Blabla bête des auteurs : Coucou ! Eh oui, c'est nous, le retour après…plus d'un mois d'absence ! Désolées, désolées, mille fois désolées pour ce retard énorme ! Bien entendu, il y a à cela une explication toute bête…Tout d'abord, Ritsuko est partie en vacances, puis Lilulle a déménagée et a récupéré son web le 6 septembre (Lilulle : « Trois semaines pour rebrancher internet…Vive Orange… »), juste au moment où l'ordi de Ritsu décidait de tomber malade (et n'est toujours pas réparé pour le moment…) Bref, nous revoilà, enfin…presque…Rassurez-vous, le traditionnel sondage sera présent naturellement, car Ritsu l'a envoyé par sms à Lilulle !
Toutefois, on ne sait pas si on maintiendra notre rythme hebdomadaire de publication. La fac de Lulle reprend la semaine prochaine, et ça déprendra de la charge de travail ! (Lilulle : « Tout le monde dit qu'en maîtrise y a moins de boulot, mais quand même… »). Ou alors, Ritsuko sera mise à contribution pour tout taper ! (Ritsuko, encore en vacances pour un temps indéterminé : « Eh ! »)
Pour les reviews et le concours : vu le retard, on sait plus bien à qui on a répondu ou pas…Donc exceptionnellement, on répondra la semaine prochaine ! Et pour le concours, on attendra le retour de Ritsuko pour désigner le vainqueur ! Mais merci à tous ceux qui ont participé !
Bonne lecture à tous !
oOoOo Harry Potter et les Harpies Gauloises oOoOo
Chapitre 32
Au-delà de la cheminée
Quand le Portoloin se stabilisa, les neuf adolescents atterrirent rudement sur une pente herbeuse. Ce furent surtout les quatre Anglais qui eurent du mal à la réception ; leurs homologues français avaient quant à eux une plus grande expérience des voyages en Portoloin, vu qu'ils ralliaient quotidiennement Beauxbâtons par ce moyen de transport –Harry remercia le ciel que ses parents aient été Anglais et non Français, car il n'aurait probablement pas supporté tout ce cirque les cinq dernières années de sa scolarité s'il avait dû être inscrit à Beauxbâtons au lieu d'aller à Poudlard. Il se releva péniblement, et regardant autour de lui, le ciel s'obscurcissant et les silhouettes l'entourant de plus en plus floues, il mit quelques secondes à réaliser qu'il avait perdu ses lunettes pendant l'atterrissage.
« Aouh ! Ça fait mal, c'est à qui ça ? », dit la voix de David dans la semi obscurité.
Harry venait de retrouver ses binocles, visiblement en triste état après que le postérieur du Français se soit réceptionné dessus. Après un 'Occulis reparo' lancé par une Hermione exaspérée par le fait que Harry n'ait toujours pas appris ce sort depuis leur première année, le Survivant remit convenablement ses lunettes en place, pour constater qu'il n'y avait guère de différence. Le jour avait tellement baissé qu'il était incapable de voir plus loin que le haut de la colline sur laquelle ils avaient atterri. Aussi ne fut-il pas surpris d'entendre trois ou quatre 'Lumos' autour de lui. Lorelei, qui tenait sa baguette allumée devant elle, demanda :
« Bon, on fait quoi maintenant ? Tu l'as fait atterrir où, ce Portoloin ? »
« Sur la colline de Montalban. », répondit la voix d'Eli dans l'obscurité. Elle n'avait pas pris la peine d'allumer sa baguette. « Par contre, Eym', la prochaine fois, tu me donnes pas un rouleau de PQ pour faire un Portoloin, t'entends ? Si j'avais pas vu cette feuille se déchirer à temps, Neville ne serait pas là à l'heure qu'il est ! »
Neville, à côté d'elle, éclairé par la baguette d'Hermione, semblait effectivement plus pâle que d'habitude.
« Bon, alors, comment on fait pour cette histoire de Clés maintenant ? », demanda la voix de Lorelei.
Dans la semi obscurité, il semblait que Elianor avait l'air encore plus gêné que d'habitude. La grande blonde s'en rendit compte elle aussi :
« Attends, me dis pas que t'en as aucune idée ? »
« Bin, en théorie, si, mais techniquement… », commença Elianor.
« Ah c'est pas vrai ! Mais j'hallucine ! », beugla la Préfète de Vampiglams. « Y t'as jamais rien dit à ce sujet, le vieux sénile ? »
« C'est qui que tu traites de vieux sénile, grande asperge ? », gronda une voix provenant du sol.
« Papé ? », fit Elianor.
Harry baissa les yeux en direction de l'endroit d'où venait la voix, et effectivement, il vit deux pupilles oblongues luire dans le noir. Des yeux de chat.
« Lui-même, petite couillonne ! Est ce que tu croyais vraiment que j'allais gober ton histoire d'aprème gâteaux chez ta copine ? Comme si je te connaissais pas, petite couillonne ! Je savais bien que tu allais tenter quelque chose avec tes couillons d'amis, et que la première chose que vous alliez faire, c'est vous pointer sur la colline de Montalban par Portoloin ! »
Le Survivant sentit son pouls s'accélérer. Bien sûr, le papé avait tout compris. Et maintenant, il allait clairement les faire repartir chez eux, leur dire d'attendre bien gentiment les gens du ministère, qu'on sauverait le blond plus tard…
« Bon, trêve de bavardages, c'est quoi votre plan, précisément, les pitchounets ? », reprit la voix du chat.
Elianor écarquilla les yeux, et elle ne fut pas la seule : Ron, Neville et Eymelie le regardaient, bouche bée, comme s'il venait de les inviter à la partouze du siècle avec Voldemort en maître de cérémonie.
« Bin quoi, j'ai dit une connerie ? », dit le papé en voyant leurs têtes de carpe asphyxiée.
« Mais…euh, papé, tu vas pas…nous dire de rentrer chez nous ? », commença prudemment Elianor.
« Rentrer chez vous ? Pourquoi faire ? »
« Mais euh…on est pas censé attendre les autorisations du ministère et tout ça… ? »
Le papé eut une réaction étrange : il se mit en colère.
« Quoi ? Et depuis quand une Quercevalles se conformerait aux ordres de ce cafard de de Nagy ? Je pensais mieux de toi, Elianor ! Ton ancêtre Aude aurait honte de toi ! »
« Mais…mais non papé ! Je veux dire, je pensais que tu serais contre le fait que nous allions chercher Drago par nous-mêmes…On pensait que tu voudrais attendre les autorisations du ministère… »
« C'est ça, le temps qu'elles arrivent, le pitchou, il sera momifié ! », cracha le chat, reprenant sans le savoir les paroles de Lorelei quelques temps plus tôt. « Non, nous devons outrepasser leurs instructions. De toutes façons, ça ne sera pas la première et la dernière fois qu'un Quercevalles outrepasse les frontières. Personne ne donne d'ordre à notre famille ! »
Harry songea avec stupeur que c'était là la seule chose qui rapprochaient les familles Quercevalles et Malefoy : leur propensions insupportables à se sentir au-delà des lois et du commun des sorciers de par leur naissance. Finalement, la magie noire mise à part, ils n'étaient pas si différents…Le Survivant sentait chez le papé le même orgueil d'appartenir à une très ancienne famille de sorciers qu'il avait décelé chez Lucius Malefoy. Seulement, à sa connaissance, aucun Quercevalles n'avait jamais employé l'expression 'Sang de bourbe' si chère aux Malefoy et aux Black…D'ailleurs il semblait qu'un sursaut de fierté sorcière française secouait tous les sorciers présents :
« Bien dit l'ancêtre ! Personne ne commande non plus aux Kervemec ! »
« Et personne n'impose sa loi aux Astadourian ! Mon arrière grand-père a massacré une horde de loups-garous turcs avec sa seule baguette, alors c'est pas pour s'agenouiller devant le ministère ! »
« Et moi, je prouverais que les sorciers nés de parents moldus peuvent être autre chose que des sales arrivistes bouffis d'ambition ! », brailla presque Eymelie en brandissant un poing vengeur.
Le papé eut l'air ravi.
« Alors, vous en êtes tous ? »
Tout le monde acquiesça, même Neville, qui avait paru au début réticent à prendre part à un nouveau plan foireux du Survivant. Il semblait que l'arrivée du papé avait redonné du baume au cœur à tout le monde.
« Parfait. », dit ce dernier. « Suivez-moi. »
oOoOoOo
Au grand étonnement de Harry et, à voir leurs têtes, à celui des autres membres du groupe, le papé les conduisit droit à la Cacahouète, qu'ils atteignirent après un bon quart d'heure de marche dans la garrigue obscure.
« Mais papé, et maman ? », demanda Eli d'une petite voix.
« Ta mère et ton frère sont avec Dumbledore ; ils réfléchissent à la situation avec l'Ordre. Et de toutes façons, elle ne s'opposerait pas à ce que nous agissions de notre côté. N'oublie pas que les Quercevalles et les Trencavel… »
« …sont les deux familles les plus unies qu'il y ait jamais eu dans toute l'Histoire de la sorcellerie française, de par les nombreux mariages qui ont eu lieu entre elles, je sais… », soupira Elianor en récitant ce qui semblait être une maxime qu'elle avait apprise par cœur dès son plus âge –ce qui était en vérité le cas.
Le chat hocha la tête avec satisfaction, avant de prononcer l'habituelle comptine, et, étrangement, sortant son antique baguette magique d'on ne sait où, s'entailla la patte, et posa la coupure sanguinolente contre la barrière, qui s'ouvrit en grinçant.
« Qu'est ce que… ? », demanda Elianor, abasourdie.
« Une nouvelle sécurité provisoire. », fit le papé. « La porte ne s'ouvrira que si elle reconnaît le sang d'un des membres de la famille. Il faut nous prémunir contre une éventuelle intrusion de ces sales Mangemorts ! »
Le petit groupe pénétra enfin dans le moulin silencieux et obscur. Le chat alluma plusieurs lampes d'un coup de baguette, et ils entrèrent à la queue leu leu dans le vaste salon. En passant sous le porche de pierre, le seul mur encore debout de l'ancienne Noisette au Pastis, le regard de Harry accrocha la maxime occitane qui y était gravée, et se rappela de ce Johan avait dit…''Etranger, En ces lieux invité, Sois donc bien avisé, Qu'en ce très humble foyer, Reposent à jamais les Sept Clés''. Finalement, ce n'était pas une simple légende…
L'ancêtre d'Elianor leur ordonna de se rassembler autour de la cheminée, et de sortir leurs baguettes :
« À partir de maintenant, tout ce que vous connaissez n'est plus. », dit-il de sa voix grave et rocailleuse que lui donnait l'accent occitan. « Soyez prudents, car cela fait bien longtemps que personne n'a plus emprunté cette voie-là… »
Les neuf adolescents échangèrent des regards inquiets, et Elianor eut un petit rire nerveux :
« Toujours à exagérer le vétéran… »
Le papé la foudroya du regard, puis plaça sa baguette sur le nez du chat de pierre qui ornait le manteau de la cheminée. Il marmonna quelque chose d'inintelligible, et une lueur dorée s'échappa de la baguette, colorant lentement le nez du chat sculpté, puis ses babines, ses yeux, sa bouche, sa tête toute entière, et finalement, son corps. L'animal, à présent parfaitement baigné d'un halo doré, s'étira lentement, bâilla, et regarda les gens lui faisant face. Harry se demanda si l'animal de pierre allait leur poser une énigme à la con, comme celle que le Sphinx du labyrinthe lors de la Troisième Tâche. C'était oublier qu'il était l'hôte d'une famille de fous, et que même leurs gardiens magiques se devaient d'être totalement secoués de la calebasse.
« Ouais, c'est pourquoi qu'tu m'réveilles ? », demanda le chat de la cheminée, d'une voix gouailleuse qui n'aurait pas dépareillé dans une poissonnerie.
« À ton avis ? », aboya le vrai chat (ce qui est un comble).
« Owww…Ça v'dire qu'tu m'as enfin ram'né la poule au pot que j't'avais commandée en 1584 ? »
Le papé se passa la patte sur la figure en signe d'exaspération ; Harry l'avait déjà vu faire ça quand il tentait de lui expliquer la prophétie de la fée qui le liait à Malefoy.
« Imbécile ! Dépêche-toi d'ouvrir ! »
« Ouais, d'ac'…Dans c'cas, j'prendrai ce nouveau truc moldu. Comment c'est qu'ça s'appelle, déjà ? Ah, oui ! Une 'pizza Margaretha' ! »
« Ouvre cette porte, sac à puces ! », hurla le papé.
« Hé oh, j'sais même pô qui t'es, et tu veux qu'j't'ouvre ? Tu t'prends pour qui ? »
Derrière le papé, les neuf ados avaient les yeux exorbités en suivant l'échange. Hermione secouait la tête en signe de dénégation, et levait ostensiblement les yeux au ciel.
« Je suis Guilhem de Quercevalles, crétin, et je vais te faire sauter de cette cheminée à coups de burin si tu n'ouvres pas tout de suite ! »
« Oh, c'est toi Gugu ? Ça alors ! Bin, j't'avais pô r'connu dis donc, d'puis l'temps ! La famille, ça va toujours ? »
« OUVRE CETTE CHEMINEE ! »
« C'est bon, c'est bon, t'esquites pô, j'te quichais juste… »
Le chat doré taillé dans la roche fit un signe de tête, et lentement, très lentement, la cheminée pivota sur elle-même, dans un épais nuage de cendres et de poussière, qui firent tousser tout le monde dans la pièce. Enfin, quand les fines particules de suie se furent dispersées, neuf paires d'yeux constatèrent avec ahurissement qu'un trou béant avait remplacé la cheminée à la place précise que celle-ci occupait traditionnellement.
« Qu'est ce que… ? », répéta pour la deuxième fois de la soirée une Elianor abasourdie.
« Ça ? Ce sont les restes des souterrains de la Noisette ! La seule partie de l'ancien fief des Quercevalles qui est restée intacte après la destruction de la Noisette au Pastis, car de Montfort ne l'a jamais trouvée ! »
« Comment, jamais trouvée ? », fit Ron d'une voix étrangement aiguë. « Mais c'est juste derrière votre cheminée ! Comment aurait-il pu passer à côté ? »
Le chat émit un bruit bizarre. Comme si le félin essayait de ricaner. Ce qui au final rendait quelque chose d'assez étrange, comme s'il essayait de cracher une boule de poils coincée dans sa gorge.
« Il ne les a pas trouvés car depuis toujours les souterrains, dans les vieilles familles, sont l'endroit où on cache tous les trésors…Donc, après le sac de la Noisette, c'est là que nous avons décidé de mettre les Clés en sécurité. Et donc, ce ne sont pas de simples souterrains ; et pour y accéder, il faut passer par Akshan. »
« Akshan ? », demanda Mélinée. « C'est qui ? »
« Le chat de la cheminée. Ou plutôt l'esprit qui prend la forme du chat. »
Comme visiblement, Hermione bouillait d'en entendre davantage, le papé poursuivit :
« Akshan est un ifrit. Un esprit du feu venu de l'orient, qu'un de nos ancêtres a ramené de l'Empire Moghol, bien avant ma naissance. Depuis, il est attaché à notre famille, un peu comme un elfe de maison, à la différence qu'il est quasiment immortel et que l'invoquer requiert beaucoup de force magique. Il prend la forme du chat en pierre de la cheminée parce qu'il trouvait que ça faisait 'classe', mais une fois il m'a menacé de se transformer en tas de purin pour garder les souterrains si je ne lui ramenais pas une marmite d'aligot dans le siècle qui suivait. En tous cas, il ne laisserait jamais passer quelqu'un qui n'est pas de la famille. Et même Volauvent ne pourrait le passer… »
« Qui ça ? », s'étonna Ron.
« Voldemort. », rectifia Elianor qui avait l'habitude des déformations linguistiques de son ancêtre.
« Bref, on va pas y passer la nuit, y me semble qu'on a autre chose à faire que de disserter sur cet imbécile d'ifrit boulimique ! », fit le papé pour couper court à toute discussion.
« Oh non… », gémit Hermione. « Dire qu'il n'y a pratiquement rien sur eux à la bibliothèque de Poudlard… »
« Allez, suivez-moi, il faut récupérer les Clés restantes maintenant ! », poursuivit le papé en s'engageant sans hésiter une seconde dans l'obscur boyau.
« Il a dit que c'était quoi dessous ? », demanda un Neville livide.
« Euh, des souterrains… », dit une Mélinée très pâle elle aussi.
« Oui, mais s'il faut en passer par là pour retrouver Malefoy, alors on en passera par là, un point c'est tout ! », rétorqua Harry en s'engageant à son tour dans le trou noir.
« J'ai peur… », gémit la voix de Neville avant que tous ne s'engouffrent à la suite de Harry dans le trou noir.
Harry ne se sentait pas à l'aise. Devant lui, il voyait vaguement quatre taches blanches avancer dans l'obscurité –les pattes du papé. Les murs tout autour suintaient l'humidité ; il avait l'impression de retourner dans les cachots de Rogue, mais des cachots abandonnés depuis plusieurs centaines d'années. Heureusement, il sentait derrière lui la présence des huit autres, ce qui le réconfortait. Neville ne cessait de gémir, un bruit de gouttes tombait avec régularité sur la pierre humide et glissante du sol, une odeur de renfermé lui obstruait les narines, et il entendit Hermione marmonner dans son dos, au moment où ils franchirent une sorte d'arche en pierre brute :
« Vous qui entrez, abandonnez tout espoir… »
Et la voix d'Eymelie répondit en un écho lugubre :
« L'Enéide, de Virgile…L'entrée aux Enfers… »
« 'core un truc moldu c'est ça ? », conclut Ron.
De fait Harry avait effectivement l'impression de tomber en enfer : le sol s'inclina brutalement, comme si le tunnel conduisait effectivement au centre de la terre. La chaleur commençait par ailleurs à se faire plus intense et plus étouffante. Cela faisait bien dix minutes qu'ils marchaient depuis qu'ils avaient passé le porche de pierre, et Harry sentait la transpiration coller à son t-shirt, ruisseler le long de ses tempes. Ses lunettes glissaient sans arrêt sur son nez, et plus d'une fois il essaya d'éponger son visage avec un pan de son t-shirt à tel point que celui-ci était également trempé. Ils avaient laissé leurs habits d'hiver à l'entrée, et pour une fois, c'était une bonne idée.
« On va encore marcher longtemps ? », gémit la voix de Mélinée à une distance qui lui semblait être des kilomètres derrière lui. « J'ai mal aux pieds ! », ajouta-t-elle, et à son intonation de voix, Harry sut qu'elle grimaçait.
Il faillit marcher sur le papé qui s'était brutalement arrêté devant lui. Derrière, il entendit Eymelie dire :
« Je t'avais bien dit de pas mettre des bottes à semelles compensées ! »
Puis David, presque en même temps :
« Tu veux que je te porte, Méli-chérie ? »
« Lâche-moi ou je crie au viol ! »
Suite à cet échange il y eut un violent carambolage, car David ne fit pas attention à ce qu'Hermione s'était arrêtée devant lui, la percuta de plein fouet ; la jeune fille trébucha sur Ron, qui s'écroula sur Neville, qui lui-même vient s'écraser sur le dos de Harry, qui faillit s'étaler par terre mais se retint de justesse à la paroi humide. Devant lui, les yeux du papé brillaient dans la pénombre, et il tança vertement les adolescents :
« Mélinée Astadourian ! Enlève ces stupides bottes et continue pieds nus ! Neville et David, faites attention à ne plus trébucher dorénavant ! À partir d'ici toute chute serait la dernière chose que vous feriez dans votre vie, c'est compris ? »
Neville émit un vague borborygme signifiant clairement qu'il était terrifié. David marmonna que s'il avait su il serait resté chez lui.
« Il n'est plus temps de faire demi-tour ! », trancha le papé, impitoyable. « Et les Sept Clés se méritent ! »
Avec ça, il leur enjoignit de tous allumer leurs baguettes pour ceux qui ne l'avaient pas encore fait, et de la coincer derrière leur oreille avec un Sortilège de Glu, ou bien dans une des poches de leur pantalon, de façon à ce qu'elle continue d'éclairer la voie sans pour autant occuper une de leurs mains.
« Vous allez avoir besoin des deux, croyez-moi sur parole. », fit le papé.
Ils continuèrent leur périple ; le couloir ne descendait plus, mais le sol, à présent plat, était constitué non plus de pierre mal polie mais de terre battue. La chaleur semblait s'atténuer en revanche, et Harry sentit même un courant d'air ébouriffer ses mèches noires collées à son front par la sueur. Il ne tarda pas à comprendre pourquoi quand le tunnel prit fin. Le papé prit soin de beugler un 'STOP !' retentissant, et pour cause. Le boyau obscur débouchait sur…rien. Harry sentit une vague de nausée le submerger quand il vit qu'à ses pieds s'étendait un vaste précipice, béant et obscur. L'air qu'il sentait provenait du fait qu'ils avaient débouché dans une espèce d'immense salle souterraine, dont le plafond se perdait dans les ténèbres. Elianor arriva à ses côtés :
« Papé, mais qu'est ce que c'est ici ? Où est ce qu'on est ? »
Le chat tourna ses yeux vers les neuf adolescents. Il désigna d'un signe de tête une étroite corniche d'une vingtaine de centimètres de large, qui serpentait le long de la paroi de pierre, surplombant le vide sur leur gauche. Harry tendit sa baguette dans cette direction, et son estomac fit un triple salto arrière : il ne pouvait pas voir la fin de la corniche, ce qui signifiait que celle-ci était probablement longue de plusieurs centaines de mètres voire d'un ou deux kilomètres.
« Au bout de la corniche, il y a un pont pour traverser de l'autre côté. », expliqua tranquillement Guilhem de Quercevalles. « Enfin, la dernière fois que je suis passé ici, il y était. »
« Et c'était quand ? », demanda la voix tremblante de Mélinée, qui frottait ses pieds nus, non loin d'Harry.
« Oh, il y a trois cents ans tout au plus. », répondit tranquillement le chat.
« Maman ! », couina Neville.
« Allons-y ! », poursuivit le patriarche, comme s'il n'avait pas entendu.
Lentement, la petite compagnie se mit en marche, à demi terrifiée, à la queue leu leu, et le papé les engueula à plusieurs reprises sur leur vitesse qui ne dépassait pas celle d'une tortue asthmatique. Mais les adolescents refusèrent d'avancer plus vite :
« On a pas quatre pattes agiles nous ! », brailla Lorelei qui se cramponnait comme une possédée à la paroi de roche. « Facile à dire quand on est un chat, vous avez déjà emprunté cette foutue corniche sous votre forme humaine, vous ? »
« Mes pieds glissent ! », gémit Mélinée derrière elle.
« Tu serais déjà tombée avec tes semelles compensées, petite couillonne ! », rétorqua impitoyablement le papé.
« Tombée où au fait ? », demanda une Eymelie glaciale. Visiblement, elle n'appréciait pas du tout, mais alors pas du tout, cette petite escapade improvisée dans les fondations du moulin Quercevalles.
« Crois-moi, tu ne voudrais pas le savoir. », répondit juste le papé. « Allez, dépêchez, on est presque au bout ! »
Les cent mètres suivants furent pénibles mais globalement sans interruption, jusqu'à ce que Neville pousse un hurlement strident qui manqua de faire chuter Mélinée, qui se raccrocha de justesse à Lorelei –elle-même agrippée à la paroi.
« Abrutie, t'as failli me faire tomber ! », aboya-t-elle, furieuse.
« C'est la faute à Neville ! », pépia Mélinée.
« Qu'est ce qui se passe, Nev' ? », s'enquit Hermione en tournant la tête vers l'arrière.
« J'ai perdu ma chaussure ! », couina le garçon au visage lunaire. « Elle vient de tomber dans le trou ! Comment je vais faire pour expliquer ça à ma grand-mère ? »
Juste devant Harry, le papé eut l'air inquiet :
« T'as perdu ta chaussure dans le trou ? Macarel, c'est pas le moment de traîner là… », marmonna-t-il, visiblement soucieux.
« Pourquoi ? », s'enquit le Survivant.
« Pose pas de question. Dépêchez-vous, plus que quelques mètres et c'est bon ! »
« Mais et ma chaussure ? »
Le papé se retourna, et cette fois l'exaspération le disputait à la colère dans ses yeux verts :
« Si tu veux mourir pour une godasse, vas-y, va la chercher, saute donc dans le gouffre ! »
« Mais avancez ! », gémit Mélinée. « Je crois que j'ai entendu un bruit bizarre là, tout en bas… »
Cette fois, le papé ne prit même plus la peine de cacher son anxiété :
« Dépêchez-vous, nous devons atteindre le bout de la corniche, et vite ! »
Avec ça, il laissa passer Harry, puis Elianor, puis Hermione, puis tous les autres, jusqu'à Neville qui était dernier. Harry, tout devant, entendait ses instructions venant du fond :
« Continue à avancer, et essaye de baisser la luminosité de ta baguette ; les autres, ça vaut aussi pour vous ! »
La densité lumineuse baissa brutalement comme neuf baguettes diminuaient en même temps de luminosité.
« Normalement, tu devrais arriver sur un terre-plein, en cul-de-sac. », poursuivit la voix lointaine du papé.
Mais Harry ne voyait que la corniche, encore et toujours la même corniche qui semblait n'en plus finir.
« Je vois toujours rien ! », hurla-t-il en réponse au papé.
« Continue d'avancer alors ! Dépêchez-vous ! », cria la voix féline. « Et toi, ne perds pas ton autre chaussure, enlève-la si tu veux, mais range-la dans ton sac ! »
Pendant plusieurs secondes on entendit plus la voix du papé, mais une brusque secousse mit fin au calme relatif. Mélinée hurla de terreur car elle venait une fois de plus de se rattraper in extremis à Lorelei, qui, cette fois, bascula dans le vide pour de bon. Un autre tremblement agita violemment toute la paroi, semblant provenir des tréfonds du gouffre qui s'ouvrait sous leurs pieds. Mélinée se mit à crier encore plus :
« Elle est tombée ! Lolo est tombée ! »
Mais bizarrement, la voix de Lorelei hurla en écho à celle de Méli :
« Remontez-moi, tas de crétins, je glisse ! »
Sa voix était devenue suraiguë. Ron et David se précipitèrent à son secours ; la jeune fille était bel et bien tombée, mais elle avait eu la présence d'esprit de se raccrocher au bord de la corniche avant de basculer dans le précipice. Les deux garçons la tirèrent à nouveau en sécurité sur la corniche, mais elle était pâle et grelottante. Le papé arriva à leur niveau :
« Allez, allez, poursuivez, il ne reste pas beaucoup de temps… »
Un autre spasme secoua la galerie toute entière.
« Plus vite ! », cria le papé.
Harry se forçait à avancer plus vite, mais la sueur, son cœur qui battait à tout rompre et les convulsions sporadiques qui agitaient l'ensemble des murs l'empêchaient de se concentrer sur le chemin. Il lui semblait qu'il vivait un cauchemar, un cauchemar très réel où une corniche surplombant un précipice n'avait jamais de fin, qu'il courait, courait en vain sur un chemin agité de séismes de plus en plus intenses et rapprochés, pour finalement tomber lui aussi dans le vide…Il allait s'arrêter pour essuyer la sueur qui coulait sur son front jusque sur ses sourcils, quand il vit enfin le terre-plein dont le papé avait parlé. Il courut presque pour l'atteindre, comme si son vertige l'avait définitivement abandonné, et posa pied sur la surface plane.
« C'est bon, je suis arrivé ! », cria-t-il, alors qu'Elianor prenait pied elle aussi sur le palier.
« Sur ta gauche ! », brailla le papé par-dessus le sourd grondement qu'un nouveau soubresaut de la terre provoquait. « Il y a une entrée sur ta gauche, une entrée de tunnel ! Entres-y ! »
Harry pénétra dans le boyau encore plus obscur que ceux qu'ils avaient auparavant traversés, avança de quelques mètres, et se heurta brutalement à un mur de pierre brute.
« Aouh ! C'est fermé ! C'est un cul-de-sac ! », cria-t-il.
Le papé, qui venait d'entrer dans l'étroit conduit à la suite de Neville, pressa les huit adolescents de s'enfoncer le plus loin possible dans l'abri, à l'instar de Harry, alors qu'à l'extérieur, l'ensemble du souterrain était désormais secoué de tremblements de plus en plus violents et continus.
« Je sais bien que c'est fermé ! », rétorqua l'animal. Il se tourna vers Hermione : « Pitchoune, j'ai besoin que tu m'aides. Je vais faire glisser cette grosse pierre, là, et dès qu'elle sera en place, tu jetteras un Sortilège de Glu, compris ? »
Hermione hocha la tête, s'avançant vers l'entrée d'un air déterminé, et le papé leva sa baguette :
« Wingardium Leviosa ! »
Le gros rocher rond vint s'encastrer dans l'entrée du tunnel avec un bruit de raclement ; assez surprenant, il épousait parfaitement les formes de l'entrée du conduit.
« Collaporta ! », fit Hermione d'une voix étrangement tremblante.
Le papé alla s'affaler non loin de là, alors que le sol de la grotte dans laquelle ils étaient entassés vibrait légèrement sous leurs pieds.
« À quoi ça sert de mettre un tunnel en cul-de-sac dans un endroit pareil ? », haleta Neville, aussi rouge qu'un étendard de Gryffondor.
« C'est parce que cet endroit n'a jamais été un tunnel… », répondit la voix encore chevrotante d'Hermione dans la semi pénombre que seules perçaient les faibles lueurs dispensées par les baguettes.
« Arrête de dire n'importe quoi ! », coupa Eymelie. « Si ça, c'est pas un tunnel, c'est quoi alors ? »
La jeune Préfète de Gryffondor ne répondit pas tout de suite, mais Harry vit qu'elle était plus pâle qu'à l'accoutumée. Il se demanda ce qu'elle avait bien pu voir à l'entrée du tunnel et qui puisse la mettre dans cet état.
« C'est un refuge… », lâcha-t-elle finalement.
oOoOoOoOoOo
Le sondage de Ritsuko !
Pourquoi y a t-il un abri dans le souterrain sous le moulin des Quercevalles ?
A/ Pour se protéger d'un monstre qui y vit.
B/ C'est une pièce aménagée pour se reposer en cours de route. Elle est d'ailleurs équipée d'une cuisine américaine et de hamacs.
C/ C'est une salle au trésor !
D/ C'est la chambre secrète de Johan, là où il cache tous ses secrets honteux…
Dans le prochain chapitre : où on parle d'un mystérieux espion, où Eli est furieuse contre le papé…
