jeune homme ferma les yeux et les maintint obstinément clos, tentant de retrouver son calme et sa sérénité (qu'il n'avait jamais possédée).

Très très loin de lui, l'escalier craqua à nouveau.

Il devina, plus qu'il n'entendit, Snape s'asseoir sur les dernières marches.

Des papillons colorés et des éléphants étranges commencèrent une danse endiablée sous ses paupières, sans même qu'il s'en étonne. Premier pas vers la folie ? Deuxième ? Plus ?

« Ce n'est pas le moment de dormir, siffla une voix traînante à des milliers de kilomètres.

-Si. C'est exactement le bon moment. Laisse-moi pioncer, Snape. »

N'était-il pas heureux qu'il ait cessé ses clowneries, ses menaces inutiles avec son bout de bois redoutable ? Il devrait. Moi, je suis très heureux.

« Il est presque deux heures. Aller, Potter, courage. »

Apparemment, Snivellus aussi aimait l'ironie.

Il reprit enfin assez ses esprits pour se rendre compte qu'au lieu de la folie, c'était une vague de fatigue qui le submergeait.

Ce n'était donc pas non plus un coup de blues, mais un coup de barre ! Content de le savoir…

Et il l'était, sincèrement. Si seulement Snape le laissait dormir, à présent…

oOo

Potter était pathétique. Une loque affalée sur une chaise miteuse.

Il est juste fatigué…

Merde, il n'allait pas se mettre à le justifier, maintenant ! Si Môsieur ne daignait pas ouvrir les yeux, c'était son problème !

Snape se releva prestement, sa chevelure imbibée d'eau éclaboussant la cage d'escalier. Il avait faim.

« Tu vas où ? » grommela le bigleux, ou quelque chose dans le genre.

Il ne prit pas la peine de répondre, et se rendit d'un pas décidé dans la cuisine.

La première étagère qu'il ouvrit se trouva ne pas être une étagère, mais le congélateur. Surpris par la fraîcheur, il saisit la première chose qui lui tomba sous la main.

Les mains agrippées aux manches de sa robe, il inspecta avec suspicion le gros pot gelé. La glace, ça, il connaissait. Crème glacée à la vanille, plus précisément, qu'il soupçonnait être les restes de la grossesse de Lily.

Saisissant deux cuillers dans le tiroir (il avait eu de la chance, il l'avait découvert dès le premier essai), dans le cas où le binoclard se réveillerait, il récupéra le pot de glace et rejoignit Potter autour de la table, s'installant dans une des chaises rouges et or (typiquement Gryffondor).

Ce dernier semblait avoir repris du poil de la bête, en le voyant disparaître dans la cuisine. Intéressant de remarquer qu'il ne lui faisait toujours pas confiance, malgré le fait qu'il ne le surveillât plus baguette levée. O joie.

Snape arracha le couvercle sauvagement, et attaqua la crème glacée. Potter l'observa, bouche-bée, avant de prendre la deuxième cuiller.

Le Sytherin tenta de ne pas songer à l'image ridicule qu'ils devaient donner.

« Tes copains les bouffes cadavres traînent encore dans le coin, » lâcha Potter d'un ton un peu désespéré.

Snape avala rapidement, le froid brûlant sa langue et sa gorge.

« Dumbledore ne va plus tarder à arriver. »

Ca sonnait plus comme une prière.

Il essaya de ne pas dévisager Potter. Pas maintenant. Plus maintenant. Comme s'ils avaient tous deux gagné un peu de respect, mais pourtant ils en avaient perdu tout autant.

« Je t'ai sauvé la vie, aujourd'hui. »

Snape avait redouté cette phrase toute la soirée. Il l'avait sentie arriver, s'insinuer dans la conscience du binoclard, y camper.

Par Salazar, pas encore une dette de vie !

« Merci. »

Il savait qu'il ne l'avait pas dit, des années auparavant. Aujourd'hui, il voulait être plus mûr, être autre chose qu'un adolescent graisseux plongé dans la magie noire.

Il ne pouvait pourtant pas se renier lui-même.

« Mais moi, j'ai sûrement sauvé ta peau et celle de tout un tas de personnes en sabotant ces potions ! »

Il n'avait pas été agressif, ni prétentieux. Juste honnête. Et peut-être un peu puéril.

Potter hocha doucement la tête, avant de plonger son regard dans le sien.

Une respiration. Deux respirations.

« Qui est-ce ? »

Snape mit à peine quelques secondes à comprendre de qui Potter parlait.

« Aucune idée. Si les espions se connaissaient entre eux, il n'y aurait plus d'espion. »

Potter hocha la tête, comme s'il comprenait. Comme s'il savait. Conneries.

« Désolé, » crut bon d'ajouter l'agent double. Agent double pourri, s'il en croyait le regard de son vis-à-vis.

J'aimerais bien le voir à ma place, tiens !

Mais il savait que c'était faux. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Silence.

« Tu es sûre qu'elle est en sécurité ? »

Potter leva les yeux au ciel.

« Tu crois l'aimer plus que moi ? »

Il n'y avait plus d'animosité, que des propos plats. Des phrases sans intonations, mais remplie de sens. Le bon sens, celui de leurs vies.

Ils étaient fatigués.

Une autre bouchée de glace, de feu, de vanille et d'étoiles.

« Peut-être », répondit Snape à la question qui n'attendait pas de réponse.

Potter, de toute façon, n'en avait pas.

Silence. Encore.

La cuiller dans le pot, la cuiller dans la bouche.

Des gouttes d'eau provenant de ses cheveux mouillés ruisselaient sur le torse de Snape, s'écrasant tantôt sur la nappe, tantôt sur le sol.

Comme des larmes.

Il était deux heures.

« Et après la guerre ? »

Snape posa ses yeux sur le jeune homme, sans chercher à rentrer, à creuser ou à forcer.

« Dumbledore me concoctera sûrement un petit plan d'avenir bien propret, rempli de rose et de bonheur.

-Il ne l'a pas encore fait ? »

Snape eut un rictus.

« Non. Je crois qu'il commence par s'occuper des gens qu'il aime bien. Pas des pervers répugnants et sarcastiques. »

Potter eut l'air confus.

-S'il ne t'aime pas, pourquoi te préparerait-il un futur heureux ? »

Snape pinça l'arrête de son nez entre son index et son pouce.

« Parce que c'est un humaniste et un grand rêveur. Il croit en l'amour, et le moins qu'on puisse dire de moi, même si c'est pathétique et vain, c'est que je suis amoureux. »

oOo

Après que les flammes de la cheminée fussent apparues dans l'âtre, après que Dumbledore eût épousseté sa robe bleu nuit, quand il s'approcha d'un pas un peu anxieux vers la table où les deux ennemis de toujours se regardaient dans le blanc des yeux, alors James se tourna vers lui et lui tendit sa cuiller pleine de glace à la vanille.

« Vous en voulez un peu ?

oOo

Snape leva les yeux au ciel. Il ne pouvait pas ignorer plus longtemps le regard bleu et clair de Dumbledore, par-dessus le bureau en bois.

« Quoi, encore ? »

Cela faisait bientôt sept minutes qu'il était assis dans le fauteuil en chintz en face du vieil homme qui l'observait d'une façon plutôt dérangeante, tandis que lui regardait à peu près tout dans la pièce –à part ces deux billes azur. Ses cheveux encore humides avaient laissé ses épaules trempées.

« Je suis tout de même heureux de savoir qu'après toutes ces années, vous avez fait la paix. Il est vrai que tu m'as un peu effrayé, tout à l'heure, dans ta lettre. J'étais prêt à devoir user de ma baguette dès mon arrivée. »

Oui, Dumbledore devait avoir eu une sacrée surprise, quand Potter lui avait proposé une cuillerée de crème glacée !

Mais il n'eut aucun remord pour avoir provoqué son angoisse. Tout était de sa faute, après tout, il ne l'avait pas oublié.

Snape fit tout de même mine de s'étouffer, juste pour la forme.

« Nous n'avons pas fait la paix ! Vous croyez qu'on peut oublier tout une adolescence de haine en une soirée ? »

Le silence amusé de Dumbledore voulait tout dire.

Merde à lui !

Désormais, la fameuse question « et Lily ? » se transformerait-elle en « et les Potter ?» ? Cette soirée signifiait-elle qu'il se préoccupait de leur sort ? De Potter, ce bon Gryffondor à la si grande âme, et de son gosse baveux ?

Non. Il détestait déjà Harry Potter. Sans même l'avoir vu (juste aperçu par la porte entrouverte de sa chambre en regagnant le rez-de-chaussée)… (Oui, bon, c'était lui qui avait entrouvert la porte). N'était-il pas la personne qui, simplement en existant, ne cessait de lui rappeler sa vie désastreuse, son bonheur hors de portée ? Potter junior, à lui tout seul, faisait remonter à la surface son statut d'espion condamné, d'amoureux sans espoir, et une quantité inestimable de pensées désagréables. Yeux verts ou pas.

Mais, d'un autre côté, cette dette… Snape savait que Dumbledore savait, même s'il n'en avait pas encore parlé.

Ca va venir, t'inquiète pas…

Il ne pouvait plus simplement se contenter de vivre, et de laisser vivre James Potter. Ou de le laisser mourir. Ce ne lui était pas égal. Il n'était plus indifférent.

Il secoua la tête sans rien ajouter, et soupira –encore.

Malgré cela, en fin de compte, peut-être que toute cette histoire s'était mieux passée que s'il avait eu à ramper aux pieds de Lily.

Après tout, qui s'en souciait, de ses remords à lui ?

oOo

Ils n'étaient pas devenus amis, ils n'en avaient pas parlé, ils n'avaient pas officialisé leur trêve comme étant un traité de paix.

Non, ils avaient juste abandonné la haine, la pitié, le mépris et l'indifférence.

Et Snape lui était encore redevable. Mais bon…

Sa main le chauffait encore, cette main qui avait serré celle du Slytherin, après qu'il lui ait rendu sa baguette et qu'il ait rangé le pot de glace.

Par Merlin ! Qu'avait mis Lily dans cette crème glacée ?

James rit doucement, avant de se reprendre, d'afficher une mine sombre, puis de pouffer à nouveau, et de se rappeler que personne n'était là pour l'observer.

Il est l'heure d'aller se coucher…

Peut-être pourrait-il rester dans le lit jusqu'au retour de la jeune femme. Au chaud. En sécurité.

Mais il y avait cette chanson, toujours…

« Lapin, lapin, entre et viens, me serrer la main. »

Le lapin avait passé un déguisement de chasseur, puis avait failli frapper… sur le Cerf. Il n'avait pas été si bien accueilli que ça, et avait risqué finir en civet. Quant à Prongs, il avait serré les dents avec de lui serrer la main…

Peut-être que les comptines d'enfants, après tout, n'étaient pas faites pour être adaptées dans la réalité. Celle-ci prenait bien trop souvent des libertés peu agréables.