Love, Treason & Truth

Chapitre 1 : Une petite vie (trop) bien rangée

Hermione se réveilla en sursaut, la respiration saccadée, des larmes perlant à ses yeux. Elle regarda autour d'elle. Non, ce n'était qu'un cauchemar, elle se trouvait bien dans sa chambre, à côté de son époux, pas au milieu d'une forêt, pourchassée par des monstres. Elle se laissa tomber sur son oreiller, soulagée. Ron, qui dormait paisiblement à côté d'elle, émit un ronflement sonore puis lui tourna le dos. Encore une fois, elle ne pourrait pas compter sur lui pour la rassurer. Encore une fois…

Depuis leur mariage, elle ne comptait plus le nombre de fois où il l'avait laissé seule avec son chagrin, bien trop occupé par sa petite personne. Elle le savait lorsqu'elle l'avait épousé, Ronald Weasley n'était pas doué avec les filles et trouvait toujours une bonne raison de se plaindre. Mais elle avait espéré qu'avec le temps, il murirait. Vain espoir, il n'avait pas changé d'un pouce. Chaque soir, il rentrait du travail en se plaignant d'être fatigué, ronchonnant après Hermione si elle lui demandait quoi que se soit qui mérite le moindre geste de sa part. Il lui demandait rarement comment s'était passée sa journée ou comment elle allait. Elle se demandait souvent pourquoi elle avait accepté de se marier avec lui. Peut-être parce que, malgré tous ses défauts, il l'aimait sincèrement, et que personne d'autre ne l'avait jamais aimé. Elle n'avait que lui, et puis elle l'aimait tellement elle aussi, au début. Ils avaient mené une vie bien tranquille, comme Hermione l'avait toujours imaginé. Pas d'histoires, pas d'ennuis lorsqu'on est la femme de Ronald Weasley. Pas de surprise non plus, pas de passion… La routine s'était installée si vite, ils ne l'avaient pas vu venir. Mais ils leur restaient encore un rêve à réaliser avant de s'enfermer totalement dans cette routine, celui d'avoir un enfant.

C'est à partir de cela que les choses ont mal tourné dans leur couple. Ce désir si fort de devenir parents, un désir qu'ils tentaient d'assouvir depuis si longtemps. Rien à faire, Hermione n'avait pas le moindre jour de retard, pas la moindre nausée. Alors les choses avaient commencé a déraper. Ron devenait exécrable, Hermione s'enfonçait dans le désespoir. Il ne remarquait pas son mutisme, ses cauchemars chaque nuit. Les disputes se multipliaient et peu à peu l'amour abandonnait le cœur de la jeune femme.

Elle tourna une nouvelle fois les yeux vers lui, pleine d'espoir. Mais il dormait profondément, n'ayant pas la moindre conscience de la douleur qui tiraillait le cœur de sa femme. Elle poussa un long soupir, lasse de cette vie trop calme, où le seul événement sortant de l'ordinaire était ces disputes avec Ron, et encore, de plus en plus habituelles au fil du temps. Cette vie commençait vraiment à lui peser. Enfant, elle rêvait, comme toutes les petites filles, du prince charmant qui viendrait la chercher sur son cheval blanc et avec qui elle ne s'ennuierait jamais. Une vie de princesse, pleine d'amour et de rebondissements. Elle rêvait d'être entourée d'une grande famille… Bien loin de ces rêves naïfs, elle regrettait aujourd'hui de n'avoir jamais pris le temps de vivre. Allongée dans le noir au côté d'un homme qu'elle n'aimait presque plus, elle se sentit étouffer, elle suffoquait réellement. A aucun moment elle n'avait profité de sa jeunesse pour s'amuser, découvrir, faire des expériences. Elle avait étudié sérieusement pendant 6 ans puis s'était activement impliquée dans la cause des elfes de maison puis celle des nés-moldus, avait épousé son premier et unique petit ami et elle allait certainement mourir de vieillesse. Rien d'exaltant, hormis ses sombres aventures avec Harry. Et justement, ce destin qui pesait sur les épaules du « survivant » avait pesé sur les siennes aussi, la privant de son adolescence. Tous les trois avaient grandit trop vite, n'ayant jamais profité des plaisirs de l'adolescence. Et aujourd'hui, Hermione s'en mordait les doigts. Elle rêvait d'un peu de fantaisie, de plaisir, d'expériences nouvelles. Vivre un peu avant de se retrouver femme au foyer désespérée.

Après un énième soupir de lassitude, elle ferma les yeux, et repartit rapidement au pays des songes. Mais pour une fois, elle ne fit pas d'affreux cauchemars. Non, elle rêva plutôt qu'elle était belle, que tous les hommes ne voyaient qu'elle sur la piste de danse, qu'elle était une autre.

***

Comme chaque dimanche, les membres de la famille Weasley se retrouvaient au Terrier pour y partager un repas préparé avec amour par Molly. En cette belle journée du mois de mai, la table avait été installée dans le jardin, et après le repas, tandis que Molly servait du thé aux femmes, les enfants jouaient dans le jardin et les hommes improvisaient une partie de Quidditch.

Hermione regardait pensivement les enfants des autres Weasley s'amuser ensemble lorsque Ginny l'interpella :

« Ça ne va pas, Hermione ?

- Hein ? Si, si tout va très bien…

- Tu sais, si quelque chose ne va pas, tu peux m'en parler…

- Ginny, tu ne regrettes jamais de t'être mariée si jeune, d'avoir abandonné derrière toi le reste de ta jeunesse ?

- Je n'ai pas encore renoncé à ma jeunesse. Depuis que James est là je me suis calmée, c'est vrai, concéda-t-elle en regardant tendrement le bambin endormi dans ses bras. Mais je ne me suis jamais privée de quoi que se soit. Tu ne devrais pas t'en priver non plus, laisse donc mon frère se débrouiller tout seul une ou deux fois par semaine, ça lui fera du bien.

- Tu crois ?

- Bien sûr ! Tu as le droit de vivre, toi aussi. »

Hermione adressa un sourire à son amie. Au moins elle avait toujours pu compter sur elle, pas comme avec son frère. Les yeux toujours dans le vague, elle repensa à ce que venait de lui dire Ginny. « Tu as le droit de vivre », oui bien sûr, mais et Ron ? Qui s'occuperait de lui si elle n'était pas là ? Il n'accepterait certainement jamais de rentrer chez lui et de ne pas pouvoir se mettre les pieds sous la table, comme à son habitude.

***

Depuis qu'ils étaient rentrés chez eux, ni Ron ni Hermione n'avaient prononcé un mot. La jeune femme repensait encore à sa discussion avec sa belle-sœur, et Ron quant à lui ne trouvait rien sur quoi se plaindre. Il se prélassait tranquillement dans le canapé de leur salon, zappant les chaines de la télévision, qu'Hermione avait absolument tenu à acheter lors de leur emménagement. La première parole qu'il lui adressa fut plutôt un ordre. « Amène moi une bierraubeurre, Hermione, s'il-te-plait ». Bien qu'agacée par son ton, Hermione prit la bierraubeurre et l'apporta jusqu'au salon. Ça n'était pas le moment d'entamer une dispute pour des futilités, Hermione comptait bien annoncer à son mari qu'elle ne serait pas là demain soir.

« Ron, chéri…commença-t-elle, mieux valait le mettre de bonne humeur.

- Humm ?

- Alicia voudrait aller dans ce nouveau pub qui vient d'ouvrir à Londres, demain soir…

- Bien, bien… il n'écoutait pas un mot, tant mieux.

- Je me suis proposée de l'accompagner. Tu pourras te débrouiller sans moi ?

- D'accord, merci pour la bierraubeurre. »

Bien que se sentant légèrement coupable, Hermione laissa un sourire de satisfaction s'épanouir sur ses lèvres. Lorsqu'il était devant la télévision, rien d'autre n'intéressait Ron. Qui eut cru qu'un objet moldu fascinerait autant le monde des sorciers. Quoi qu'il en soit, la nouvelle vie d'Hermione commencerait le lendemain soir, enfin !