Chapitre 4 : Fierté

Douleur. Regret. Haine. Et plaisir. Draco n'aurait sû dire lequel de ces sentiments prédominait en lui à cet instant. Sans s'y attendre, il l'avait revu. Elle. Il espérait qu'une fois marier, il serait passé à autre chose. Mais non, elle continuait de régner sur son cœur, souveraine indigne et inconsciente du rôle qui était sien. Il se haïssait de l'aimer encore après tout ce temps, il la haïssait pour avoir fait naitre en lui ces sentiments impurs. Il regrettait de n'avoir jamais osé lui dire la vérité, il regrettait d'avoir été si mauvais à Pourdlard, ne faisant naitre que le dégoût dans son cœur. Bouillonnant, il ne parvenait pas à dormir. Il ressassait de vieux souvenirs d'école, des mots regrettables et assassins, des regards froids et haineux. Chaque soir depuis une semaine, c'était le même chamboulement dans sa tête. Il en avait même perdu le goût des histoires d'un soir. Depuis une semaine, il avait passé ses nuits complètes au manoir, par peur de la rencontrer à nouveau. En ce moment, ses vieux fantômes semblaient être revenus le hanter. Sa femme, endormie à côté, vint se coller contre lui, attirant l'attention de Draco.

Astoria s'éveilla, suivant de peu les premiers rayons du soleil. Draco était là, lui caressant les cheveux d'un geste distrait, automatique. Elle lui adressa un sourire radieux, heureuse de l'avoir garder à ses côtés toute une nuit. Draco lui rendit son sourire, l'embrassa sur le front puis lui annonça qu'il se retirait dans son bureau pour la journée, réclamant qu'on ne le dérange pas.

La solitude, il ne réclamait que cela depuis une semaine. Dans son vaste bureau, totalement seul, il avait tout le loisir de réfléchir, de pester contre elle et surtout contre lui-même. Il ne pourrait pas rester là éternellement, bien sûr. Il avait toujours été lâche, inutile de le nier, préférant s'associer au mal plutôt que d'affirmer ses croyances personnelles, choisir la facilité plutôt que la douleur. Mais ce jour-là, toujours seul dans son bureau, la tête entre les mains, il fut pris d'une nouvelle force : le courage. Après tout, quel était le pourcentage de chance qu'il la rencontre à nouveau ? Trop mince pour s'enfermer à jamais dans un sombre bureau. Elle n'avait jamais eu aucun impact sur sa vie, malgré l'amour qu'il lui portait, il y avait bien veillé. Et ça ne commencerait pas maintenant. Il était un Malfoy, il était fort, il avait le pouvoir.

Déterminé, il gagna le salon, dans lequel Astoria passait tout ses après-midis.

« J'ai une course à faire. »

Elle n'eut pas le temps d'ajouter le moindre mot, il avait déjà disparu. La jeune femme haussa les épaules et reprit la lecture de son roman. Elle aimait l'avoir auprès d'elle mais il faut avouer qu'il était de meilleure humeur lorsqu'il fréquentait toutes ces femmes.

***

Il marchait depuis quelques heures à travers les rues du Chemin de Traverse, sans but. Une légère fatigue commençait à se faire sentir, ses jambes devenaient lourdes et suppliaient le repos. Après tout, pourquoi pas. Il se dirigea d'un pas rapide vers le café le plus proche, poussa la porte de celui-ci et s'installa au bar, commandant par la même un café bien noir. Lorsque le barman déposa sa tasse devant lui, la moitié se renversa sur la chemise de Draco.

« Mon Dieu ! Vous ne pouvez pas faire attention !

- Excusez-moi, répondit le barman, sans accorder le moindre regard à sa victime »

Draco, prêt à répliquer, leva la tête vers le maladroit et, intrigué de savoir ce qui méritait plus l'attention de quelqu'un que la présence d'un Malfoy, suivit son regard. A quelques tabourets de lui, une jeune femme sanglotait, son visage caché par ses cheveux bruns. Le barman s'avança vers elle, lui glissant une remarque réconfortante. La jeune femme leva la tête vers lui pour lui adresser un sourire triste, dévoilant son visage.

"Granger…"

***

« Ron ! Ron, parles moi !

- Qu'est-ce que tu veux, Hermione ?

- Je n'en peux plus ! Nous ne nous adressons jamais la parole. C'est juste des « passe-moi le sel », « apportes-moi une bierraubeurre », « je vais me coucher ». Que se passe-t-il ?

- Il ne se passe rien, Hermione. T'es folle !

- Je suis folle, c'est ça ! Tu ne me regardes même pas ! Depuis combien de temps ne m'as-tu pas regardé ?

- Mais pour voir quoi ? Ta tête d'enterrement tous les jours ? Pour voir ta déception se coller sur ton visage après un autre de ces tests de grossesse négatifs ?

- Alors c'est ça ? Encore cette histoire d'enfant ? Tu m'en veux parce que je n'arrive pas à tomber enceinte ?

- Oui, Hermione ! Oui. Ginny et Harry on déjà James et Teddy ! Fleur et Bill ont déjà Victoire, il n'y a que nous !

- Et qui te dis que c'est moi la responsable ?

Tous mes frères et sœurs ont des enfants ! Je suis le seul, il y a bien une raison, non ? En tout cas, ça prouve que le problème ne vient pas de la famille Weasley. »

Hermione, trop choquée, ne répondit rien. Ce genre de disputes n'était pas rare entre elle et Ron mais c'était la première fois qu'il allait aussi loin, qu'il lui exposait ses théories. Et ça, Hermione ne l'accepterait jamais. Elle ne pouvait pas être responsable du fait qu'ils n'avaient pas encore d'enfants. Retenant ses larmes, elle lança un regard assassin à Ron et quitta la maison. Elle voulait être seule et surtout très loin de lui. Se concentrant sur sa destination, elle fit un tour sur elle-même et disparut dans un crac sonore, pour réapparaitre de la même manière une seconde plus tard sur le Chemin de Traverse. Ses pas la portèrent jusqu'à un café, tout près de l'arcade et juste avant la glacerie de Fortarôme. Elle s'installa au bar et commanda un thé.

Dans ce bar silencieux, elle ne put empêcher les souvenirs de la dispute de remonter. Si devant Ron elle s'était montrée courageuse, ici les larmes coulèrent sans qu'elle n'y fît quoi que se soit. Le barman, pris de pitié, s'approcha d'elle pour lui murmurer quelque chose qu'elle n'entendit pas, dans sa tête raisonnait encore trop fort les mots blessants de son époux. Elle essuya ses larmes d'un revers de la main et lui adressa un sourire qu'elle voulait rassurant. L'homme n'insista pas et disparut . Cela dit, si Hermione n'avait pas entendu la phrase prononcée par le barman, elle avait bien entendu son nom de jeune fille prononcé par cette voix familière. Elle tourna la tête vers sa gauche, rencontrant le regard acier de son ennemi.

Malfoy…

Le jeune homme se leva, abandonnant sa tasse à moitié vide, et vint s'asseoir près d'Hermione. La jeune femme surprise de ce geste, ne trouva rien à dire pour lui faire changer d'avis. Elle ne trouva même pas une remarque blessante à lui lancer. Il commanda un second café, avec une pointe de menace dans la voix qu'Hermione ne comprit pas mais peu importe, tout cela lui était bien égal. Elle se replongea dans la contemplation de sa propre tasse, laissant un silence gênant s'installer.

Lorsque le café de Malfoy lui fut servit et qu'il remercia le barman, Hermione avait rempli sa tasse plus de larme que de thé.

« Pourquoi pleures-tu ? demanda Malfoy

- Je ne crois pas que ça te regardes, Malfoy.

- C'est vrai, mais tu pourrais être plus polie, j'essaie seulement d'être sympa avec toi.

- Je n'ai pas besoin de ta pitié.

- Je n'ai pas pitié de toi. C'est juste que je suis curieux.

- La curiosité est un vilain défaut. Tu devrais le savoir, toi qui es si… parfait !

- Très drôle. Je ne suis pas parfait, même si je reconnais que ça ne saute pas aux yeux.

- … Tu ne veux pas aller torturer quelqu'un d'autre. Je ne suis pas d'humeur.

- Je ne veux pas te torturer, Granger. Je te l'ai dis, j'essaie juste d'être un peu plus sympa. Me moquer de toi ne m'amuse plus autant, il faut croire que j'ai grandi.

- Oui, tu es devenu tellement mature, Malfoy. Tu n'es pas le genre à blesser une pauvre femme qui ne le mérite certainement pas.

- Je t'ai blessé, aujourd'hui ? Si c'est le cas, je te demande pardon.

- Je ne parlais pas de moi mais de cette chère Madame Malfoy. Celle que tu abandonnes chaque soir pour te satisfaire dans les bras d'une autre. Tous les hommes sont donc aussi c*n ?

- Je… Tu ne peux pas comprendre ça, Granger, alors laisse tomber.

- Mon nom, c'est WEASLEY. Et je peux tout comprendre. Mais c'est surtout que tu n'as aucune raison. Tu fais ça uniquement pour prouver au monde entier que tu es un véritable sex-symbol. Personne ne doit te résister, n'est-ce pas ?

- Je n'y peux rien, toutes les femmes sont folles de moi. J'en profite, voilà tout. »

Quel idiot ! Hermione sentit la rage monter en elle mais il était hors de question qu'elle perde son sang-froid pour Malfoy. Bien décidée à lui clouer le bec, elle riposta tout de même.

« Toutes les femmes, tu dis ?

- Sans exception.

- Désolé de te décevoir mais il en existe à qui tu ne fais pas le moindre effet.

- Je sais où tu veux en venir, Granger. Si nous étions encore les deux gosses de Poudlard, je t'aurais répondu que je ne te considère pas comme une femme. Mais vois-tu les choses ont changés. Et de toute façon, je sais que toi aussi tu es attirée par moi. Tu es seulement trop fière pour l'admettre. »

Il lui lança son habituel sourire en coin, celui qui exaspérait Hermione au plus haut point. Cela dit, il n'avait pas tout à fait tort. Malfoy, malgré le fait qu'il soit totalement insupportable, n'en restait pas moins charmant. La première fois qu'elle l'avait revu, dans ce pub, elle avait même admit qu'il aurait pu lui plaire si elle avait été capable de faire fi de sa personnalité. Mais bien décidée à ne pas le laisser avoir le dernier mot, elle rétorqua :

« Tu te trompes, Malfoy. Tu ne me plais pas du tout. Je dirais même que tu me répugne.

- Je sais que tu mens, Granger. Et je vais te le prouver.

- Et comment ?

- J'arriverai à te mettre dans mon lit.»