Chapitre 8 : Amour me tue …

Amour me tue, et si je ne veux dire
Le plaisant mal que ce m'est de mourir :
Tant j'ai grand peur, qu'on veuille secourir
Le mal, par qui doucement je soupire.

Il est bien vrai, que ma langueur désire
Qu'avec le temps je me puisse guérir :
Mais je ne veux ma dame requérir
Pour ma santé : tant me plaît mon martyre.

Tais-toi langueur je sens venir le jour,
Que ma maîtresse, après si long séjour,
Voyant le soin qui ronge ma pensée,

Toute une nuit, folâtrement m'ayant
Entre ses bras, prodigue, ira payant
Les intérêts de ma peine avancée.

(Pierre de Ronsard, Les Amours)

Quelques semaines auparavant, Draco Malfoy venait d'avoir 26 ans.

Il avait intégré l'école de sorcellerie Poudlard à l'âge de 11 ans, il y avait plus de 14 ans. Ce jour là, le 1er Septembre 1991, il avait pour la première fois posé les yeux sur Hermione Jean Granger, une sorcière d'ascendance moldue, amie d'Harry Potter. Le jeune Draco Malfoy connaissait par cœur les leçons enseignées par son père. Enfants ayant des parents moldus égal Sang-de-bourbe égal indigne d'un Malfoy. Il avait alors trouvé une multitude de défauts à la jeune Granger. Trop sur d'elle, insupportable miss-je-sais-tout, pas très jolie, Gryffondor…Une longue liste censée l'éloigner au maximum de la jeune fille. Elle était aussi très intelligente, plus que lui peut-être, ce qui tombait bien, Draco ne supportant pas de se faire battre par qui que se soit dans quelque matière que se soit. Les Malfoy sont supérieurs aux autres, Granger, et surtout elle, y comprit. Ainsi donc, en bon Malfoy qu'il était, Draco avait voué une haine sans faille à Hermione Granger.

Mais la vie n'est jamais aussi simple. Elle avait osé lever la main sur lui. Elle, la sang-de-bourbe avait souillé sa peau en apposant la sienne dessus. Elle lui avait assené un coup de poing dans la figure. Un coup qu'il méritait largement, ne serait-ce que pour tous les mots blessants qu'il lui avait sorti durant les deux précédentes années. Pour la première fois de sa vie, quelqu'un avait réellement tenu tête à Malfoy. Potter et Weasley pouvaient bien se vanter de ne pas se laisser faire, Granger, elle, avait agit. Les mots ne touchent pas un Malfoy, les actes si. Ce fut un jour fatidique pour le pauvre Draco Malfoy. Une fascination malsaine naquit en lui. Hermione Granger ne ressemblait absolument pas aux sang-de-bourbes décrient par son père. Elle était incroyablement douée en magie et très intelligente, et surtout très courageuse. Pour se protéger de la colère de son père qui lui aurait valu quelques sortilèges impardonnables, Draco avait gardé secrète cette fascination qu'il vouait à Hermione Granger. Il avait continué de l'observer de loin et de lui lancer quelques remarques blessantes, pour la forme et pour son image mais aussi parce qu'il ne savait pas se comporter autrement envers les sang-de-bourbes, bien trop conditionné. Âgé d'à peine treize ans, il ne comprenait pas ce qu'il ressentait pour la jeune fille, n'ayant jamais connu cela avant.

Ce n'est que le 25 décembre 1994 que tout était devenu clair pour le jeune homme. Elle avait descendu les marches en marbre du hall pour se rendre au Ball, comme tout le monde. Draco était là, lui aussi. Dans la grande salle avec sa cavalière, Pansy Parkinson. Lorsqu'elle était entrée, il avait compris. Il avait tout d'abord été surpris de reconnaitre Granger, elle était tellement différente et tellement…belle. Puis il avait ressentit un fort désir pour la jeune fille et une immense jalousie envers Krum. Pas le même genre de jalousie qu'il vouait à Potter, toujours au centre de l'attention. Non, pour la première fois de sa vie, il enviait Krum, il désirait vraiment être à sa place. Obtenir un sourire de Granger, la serrer contre lui… L'amour… Sentiment qui affaiblit un homme et le pousse à sa perte. Draco Malfoy était amoureux d'Hermione Granger, la sang-de-bourbe indigne de son rang.

C'est à partir de là, de cette soudaine prise que conscience que les choses avaient déraillé pour Draco. Il ne pouvait pas aimer Granger. Si son père l'apprenait, sa vie se terminerait brusquement à l'âge de 14 ans dans d'atroces souffrances. Sur le coup, Draco crut qu'il n'y avait rien de très sérieux, que cela lui passerait le lendemain matin mais ça n'était pas arrivé. Le lendemain, il aimait toujours autant Granger. Alors entre amour et haine, son cœur s'était mit à balancer. Il tentait de l'ignorer un maximum mais quand cela devenait impossible il lui lançait des mots de plus en plus blessant. Il se forçait à la haïr, et même il la haïssait un peu de l'avoir fait tomber amoureux d'elle.

C'est ce soir de Noël qui a tout fait basculer. C'est à cause de ce soir-là que Draco Malfoy, 11 ans plus tard, était à nouveau enfermé dans son bureau, l'air plus abattu encore que les jours précédent. La nuit dernière, Draco avait couché avec Hermione Granger. Depuis 11 ans, il attendait de pouvoir la prendre dans ses bras et enfin il l'avait eu toute une nuit rien que pour lui. Il l'avait aimé mieux que toutes ses autres maitresses. Il s'était tant appliqué car pour la première fois de sa vie, il avait fait l'amour à une femme, et non pas eu un vulgaire rapport sexuel sans intérêt. Il aimait Hermione Granger, même après autant de temps sans la voir, à se répéter que s'était péché que de ressentir cela pour un être indigne de vivre. Même s'il avait toujours été intimement convaincu qu'Hermione était tout à fait digne de vivre malgré son sang impur. Mais ça n'était qu'une nuit et lui l'aurait voulu toute sa vie.

C'est pourquoi il était rentré chez lui ce matin-là, plus abattu que lorsqu'il l'avait revu pour la première fois, plus abattu que lorsqu'elle lui avait fait la morale au lieu de se laisser aller dans ses bras. Il avait eu tout ce dont il avait toujours rêvé mais l'avait abandonné dans une chambre d'hôtel, sachant pertinemment qu'il ne la reverrait plus jamais. Car Hermione était pour lui un poison d'autant plus dangereux qu'elle lui donnait l'impression d'être heureux tout en le tuant à petit feu.

Depuis son retour, il n'avait pas quitté son bureau, parcourant d'un air sombre ses journaux intimes d'adolescent perturbé. Des carnets retraçant 11 ans d'un amour sans faille, qui n'avait pas faiblit une seule fois et qui venait de connaitre son apogée.

« Draco, je ne sais pas ce qu'il c'est passé ces jours-ci mais je refuse de te laisser t'apitoyer sur ton sort. Tu es un Malfoy, non ? Tu ne peux pas te laisser abattre. Un Malfoy ne ressent rien, jamais ! »

Trop plongé dans sa lecture, Draco n'avait pas entendu Astoria frapper plusieurs fois à la porte et finir par entrer, plus énervée qu'elle ne l'avait jamais été. Il referma brusquement son journal et regarda sa femme avec tristesse. La pauvre ne serait jamais Hermione…

« Je ne peux pas, Astoria. Pas cette fois. Je garde ça pour moi depuis trop longtemps. »

Il vit dans le regard de son épouse qu'elle avait compris, ou du moins cru comprendre, la souffrance de son mari. Elle-même vivait la même au quotidien.

« Qui est-ce ? » demanda-t-elle calmement.

Draco baissa les yeux. Il se sentait légèrement coupable. Cette femme l'aimait aussi fort qu'il aimait Hermione. Il aurait tellement voulu l'aimer. Elle ne semblait plus en colère à présent, seulement triste, un peu déçue évidemment. Mais pas la moindre colère. S'il ne pouvait l'aimer aussi fort qu'elle, il ressentait tout de même pour Astoria énormément de gratitude et de respect. De la tendresse, aussi.

« Si je te le disais, tu ne me pardonnerais pas. »

Souiller le nom des Malfoy, c'était aussi souiller le sien.

« Draco. » Une suplication. La tristesse avait brisé sa voix. Il lui devait une réponse.

« Hermione Grang…Weasley.

- La femme du ministère ? Celle qui à fait toutes ces lois sur les elfes de maison ?

- Oui…

- Jolie, intelligente, passionnée…Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?

- Nous ne sommes pas ensemble. Elle est mariée, elle aussi.

- Elle t'aime ?

- Non.

- … Pourquoi ne l'as-tu pas épousé avant ? »

La question tant redoutée. Il devait lui répondre.

« C'est une… Ses parents sont moldus.

- Je ne savais pas que tu partageais les idéologies de ton père.

- Lorsque je l'ai connu, c'était le cas.

- Ça ne date pas d'aujourd'hui alors.

- Ça fait plus de 11 ans. »

Astoria émit un rire qui ressemblait plus à un cri. Un son déchirant. Elle retint difficilement ses larmes et s'empressa de quitter la pièce. Avant qu'elle n'ait passé la porte, Draco lui murmura doucement un « Pardon » qu'elle fit mine de ne pas entendre.