Rebonjour ! Et bien vous en voila un de grand chapitre ! Et rapidement en plus, à croire que je ne révise pas (ce qui est le cas !^^) mais je tiens à avancer le plus possible et à poster régulièrement afin de ne pas vous faire attendre trop longtemps. Je prends soin de vous je vous signale !
Ah ! Lilysophie ! Comme elle m'a fait plaisir ta review, quelle adorable déclaration ! J'en étais tout émue ! Moi aussi je t'adore ô toi petite (peut être pas si petite que ça^^) fane en puissance !
DarkMouton, toi qui attendait avec la suite avec autant d'impatience que lily, la voici!!
26 décembre, fin d'aprés midi
Mahiro tapait du pied, ses yeux faisant des allés et retours incessants entre sa montre et Shinrei près d'elle, qui n'en menait pas large. Ils se trouvaient tout deux devant le bar où travaillait la jeune femme, et patientaient dans l'air froid de cette fin d'après midi, que leurs amis viennent les rejoindre. Sauf que la douce et charmante brunette commençait à perdre patience. Bon sang ! C'était un cas de force majeur et ces crétins trouvaient le moyen de traîner en route ! De la part de Kyo ou de Hidetada, ce n'était guère étonnant, ils étaient tous deux incapables d'arriver à l'heure. De la part de Luciole non plus, ce retard n'était pas inquiétant ; avec un demi cerveau, il lui était impossible de lire l'heure sur une montre, et quand bien même il y arriverait, il oublierait dans la seconde qui suivrait. Pour Yuya et les autres, c'était tout à fait inexcusable.
Elle se tourna vers Shinrei qui se recroquevilla, bien qu'elle n'ait pas encore ouvert la bouche.
« _ Tu as bien prévenu tout le monde ? » demanda t elle avec une voix calme, bien que l'on entendait clairement son impatience.
Shinrei hocha vigoureusement la tête, à la manière de ces cabots ridicules sur les banquettes arrière des voitures. Ça oui, il avait prévenu tout le monde le brave garçon, sans omettre dans ses appels l'urgence de la situation, et la précarité de la sienne. Parce que si personne ne venait, Mahiro se ferait une joie de l'étriper et de danser sur son bûcher funéraire. Avec un regard fou et un rire diabolique comme dans les films, il l'imaginait parfaitement bien et la savait tout à fait capable de le faire. Il enfonça ses mains dans ses poches et baissa la tête dans son col afin de se protéger du vent cinglant. Ne manquait plus que la neige pour parfaire le décor et ajouter une touche de tragique inutile tant la situation l'était déjà.
Contre toutes attentes, et malgré sa moitié de cerveau, se fut le frère du jeune homme qui arriva le premier. Les cheveux dans le vent, un air rêveur sur le visage et un manteau épais totalement inutile parce que ouvert de haut en bas, Luciole fit son apparition au détour de la rue. Lorsqu'il les aperçu, il se dirigea vers eux de sa démarche aérienne qui donnait l'impression qu'il se trouvait là totalement par hasard. Ce qui, à proprement parler, était le cas.
« _ Tu es venus ! » s'exclama Mahiro en l'embrassant sur les deux joues. Le jeune homme lui balança un de ses regards 'à l'ouest' dont il avait le secret et s'essuya galamment le nez avec sa manche. Mahiro fit la moue et son frère leva les yeux au ciel devant son comportement immonde.
« _ Mmmh ? » fit le blond, en tournant la tête. « Je suis venu où ? »
Shinrei poussa un profond, mais alors vraiment très profond soupir devant la crétinerie totale et malheureusement irréversible de son cadet et se frappa le font de désespoir. Mahiro eut un petit sourire, et prit le bras du blond.
« _ C'est pas grave Luciole, » fit elle sur un ton conciliant. «Maintenant que tu es là, tu n'as qu'à rester, qu'est ce que tu en dis ? »
Il le regarda avec un air flou, comme à son habitude et puis hocha la tête. De toute façon, le papillon qu'il poursuivait était partit depuis longtemps, et il trouvait cela amusant de rencontrer son frère au détour d'une rue. Le hasard faisait bien les choses tout de même, Shinrei l'appelait et il le rencontrait quelques minutes après. Non, vraiment, la vie était pleine de surprises.
Ils attendirent encore une dizaine de minutes dans le froid, puis ils virent arriver une Yuya échevelée, traînant derrière elle un Kyo qui semblait hyper motivé. La blonde portait un long manteau blanc comme la neige, doublé de fourrure artificielle (N : et ben oui hein ! on ne tue pas des animaux pour s'en vêtir, c'est pas bien !), et par conséquent extrêmement salissant. Elle avait posé un bonnet de la même couleur sur le haut de son crâne, visiblement pour maintenir ses cheveux en place, ce qui n'était pas forcement une réussite car des mèches blondes s'en échappaient sans aucun sens artistique, mais traduisant parfaitement l'état d'esprit dans lequel elle se trouvait. Kyo traînait les pieds derrière elle, vêtu comme à son habitude de noir et un air renfrogné résolument plaqué sur le visage histoire de monter que tout ce cirque le foutait plus en rogne qu'autre chose. Lorsque ce couple pour le moins insolite arriva à la hauteur du bar, Yuya se jeta presque dans les bras de Mahiro, visiblement bouleversée. Bien sûr, qui ne le serait pas dans pareille situation, mais la brune ne pu s'empêcher de trouver la réaction de sa cadette un peu vive.
« _ Oh mon dieu Mahiro ! » s'écria t elle en s'arrachant enfin de ses bras. « C'est terrible ! Je suis venue dès que j'ai reçu l'appel de Shinrei, et nous serions arrivés plus vite si monsieur Kyo avait daigné bouger un peu plus rapidement son cul du canapé et laisser sa bouteille de saké ! »
À ses mots, elle jeta un regard noir à Kyo qui lui lança un sourire que l'on aurait pu qualifier de machiavélique.
« _ C'est pas toi qui avait du mal à te tirer du canapé la Planche à Pain ? » dit il sournoisement. « Je crois me rappeler que tu avais du mal à t'enlever de dessus mes cuisses… »
Yuya vira au rouge, se qui fit du plus belle effet avec son manteau blanc et il fallut toute la force de Shinrei pour la retenir, évitant ainsi à Kyo qui la regardait avec un air mesquin, ravi de son coup bas, une mort certaine et atroce. Non mais ! C'était qui le patron ici ?
Shinrei fini par lâcher Yuya une fois bien sûr qu'elle ne perdrait pas le contrôle de ses nerfs ce qui, compte tenu de son tempérament plus qu'impulsif, n'était pas gagné. Elle retint une réplique cinglante car l'arrivée quasi simultané des autres membres de leur groupe la coupa dans son élan. Akari marchait en tête, vêtue d'une manière incertaine, un ample manteau émeraude et un pantalon orange, jurant atrocement ; Akira la suivait de prés, toujours aussi discret et heureux de retrouver son idole. Kosuke venait ensuite, elle aussi vêtue dans long manteau noir qui traînait jusqu'au sol, les traits tirés par l'angoisse, puis Okuni visiblement aussi ennuyée que Kyo. Mahiro conclut que Bontenmaru n'avait pu se libérer de son rôle de nounou chez Taihaku, et ne douta pas une seconde que Kyoshiro avait aussi de quoi faire avec son futur gamin.
« _ Et bien alors ! » s'exclama Akari après avoir salué tout le monde. « Maintenant que nous sommes tous là, peut être pourrions se dépêcher ? Il fait froid, et j'ai un gros acheteur qui va arriver dans une petite heure. »
Akari était la gérante d'un magasin de vêtements dans le centre ville, et était aussi réputée pour ses créations lofoques mais néanmoins très prisées dans les pays étrangers et chez les petites princesses qui avaient pour habitude de faire des cocktails à n'en plus finir.
Sitôt dit, sitôt fait, ils se retrouvèrent bientôt tous devant le HLM mal famé des Sanada. Le bruit qu'ils en montant les escaliers était infernal, on airait dit un vrai troupeau de bêtes sauvages, largement enrichit par les exclamations rageuses de Yuya qui s'énervait contre Kyo, et des remarques en matière de décoration de la part d'Akari.
« _ Non, mais regarde moi ça mon petit Akira » dit elle au jeune homme qui aurait aimé fuir loin d'elle. « Aucun sens de l'esthétique, c'est incroyable ! Regarde moi c'est murs, ça manque tellement de couleurs… tout ce gris c'est bien laid, il faudrait qu'ils pensent à rénover. Pourquoi pas tout repeindre d'un joli rose bonbon, qu'en dis tu ? Oui ! Ce serait formidable avec des dégradés de fushia. »
Ils parvinrent enfin au dixième étage devant la porte toujours défoncée des Sanada.
« _ C'est quoi ce carnage ? » s'exclama Kosuke, autant choquée que apeurée. Une porte défoncée ce n'était pas généralement bon signe. Mahiro prit un air honteux et ses joues rosirent légèrement.
« _ hem… je. C'est quand on est passé hier avec Hidetada, » expliqua t elle, gênée. « Il ne voulait pas ouvrir alors… »
Kosuke lui lança un regard, comme si elle était folle, et Akira étudia le montant de la porte avec intérêt.
« _ On voit bien que c'est l'autre abruti qui a défoncé cette porte, c'est vraiment du travail de paysan. » déclara le jeune homme avec un reniflement méprisant. Mahiro ne dit rien, bien qu'elle n'en pensait pas moins, et frappa doucement sur le mur prés de la porte, histoire de signaler leur présence. Luciole la regarda, un peu septique. Il n'avait pas vraiment comprit pourquoi la porte était par terre au lieu d'être debout, n'y ce qu'ils faisaient tous là, mais frapper à un mur pour dire qu'ils étaient là, alors qu'ils avaient fait un bruit de tout les diables, c'était totalement débile. Ce qu'il fit remarquer.
« _ Je crois qu'il a dû nous entendre, » lâcha t il distraitement en contemplant la poussière qui s'amoncelait sur le palier d'à côté. La petite bande lui lança un regard surpris, et Mahiro haussa les épaules.
Elle pénétra dans l'appartement désagréablement silencieux et noir, suivi de Kosuke et Shinrei. Les autres ne tenaient pas à rentrer, et s'étaient lancés dans des discussions plus ou moins animées. Akira tentait par tout les moyens d'attirer l'attention de son grand frère qui se fichait pas mal de ses singeries et n'aspirait plus qu'à rentrer chez lui, et retourner aux activités qu'il affectionnait avec la Planche à Pain et une bouteille de saké pour compagnie. Luciole étudiait attentivement la porte de bois, ne comprenant toujours ce qu'elle faisait là et cherchant à résoudre ce mystère. Les trois jeunes femmes elles, parlaient chiffons et décorations.
Mahiro jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir ce qu'ils faisaient et soupira. Bien sûr, Yukimura était leur ami à tous, pourtant, à l'heure qu'il était, peu d'entre eux semblaient réellement se soucier de son état. Elle pensa avec amertume que c'était sans doute leur conscience qui les avait poussés à venir en cette fin d'après midi de décembre. Elle entendit Kosuke farfouiller dans la cuisine sans rien trouver, et Shinrei inspecter la chambre à coucher avec le même résultat. Elle alla elle-même chercher dans la salle de bain et le salon, tout deux aussi vide que le reste de l'appartement. Les trois amis sortirent, dépités et alarmés. Akira s'étonna, et il fut le seul, de les voir sortir si rapidement.
« _ Et bien quoi ? » dit il. « Vous lui avez parlé ? Il va bien ? »
« _ Aucune idée » rétorqua Mahiro. « Puisqu'il n'est pas là. »
Il y eut un silence qui paru durer une éternité, puis Kyo finit par lâcher.
« _ En clair, on est venu pour rien. »
Kosuke faillit s'étouffer d'indignation. Elle se tourna vers le jeune homme, furieuse.
« _ Comment ça pour rien ? » s'écria t elle. « Yukimura a disparu et c'est tout l'effet que ça te fait ?! »
Le démon haussa les épaules, preuve qu'il s'en fichait royalement.
« _ Il fait ce qu'il veut non ? Il est assez grand pour se débrouiller tout seul il me semble, et je ne te demande pas de t'inquiéter pour moi chaque fois que je quitte mon domicile sans te prévenir. »
« _ Mais toi tu n'es pas dépressif que je sache ! »
« _ Qui t'as dit qu'il était dépressif ? Il est sûrement parti se saouler quelque part et il en à le droit. D'ailleurs je crois que je ne vais pas tarder à l'imiter. Quand je pense que ce crétin m'a tiré de mon canapé avec ses conneries. »
« _ Tu es ignoble ! » hurla la brune, les larmes aux yeux. « Tu es un monstre ! Yukimura ne va pas bien, son frère a disparut, il se pourrait qu'ils soient morts tout les deux, mais tu t'en fiches ! Tu ne penses qu'à ton saké et à t'envoyer en l'air avec Yuya ! »
Kyo se figea net et se tourna vers elle, les yeux luisants d'une flamme mauvaise et meurtrière. Kosuke lui fit face, se fichant bien des conséquences de ses paroles, et le fixa avec intensité. Dans un autre lieu, et sans doute à une autre époque, Kyo l'aurait tuée sur place pour ce manque de respect innommable, mais il se contenta de la menacer silencieusement de ses yeux de braise. Elle soutint son regard, le sien bordé de larmes mal contenues, et Shinrei posa une main qui se voulait apaisante sur son épaule. La jeune femme étant encore plus à cran que lui, ce qui n'était pas peu dire. Il perçu sa tension dans ses muscles et crut un instant qu'elle allait bondir sur Kyo pour lui faire ravaler ses paroles à grands coups de baffes.
Jamais elle ne tolérerait que l'on insulte Yukimura, jamais elle ne l'accepterait.
Pour quelqu'un extérieur au groupe, il est certain qu'il aurait trouvé sa réaction proprement déplacée et disproportionnée. Après tout, connaissant la réputation de Yukimura concernant l'alcool, cette hypothèse n'était pas à écarter tout à fait. Mais ce n'était pas cela qui avait fait enragé Kosuke, au point de vouloir frapper Kyo. Non, ce qui l'avait mis hors d'elle, s'était cette passivité de la part de ses amis, cette absence de réaction et ce manque d'attention, comme s'ils se fichaient pas mal de ce qui pouvait arriver à Yukimura. C'était cette hypocrisie qu'elle ne pouvait pas tolérer. Chacun était au courant du parcours difficile de Kosuke. Ex toxico, elle ne devait son salut qu'à l'intervention salutaire de Yukimura qui l'avait tiré de cet enfer et l'avait hébergé lorsque son revendeur avait été arrêté par la police, mettant fin à ses activités peu recommandables. Il lui avait trouvé un travail chez un vendeur de téléphones, peu regardant sur le CV de ses employés, l'avait aidé les premiers temps avant de la lâcher librement. Il l'avait littéralement sauvée, et elle lui en était infiniment reconnaissante. Pendant le temps où elle avait vécu chez lui, elle avait finit par le considérer comme son propre frère, ainsi que Sasuke. Aussi elle ne pouvait supporter ce qu'ils leur arrivaient.
Shinrei la tira très légèrement vers lui pour éviter que tout ce délire ne se termine en un bain de sang, car qu'il connaissait suffisamment Kyo pour savoir qu'il n'hésitait pas à frapper une femme s'il jugeait que son honneur et son amour propre avait été piétinés. Mahiro contempla tout ce beau monde qui se dévisageait avec des yeux ronds, et pour certains, comme ceux d'Akira, rempli de colère. Peu de personne osait parler au grand Kyo comme elle venait de le faire.
La brunette inspira à fond et reprit les choses en main.
« _ Kosuke, calme toi, Kyo ne pensait pas ce qu'il disait »
« _ Bien sûr que si il le pense ! » s'écria la jeune femme, pas calmée pour un sou. « Et eux tous ! Ils se fichent bien de ce qui a pu se passer, tout ce qu'ils veulent c'est retourner chez eux ! »
Mahiro jeta un coup d'œil aux autres, et la plupart baissèrent les yeux. Mais elle les comprenait. Ils n'avaient pas vu Yukimura hier, ils n'avaient pas vu la loque ivre qu'elle avait rencontrée, avachie sur un canapé et baignant dans le noir du désespoir et de l'alcool. Ils n'avaient pas vu tout cela, et le fait que Yukimura ne soit pas chez lui, mais à battre la ville après avoir bu comme un trou et en étant tout à fait capable de sauter d'un pond si l'envie l'en prenait, ne les inquiétait pas vraiment. Pour eux, il était juste parti faire un tour, peut être s'enfiler une ou deux bouteilles avant de passer par le commissariat pour avoir des nouvelles de son cadet. Rien qui ne les concernaient directement. Ils étaient certes affectés par la disparition de Sasuke, car il n'avait pu passer à côté des affiches collées sur les murs, mais ils se savaient impuissants, et de toute façon n'en avaient pas forcement envie. Cela ne les concernait pas, c'était dans cet état d'esprit qu'ils étaient presque venus, et c'était dans celui là qu'ils allaient partir pour vaquer à leurs occupations premières, comme si de rien était.
C'était ça, la morale de cette histoire lugubre ; la vie continuait, avec ou sans la présence des Sanada dans la leur, la vie poursuivait son court.
Elle ferma un instant les yeux, puis les rouvrit.
« _ Très bien, » dit elle. « Si vous pensez qu'il va bien et qu'il va rentrer dans très peu de temps, vous n'avez qu'à partir. »
Kosuke lui lança un regard outré et s'apprêta à répliquer que c'était injuste, et qu'ils n'avaient pas le droit. Mahiro lui coupa la parole.
« _ Je ne peux pas les retenir Kosuke, ils sont libre de croire ce qu'ils veulent, et ils sont libre de penser que tout va bien alors que ce n'est pas le cas. »
Il y eu un silence, lourd de sous entendus, puis Akari se détourna sans un mot, bientôt suivit par Okuni. Kyo ne tarda pas à partir, entraînant Akira avec lui, ou plutôt, le jeune blondinet le suivant avec une lueur de dévotion dans les yeux, et Yuya hésita un instant avant de les suivre.
« _ Appelle moi si il y du nouveau… » Chuchota t elle à Mahiro qui hocha la tête.
Ils écoutèrent leurs pas s'évanouir à mesure qu'ils descendaient les étages, et entendirent la porte du hall se refermer avec un 'clang' qui prit des airs de fin du monde. Au dixième étage de ce HLM miteux ne restaient plus que quatre personnes ; Mahiro, qui serait les poings de détresse, Kosuke dans les bras de Shinrei, qui tentait de la calmer, et Luciole qui n'étudiait plus la porte, et que son frère soupçonnait de ne pas savoir pourquoi il était resté. Mais pour une fois, Shinrei se trompait, car le blond savait parfaitement ce qu'il faisait là, et pourquoi les autres étaient partis ; parce qu'ils étaient stupides et ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Il se tourna vers les autres.
« _ Bon, ben on va chercher Yukimura oui ou non ? »
Il marchait, sans but précis, et sans même vraiment savoir où il se trouvait, ni depuis combien de temps il marchait. Cela faisait peut être bien quelques heures… il s'en fichait totalement, se contentant de marcher. Il était si simple de marcher, il suffisait de poser un pied devant l'autre, et de répéter à l'infini ce simple mouvement. Cela ne demandait aucune réflexion, ses capacités cérébrales et son imagination étaient sollicitées par le lent mouvement de ses pieds, ce qui l'empêchait de trop penser. Parce que s'il se mettait à penser, il savait qu'il allait craquer. C'était pourquoi il marchait, dans le froid et le vent, inconscient des feuilles mortes qui volaient autour de lui et s'emmêlaient dans ses cheveux noirs. Ne pas penser, ne pas réfléchir, se contenter de marcher, de respirer, de vivre tout en étant mort. Car il n'était rien sans son frère. Et son frère n'était pas là pour marcher avec lui. Il gémit, et son gémissement résonna étrangement dans l'air.
Même en marchant, il ne pouvait l'empêcher. Même en focalisant son attention sur ses pieds, il ne pouvait empêcher ce flot d'images de défiler en boucle dans son esprit. Ce film immonde qui lui montrait son frère, encore et encore, souffrant, hurlant, implorant, lui demandant de l'aide alors qu'il ne pouvait rien faire. Pourquoi était il si impuissant ? Pourquoi fallait il qu'il soit impuissant ?
Et tout était de sa faute, il le savait, il était le seul coupable. Comme il devait le haïr…
Il releva la tête et regarda les alentours, peinant à se situer correctement. Il réalisa, non sans stupeur, qu'il se trouvait sur un pont. Il s'approcha de la rambarde et regarda par-dessus. C'était haut, très haut, il aurait presque pu tomber… en bas, le courant semblait violent, il formait des tourbillons mortels pour le nageur imprudent. Cela avait l'air extrêmement profond, sûr qu'on ne pouvait pas se rater… le vent dans son dos semblait le pousser insidieusement vers le parapet, lui susurrant à l'oreille des paroles tentantes. Sans bien même sans rendre compte, Yukimura se retrouva debout, en équilibre sur le bord de ce pont en ferraille qui grinçait furieusement lorsque le vent s'engouffrait en hurlant dans sa structure branlante. Il jeta de nouveau un coup d'œil en bas, et haussa les épaules, fataliste.
A quoi bon continuer ? Il n'avait plus de raisons de vivre, son frère était dieu savait où, subissant mille horreurs par sa faute, il ne pouvait lui venir en aide, et le savait probablement mort à l'heure qu'il était. Alors à quoi bon s'acharner ? Il ne voulait plus souffrir. Bien sûr, c'était égoïste, et lâche, qui plus est, mais qui le regretterait ? Son frère aîné, et son père ? Non, ils se fichaient pas mal de son existence. Ses amis ? Peut être un peu, les premiers temps, puis ils finiraient par oublier, comme tout. La vie continuerait. Il n'était pas indispensable. Pff, lui qui avait espéré avoir une mort grandiose, tu parle ! Il allait se suicider comme le plus dépressif des mortels, et tout le monde oublierait son nom, ou alors raconterait sa pitoyable histoire pour les froides nuits d'hiver ou les soirées de spiritisme à la con. Il écarta les bras, près pour le grand saut, et hésita à fermer les yeux. Non, finalement, il les garderait ouvert, histoire de voir la mort en face et de ne pas paraître trop lâche non plus. Il avait sa dignité tout de même, bien qu'elle en ait prit un grand coup.
Il prit une profonde inspiration.
'Une dernière volonté mon vieux ?' songea t il avec un restant d'humour noir.
Tout ça, ce n'était que des conneries, il allait sauter, et s'il ne se fracassait pas la tête au fond, il serait suffisamment sonné pour se noyer, et il allait mourir, point barre. Demain matin verrait s'étaler dans les journaux, à la rubrique fait divers : « jeune homme séduisant de 27 ans se donne la mort en sautant d'un pont. Sa dépouille gonflée a été retrouvée sur les bords du fleuve. »
Alors qu'il était perdu dans ses pensées morbides, une voix que l'angoisse rendait stridente vrilla l'espace, manquant de le faire tomber pour de bon.
« _ YUKIMURA !! »
'Allons donc, on ne peut même pas se suicider en paix dans ce foutu pays ?'
Il tourna la tête vers le gêneur pour lui dire de se casser et de le laisser mourir tranquillement, et se figea dans son mouvement, un pied déjà au dessus du vide.
« _Ko. Kosuke ? »
« _ Descend immédiatement de là espèce de demeuré! » hurla la jeune femme, les larmes sillonnant ses joues, son joli visage si semblable au sien déformé par la peur.
«_ Qu'est ce que tu fais ici ? »
Là pour le coup, il ne se souvenait pas d'avoir envoyer des invitations pour son suicide. D'ailleurs à la base, il n'avait pas prévu de se suicider, mais bon, ce n'était qu'accessoire. Elle s'arrêta à quelques pas de lui, comme si elle avait peur qu'il saute pour de bon.
« _ Je te défend de faire ça espèce de crétin fini ! Et si je suis ici, c'est pour te ramener à la maison ! »
Yukimura la regarda sans comprendre. Le ramener à la maison ? C'était grotesque, il vivait dans un appartement d'abord, et ensuite, il savait parfaitement qu'il ne comptait pour personne. Il jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de son amie, et remarqua avec stupeur Mahiro, Shinrei et Luciole qui courraient vers lui. Et ben, s'il avait su que sa mort serait tout un spectacle, il aurait prévu une animation et des boisons tiens ! Ils arrivèrent, hors d'haleine, et s'arrêtèrent à côté de Kosuke.
« _ Depuis quand tu joues les funambules ? » articula Shinrei avec un sourire forcé alors que ses entrailles dansaient la rumba tant il avait peur que son ami fasse le saut de l'ange.
Yukimura les regarda tour à tour, sidéré.
« _ Mais je peux savoir ce que vous faites là ? »
« _ Et toi ? » rétorqua brusquement Mahiro. « Que fais tu ici, avec un pied au dessus du fleuve ? »
Mais ils étaient stupides ou quoi ? Ça ne se voyait pas qu'il avait l'intention de sauter dans la flotte histoire d'en finir ? Il haussa les épaules et se tourna de nouveau vers le fleuve.
« _ Au moins on peut pas dire, vous avez des places de premiers choix pour le très célèbre vol d'Icare, interprété pour vous par le non moins célèbre Yukimura »
Une expression de pure terreur passa sur le visage de ses amis qui se ruèrent en avant. Trop tard néanmoins car ils virent avec horreur le corps du brun basculer en avant.
… et alors là on va me traiter de sadique finie et de tout un tas d'autre qualificatifs du même genre, mais sachez que j'assume pleinement cette situation. Oui, je suis une sadique de couper à cet instant, mais, chers lecteurs, ceci s'appelle du suspense et c'est avec ça que je vous tiens entre mes griffes. Et oui ! Mais le vrai sadisme me pousserait à vous faire poireauter UNE semaine avant de poster un nouveau chapitre, en sachant que le prochain est déjà entièrement tapé. Donc, j'hésite, que faire, que faire ? Vais-je être la pire des sadiques et psychopathes en ne mettant pas la suite immédiatement ? Peut être…
Yukimura : mais dis moi, tu me fait passer pour un grand dépressif à ce que je vois, et mes soit disant amis ont l'air de vachement s'inquiéter pour moi.
Je sais, mais je dois avouer que ce chapitre c'est un peu écrit tout seul, sans que je ne prévoie comme les autres, c'est assez déroutant. plus ça avance, plus l'histoire suit son propre court.
Yukimura : mais je suis dépressif…
Oui tu es dépressif le temps de cette histoire ! et merde ! c'est moi qui décide à la fin ! Je dois avouer également que, même s'ils paraissent totalement ignobles et désabusés, je n'est rien contre Kyo, Yuya et les autres. Disons qu'ils n'ont pas mesuré la gravité de la situation, voila tout.
Ah ah ! Lylisophie, ton cauchemar est il entrain de naitre ? Yukimura qui tombe du haut de ce pont, ça te fais flipper n'est ce pas ? Je suis méchante !! Est-ce qu'il va survivre ? Est-ce que j'ai envie qu'il vive d'abord ? Je ne sais pas…
A la prochaine pour un autre chapitre !! merci pour votre lecture et votre soutient !
