Un nouveau chapitre, qui met cette fois-ci en scène la génération précédente.
Une Narcissa encore Black dans toute sa splendeur !
Bonne lecture
Merci à Saiphodie qui a corrigé ce chapitre !
Esthétique
C'était une période qu'elle avait toujours beaucoup aimée. Lorsque la neige enserrait le château dans son cocon immaculé et que la glace recouvrait le lac, enfermant ses habitants dans les profondeurs. Appuyées sur les contreforts de Poudlard, les serres ressemblaient à de grands igloos givrés, surtout lorsque le soleil levant y reflétait ses rayons. Quant à la Forêt Interdite, elle n'était plus qu'une forme vague et silencieuse, perdant sa dimension inquiétante pour plus de féerie. Dans l'air froid, les souffles et les mots devenaient des volutes blanches et les nez rougissaient. Certes les couloirs étaient balayés de courants d'air, les récréations se transformaient en quarts d'heure sportifs et les cours de potion en épreuves de survie, mais la magnificence du décor coupait le souffle. Le château se parait de ses plus beaux atours et les professeurs jouaient sur le thème entre astuces utiles et petits trucs amusants.
La grande salle était son endroit préféré, entre l'odeur entêtante de la sève des sapins et l'éclat miroitant des décorations sous les flammes des bougies, c'était un concentré de Noël. Mais surtout, il y avait les effluves de cannelle et de chocolat chaud qui émanaient des cuisines pour investir tout le château… Tout cela la mettait en joie, elle se sentait comme une petite fille un matin de Noël qui attendait fébrilement pour ouvrir ses cadeaux.
Pourtant, elle n'avait jamais été cette enfant. Chez les Black, Noël rimait avec obligation : repas de famille, visites aux parentes éloignées, soirées raffinées et rencontre avec les potentiels futurs jeunes époux... Une sinécure. Sans oublier le matin de Noël, tirée à quatre épingles, attendant anxieusement de pouvoir ouvrir les paquets, priant pour ne pas avoir la petite couronne de fleurs d'oranger signifiant que vous aviez été vendue. Non, fiancée. Elle secoua la tête pour se débarrasser de ses préoccupations idiotes, elle ne voulait pas que la petite fille en elle la quitte, elle voulait être enjouée.
Narcissa sortit de la grande salle après avoir salué le préfet de Serdaigle qui, comme elle, avait aidé à la décoration – en théorie, elle y avait été contrainte, mais en réalité, elle adorait ça. Seule la rigidité d'esprit des Black lui interdisait d'apprécier ce genre de frivolité. D'un pas rapide, elle se dirigea vers sa salle commune. Elle était fière d'appartenir à la maison de Salazar, mais celui-ci aurait dû réfléchir avant d'enfouir leur lieu de vie aussi profondément dans les entrailles du château. Avait-il pensé aux générations successives qui risquaient de finir gelées pour avoir voulu regagner leurs dortoirs ? Elle resserra son manteau autour d'elle et descendit prudemment une volée de marches, à cette époque de l'année il n'était pas rare que certaines soient recouvertes de givre.
Elle faillit tomber deux fois en parcourant les couloirs, entre les pavés verglacés et disjoints c'était un véritable miracle de parvenir sans dommage à destination, surtout lorsque les courants d'air avaient soufflé des torches. Utiliser la magie pour s'éclairer aurait été envisageable si ses doigts transis de froid avaient été capables de tenir sa baguette.
Quand elle aperçut enfin le mur anonyme qui cachait l'entrée de sa salle commune, l'esprit de noël l'avait presque entièrement quitté, mais quand le mur bascula, elle retrouva le sourire. La chaleur l'enveloppa agréablement et ses doigts la piquèrent, preuve que le sang commençait à y affluer de nouveau. Elle ôta son manteau et s'installa dans un fauteuil, même l'ambiance au sein de sa maison était plus douce en cette période.
Ici aussi la décoration était sublime : boules, guirlandes, étoiles… Les elfes avaient subtilement mélangé les teintes des différentes maisons et ils avaient eu la bonne idée d'avoir la main légère sur le rouge. Toutefois, elle se demandait bien ce que pouvait être cette affreuse chose noire dans les hauteurs du sapin… Elle plissa les yeux pour mieux voir et se figea. Les elfes n'y étaient pour rien, mais elle connaissait le coupable.
« Lucius, tu ne crois pas qu'il serait temps de faire descendre Rosier ? demanda doucement Narcissa.
– Tu fais preuve de beaucoup trop de pitié, lui répondit son petit-ami sans quitter des yeux son manuel de sortilège.
– De pitié », répéta-t-elle en insistant légèrement sur le mot.
Il daigna enfin lever le regard pour s'intéresser à elle. Narcissa se tenait raide sur l'accoudoir de son fauteuil, ses joues s'étaient légèrement colorées et ses prunelles bleues le foudroyaient. Elle ne haussait jamais la voix, cela aurait été parfaitement inconvenant, mais elle savait par sa posture et surtout par ses yeux faire comprendre sa contrariété. S'il avait été un peu plus attentif, jamais Lucius n'aurait employé ce mot-là pour qualifier une Black.
« Enfin… Non… » bafouilla-t-il piteusement sous son regard flamboyant.
Plus que tout autre chose, il détestait – et adorait ! – cette manière qu'elle avait de lui faire perdre ses mots, il était un Malefoy tout de même et un Malefoy ne perdait jamais contenance – enfin presque…
Avant qu'il n'ait pu se reprendre, il la vit se pencher lentement sur lui avec un petit sourire. Ce fut d'abord son parfum qui l'assaillit, subtilement sucré, il donnait envie de la couvrir de baisers, puis le contact doux sur sa joue des longs cheveux dorés qui glissèrent pour lui chatouiller le cou. Elle accrocha son regard, une lueur mutine dans ses yeux bleus.
« Je trouve juste que Rosier gâche considérablement l'esthétique du sapin », souffla-t-elle tout contre son oreille.
Elle déposa un baiser à la commissure de ses lèvres et se releva rapidement, avant qu'il n'ait pu la retenir.
Il la regarda s'éloigner, elle chantonnait une vieille comptine de Noël, jeune et innocente… Elle allait le damner.
Il regretta soudainement de s'être installé près du feu, il avait terriblement chaud et ses pensées ne l'aidaient pas à se calmer. Le parfum de Narcissa s'était attardé dans l'air, laissant son empreinte discrète sur sa chemise. Il revit ses yeux mutins et posa distraitement un doigt là où elle avait posé ses lèvres…
Il récupéra vivement son manuel de sortilège pour se distraire, il fallait qu'il la sorte de son esprit sinon il allait se perdre. Il tenta de réviser mais c'était peine perdue, son esprit s'accrochait à la moindre allusion pour s'évader, chaque sort prenait un nouveau sens à l'ombre de Narcissa et il voyait une bonne centaine de manières pour s'exercer utile.
Finalement las, il reposa brutalement son livre et s'obstina à fixer le feu, il avait pris la décision – en son for intérieur – de maintenir Rosier en haut de l'arbre jusqu'au lendemain matin, histoire de bien lui faire comprendre ce qu'il pensait de sa maladresse. C'était une punition méritée, il ne reviendrait pas dessus.
Mais Narcissa n'avait pas tort, il gâchait un peu la décoration… Ce n'était pas une raison ! Son humiliation dans la grande salle devait être sanctionnée, tout le monde s'attendait à ce qu'il le fasse, jamais il n'avait laissé passer. Il resterait ferme sur son point, qu'en avait-il à faire de cette stupide décoration pour cette stupide fête ?!
Son regard dériva et il remarqua Narcissa qui jouait distraitement avec une de ses mèches, tout en prenant des notes dans plusieurs livres. De temps en temps elle levait les yeux vers le sapin et une petite grimace venait contracter sa bouche. Lucius resserra ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil, il ne pouvait pas céder, non, c'était parfaitement impossible, il s'était tout de même pris un bol de flocons d'avoine sur la tête !
Un quart d'heure plus tard, Lucius Malefoy terrorisait tout un groupe de deuxième année en jetant un livre contre le mur. Le regard sombre, il traversa d'un pas rageur la salle commune pour se rendre au pied du sapin. Sous le regard stupéfait de ses camarades, il entreprit de sortir le jeune Rosier de son carcan d'épines sans faire tomber sapin, élève ou décoration. Ce fut long et laborieux, car sa rage matinale avait profondément enfoui le garçon dans les branches, n'offrant à la vue durant la journée qu'une paire de fesse dans une robe de sorcier piquée d'épines vertes.
Au bout de quelques minutes, il parvint enfin à ramener Rosier à terre. Celui-ci fut profondément surpris de constater l'identité de son sauveur, mais se félicita doublement de ne pas avoir geint pendant qu'on le sortait de là. Tremblant et chancelant, il se releva et affronta difficilement le regard de son aîné qui semblait toujours d'aussi sombre humeur.
« Je suis désolé, répéta Rosier pour la énième fois depuis l'incident. Et merci de m'avoir décr...
– Remercie plutôt l'esthétique », grogna Lucius en s'éloignant du garçon.
Si Rosier ne comprit pas l'énigmatique réponse, ce ne fut pas le cas de tout le monde. A quelques tables de là, une jeune fille brune se tourna vers sa blonde camarade qui feignait avec brio l'indifférence malgré son petit sourire satisfait.
« Et vous n'êtes même pas encore mariés, remarqua Eileen en lui jetant un coup d'œil amusé. Qu'est-ce que ce sera quand vous partagerez le même lit ? »
Narcissa ne rougit même pas à l'allusion, ce n'était pas comme si ça ne lui avait jamais traversé l'esprit. Oubliées les recommandations de Bellatrix et de sa mère sur le caractère froid et dominant des Malefoy. Finalement, Andromeda avait raison, tout était question de formulation. Un petit sourire satisfait joua sur les lèvres de la jolie blonde, l'avenir s'annonçait sous les meilleurs auspices.
Pour ceux qui connaissent ma fic 'Etre Serpentard', c'est bien de la mère de Pansy dont il est question dans ce texte. Oui je sais, la fic en question a disparu, mais elle reviendra bientôt, lifté, remise à jour et corrigée !
Comment trouvez-vous Narcissa ? C'est toujours le même bouton, il a même pas changé de place !!
